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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2002862

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2002862

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2002862
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation7éme chambre
Avocat requérantCABINET ANDRÉ HOIN & PARTENAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 mai 2020, le 29 novembre 2021, le 12 mars 2022 et le 4 avril 2022, M. et Mme A F, représentés par Me Hoin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2011 et 2012 ainsi que des majorations et pénalités y afférentes, à hauteur de la somme de 275 357 euros ;

2°) de leur accorder, à titre gracieux, la remise de la majoration de 10% qui leur a été appliquée en vertu des dispositions de l'article 1758 du code général des impôts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Ils soutiennent que :

- l'administration a refusé d'engager avec eux un dialogue contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article 10 du livre des procédures fiscales et du principe des droits de la défense ;

- la procédure de taxation d'office à laquelle l'administration a eu recours en ce qui concerne leurs revenus de l'année 2012 est également irrégulière et a méconnu les droits de la défense dès lors, d'une part, que la demande d'éclaircissements ou de justifications concernant leurs revenus ne leur est pas parvenue en raison d'une erreur avérée des services postaux qui a refusé irrégulièrement de remettre le pli postal à leur mandataire, d'autre part, qu'ils n'avaient plus le temps, après ce refus, de se représenter à nouveau au bureau de poste et, enfin, qu'il n'est pas établi que le pli aurait été conservé par La Poste jusqu'à l'issue du délai de garde ;

- ils ont, de la sorte, été privés des garanties de la procédure contradictoire ;

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, d'une part, en refusant de leur communiquer les documents relatifs à leurs évictions de la société Laboratoires Denel, d'autre part, en ne leur communiquant pas la copie des demandes de relevés et des demandes de copies de chèques adressées aux organismes financiers ce qui ne leur permet pas de vérifier la compétence de l'agent à l'origine de ce droit de communication et, enfin, tous les relevés bancaires et toutes les copies de chèques obtenues des banques ;

- la proposition de rectification du 24 février 2015 est irrégulière dans la mesure où elle a été notifiée au-delà du délai d'un an prévu pour procéder à l'examen de leur situation fiscale personnelle (ESFP) dès lors, d'une part, que l'administration n'établit pas les demandes des relevés afférents à l'ensemble des comptes bancaires ont été effectuées le 18 avril 2014, d'autre part, que l'administration a retenu la date de communication des relevés bancaires de la Barclay's Bank dont le compte n'a pas été utilisé en 2012 et, enfin, que les dispositions de l'article L 12 du livre des procédures fiscales ne prévoient pas que la durée d'un an de l'ESFP puisse être prolongée de la durée d'obtention de la copie des chèques débités sur les comptes bancaires dont il est demandé la copie des relevés ;

- l'administration fiscale n'établit pas qu'elle n'aurait pas adressé ses demandes auprès des organismes financiers pendant le délai de 60 jours suivant la réception de l'avis d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ;

- la proposition de rectifications du 24 février 2015 n'est pas suffisamment motivée s'agissant des revenus d'origine indéterminée de l'année 2012 dans la mesure où elle fait seulement référence au courrier de demande de justifications et d'éclaircissements envoyé le 19 décembre 2014, demande qui n'est pas annexée à la proposition de rectification et qui ne leur pas été régulièrement notifiée ;

- si l'administration fiscale avait la faculté, avant la mise en recouvrement, de requalifier des rectifications de revenus initialement rehaussés sous le régime de la taxation d'office et dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, elle supportait l'obligation de leur notifier par une nouvelle proposition de rectification, la nouvelle qualification des revenus afin de leur offrir un délai de réponse ; il appartenait ainsi au service vérificateur, dès lors qu'il entendait imposer les sommes perçues au titre des remboursements de note de frais en tant que traitements et salaires et non plus en tant que revenus d'origine indéterminée, de leur accorder un droit de réponse avant la mise en recouvrement des impositions supplémentaires ;

- l'indemnité perçue par M. F en exécution du protocole transactionnel conclu le 15 février 2011 avec la société Laboratoire Denel doit être imposée en application du 2 de l'article 80 duodecies du code général des impôts, dès lors qu'il a été contraint d'abandonner ses fonctions après la délibération de l'assemblée général du même jour modifiant l'article 12 des statuts pour prévoir la possibilité d'une révocation " à tout moment " du président, et prononçant sa révocation de ses fonctions de président ;

- l'administration ne pouvait les imposer pour le montant total de la plus-value de cession de leurs parts de la société Laboratoire Denel au titre de l'année 2011, dès lors qu'ils remplissaient les conditions de l'abattement prévu au I de l'article 150-OD bis et ter du code général des impôts ; dans l'éventualité où l'administration fiscale persisterait à vouloir imposer cette plus-value de cession d'actions, ils demandent la communication au tribunal de la copie de leurs avis d'impositions des revenus des années 2006 et 2007 ;

- l'imposition, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, de la somme de 103 694,84 euros au titre de l'année 2012, entraîne une double imposition puisque ces sommes correspondent à une partie du règlement de la cession intervenue en février 2011, dont le produit a déjà été réintégré pour sa totalité dans leurs bases d'imposition au titre de l'année 2011 ;

