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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2001735

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2001735

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2001735
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI SCHMITT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 mars 2020 et le 19 mars 2021, l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay (ASEOR), représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le " protocole d'accord encadrant la cession des biens acquis dans le cadre du projet Ilot de la Poste à Orsay ", conclu le 12 décembre 2019 entre la commune d'Orsay, l'établissement public foncier d'ile de France et la société Dome réalisation assistance maîtrise d'ouvrage (DREAM) ;

2°) à titre subsidiaire, de résilier cette convention, au besoin avec effet différé ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Orsay, de l'établissement public foncier d'Ile de France et de la société Dome réalisation assistance maîtrise d'ouvrage la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le protocole d'accord litigieux constitue une concession d'aménagement, et, en tout état de cause un contrat administratif ;

- il a été conclu à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des règles de publicité et de mise en concurrence applicables aux concessions d'aménagement dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une publicité préalable contrairement aux exigences de l'article R. 300-5 du code de l'urbanisme, que les critères d'attribution étaient irréguliers, que la commission compétente n'a pas émis d'avis sur les propositions reçues et que l'assemblée délibérante n'a pas désigné la personne habilitée à engager des discussions et à signer la convention ;

- il a été conclu en méconnaissance des obligations de publicité et de mise en concurrence résultant des principes généraux du droit de la commande publique ;

- il a également été conclu en méconnaissance des règles de consultation fixées par la commune ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 3112-4 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors qu'en ayant défini les terrains à céder ainsi que les modalités tarifaires afférentes, les parties ont sans la nommer conclu une promesse de vente sur des terrains, dont certains relèvent du domaine public communal.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 20 janvier et 1er septembre 2021, la commune d'Orsay, représentée par Me Sagalovitsch, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut pour la requérante, qui ne peut être regardée comme un tiers susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine, de justifier d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés sont inopérants et en tout état de cause infondés.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 21 janvier et 31 août 2021, l'établissement public foncier d'Île-de-France (EPFIF), représenté par Me Sultan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable à défaut pour la requérante, qui ne peut être regardée comme un tiers susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine, de justifier d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés sont inopérants et infondés.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 janvier et 31 août 2021, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 25 janvier 2021, la société Dome réalisation assistance maîtrise d'ouvrage, représentée par Me Tabouis conclut, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige dès lors que le contrat litigieux constitue un contrat de droit privé relevant du juge judiciaire ;

- la requête est irrecevable à défaut pour la requérante, qui ne peut être regardée comme un tiers susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine, de justifier d'un intérêt à agir ;

- en tout état de cause, les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A, première conseillere,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bernard, représentant l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay,

- les observations de Me Liet-Veaux, substituant Me Sultan, représentant l'établissement public foncier d'Ile de France

- et les observations de Me Blanchard, substituant Me Tabouis, représentant la société Dome réalisation assistance à maîtrise d'ouvrage.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 décembre 2019, la commune d'Orsay, l'établissement public foncier d'île de France (EPFIF) et la société Dome réalisation Assistance à maîtrise d'ouvrage (DREAM) ont signé un contrat dénommé " protocole d'accord encadrant la cession des biens acquis dans le cadre du projet ilot de la Poste à Orsay ". L'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay (dite ASEOR) demande à titre principal l'annulation de cette convention et à titre subsidiaire sa résiliation, au besoin avec effet différé.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Un contrat conclu entre une personne publique et une personne privée peut être qualifié d'administratif s'il comporte une clause qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, implique, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs.

3. En l'espèce, le protocole d'accord litigieux s'inscrit dans le projet communal de refonte du site appelé " Ilot de la Poste " pour lequel la ville d'Orsay est engagée, depuis 2009, auprès de l'EPFIF. En outre, il comporte des clauses faisant état de la nécessité de recourir à une procédure de déclassement après désaffectation d'un terrain relevant encore du domaine public et implique, afin que les partenaires puissent réaliser leurs opérations respectives, le recours à une procédure d'expropriation. Cette convention, qui précède la conclusion de contrats civils procédant à la cession des terrains, vise ainsi, en amont, à identifier les rôles de chacun afin d'assurer, dans l'intérêt général, la compatibilité des projets respectifs de ces cocontractants. Ainsi compte tenu de sa finalité et du recours à des procédures d'expropriation et de déclassement nécessaires à la poursuite de l'opération, le contrat litigieux relève, dans l'intérêt général, du régime exorbitant des contrats administratifs.

Sur l'intérêt à agir de l'association requérante :

4. Tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat.

5. L'ASEOR a pour objet " d'étudier et défendre les intérêts des habitants d'Orsay () dans le domaine de l'environnement et de l'urbanisme. () Elle se donne pour objectif dans le cadre d'aménagements actuels et futurs de la vallée de l'Yvette et des plateaux riverains liés au développement de la région parisienne ou tout autre, de conserver et améliorer la qualité de vie de ce territoire ". En l'espèce, le protocole d'accord litigieux vise essentiellement à associer contractuellement DREAM à l'opération menée par la commune et l'EPFIF. Il définit l'assiette des cessions envisagées et décrit, de manière globale sans en définir les caractéristiques, les types de constructions et d'aménagement ultérieurs, qui devront ensuite faire l'objet d'autorisations spécifiques. Ainsi, il ne procède pas à la cession des terrains et n'autorise pas l'édification de constructions précises. Dans ces conditions, l'association requérante ne justifie pas être lésée dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'ASEOR, qui est irrecevable, doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ASEOR une somme de 650 euros à verser respectivement à la commune d'Orsay et à l'établissement public foncier d'Ile de France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de ces derniers, qui ne sont pas une partie perdante. Enfin, il n'y a pas lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'association la somme que la société DREAM réclame également à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay est rejetée.

Article 2 : L'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay versera une somme de 650 euros à la commune d'Orsay ainsi qu'à l'établissement public foncier d'Ile de France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour la sauvegarde de l'environnement d'Orsay, à l'établissement public foncier d'Ile de France, à la commune d'Orsay ainsi qu'à la société Dome réalisation Assistance à maîtrise d'ouvrage.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. Geismar

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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