jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2002514 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | SCP TZA TOULEMONT ZAPF AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 avril 2020, le 15 février 2021 et le 18 mars 2021, la commune de Villiers-le-Bâcle, représentée par Me Erard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 181 501 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, à raison de l'absence ou de l'insuffisance d'assujettissement du commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et des établissements qui lui sont liés aux taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties au titre de l'année 2017 à raison des immeubles situés sur le territoire communal ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Villiers-le-Bâcle soutient que :
- sa requête est recevable même en tant qu'elle porte sur les organismes autres que le CEA dès lors que sa demande du 12 décembre 2019, tout comme son mémoire introductif d'instance, visent, en des termes identiques, le CEA " et ses émanations " c'est-à-dire la société anonyme Technicatome ; son préjudice est suffisamment chiffré dès lors que sa réclamation permet d'identifier les immeubles imposables du CEA ainsi que ceux des autres sociétés liées à cet établissement, de même que le montant total de sa demande ;
- l'administration a commis une faute en n'assujettissement pas ou de manière insuffisante, le CEA aux taxes foncières ; la nature d'établissement public industriel et commercial (EPIC) du CEA a été confirmée par l'ordonnance n° 45-2563 du 18 octobre 1945 créant cet établissement ainsi que par le code de la recherche dès lors que les dispositions relatives au CEA sont insérées dans le titre III du livre III de la partie législative du code de la recherche, lequel titre concerne les établissements publics à caractère industriel et commercial ; cette classification est d'ailleurs confirmée par le mode de fonctionnement de cet établissement qui emprunte aux règles du droit privé dans de nombreux domaines ; le CEA entre donc dans le champ de l'article 1654 du code général des impôts et de l'article 165 de l'annexe IV au même code ; s'agissant plus particulièrement des taxes foncières, le statut d'EPIC du CEA, de même que ses activités, ne permettent pas de le faire bénéficier des exonérations de taxes foncières prévues aux articles 1382 et 1394 du code général des impôts ; la taxe foncière n'admet pas de sectorisation des activités lucratives ou non lucratives comme celle à laquelle l'administration admet avoir procédé pour l'imposition du CEA ; le principe de l'assujettissement à l'impôt de cet établissement est d'ailleurs confirmé par la doctrine administrative exprimée au paragraphe n° 240 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IS-CHAMP-10-60-20130304 ;
- le préjudice qu'elle a subi au titre de l'année 2017 s'élève à la somme totale de 181 501 euros en principal, compte tenu, d'une part, des bases imposables du CEA constituées des parcelles non bâties cadastrées section B n°0046, 0067, 0106, 0107, 0108, 0112, 0114, 0115, 0117, 0118 et 0120 ainsi que des parcelles bâties cadastrées section B 0113, 0116, 0119 et 0121 d'une surface totale de 146 230 m², d'autre part, de la valeur cadastrale de 8,60 euros par m² retenue par les services fiscaux au titre de la même année pour les parcelle cadastrées section F n°0057 sur la commune de Saclay et section B n°0070 sur la commune de Saint-Aubin qui peuvent servir d'éléments de comparaison et qui permettent de fixer la valeur cadastrale de la partie du site du CEA située à Villers-le-Bâcle à 1 345 451 euros pour l'année 2011, et, enfin " de l'actualisation et des taux d'imposition afférents aux différentes années " fixés, pour l'année 2017, à 1,004 qui permet de fixer la valeur locative cadastrale au m² actualisée à 9,20 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 26 octobre 2020 et le 12 mars 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande de la requérante est irrecevable dès lors que le chiffrage de son préjudice ne distingue pas le CEA de la SA Technicatome qui sont deux contribuables différents, la SA Technicatome étant propriétaire de 11 parcelles sur la commune de Villiers-le-Bâcle tandis que le CEA est propriétaire de 4 parcelles ;