- si l'administration soutient avoir abandonné les rectifications sur pensions alimentaires pour 2011 et 2012 au stade du recours hiérarchique, elle n'a jamais justifié avoir dégrevé les impositions et pénalités correspondantes et n'établit pas que ce dégrèvement aurait pu être compensé, comme elle le soutient, par l'imputation de " crédits d'impôts " et de " déficits fonciers ", aucune rectification de ce type n'étant intervenue en ce qui les concerne ;

- les deux remises de chèque provenant de la société Pacha finance développement du 6 avril 2012 de 6 000 euros et du 5 juillet 2012 de 12 000 euros ne sont pas des revenus d'origine indéterminée mais des remboursements de sommes figurant au débit de leurs comptes courant d'associés ;

- c'est à tort que l'administration a taxé en tant que revenus d'origine indéterminée les notes de frais de Mme F pour 2 305,20 euros et celle de M. F d'un montant de 10 723.55 euros au titre de l'année 2012 qui constituent des traitements et salaires et dont le détail est justifié ;

- la somme de 32 000 euros apparaissant au crédit de leur compte bancaire au cours du mois d'octobre 2011 correspond à un prêt consenti par leur fils I C F, dont le remboursement est intervenu par un virement du 3 octobre 2014 ;

- la somme de 28 000 euros versée sur leur compte bancaire le 17 octobre 2012 correspond au produit de la vente à la société Pacha finance et développement de 23 100 actions de la SAS Nutrifinances qui n'a donné lieu à aucune plus-value et qui a été comptabilisé par cette société au compte n° 261250 " Titres Nutrifinances " ainsi qu'aux comptes

n°512141 " Crédit mutuel " pour un paiement de 22 000 euros et au compte n°512161 " Société générale " pour un paiement de 6 000 euros ;

- les dix-huit crédits bancaires d'un montant total de 3 750 euros figurant sur leur compte bancaire en 2012 correspondent à des ventes de divers bibelots et meubles au cours d'une brocante municipale ;

- le crédit de 10 510,45 euros enregistré sur leur compte bancaire le 23 mai 2012 provient d'un chèque de la société Laboratoire Denel qui était destiné en réalité à la société PMS conseil et qui a été encaissé par erreur sur leur compte bancaire personnel ainsi que l'indique le relevé bancaire du compte Société générale n° 00050393538 66 qui mentionne un débit par virement au bénéfice de la société PMS conseil de même montant ;

- après examen des dernières observations formulées par l'administration fiscale, et compte tenu de l'état de la jurisprudence actuellement en cours, ils se désistent des moyens soulevés pour contester la majoration de 10% de l'article 1758 A du code général des impôts qui leur a été appliquée dont ils demandent toutefois la décharge à titre gracieux.

Par des mémoires en défense enregistrés le 4 juin 2020, le 23 novembre 2020, le 10 février 2022, le 24 février 2022, le 28 mars 2022 et le 19 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines et l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction du contrôle fiscal d'Ile-de-France concluent, dans le dernier état de leurs écritures, au non-lieu à statuer partiel ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Ils font valoir que :

- contrairement à ce que soutiennent les intéressés, l'administration leur a accordé le 12 mars 2020 un dégrèvement ramenant les sommes dues à un total de 260 976 euros, ce dégrèvement étant matérialisé par la décision d'acceptation partielle de leur réclamation ;

- il a été procédé au dégrèvement partiel des impositions contestées à hauteur de la somme de 42 716 euros en droits et pénalités ;

- les autres moyens soulevés par M. et Mme F ne sont pas fondés.

Vu l'ordonnance du 19 mai 2022 par laquelle la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2022.

En application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le 17 juin 2022 que la solution du litige était susceptible de reposer sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. et Mme F tendant à la remise gracieuse de la majoration de 10 % de l'article 1758 A du CGI faute pour ces dernières d'avoir été précédées d'une demande à l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1.M. et Mme A F ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle portant sur les années 2011 et 2012. Par deux propositions de rectifications du 8 décembre 2014 et du 24 février 2015, le service a réintégré, dans leurs bases imposables à l'impôts sur le revenu et aux contributions sociales, au titre des années 2011 et 2012, selon la procédure contradictoire, une indemnité transactionnelle de 20 000 euros perçue par M. F en 2011, des sommes déclarées comme des pensions alimentaires d'un montant de 3 000 euros en 2011 et 2 400 euros en 2012, une plus-value de cession de valeurs mobilières de 227 100 euros réalisée en 2011 et des sommes d'un montant total de 13 029 euros regardées comme des traitements et salaires au titre de l'année 2012. Il a également imposé par voie de taxation d'office des revenus d'origine indéterminée d'un montant de 286 076 euros au titre de l'année 2012. Après mise en recouvrement des impositions correspondantes d'un montant total de 275 357 euros en droits, majorations et intérêts de retard, l'administration a accordé le 12 mars 2020 aux intéressés un dégrèvement ramenant les sommes dues à un total de 260 976 euros. M. et Mme F demandent la décharge des impositions mises à leur charge ainsi que des majorations et intérêts de retard y afférents à hauteur de 275 357 euros.

