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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-1608732

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-1608732

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-1608732
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL INTER BARREAUX DES DEUX PALAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit du 20 septembre 2019, le tribunal administratif a ordonné avant de se prononcer sur la requête de M. B A tendant à la condamnation solidaire des sociétés Lyonnaise des Eaux et Etudes Conseils Travaux Services BTP (ECO TS BTP) à lui payer les sommes de 131 829,02 euros au titre des travaux de reprise, de 700 euros mensuels depuis le premier percement de la voûte de sa cave en février 2011 au titre des préjudices d'usage et moral, et de 10 000 euros au titre du préjudice de jouissance subi pendant les travaux de reprise ainsi que la condamnation des sociétés à lui verser la somme 15 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens, qu'il soit prononcé une expertise en vue de déterminer les causes des désordres affectant la propriété de M. A et la nature des travaux à mettre en œuvre pour y mettre fin, eu égard aux contradictions des pièces versées. L'expert a déposé son rapport le 25 février 2021.

Par un mémoire, enregistré le 19 avril 2021, M. B A, représenté par Me Caron, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement les sociétés Lyonnaise des Eaux et Etudes Conseils Travaux Services BTP (ECO TS BTP) à lui payer les sommes de 142 000 euros au titre des travaux de reprise, de 700 euros mensuels depuis le premier percement de la voûte de sa cave en février 2011 au titre des préjudices d'usage et moral, et de 10 000 euros au titre du préjudice de jouissance subi pendant les travaux de reprise ;

2°) de mettre solidairement à la charge de ces sociétés la somme 15 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- il a la qualité de tiers aux travaux publics entrepris sous maîtrise d'ouvrage du syndicat intercommunal des eaux de la Mauldre Moyenne, exécutés par la société ECO TS BTP sous maîtrise d'œuvre de la société Lyonnaise des Eaux ;

- les dommages subis, consistant en une détérioration de sa cave en raison d'infiltrations d'eau, résultent directement desdits travaux de renouvellement des conduites d'eau potable incluant le remplacement des compteurs d'eau par des dispositifs " Paragel " non-étanches, notamment devant son domicile, au cours desquels la voûte de sa cave a été percée accidentellement et mal réparée avec des matériaux inadaptés, comme l'a relevé notamment l'expert désigné par le tribunal de grande instance de Versailles ;

- le dommage est anormal et spécial, eu égard à ses graves conséquences et à la circonstance qu'aucun autre riverain ne connait de situation similaire ;

- le montant des travaux de reprise est de 142 000 euros et il a en outre subi des préjudices pouvant être évalués à 700 euros mensuels depuis le premier percement de la voûte de sa cave en février 2011 au titre des préjudices d'usage et moral, et à 10 000 euros au titre du préjudice de jouissance subi pendant les travaux de reprise.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2021, la société ECO TS BTP, représentée par Me Ginoux, conclut :

1°) au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées à M. A soient ramenées à de plus justes proportions et avec la garantie de la société Lyonnaise des Eaux ;

2°) à ce que soit mise à la charge de M. A ou de toute partie perdante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le rapport de l'expert désigné par le juge judiciaire est dépourvu de force probante eu égard aux conditions dans lesquelles les opérations ont été menées ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre les travaux qu'elle a réalisés et les désordres constatés chez M. A, dès lors notamment qu'elle a immédiatement réparé la voûte accidentellement percée, que les infiltrations se faisaient à différents endroits de la voûte et des murs de la cave et qu'elles sont véritablement apparues en 2013 surtout après les travaux de réfection de la voirie ;

- les demandes présentées par M. A sont manifestement excessives et en tout état de cause ne correspondent pas aux montants retenus par l'expert judiciaire ;

- il n'est pas établi qu'elle disposait d'informations quant à la localisation de la cave de M. A, qui n'avaient été transmises qu'à la société Lyonnaise des Eaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, la société Lyonnaise des Eaux, aux droits de laquelle vient désormais la société Suez Eau France, représentée par Me Ben Zenou, conclut dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées à M. A soient ramenées à de plus justes proportions en les limitant à 50 000 euros au titre des travaux de reprise, en faisant débuter le préjudice de jouissance au mois de mars 2013, en réduisant le montant mensuel de 700 euros qui est excessif et en rejetant toute demande indemnitaire au titre d'un préjudice moral, avec la garantie intégrale de la société ECO TS BTP ;

2°) à ce que soit mise à la charge de M. A ou de toute partie perdante la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conditions dans lesquelles l'expertise ordonnée par le tribunal de grande instance de Versailles doivent conduire à en écarter les conclusions ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre les travaux qu'elle a réalisés et les désordres constatés chez M. A, dès lors notamment que les infiltrations se faisaient à différents endroits de la voûte et des murs de la cave, que les réparations potentiellement inadaptées effectuées par la société ECO TS BTP n'ont pas été effectuées pour son compte et avec son accord mais à la seule initiative de cette entreprise, et que les infiltrations sont véritablement apparues en 2013 surtout après les travaux de réfection de la voirie avec un revêtement perméable et poreux et modifiant la structuration du sous-sol ;

- la preuve de l'anormalité du dommage n'est pas rapportée ;

- les demandes indemnitaires se fondent sur des préjudices n'ayant pas fait l'objet d'un débat contradictoire et sont excessives ;

- elle avait connaissance de la présence de la cave de M. A et en avait informé la société ECO TS BTP, qui était débitrice d'une obligation de résultat à son égard.