- le CEA est un établissement public à caractère scientifique en application de l'article L. 332-1 du code de la recherche ; le fait qu'il apparaisse sous la rubrique " les établissements publics à caractère industriel et commercial " dans le code de la recherche, ne lui confère pas la qualification d'EPIC dès lors que l'intitulé des divisions et subdivisions d'un texte juridique n'a pas valeur normative ; le CEA entre dans le champ d'exonération des articles 1382-1° et 1394-2° du code général des impôts ; seules les activités productives de revenus du CEA sont imposables ; au titre de l'année 2017, six bâtiments sur neuf de la parcelle cadastrée section B n°0121 ont fait l'objet d'une imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) à hauteur de 126 158 euros et la parcelle cadastrée section B n°B0067 a fait l'objet d'une imposition à la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) à hauteur de 174 euros ; la direction des vérifications nationales et internationales (DVNI) a effectué un contrôle fiscal qui n'a pas révélé de sous-imposition du CEA et de ses installations sises sur le territoire de la commune de Villiers-le-Bâcle ;
- par deux actes notariés du 9 décembre 2004, le CEA a, d'une part, vendu à la SA Technicatome les constructions édifiées sur la parcelle cadastrée section B n°116 d'une surface de 68 a 91 ca, située sur le territoire de la commune de Villiers-le-Bâcle et, d'autre part, consenti à cette même société un bail emphytéotique jusqu'au 31 décembre 2035 sur les parcelles cadastrées section B n°s106, 109, 116, 119 et 120, d'une surface totale de 1 ha 14 a 34 ca, sises sur le territoire de la même commune ; par un troisième acte notarié du même jour, le CEA a, en outre, consenti à la SA Technicatome un bail à construction jusqu'au 31 décembre 2035, portant sur les parcelles cadastrées section B n°s 112, 113, 117, 118 et 107, d'une surface totale de 40 a 74 ca, situées, là encore, sur le territoire de la commune de Villiers-le-Bâcle ; trois bâtiments sur les parcelles cadastrées section B n°s 0116, 0119 et 0113 ont été imposés à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2017 pour un montant de 60 619 euros ; la commune de Villiers-le-Bâcle n'apportant aucun élément permettant d'établir une sous-imposition de la société Technicatome à cette taxe, elle ne peut engager la responsabilité de l'Etat à ce titre ;
- les éléments fournis par la commune ne permettent pas de déterminer avec une approximation suffisante le montant des recettes fiscales dont elle estime avoir été privée.
Par un mémoire en observations, enregistré le 11 décembre 2020, le CEA, représenté par Me Toulemont, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires de la société requérante sont irrecevables en ce qu'elles concernent la SA Technicatome qui n'était pas visée par sa demande préalable ;
- le CEA est un établissement à caractère scientifique, technique et industriel sui generis œuvrant dans le cadre d'une mission de service public, en application des articles L. 332-1 et suivants du code de la recherche et non un EPIC ; le fait que le CEA apparaisse sous la rubrique " les établissements publics à caractère industriel et commercial " dans le code de la recherche ne lui confère pas la qualification d'EPIC dès lors que l'intitulé des divisions et subdivisions d'un texte juridique n'a pas valeur normative ; ce dernier point est confirmé par la doctrine administrative exprimée au paragraphe n°130 du bulletin officiel référencé BOI-IS-CHAMP-10-60 du 4 mars 2013 ; dans ces conditions, le CEA est susceptible de bénéficier de l'exonération prévue à l' article 1382 du code général des impôts pour ceux de ses immeubles qui sont affectés à un service public ou d'intérêt général et qui sont improductifs de revenus ;
- l'administration n'a commis aucune faute dès lors que le CEA a fait l'objet d'une vérification de compatibilité en 2017 à la suite de laquelle l'administration a assujetti aux taxes foncières les immeubles qui pouvaient être considérés comme productifs de revenus ; au titre de l'année 2017, six bâtiments de la parcelle cadastrée section B n°0121 ont fait l'objet d'une imposition à la taxe foncière à hauteur de 59 663 euros ; les opérations de contrôle de la DVNI n'ont pas révélé de sous-imposition à la taxe foncière pour le surplus des immeubles concernés ;
- s'agissant de l'assujettissement à la taxe foncière, en application de l'article 1382 du code général des impôts, le CEA peut bénéficier d'une exonération dès lors qu'il rentre dans la catégorie des établissements à caractère scientifique, technique et industriel et que ses immeubles sont affectés à un service public et sont non productifs de revenus.
Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la recherche ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Gilles, rapporteur public,
- et les observations de Me Erard représentant la commune de Villiers-le-Bâcle et de Me Nikolic, représentant le CEA.