Sur l'étendue du litige

2. Par une décision du 24 février 2022, postérieure à l'introduction de la requête, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction du contrôle fiscal d'Ile-de-France a dégrevé à hauteur de la somme de 42 716 euros, les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales procédant de la taxation d'office d'un crédit bancaire de 62 728,06 euros au titre de l'année 2012, ainsi que les pénalités et intérêts de retard y afférents. Par conséquent, il n'y a pas lieu de statuer sur les impositions en litige à concurrence de ce dégrèvement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale :

3. Il ressort des pièces du dossier que, comme le fait valoir l'administration en défense, l'administration a accordé le 12 mars 2020 à M. et Mme F un dégrèvement ramenant les sommes dues à un total de 260 976 euros, ce dégrèvement étant matérialisé par la décision d'acceptation partielle de leur réclamation. Par suite, les conclusions à fins de décharge des requérants en tant qu'elles excèdent cette somme sont irrecevables.

Sur la recevabilité des conclusions à fins de remise gracieuse :

4. Aux termes de l'article L. 247 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut accorder sur la demande du contribuable : / 1° Des remises totales ou partielles d'impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l'impossibilité de payer par suite de gêne ou d'indigence () ". Selon l'article R. 247-1 du même livre : " Les demandes prévues à l'article L. 247 tendant à obtenir à titre gracieux une remise () doivent être adressées au service territorial () de l'administration des impôts () dont dépend le lieu de l'imposition () ".

5. M. et Mme F qui contestaient initialement la majoration de 10 % mise à leur charge en application de l'article 1758 A du code général des impôts, ont abandonné, en cours de procédure, la contestation de ce chef de rectification dont ils demandent, dans le dernier état de leurs écritures, la remise gracieuse sur le fondement des dispositions précitées. Il résulte toutefois de ces dispositions que de telles conclusions, qui n'ont pas été précédées d'une demande à l'administration, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

En ce qui concerne le débat oral et contradictoire :

6. Le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu en vertu des articles L. 47 à L. 50 du livre des procédures fiscales, interdit au vérificateur d'adresser la notification de redressement qui, selon l'article L. 48 du même livre, marquera l'achèvement de son examen, sans avoir au préalable engagé un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir. En outre, dans sa version applicable au litige, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, rendue opposable à l'administration par l'article L. 10 du même livre prévoit que, dans le cadre de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, le dialogue joue un rôle très important tout au long de la procédure.

7. D'une part, il ne résulte pas des dispositions susmentionnées que le vérificateur était tenu, avant d'avoir recours à la procédure de demande de justifications prévue par les dispositions de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales, d'engager avec le contribuable un dialogue sur les discordances relevées par lui. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à l'exception d'un premier rendez-vous du 25 mars 2014 annulé par le service, il a été proposé aux intéressés neuf rendez-vous successifs avec le vérificateur au cours de l'année 2014 et un rendez-vous au début de l'année 2015 qui n'ont pu aboutir soit en raison de la demande d'annulation de ces rendez-vous par les requérants eux-mêmes, soit en raison de leur absence non justifiée. Dans ces conditions, M. et Mme F n'apportent pas la preuve que le vérificateur qui n'avait pas nécessairement à échanger oralement avec eux, se serait refusé à engager un dialogue contradictoire sur les rectifications qu'il envisageait de retenir, ni, par voie de conséquence, que l'administration aurait méconnu leur droit à la défense.

En ce qui concerne le recours à la procédure de taxation d'office :

8. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés. (). " Et aux termes de l'article L. 69 du même livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ". Il incombe à l'administration d'établir que la demande d'éclaircissements prévue par ces dispositions a été régulièrement notifiée au contribuable.

9. Il n'est pas contesté qu'un courrier n°2172 de demande d'éclaircissements ou de justifications a été envoyé aux requérants le 19 décembre 2014 et que ce pli, qui a été présenté le 20 décembre 2014 à leur domicile, est revenu avec la mention " Pli avisé et non réclamé ". S'il ressort de l'attestation produite par les intéressés que le préposé de La Poste a refusé à leur mandataire le retrait du pli contenant cette demande d'éclaircissement ou justification le mercredi 31 décembre suivant, il n'est pas établi qu'un tel refus était irrégulier dès lors que la procuration produite par M. et Mme F, qui est datée du 24 décembre 2015 et non du 24 décembre 2014, était irrégulière. En toute hypothèse, il n'est pas établi, ni d'ailleurs allégué par M. et Mme F que ceux-ci ou leur mandataire auraient effectué la moindre diligence pour tenter à nouveau d'obtenir la communication de ce pli les vendredi 2 janvier et samedi 3 janvier 2015, ce alors même que les requérants avaient parfaitement connaissance du contrôle engagé à leur encontre par l'administration et de l'importance que pouvait revêtir la réception de certaines pièces de procédures. Les requérants n'apportent, par ailleurs, aucun élément permettant d'établir que ce pli aurait été réexpédié avant l'expiration du délai de garde. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification régulière du pli contenant la demande de justifications et d'éclaircissements du 19 décembre 2014 doit être écarté, de même qu'en tout état de cause, le moyen tiré de ce que M. et Mme F aurait été privés des garanties de la procédure contradictoire, faute d'avoir obtenu la communication de ce document.

