jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2002591 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ROCHEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 24 mars 2022, le tribunal administratif, avant de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B A tendant à ce qu'une expertise avant dire-droit soit ordonnée et à ce que l'Etat soit condamné à lui verser la somme de 96 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis a, d'une part, condamné l'Etat à lui verser une somme de 5 300 euros au titre des préjudices extrapatrimoniaux permanents résultant directement de sa maladie reconnue imputable au service et d'autre part, ordonné une expertise avant dire-droit afin de statuer sur les demandes indemnitaires présentées par Mme A au titre de ses préjudices en lien direct avec sa maladie et son accident reconnus imputables au service.
Le rapport du Dr C a été enregistré le 2 août 2022 et celui du Dr D, le 30 janvier 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête ou, subsidiairement, à ce que les sommes demandées par Mme A soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle soutient que :
- l'indemnisation au titre du déficit fonctionnel temporaire de Mme A résultant de sa maladie imputable au service peut être indemnisée à hauteur de 19 500 euros sur la base d'une indemnisation de 400 euros par mois ;
- la requérante pourrait être indemnisée à hauteur de 1 849 euros au titre des souffrances temporaires endurées du fait de sa maladie ;
- les préjudices subis avant consolidation résultant de sa maladie imputable au service peuvent être évalués à la somme de 21 349 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent de la requérante a déjà été indemnisé ;
- une somme de 1 849 euros peut lui être versée au titre des souffrances endurées après consolidation et de son préjudice moral ;
- les autres préjudices après consolidation de sa maladie reconnue imputable au service ne sont pas établis ;
- l'indemnisation au titre de son déficit fonctionnel temporaire résultant de son accident de service du 30 août 2016 pendant un mois et demi peut être fixée à la somme de 600 euros ;
- sur la même durée, l'assistance à tierce personne à hauteur d'une heure par jour peut être fixée, sur la base d'un taux horaire de 13 euros, à 611 euros ;
- une indemnité de 1 849 euros peut lui être accordée au titre des souffrances endurées par cet accident de service, évaluées à 2 sur 7 par l'expert ;
- elle n'établit pas avoir subi d'autres préjudices en lien avec cet accident de service et l'indemnité peut être fixée à la somme totale de 3 060 euros.
Par des mémoires, enregistrés les 30 janvier et 26 février 2023, Mme B A, représentée par Me Rochefort, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 58 839 euros euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'indemnisation au titre de son déficit fonctionnel temporaire résultant de son état anxio-dépressif peut être évaluée à la somme de 2 670 euros sur la base d'une indemnisation de 500 euros par mois ;
- elle a eu besoin de l'aide d'une tierce-personne pour les tâches quotidiennes qu'elle n'était plus en mesure d'assumer en raison de sa dépression, cette assistance devant être indemnisée à hauteur de 3 000 euros ;
- les souffrances endurées résultant de son syndrome anxio-dépressif, évaluées à 3,5 sur une échelle de 7, doivent être indemnisées à hauteur de 6 000 euros ;
- ses préjudices d'agrément, sexuel et esthétique temporaires résultant de sa maladie reconnue imputable au service doivent être indemnisés à hauteur de 2 000 euros ;
- la date de consolidation de l'accident de service du 30 août 2016 a été fixée au 7 juillet 2019 par l'expert ;
- son déficit fonctionnel temporaire résultant de cet accident de service doit être évalué, sur la base de 400 euros par mois, à la somme de 19 500 euros ;
- elle a eu besoin de l'assistance d'une tierce personne à hauteur de 3 heures par jour pendant les périodes de déficit fonctionnel temporaire au taux de 50 % et d'une heure par jour pendant les autres périodes de déficit fonctionnel temporaire résultant de son accident de service jusqu'à la consolidation de son état de santé ;
- sur la base d'une indemnisation de 13 euros par heure pendant 412 jours par an, elle a droit à une indemnisation totale de 12 545 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