Vu :

- les ordonnances des 9 décembre 2019 et 16 mars 2021, par lesquelles la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. D évalués à la somme globale de 10 186,82 euros ;

- le rapport de l'expert désigné par le jugement avant-dire-droit susvisé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- les observations de Me Dumont, représentant M. A,

- et les observations de Me Benmouffok, représentant la société Lyonnaise des Eaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire depuis 1996 d'une maison située rue du Vieux Château à Villiers Saint-Frédéric comprenant une cave voûtée sur deux niveaux, située en partie sous la chaussée. En février 2011, la société Lyonnaise des Eaux, devenue par la suite Suez Eau France, a été chargée par le syndicat intercommunal des eaux de la Mauldre Moyenne de renouveler les conduites d'eau potable et de remplacer les compteurs d'eau par des dispositifs " Paragel ", compteurs enterrés accessibles par un regard, notamment devant la maison de M. A. Les travaux ont été confiés à un sous-traitant, la société Etudes Conseils Travaux Services BTP (ECO TS BTP). Lors de ces travaux, la voûte de la cave de M. A a été accidentellement percée par un marteau-piqueur, le 23 février 2011. Une réparation a été faite par l'entreprise au moyen d'un béton hydrofuge. M. A indique qu'il a alors subi des infiltrations d'eau dans sa cave et avoir sollicité la société ECO TS BTP pour qu'elle procède à de nouvelles réparations. En 2013, les communes de Villiers Saint-Frédéric et de Neauphle-le-Château ont chargé l'entreprise Watelet TP de la réfection totale de la chaussée et des trottoirs de la rue du Vieux Château. En juillet 2013, à l'occasion de ces travaux, la société ECO TS BTP venue pour procéder à de nouvelles réparations de la voûte, a percé une seconde fois celle-ci et a procédé à des réparations. Par la suite, les infiltrations d'eau dans la cave ont considérablement augmenté et sont devenues très importantes à chaque orage. A la suite de plusieurs rapports effectués par des sociétés spécialisées, notamment une première expertise réalisée par le cabinet Elex mandaté par l'assureur de M. A, liant ces infiltrations aux travaux effectués, celui-ci a saisi le tribunal de grande instance de Versailles, qui a ordonné en référé une expertise, par une ordonnance du 2 février 2016, confiée à M. C. Le 5 juillet 2016, celui-ci a remis son rapport, concluant principalement à une infiltration d'eau par le dispositif Paragel situé au-dessus de la cave de M. A. Par un jugement avant-dire droit du 20 septembre 2019, une nouvelle expertise a été ordonnée par le tribunal de céans en raison des mentions contradictoires ressortant des différentes expertises versées au dossier, ces contradictions ne permettant pas de déterminer l'origine exacte des désordres subis par M. A. Suite au dépôt du rapport de l'expert le 25 février 2021, M. A demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Suez Eaux France et ECO TS BTP à lui verser en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, les sommes de de 142 000 euros au titre des travaux de reprise, de 700 euros mensuels au titre des préjudices d'usage et moral, et de 10 000 euros au titre du préjudice de jouissance subi.

Sur la responsabilité des sociétés Suez Eaux France et ECO TS BTP :

2. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage et les entrepreneurs sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par un accident lors de l'exécution de travaux publics, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient au tiers d'opérations de travaux publics qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics d'établir, notamment, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise de M. D, que les infiltrations ayant entraîné les préjudices dont M. A demande réparation sont dues principalement à la vétusté de la voûte de sa cave, dont le système d'étanchéité n'a pas été entretenu, et aux travaux de réfection de la route et du trottoir effectués au cours de l'année 2013 dans la rue du Vieux Château pour le compte de la commune de Villiers Saint-Frédéric. En effet, l'expert relève que ces travaux, qui ont créé d'importantes vibrations ayant pu fragiliser le bâtiment, se sont traduits par la mise en place d'un nouveau revêtement visant à éviter les accumulations d'eau source notamment d'aquaplanning et par conséquent beaucoup plus poreux et perméable que le précédent, ainsi que l'avaient déjà indiqué en 2014 le cabinet Elex mandaté par l'assureur de M. A et la société Aquanef à la suite de plusieurs tests par mise en eau du caniveau, par insufflation d'azote hydrogénée depuis le sous-sol et par injection de colorant entre la bouche d'eau et l'asphalte. En revanche, ces préjudices n'ont pas de lien direct avec la mise en place du dispositif Paragel, qui n'a, au demeurant, pas vocation à être étanche et dont l'emplacement n'est pas critiquable, ni avec les percements accidentels de la voûte dont les réparations ont donné satisfaction, les infiltrations n'ayant véritablement débuté qu'en 2013, ainsi que le relèvent tant l'expert que la société Spirale qui constatait en décembre 2014 que la présence d'eau était assez récente, datant d'un à deux ans, et que les infiltrations étaient présentes sur l'ensemble de la voûte et des murs.

4. Par suite, les conclusions indemnitaires de M. A tendant à l'engagement de la responsabilité sans cause des sociétés Suez Eaux France et de son sous-traitant ECO TS BTP du fait de l'exécution des travaux publics réalisés sur le réseau d'eau potable en 2011, de la mise en place du compteur Paragel et des percements de la voûte et à leur condamnation, doivent être rejetées.

Sur les dépens :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 10 186,82 euros par ordonnances n° 1608732-3 de la présidente du tribunal en date des 9 décembre 2019 et 16 mars 2021, à la charge définitive de M. A en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Suez Eau France et ECO TS BTP, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par ces sociétés au titre des mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de la somme globale de 10 186,82 euros par les ordonnances des 9 décembre 2019 et 16 mars 2021, sont mis à la charge définitive de M. A.

Article 3 : Les conclusions présentées par les sociétés Suez Eau France et ECO TS BTP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société Suez Eau France, à la société Etudes Conseils Travaux Services BTP et à la commune de Villiers Saint-Frédéric.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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