En ce qui concerne la durée du contrôle :

10. Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt. () / Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. () / Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger ". Il résulte de ces dispositions qu'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut normalement s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification prévu par les dispositions précitées de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales. Cependant, lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de produire ses relevés de compte dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration, ce délai peut être prorogé des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte. Le point de départ des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte court alors dès le 61ème jour suivant la demande faite au contribuable par l'administration, sauf lorsque le contribuable a produit avant cette date les coordonnées exactes de l'intégralité de ses comptes, auquel cas le point de départ des délais ne court qu'à compter de la date à laquelle l'administration demande aux établissements teneurs de ces comptes que ces relevés lui soient remis. La prorogation des délais, que l'administration n'est pas tenue de notifier au contribuable, cesse à la date à laquelle l'administration reçoit l'intégralité des relevés demandés.

11. Il résulte de l'instruction que par courrier n° 3929 en date du 12 février 2014 dont ils ont eu connaissance le 13 février 2014, les époux F ont été informés de l'ouverture d'une procédure d'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle et invités à remettre la totalité des relevés de comptes financiers de toute nature dans un délai de soixante jours. Il est constant qu'ils n'ont communiqué aucun de ces documents dans le délai ainsi fixé et qu'ils se sont également abstenus de communiquer au service les coordonnées de l'ensemble de leurs comptes bancaires. Il ressort des pièces fournies par l'administration fiscale et n'est pas réellement contesté par les intéressés que le service a reçu les relevés des quatre comptes sollicités auprès de la Société générale, de la Caisse régionale de crédit agricole mutuel (CRCAM) et, en dernier lieu, de la Barclays Bank entre le 24 avril et le 12 mai 2015. Par conséquent, le délai de clôture de l'examen de la situation fiscale de M. et Mme F a été prorogé d'une durée égale à celle comprise entre le 61e jour après la notification de l'avis d'examen, soit 14 avril 2014 et le 12 mai 2014, soit 28 jours, et expirait, conformément aux dispositions précitées, le 12 mars 2015. La circonstance que le compte détenu par les époux F auprès de la banque Barclays, dont le relevé a été reçu par le service en dernier lieu le 12 mai 2015, n'était pas utilisé au cours des années en litige, est sans incidence sur le calcul de la durée de prorogation du contrôle. Enfin, il n'est pas, en tout état de cause, établi que la demande de transmission de copies de chèques, que le service était d'ailleurs parfaitement fondé à solliciter dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, aurait été de nature à allonger le délai de réponse des banques concernées. La proposition de rectifications du 24 février 2015 ayant ainsi été envoyée dans le délai prévu par l'article L.12, le moyen tiré de la prorogation irrégulière du délai de contrôle doit être écarté.

En ce qui concerne l'exercice du droit de communication :

12. Aux termes, d'une part, de l'article R. 81-1 du livre des procédures fiscales : " I.- Le droit de communication défini à l'article L. 81 est exercé par les fonctionnaires titulaires ou stagiaires appartenant à des corps de catégorie A ou B ou par des fonctionnaires titulaires appartenant à des corps de catégorie C agissant soit dans l'ensemble de la région où est situé le service auquel ils sont affectés, soit, lorsqu'il est plus étendu, dans le ressort territorial de ce service. () ". Aux termes, d'autre part, de l'article L. 76 B du même livre : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". L'obligation faite par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales à l'administration fiscale d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements qu'elle a utilisés pour procéder à des rectifications a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'imposition s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu du contribuable, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie. Enfin, cette obligation ne s'étend pas aux éléments nécessairement détenus par les différents services de l'administration fiscale en application de dispositions législatives ou réglementaires

13. En premier lieu, il résulte des pièces fournies par l'administration, qui ne sont pas utilement contestées par les requérants, que le droit de communication qu'a exercé le service auprès des établissements bancaires dans lesquels M. et Mme F disposaient d'un compte a été exercé, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 81-1 du livre des procédures fiscales, par un fonctionnaire de catégorie B, contrôleur exerçant à la brigade de recherche systématique de la direction nationale d'enquêtes fiscales.

14. En second lieu, M. F a adressé au service, par courrier daté du 16 mars 2015, une demande de communication qui visait expressément les demandes adressées par le service de la Société générale, la CRCAM et la Barclays Bank ainsi que les réponses obtenues, l'ensemble des relevés bancaires des quatre comptes détenus auprès de ces organismes financiers, les copies des chèques déposés sur les comptes détenus auprès de ces établissements financiers, la demande de justification n°2172 du 19 décembre 2014 ainsi que la copie recto-verso des enveloppes d'expédition, les informations et documents produits par la société Laboratoire Denel et, enfin, les informations transmises par l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS). En réponse, par courrier du 27 mars 2015, l'administration a répondu à cette demande et transmis au contribuable les relevés bancaires des comptes détenus auprès de la Société générale et de la CRCAM, la copie des autres pièces sur lesquelles étaient fondés les rehaussements, ainsi que la copie de la demande de justification du 19 décembre 2014 et de son enveloppe d'expédition aux deux adresses connue du contribuable. En revanche, c'est à bon droit que l'administration a pu estimer que ni les demandes qui avaient été adressées par le service à des tiers et notamment aux établissements bancaires concernés, ni les données de l'ACOSS, détenues par l'administration fiscale en application des dispositions législatives et réglementaires, ni les autres documents bancaires, ni les documents produits par la société Laboratoire Denel, en particulier les bulletins de salaire et la copie des protocoles transactionnels conclus avec M. et Mme F en 2012, qui, soit ne fondaient pas les redressements, soit, eu égard à leur teneur, étaient nécessairement connus des contribuables, n'étaient au nombre des éléments dont la communication est imposée par les dispositions précitées. En outre, si les requérants soutiennent que l'administration ne leur aurait pas transmis l'ensemble des copies de chèques obtenus des établissements bancaires, de telles allégation ne sont corroborées par aucune des pièces du dossier. Enfin, il n'est nullement établi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, que l'administration aurait adressé une demande aux établissements bancaires sans attendre l'expiration du délai de trente jours dont dispose le contribuable pour répondre à une demande formulée sur le fondement de l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales, ce qu'elle n'est au demeurant pas tenue de faire. Par suite, les moyens tirés de ce que le droit de communication aurait été exercé de manière irrégulière et que les requérants auraient été privés de leur droit de la défense doit être écarté.