- elle est fondée à demander la somme de 2 126 euros au titre des souffrances endurées par son accident de service, évaluées à 2 sur une échelle de 7, et du préjudice moral subi ;
- elle doit être indemnisée à hauteur de 2 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire résultant de son accident de service évalué à 2,5 sur 7 ;
- son préjudice esthétique permanent résultant de cet accident, de 1 sur une échelle de 7, doit être évalué à la somme de 1 098 euros ;
- son déficit fonctionnel permanent résultant de l'accident de service, fixé à 2 %, doit être indemnisé à hauteur de 2 000 euros ;
- le préjudice d'agrément qu'elle subit, dès lors qu'elle ne peut plus faire de vélo, doit être évalué à la somme de 400 euros ;
- elle est fondée à demander une indemnisation totale de 40 169 euros au titre de son accident de service.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- l'ordonnance du 16 septembre 2022 de la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles taxant et liquidant les frais et honoraires de l'expertise du Dr C à la somme de 2 667 euros TTC ;
- l'ordonnance du 9 février 2023 de la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles taxant et liquidant les frais et honoraires de l'expertise du Dr D à la somme de 2 100 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 10 mai 1960, est secrétaire administrative de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Titularisée dans ce grade en 2001, elle occupe depuis le mois de septembre 2001 le poste de gestionnaire au collège Pierre de Nolhac à Versailles. Le 14 janvier 2015, elle a été placée en congé de longue maladie pour un syndrome anxio-dépressif. Par une décision du 2 juillet 2019, la rectrice de l'académie de Versailles a reconnu que la maladie de Mme A était imputable au service pour la période du 15 janvier 2015 au 3 janvier 2016. Mme A a également été victime d'un accident reconnu imputable au service en raison d'une chute sur un sol ciré du collège, le 30 août 2016. Le 18 décembre 2019, elle a adressé à la rectrice de l'académie de Versailles une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait d'une part, de son syndrome anxio-dépressif et de son placement en congé de longue maladie et d'autre part, de son accident de service du 30 août 2016, en raison du manquement de l'Etat à son obligation de protection et de sécurité, eu égard, en ce qui concerne son syndrome anxio-dépressif, aux agissements de harcèlement moral de la principale du collège à son encontre et aux dysfonctionnements du service. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet.
2. Par un jugement du 24 mars 2022, le tribunal a, d'une part, condamné l'Etat à verser à Mme A une somme de 5 300 euros au titre des préjudices extrapatrimoniaux permanents résultant directement de sa maladie reconnue imputable au service et d'autre part, ordonné une expertise avant dire-droit afin de statuer sur les demandes indemnitaires présentées par Mme A au titre de ses préjudices temporaires en lien direct avec sa maladie et son accident reconnus imputables au service. Le Dr C, médecin spécialiste en chirurgie osseuse et articulaire, a déposé le rapport d'expertise relatif aux préjudices résultant de l'accident de service de Mme A le 28 juillet 2022. Le Dr D, psychiatre, a déposé le rapport d'expertise relatif au syndrome anxio-dépressif de Mme A, le 30 janvier 2023.
Sur l'indemnisation des préjudices temporaires résultant du syndrome anxio-dépressif de Mme A :
En ce qui concerne l'assistance à tierce personne :
3. Mme A soutient qu'en raison de son état anxio-dépressif, elle a eu besoin de l'aide de son mari et de ses parents, qui sont venus s'installer chez elle, dès lors qu'elle ne pouvait plus assurer le quotidien. Le rapport d'expertise du Dr D cite, à cet égard, les propos de la requérante selon lesquels elle passait ses journées dans le noir avec les rideaux fermés et avait des crises d'angoisse.
4. Il résulte cependant de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du Dr D, que Mme A a conservé son autonomie. Il n'est pas contesté qu'elle pouvait assurer seule les gestes de la vie quotidienne, tels que sa toilette, son habillement ou encore son alimentation. Elle était également en mesure de s'occuper de l'entretien de sa maison, même si elle n'avait plus le courage ni l'énergie pour ce faire. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que l'assistance d'une tierce personne aurait été nécessaire en raison de la pathologie anxio-dépressive de Mme A.