Une note en délibéré a été présentée le 27 juin 2022 par le CEA.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Villiers-le-Bâcle a demandé le 12 décembre 2019 au ministre de l'action et des comptes publics le versement d'une indemnité de 181 501 euros en réparation du préjudice qu'elle estimait avoir subi à raison de l'absence ou de l'insuffisance d'imposition aux taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties des installations du commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ainsi que des organismes qui lui sont liées, situées sur son territoire au titre de l'année 2017. Faute de réponse à sa demande, elle doit être regardée comme demandant la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de même montant en réparation de la perte de recettes fiscales résultant de l'absence ou de l'insuffisance d'imposition aux taxes foncières, pour l'année 2017, des propriétés du CEA et de la société anonyme (SA) Technicatome situées, d'une part, sur les parcelles non bâties cadastrées section B n°0046, 0067, 0106, 0107, 0108, 0112, 0114, 0115, 0117, 0118 et 0120 et, d'autre part, sur les parcelles bâties cadastrées section B 0113, 0116, 0119 et 0121. Elle demande également que cette indemnité soit assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.
Sur l'intervention du CEA :
2. Toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant, eu égard à la nature et à l'objet du litige, est recevable à former une intervention. Alors même que l'issue de l'action engagée par la CAPS n'est plus susceptible d'entraîner de conséquences pour le CEA au titre des années en litige, une condamnation de l'État serait toutefois de nature, sous réserve d'éventuels changements de circonstances de droit ou de fait qui n'apparaissent pas établis, à entrainer des procédures de rectification à son égard au titre d'années non prescrites. Dès lors, le présent litige est, eu égard à sa nature et son objet, susceptible de préjudicier de manière directe aux intérêts du CEA. Dans ces conditions, ce dernier justifie d'un intérêt de nature à le rendre recevable à intervenir devant le juge du plein-contentieux indemnitaire.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense et en intervention :
3. En premier lieu, la demande de la commune de Villiers-le-Bâcle en date du 12 décembre 2019 concernait l'insuffisance d'imposition aux taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties des installations du CEA " et ses émanations établies sur le centre d'étude de Saclay, à savoir, notamment, les différents instituts qui lui sont rattachés " au titre des années 2017 et 2018. Elle précisait que " Pour la suite des développements ci-après, le terme CEA [devait] () s'entendre de l'ensemble constitué par le CEA et les structures visées au présent paragraphe ". Devant le tribunal, la commune demande l'indemnisation du préjudice résultant de l'absence ou de l'insuffisance de taxation des installations du CEA et la SA Technicatome situées sur son territoire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le CEA et tirée de ce que la commune n'aurait pas au préalable demandé l'indemnisation du préjudice résultant de l'absence ou de l'insuffisance de taxation de la SA Technicatome ne peut être accueillie.
4. En second lieu, si le ministre fait valoir que la demande présentée par la commune de Villiers-le-Bâcle fait l'objet d'un chiffrage global ne distinguant pas le CEA de la SA Technicatome, cette exigence d'un chiffrage précis doit, en l'espèce, être regardée comme satisfaite dès lors que cette demande vise précisément les textes sur lesquels elle se fonde et les impositions devant en résulter.
Sur la responsabilité :
5. D'une part, une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement ou de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard d'une collectivité territoriale ou de toute autre personne publique si elle lui a directement causé un préjudice. Un tel préjudice peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et notamment du fait de ne pas avoir versé à cette collectivité ou à cette personne des impôts ou taxes qui auraient dû être mis en recouvrement à son profit.
6. D'autre part, il incombe, en principe, à la partie qui l'invoque d'établir l'existence d'une faute d'une personne publique de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
En ce qui concerne la SA Technicatome :
7. Aux termes de l'article 1400 du code général des impôts, la taxe foncière est établie au nom du propriétaire de l'immeuble ou au nom du titulaire du droit si l'immeuble fait l'objet d'un usufruit, d'un bail emphytéotique ou d'un bail à construction.
8. Il résulte de l'instruction que, par deux actes notariés du 9 décembre 2004, le CEA a, d'une part, vendu à la SA Technicatome les constructions édifiées sur la parcelle cadastrée section B n°116 (5006 Les Hautes Rives / N° inv. 0673653) d'une surface de 68 a 91 ca, située sur le territoire de la commune de Villiers-le-Bâcle et, d'autre part, consenti à cette même société un bail emphytéotique jusqu'au 31 décembre 2035 sur les parcelles cadastrées section B n°s 106, 109, 116, 119 (5007 Les Hautes Rives / N° inv. 0673657) et 120, d'une surface totale de 1 ha 14 a 34 ca, sises sur le territoire de la même commune. Par un troisième acte notarié du même jour, le CEA a, en outre, consenti à la SA Technicatome un bail à construction jusqu'au 31 décembre 2035, portant sur les parcelles cadastrées section B n°s 107, 112, 113 (5008 Les Hautes Rives / N° inv. 0585022), 117, 118 et, d'une surface totale de 40 a 74 ca situées, là encore, sur le territoire de la commune de Villiers-le-Bâcle.