En ce qui concerne la motivation de la proposition du 24 février 2015 :

15. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions ". Cette notification doit préciser de façon suffisamment explicite les éléments servant au calcul des bases d'imposition et les modalités de leur prise en compte pour la détermination de celles-ci.

16. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 24 février 2015 indique les motifs de droit et les éléments ayant servi au calcul des impositions d'office. Ce document mentionne en particulier de manière précise et exhaustive le détail des sommes taxées d'office et permettait, dès lors, aux contribuables de faire valoir utilement leurs observations. La seule circonstance que ce document se réfère, pour justifier le recours à la procédure de taxation d'office, à la demande de justifications du 19 décembre 2014 qui ne lui est pas annexée et dont les requérants contestent qu'elle leur aurait été régulièrement notifiée, est, en tout état de cause, sans incidence sur sa régularité, dès lors que l'ensemble des sommes concernées figure en annexe de la proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la proposition de rectification du 24 février 2015 en matière de revenus d'origine indéterminés, doit être écarté.

En ce qui concerne l'imposition des frais professionnels dans la catégorie des traitements et salaires :

17. Lorsque l'administration entend retenir un motif différent de celui ayant assorti une première proposition de rectification et qu'avant mise en recouvrement des impositions, elle procède à une substitution de base légale, elle doit en aviser le contribuable par une nouvelle proposition lui ouvrant, pour en discuter, un nouveau délai de réponse.

18. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'une partie des revenus des requérants qui avait initialement été taxée d'office en tant que revenus d'origine indéterminée, a, suite au recours hiérarchique du 23 juin 2016 et ainsi qu'en atteste le compte-rendu de cet entretien du 26 juin 2016, été réintégrée dans leurs bases imposables dans la catégorie des traitements et salaires au titre de l'année 2012 en tant que notes de frais pour des montants de 2 305,20 euros et de 10 723,55 euros. Toutefois, l'administration ne pouvait procéder à une telle requalification sans adresser aux contribuables une nouvelle proposition de rectification lui ouvrant droit un nouveau délai de réponse. Faute pour le service d'avoir respecté une telle procédure, les requérants sont fondés à solliciter la décharge des droits et pénalités résultant de ce chef de rectification.

Sur le bien-fondé des impositions en litige

En ce qui concerne les pensions alimentaires :

19. Lorsque, en même temps qu'une surtaxe commise au préjudice d'un contribuable, l'administration constate une insuffisance d'imposition, la surtaxe ne peut faire l'objet d'un dégrèvement d'office que dans la mesure où son montant excède celui de l'insuffisance.

20. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la demande de M. et Mme F qui sollicitaient le dégrèvement en base de 1 800 euros et de 2 400 euros au titre respectivement des pensions alimentaires versées en 2011 et en 2012 par M. F à Mme D, l'administration a admis le 23 juin 2016, à la suite du recours hiérarchique exercé par les intéressés, de déduire de leur revenu imposable le montant de ces pensions alimentaires à hauteur de 1800 euros par mois en 2011 et de 2 000 euros par mois en 2012. Si l'administration soutient que " du fait de l'imputation des crédits d'impôts et déficits fonciers, plafonnés lors des dernières conséquences financières issues du recours hiérarchique, l'abandon des rehaussements portant sur les pensions alimentaires ne permet pas de prononcer de dégrèvement supplémentaire au bénéfice des requérants. " et que " La copie des conséquences financières modifiées montre que, lorsque les charges déductibles après contrôle passent ainsi à 4 839 € () pour l'année 2011 et à 4 400 € () pour l'année 2012, les rappels d'impôt effectués au titre de ces deux années restent inchangés ", ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, d'autant qu'il ne résulte d'aucune des pièces versées au dossier que les requérants auraient fait l'objet d'une quelconque rectification en matière de revenus fonciers. Dans ces conditions, dès lors que l'administration ne conteste pas que les rectifications litigieuses n'étaient pas fondées à concurrence des sommes susmentionnées et en l'absence de tout élément permettant de comprendre à quel titre et dans quelle mesure il y a lieu de procéder à la compensation entre les sommes provenant de ce dégrèvement et celles résultant d'autres chefs de rectification, les requérants sont fondés à solliciter la réduction en base de leur revenu imposable à l'impôt sur le revenu à hauteur de 1 800 euros en 2011 et de 2 000 euros en 2012.