5. Il suit de là que la demande indemnitaire de Mme A au titre de ce chef de préjudice ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du Dr D, que Mme A a souffert d'un état de stress aigu, de symptômes anxieux et de troubles du sommeil en lien avec ses conditions de travail à partir du 14 janvier 2015, qui ont ensuite évolué vers un état dépressif réactionnel avec aboulie, perte du désir sexuel et tristesse de l'humeur jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, le 4 février 2019. Le Dr D relève qu'il n'existe pas d'état antérieur en l'absence notamment de tout antécédent psychiatrique, ni de circonstances extérieures permettant d'expliquer la pathologie de Mme A.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du Dr D, que le déficit fonctionnel temporaire de Mme A peut être évalué à 15 % pour la période du 14 janvier 2015 au 3 janvier 2016, soit onze mois et vingt jours, à 10 % du 3 janvier au 1er juillet 2016, soit pendant 6 mois et à 7 % du 1er juillet 2016 au 4 février 2019, date de consolidation de son état de santé, soit pendant 31 mois et trois jours. Il convient d'indemniser ce chef de préjudice à hauteur de 400 euros par mois. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'indemnisant à hauteur de 700 euros pour la période de déficit fonctionnel temporaire au taux de 15%, de 240 euros pour la période de déficit fonctionnel temporaire au taux de 10 % et de 871 euros pour la dernière période, soit une somme totale de 1 811 euros.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du Dr D, qu'en raison de son syndrome anxio-dépressif, Mme A a subi des souffrances, jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, qui peuvent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, y compris du préjudice moral subi par Mme A, en l'évaluant à la somme de 5 500 euros.
En ce qui concerne les autres chefs de préjudice extra-patrimoniaux temporaires :
9. Le rapport d'expertise du Dr D relève que Mme A a subi un préjudice d'agrément, dès lors qu'elle ne pratique plus d'activités sportives et artistiques comme elle le faisait, un préjudice sexuel et un préjudice esthétique avec une prise importante de poids et la perte de ses cheveux.
10. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A pratiquait régulièrement du vélo ou des activités artistiques avant sa dépression. La demande de Mme A au titre du préjudice d'agrément ne peut, dès lors, qu'être rejetée. Le préjudice sexuel n'est pas davantage établi.
11. D'autre part, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par Mme A jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 9 311 euros en réparation des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux temporaires qu'elle a subis du fait de sa pathologie anxio-dépressive imputable au service.
Sur l'indemnisation des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux résultant de l'accident de service du 30 août 2016 :
13. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
14. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.
15. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces dommages devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision.
16. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du Dr C que les soins résultant de l'accident de service subi par Mme A le 30 août 2016 ont été prolongés à plusieurs reprises en raison de douleurs persistantes à la marche. Mme A s'est ensuite de nouveau tordu la cheville gauche dans la cour de l'école, le 30 août 2017, accident directement en lien avec le précédent accident de service du 30 août 2016. Le Dr C estime ainsi, sans que cela ne soit sérieusement contesté, que la date de consolidation de l'accident de service subi par Mme A le 30 août 2016 doit être fixée au 7 juillet 2019, alors qu'elle avait initialement demandé à être indemnisée pour pour la période du 5 septembre au 2 octobre 2016.
17. Il résulte de ce qui est dit au point précédent que les dommages résultant de l'accident de service du 30 août 2016 ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision de la rectrice de l'académie de Versailles rejetant la demande indemnitaire de Mme A. La requérante avait, au demeurant, réservé, dans sa requête initiale, le montant de l'indemnisation demandée aux conclusions de l'expertise qu'elle sollicitait. Mme A est, par suite, fondée à demander une indemnité supérieure à celle mentionnée dans sa demande indemnitaire préalable.
En ce qui concerne l'assistance à tierce personne avant consolidation :
18. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. En outre, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours.
19. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du Dr C que Mme A a eu besoin de l'aide d'une tierce personne pour les gestes de la vie quotidienne tels que la toilette, les courses, le ménage ou la préparation des repas à hauteur de trois heures par jour pendant la période de déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 50 %, soit 95 jours et d'une heure par jour pour les autres périodes jusqu'à la date de consolidation de son état de santé, soit 935 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, sur la base d'un taux horaire de 13 euros en l'évaluant à la somme de 3 705 euros pour la période de déficit fonctionnel à 50 % et de 12 155 euros pour les autres périodes de déficit fonctionnel temporaire, soit la somme totale de 15 860 euros.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Le Dr C relève que le taux d'incapacité temporaire de Mme A s'est élevé à 50 % du 30 août au 31 octobre 2016 ainsi que du 30 août au 30 septembre 2017, périodes au cours desquelles elle devait utiliser deux cannes anglaises, soit trois mois et cinq jours, à 25 % du 1er au 5 novembre 2016 et du 1er octobre au 21 octobre 2017, soit un mois et cinq jours, période au cours desquelles elle devait utiliser une canne anglaise et enfin, au taux de 15 % du 16 novembre 2016 au 29 août 2017 et du 22 octobre 2017 au 7 juillet 2019, soit pendant 30 mois. Il convient d'indemniser ce chef de préjudice à hauteur de 400 euros par mois comme le demandent les parties. Il y a lieu, en conséquence, d'indemniser le déficit fonctionnel temporaire de Mme A à hauteur de 633 euros pour la période de déficit fonctionnel temporaire de 50 %, à hauteur de 117 euros pour la période de déficit fonctionnel de 25% et à hauteur de 1 800 euros pour la période de déficit fonctionnel de de 15 %, soit la somme totale de 2 550 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
21. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du Dr C que les souffrances endurées en lien avec l'accident de service de Mme A, évaluées à une échelle de 2 sur 7, sont qualifiées de légères. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 900 euros.