9. Il n'est pas contesté par la commune de Villiers-le-Bâcle que la société Technicatome a été imposée à la taxe foncière sur les propriétés bâties en tant que preneur à construction et emphytéote des immeubles situés 5008, 5006 et 5007 au lieudit Les Hautes Rives sur les parcelles cadastrées section B n°113, 116 et 119 à hauteur de 60 619 euros au titre de l'année 2017. La commune n'apporte aucun élément de nature à établir l'insuffisance des bases retenues par l'administration pour imposer cette société. Elle n'est, par suite, pas fondée à rechercher la responsabilité de l'État à raison du défaut ou de l'insuffisance d'assujettissement de la SA Technicatome à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des trois parcelles susmentionnées.
En ce qui concerne le CEA :
10. En premier lieu, la commune de Villiers-le-Bâcle n'est pas fondée à demander l'indemnisation du chef de préjudice résultant de l'absence ou de l'insuffisance d'imposition en 2017 du CEA à la taxe foncière sur les propriétés bâties à raison des immeubles situés 5006, 5007 et 5008 Les Hautes Rives sur les parcelles cadastrées section B n°113, 116 et 119 dès lors que, comme il a été dit au point précédent, ces immeubles ont déjà été imposés au nom de la SA Technicatome.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 332-1 du code de la recherche : " Le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives est un établissement à caractère scientifique, technique et industriel, doté de la personnalité morale ainsi que de l'autonomie administrative et financière ". L'article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en cause, dispose que : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : /1° Les immeubles nationaux, les immeubles régionaux, les immeubles départementaux pour les taxes perçues par les communes et par le département auquel ils appartiennent et les immeubles communaux pour les taxes perçues par les départements et par la commune à laquelle ils appartiennent, lorsqu'ils sont affectés à un service public ou d'utilité générale et non productifs de revenus, () / Sous réserve des dispositions du 9°, cette exonération n'est pas applicable aux immeubles qui appartiennent à des établissements publics autres que les établissements publics de coopération intercommunale, les syndicats mixtes, les pôles métropolitains, les ententes interdépartementales, les établissements publics scientifiques, d'enseignement et d'assistance ainsi que les établissements visés aux articles 12 et 13 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, ni aux organismes de l'Etat, des départements ou des communes ayant un caractère industriel ou commercial. () " L'article 1394 de ce code relatif à la taxe foncière sur les propriétés non bâties reproduit les mêmes dispositions que celles de l'article 1382. Aux termes du 1. de l'article 165 de l'annexe IV au même code : " Nonobstant toutes dispositions contraires, les établissements publics ayant un caractère industriel ou commercial sont passibles de tous les impôts directs et taxes assimilées applicables aux entreprises privées similaires ".
12. D'une part, les textes instituant le CEA figurent au titre III du livre III du code de la recherche tel qu'il résulte de l'ordonnance n°2004-545 du 11 juin 2004, elle-même ratifiée par la loi n° 2004-1343 du 9 décembre 2004 de simplification du droit. Le titre III qui indique qu'il regroupe " Les établissements publics à caractère industriel et commercial " confère, de la sorte, au CEA la qualité d'établissements publics à caractère industriel et commercial par détermination de loi, sans que l'administration puisse utilement se prévaloir, sur ce point, de la circonstance que l'article L. 332-1 du code de la recherche le désignerait comme un " établissement à caractère scientifique " dans la mesure où ce texte rajoute que le CEA possède également un caractère " technique et industriel " qui le distingue précisément de la catégorie des établissements scientifiques citée aux articles 1382 et 1394 du code général des impôts.
13. D'autre part, il résulte des dispositions des articles 1382 et 1394 du code général des impôts que l'imposition aux taxes foncières découle du seul fait de la détention des immeubles par leur propriétaire en excluant toute sectorisation des activités.