En ce qui concerne l'imposition du montant l'indemnité transactionnelle perçue par M. F au titre de l'année 2011 :

21. Le 2 de l'article 80 duodecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Constitue () une rémunération imposable toute indemnité versée, à l'occasion de la cessation de leurs fonctions, aux mandataires sociaux, dirigeants et personnes visés à l'article 80 ter. Toutefois, en cas de cessation forcée des fonctions, notamment de révocation, seule la fraction des indemnités qui excède les montants définis aux 3 et 4 du 1 est imposable. ".

22. Il résulte de l'instruction que M. F a été nommé président de la SAS Laboratoire Denel le 27 mars 2006. Le 28 mars suivant, les actionnaires de cette société, à savoir, la société Pharmacie biologie participation (PBP), M. et Mme F et la société Pacha finance développement, ont conclu une convention d'associés prenant fin le 31 décembre 2010. A l'occasion de l'arrivée à terme de cette convention, le groupe constitué par la société Pacha finance développement et M. et Mme F, a fait valoir son droit de sortie prioritaire et a sollicité l'acquisition de ses actions par la société PBP. La cession des titres est intervenue le 15 février 2011. La société PBP, devenue actionnaire unique de la société Laboratoire Denel, a procédé à la révocation sans indemnité de M. F. Celui-ci et la société Laboratoire Denel ont toutefois conclu le même jour un protocole d'accord transactionnel dont l'objet était, selon ce document, de mettre fin au litige lié aux conditions dans lesquelles était intervenue cette révocation. Cet accord prévoyait, d'une part, le versement, à titre transactionnel, d'une somme de 20 000 euros à M. F et, d'autre part, le maintien de certaines relations d'affaires entre les deux parties. Pour imposer la somme de 20 000 euros perçue par M. F au titre de l'année 2011, en application des dispositions du 2 de l'article 80 duodecies précité, le service a estimé que M. F ne pouvait ignorer que la cession des titres de la société Laboratoire Denel allait conduire à sa révocation, laquelle ne pouvait, de ce fait, être regardée comme forcée au sens de ces dispositions.

23. Il n'est pas contesté par l'administration fiscale que le mandat social de M. F n'avait aucune limitation de durée et il n'est pas non plus allégué que la convention d'associés du 28 mars 2006 prévoyait la révocation de M. F en cas de vente de ses parts de la société, ce qui implique qu'il n'existait statutairement aucun motif pour que M. F quitte volontairement son poste de président de la société Laboratoire Denel après la cession des titres de cette société. Il ressort du protocole transactionnel d'accord mentionné au point précédent que la révocation de M. F, dont l'associé unique avait d'ailleurs initialement prévu qu'elle devait s'effectuer sans indemnité, a été décidé par la société PBP contre la volonté de M. F qui estimait cette mesure soudaine et imprévisible. Une telle interprétation est corroborée par le fait que l'associé unique de la société Laboratoire Denel a pris la précaution de remplacer les stipulations de l'article 12 des statuts de cette société dans leur rédaction à jour au 29 juin 2009 qui prévoyaient que " le président peut être révoqué pour motifs graves (). Toute révocation intervenant sans qu'un motif grave soit établi donnera lieu à indemnisation " par la phrase " Le Président peut être révoqué à tout moment, sans qu'il soit besoin d'un juste motif (). Cette révocation n'ouvre droit à aucune indemnisation ", ce qui devait lui permettre d'évincer l'intéressé à moindre frais. Si le protocole d'accord transactionnel conclu entre l'intéressé et la société Laboratoire Denel le même jour accorde finalement à M. F une indemnité de 20 000 euros ainsi que d'autres avantages en contrepartie de sa révocation, il ne peut être exclu que qu'un tel accord résulte d'une ultime négociation des parties. La seule circonstance que ce protocole d'accord transactionnel a été conclu le même jour que la révocation de M. F ne suffit pas à établir que le départ de ce dernier était volontaire et négocié avec la société Laboratoire Denel. A supposer même que l'administration ait entendu, dans ses écritures en défense, soutenir que ce protocole était fictif ou que les parties à ce protocole ont recherché le bénéfice d'une application littérale de 2 de l'article 80 duodecies du code général des impôts à l'encontre des objectifs poursuivis par le législateur, dans le seul but d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que M. F aurait normalement dû supporter, il est constant qu'elle n'a pas jugé utile de mettre en œuvre la procédure de répression des abus de droit. Enfin, il ne résulte d'aucune des pièces versées au dossier et il n'est d'ailleurs même pas allégué par l'administration que l'indemnité ainsi accordée à M. F excèderait le montant fixé par les dispositions précitées du 2 de l'article 80 duodecies du code général des impôts. Dans ces conditions, M. et Mme F sont fondés à demander que leurs bases imposables à l'impôt sur le revenu de l'année 2011 soit réduites de la somme susmentionnée de 20 000 euros.