S'agissant des autres chefs de préjudice extra-patrimoniaux temporaires :
22. Le rapport d'expertise relève que Mme A a subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 2,5 sur 7, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 2 500 euros.
23. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la somme de 6 950 euros au titre des préjudices extra-patrimoniaux temporaires résultant de son accident de service du 30 août 2016.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents :
24. Il résulte du rapport d'expertise du Dr C que Mme A a subi des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux permanents résultant de son accident de service. Alors même que Mme A n'avait pas présenté de demande au titre de ces chefs de préjudices, ils ont été révélés quant à leur nature et à leur ampleur lors des opérations d'expertise du Dr C. Il est constant qu'ils sont directement liés à l'accident de service du 30 août 2016. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 à 15 du présent jugement, Mme A est, en conséquence, fondée à demander l'indemnisation de ces chefs de préjudice.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
25. Le rapport d'expertise du Dr C évalue à 2 % le déficit fonctionnel permanent de Mme A après consolidation, le 7 juillet 2019, de son état de santé à la suite de son accident de service du 30 août 2016. Eu égard à son âge au moment de cet accident, soit 56 ans, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
S'agissant des autres chefs de préjudice :
26. En premier lieu, le rapport d'expertise relève que Mme A a subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 1 sur 7, dont il sera fait une juste appréciation en l'indemnisant à hauteur de 955 euros.
27. En second lieu, alors même que l'expert estime que Mme A a subi un préjudice d'agrément, dès lors qu'elle ne peut plus pratiquer le vélo, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle pratiquait régulièrement cette activité avant son accident de service. La réalité de ce chef de préjudice n'est en conséquence pas établie et la demande présentée à ce titre doit, par suite, être rejetée.
28. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la somme de 2 955 euros au titre des préjudices extra-patrimoniaux permanents résultant de son accident de service du 30 août 2016.
29. L'Etat doit, par suite, être condamné à verser à Mme A la somme de 25 765 euros en réparation des préjudices résultant de son accident de service du 30 août 2016.
30. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à Mme A la somme totale de 35 076 euros en réparation des préjudices temporaires résultant de son syndrome anxio-dépressif et des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux résultant de son accident de service du 30 août 2016.
Sur les intérêts et les intérêts des intérêts :
23. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent du présent jugement à compter du 19 décembre 2019, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la rectrice de l'académie de Versailles.
24. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 20 avril 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 19 décembre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties (). ".
26. Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise du Dr C à la somme de 2 667 euros TTC. Par une ordonnance du 9 février 2023 de la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles, les frais et honoraires de l'expertise du Dr D ont été taxés et liquidés à la somme de 2 100 euros TTC.
27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de ces expertises taxés et liquidés à la somme totale de 4 767 euros TTC, à la charge définitive de l'Etat.
Sur les frais liés au litige :
28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une somme de 35 076 euros au titre des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires résultant directement de sa maladie reconnue imputable au service et des préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux temporaires et permanents résultant de son accident de service du 30 août 2016, avec intérêts au taux légal à compter du 19 décembre 2019. Les intérêts échus à la date du 19 décembre 2020 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais de l'expertise du Dr C et du Dr D, taxés et liquidés à la somme totale de 4 767 euros toutes taxes comprises, sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Versailles, au Dr C et au Dr D.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Caron, première conseillère,
- M. Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 8 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
C. GrenierL'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
V. Caron
La greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026