14. Enfin, si l'administration fait valoir que les immeubles appartenant au CEA ont été imposés par la DVNI à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2017 en retenant ceux dans lesquels étaient gérés les brevets donnant lieu à perception de redevances et dans lesquels étaient effectuées des opérations lucratives, ce qui a entraîné une imposition au titre de cette taxe due au titre des immeubles situés sur le territoire de la commune de Villiers-le-Bâcle de 59 663 euros pour le CEA, il est constant que le service a, à cette occasion, appliqué une méthode d'évaluation erronée consistant, pour déterminer les bases des taxes foncières, à retenir la valeur locative des seuls immeubles regardés comme affectés, en tout ou partie, à une activité productive de revenus, alors même que la superficie totale de ces immeubles devait être prise en compte dans ce calcul.
15. Dans ces conditions, et dès lors que ces erreurs d'imposition, qui sont imputables au service, révèlent un dysfonctionnement de l'administration et que celui-ci a un lien direct et certain avec le préjudice invoqué, la commune de Villiers-le-Bâcle est fondée à soutenir que les services fiscaux de l'Essonne ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en n'assujettissant pas l'intégralité des propriétés du CEA, à l'exception de celles visées au point 10, à la taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties.
Sur le préjudice :
16. Il résulte de ce qui précède que le préjudice subi par la commune de Villiers-le-Bâcle doit être évalué à la différence entre, d'une part, la quote-part de taxes foncières revenant à cette collectivité, calculée sur l'ensemble des propriétés bâties et non bâties situées sur les parcelles mentionnées au point 1, à l'exception de celles visées au point 10, que celles-ci soient ou non productives de revenus, et la part communale effectivement versée à la requérante correspondant à la quote-part des impositions initiales et supplémentaires des mêmes parcelles avant dégrèvement.
17. Si la commune de Villiers-le-Bâcle réclame à ce titre la somme de 181 501 euros, il résulte de ce qui a été dit plus haut qu'elle ne distingue pas la superficie des parcelles déjà imposées à la taxe foncière sur les propriétés bâties au nom de la SA Technicatome de celles qui sont imposables au nom du CEA. En outre, elle détermine la quote-part de taxes foncières devant lui revenir en appliquant à la surface totale des parcelles imposables une valeur locative de 9,20 euros au m² au titre de l'année 2017 qu'elle évalue à partir de la valeur cadastrale 2011 de la parcelle cadastrée section B n°0070 sur la commune de Saint-Aubin et de la parcelle cadastrée section F n°0057 sur la commune de Saclay, actualisée, selon ses déclarations, en fonction des " taux fixés au niveau national ", alors que cette méthode de calcul repose sur une moyenne, calculée à partir d'une surface de référence limitée et d'ailleurs située sur des parcelles situées en dehors de la commune de Villiers-le-Bâcle dont rien n'indique qu'elles constitueraient un terme de comparaison approprié, et sans que les coefficients d'actualisation utilisés soit autrement explicités. Ces éléments ne permettant pas de déterminer avec une approximation suffisante le montant des recettes fiscales dont la requérante a été privée, il y a lieu de la renvoyer devant l'administration fiscale afin qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité due à ce titre.
Sur les intérêts :
18. D'une part, la commune de Villiers-le-Bâcle a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui sont dues telles que calculées ou mentionnées aux points précédents, en application de l'article 1153 du code civil, à compter de la date de réception par l'administration, de sa demande préalable d'indemnisation en date du 12 décembre 2019. Faute d'établissement par la requérante de la date exacte de réception de sa demande, il y a lieu de retenir celle du 7 janvier 2020 à laquelle le ministre a accusé réception de ladite demande.
19. D'autre part, en application des dispositions de l'article 1154 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. La commune de Villiers-le-Bâcle a demandé la capitalisation des intérêts dans sa requête enregistrée le 10 avril 2020. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour au moins une année entière. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 avril 2021 et à chaque échéance annuelle pour les intérêts échus postérieurement.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Villiers-le-Bâcle et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : L'intervention du CEA est admise.
Article 2 : La commune de Villiers-le-Bâcle est renvoyée devant l'administration fiscale pour qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité due au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties du CEA au titre de l'année 2017 selon les bases de calcul mentionnées au point 16 du présent jugement.
Article 3 : Les sommes mentionnées à l'article 2 ci-dessus porteront intérêts au taux légal à compter du 7 janvier 2020. Les intérêts échus le 10 avril 2021 seront capitalisés à cette date puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : L'État versera à la commune de Villiers-le-Bâcle la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villiers-le-Bâcle, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
Mme Mathé, conseillère,
M. Grégoire Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le président rapporteur,
signé
L. A
L'assesseure la plus ancienne dans le grade,
signé
C. Mathé
La greffière,
signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026