En ce qui concerne la plus-value de cession de valeurs mobilières réalisée en 2011 :

24. Aux termes de l'article 150-0 D ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable entre le 1er janvier 2009 et le 30 décembre 2011 : " I. - L'abattement prévu à l'article 150-0 D bis s'applique dans les mêmes conditions, à l'exception de celles prévues au V du même article, aux gains nets réalisés lors de la cession à titre onéreux d'actions, de parts ou de droits démembrés portant sur ces actions ou parts, acquis ou souscrits avant le 1er janvier 2006, si les conditions suivantes sont remplies : / 1° La cession porte sur l'intégralité des actions, parts ou droits détenus par le cédant dans la société dont les titres ou droits sont cédés ou sur plus de 50 % des droits de vote ou, en cas de la seule détention de l'usufruit, sur plus de 50 % des droits dans les bénéfices sociaux de cette société ; / 2° Le cédant doit : / a) Avoir exercé au sein de la société dont les titres ou droits sont cédés, de manière continue pendant les cinq années précédant la cession et dans les conditions prévues au 1° de l'article 885 O bis, l'une des fonctions mentionnées à ce même 1° ; () / b) Avoir détenu directement ou par personne interposée ou par l'intermédiaire de son conjoint ou de leurs ascendants ou descendants ou de leurs frères et sœurs, de manière continue pendant les cinq années précédant la cession, au moins 25 % des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de la société dont les titres ou droits sont cédés ; / c) Cesser toute fonction dans la société dont les titres ou droits sont cédés et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux années suivant ou précédant la cession () ". Aux termes de l'article 885 O bis susmentionné : " Les parts et actions de sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés, de plein droit ou sur option, sont également considérées comme des biens professionnels si leur propriétaire remplit les conditions suivantes : 1° Etre, soit gérant nommé conformément aux statuts d'une société à responsabilité limitée ou en commandite par actions, soit associé en nom d'une société de personnes, soit président, directeur général, président du conseil de surveillance ou membre du directoire d'une société par actions. / Les fonctions énumérées ci-dessus doivent être effectivement exercées et donner lieu à une rémunération normale. Celle-ci doit représenter plus de la moitié des revenus à raison desquels l'intéressé est soumis à l'impôt sur le revenu dans les catégories des traitements et salaires, bénéfices industriels et commerciaux, bénéfices agricoles, bénéfices non commerciaux, revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62. () ".

25. Il résulte des dispositions de l'article 150-0 D ter du code général des impôts qui, compte tenu de leur caractère dérogatoire, doivent être interprétées strictement, que le bénéfice de l'abattement prévu à cet l'article est subordonné au respect de plusieurs conditions relatives à la personne du cédant, tenant notamment à l'exercice effectif de fonctions de direction normalement rémunérées au sein de la société dont les titres sont cédés et à la cessation de toute fonction au sein de cette même société dans l'année suivant la cession. Le respect de ces conditions s'apprécie nécessairement, dans le cas d'un couple marié, au niveau de chaque conjoint pris isolément, alors même que le législateur a prévu, au b du 2° de l'article 150-0 D ter, que la condition relative à la détention de manière continue pendant les cinq années précédant la cession d'au moins 25 % des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux de la société dont les titres sont cédés doit être appréciée tant au regard des titres détenus directement par le cédant que des titres détenus par l'intermédiaire d'autres membres de son groupe familial et notamment par son conjoint.

26. D'une part, il n'est pas contesté que Mme F n'exerçait aucune fonction de direction au sein de l'entreprise.

27. D'autre part, en l'absence de production de ses déclarations de revenus pour les années 2008 à 2010, M. F n'établit pas que, conformément aux dispositions précitées, les revenus qu'il tirait de ses fonctions de gérant auraient représenté, au cours de ces années, plus de 50% de ses revenus déclarés au cours des cinq années qui ont précédé la cession litigieuse. A cet égard, les attestations de l'expert-comptable de la société MB Associés, datée du 4 mars 2022 et du 1er avril 2022, indiquant que les déclarations 2006 et 2007 des époux F ont été visées par le cabinet qui s'est chargé de leur transmission à l'administration fiscale, et récapitulant leur contenu, n'apportent aucune information sur le montant de la rémunération des activités de gérant de M. F au cours des années 2008 à 2010, ni par conséquent sur leur proportion au regard de l'ensemble de ses revenus déclarés.

28. Par suite et alors même qu'ils rempliraient les autres conditions prévues par les dispositions précitées des articles 150-0 D ter et 885 O bis précités, M. et Mme F ne peuvent bénéficier de l'exonération de plus-value de cession de valeurs mobilières qu'ils sollicitent.

En ce qui concerne les sommes imposées dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée :

29. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En l'espèce, il résulte de ces dispositions que les requérants, qui n'ont pas répondu à la demande de justifications qui leur a été adressée le 19 décembre 2014, et ont, dès lors, été régulièrement taxés d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, supportent la charge de la preuve de la nature et de l'origine des sommes sur lesquelles sont assises les rectifications contestées.

30. Il est loisible au contribuable taxé d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales pour défaut de réponse à une demande de justifications portant sur l'origine de sommes portées au crédit de ses comptes bancaires d'apporter devant le juge de l'impôt la preuve que les sommes concernées, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie déterminée de revenus. Dans ce cas, le contribuable peut obtenir, le cas échéant, une réduction de l'imposition d'office régulièrement établie au titre du revenu global, à raison de la différence entre les bases imposées d'office et les bases résultant de l'application des règles d'assiette propres à la catégorie de revenus à laquelle se rattachent, en définitive, les sommes en cause.

S'agissant de la somme de 18 000 euros :

31. Pour imposer, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, deux sommes d'un montant total de 18 000 euros apparaissant au crédit de leur compte bancaire au titre de l'année 2012, le service a estimé que les requérants ne justifiaient pas de l'origine et de la nature de ces versements. M. et Mme F établissent néanmoins que ces sommes leur ont été versées en remboursement d'avances en compte courant par la société Pacha finances développement en produisant des extraits du grand livre de la société qui mentionnent, effectivement, à la date du 6 avril 2012 un virement de 6 000 euros sur le compte de Mme E F libellé " remboursement de CC F " et, à la date du 6 juillet 2012, un virement de 12 000 sur le compte de M. F libellé " CC MARC F ", sommes qui correspondent aux montants portés au crédit de leur compte personnel les 6 avril et 5 juillet 2012. C'est donc à tort que l'administration a taxé ces sommes en tant que revenus d'origine indéterminée.

32. L'administration, qui ne peut renoncer à appliquer la loi fiscale, peut, à tout moment de la procédure, justifier l'impôt sur un nouveau fondement légal qu'elle a compétence liée pour appliquer, à condition de ne priver le contribuable d'aucune des garanties légales auxquelles il a droit.

33. En l'espèce, l'administration fiscale qui ne conteste plus utilement dans le dernier état de ses écritures la nature et l'origine des sommes susmentionnées, fait valoir que les extraits de comptes courants produits par les intéressés ne font apparaître ni les sommes imputées au crédit de ces comptes, ni le solde de ces comptes courants ce qui ne permet pas d'écarter la possibilité que le versement des sommes concernées a pour conséquence d'aboutir à des soldes négatifs desdits comptes à la clôture de l'exercice 2012, les sommes ainsi versées devant dans une telle hypothèse, être considérées comme des revenus distribués au sens des articles 109-1-2° et 111 a du code général des impôts. Dans la mesure toutefois où l'administration qui a la charge d'établir le bien-fondé de la substitution de base légale qu'elle demande, n'établit pas l'existence du solde négatif des comptes courants d'associés des requérants, cette substitution doit être écartée.

34. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à solliciter la décharge des impositions correspondantes.

S'agissant de la somme de 32 000 euros :

35. Pour soutenir que la somme de 32 000 euros apparaissant au crédit de leur compte bancaire le 10 octobre 2011 correspondrait à un prêt consenti par leur fils, les requérants se prévalent d'une attestation établie par celui-ci et d'un relevé de leur compte bancaire attestant qu'ils ont effectué, le 6 octobre 2014, au bénéfice de ce dernier un virement de 36 360 euros. Le montant remboursé ne correspond cependant pas au montant du prêt allégué. L'attestation produite dont il est d'ailleurs impossible de déterminer à quelle date elle a été rédigée, présente en outre de larges imprécisions en ce qui concerne le mode de calcul de la somme prétendument remboursée. Dans ces circonstances, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe que le crédit de 32 000 euros n'avait pas le caractère d'une avance familiale et les conclusions à fin de décharge de M. et Mme F doivent, sur ce point, être rejetées.

S'agissant de la somme de 28 000 euros :

36.Les requérants font valoir que la somme de 28 000 euros apparaissant au crédit de leur compte bancaire ouvert auprès de la société générale correspond au produit de la cession de leurs parts de la société Nutrifinances à la société Pacha Finance. Ils produisent deux déclarations de cessions de droits sociaux, modèle Cerfa n°2759, datées toutes deux du 16 octobre 2012, indiquant que M. F a acquis, auprès de M. B H, de 57 750 parts de la société Nutrifinances SAS pour un montant de 70 000 euros, et cédé le même jour 23 100 actions de la Nutrifinances SAS à la SARL Pacha Finances et développement, pour un montant de 28 000 euros. Ils produisent également, à l'appui de leur mémoire enregistré le 12 mars 2022, la copie de deux chèques émis par la société Pacha Finances le 16 octobre 2012 d'un montant de, respectivement, 6 000 et 22 000 euros. Si l'administration soutient que la seule production de ces chèques permet seulement de justifier de l'origine de cette somme, mais ne permet pas de justifier leur caractère non-imposable, elle ne sollicite toutefois pas la substitution d'une autre catégorie d'imposition. Par suite, les requérants qui apportent la preuve de l'origine et de la nature de la somme en cause, sont fondés à solliciter la décharge des droits et pénalités résultant de ce chef de rectification.

S'agissant de la somme de 3 750 euros :

37. Si les requérants se prévalent d'une attestation établie le 23 mai 2016 par la responsable de la brocante de Rocquencourt, indiquant que " Mme E F s'est inscrite en septembre 2012 et a loué un stand à 17 euros et une table à 12 euros " pour participer à une brocante sur le territoire de la commune, ce seul élément ne permet toutefois pas de justifier de l'origine et de la nature de la somme en litige qui a, par suite, été imposée à bon droit dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant de la somme de 10 510,454 euros :

38. Il résulte de l'instruction que l'administration a imposé en tant que revenus d'origine indéterminée une somme de 10 510,45 euros créditée le 23 mai 2012 sur le compte bancaire Société générale de M. et Mme F. Si les requérants établissent que ce versement résulte d'un chèque de la société Laboratoire Denel et soutiennent que celui-ci a été encaissé par erreur dans la mesure où il était destiné en réalité à la société PMS conseil, les pièces qu'ils produisent et qui font simplement état du versement d'une somme de même montant sur le compte de la société PMS conseil, ne suffisent pas à établir que cette opération résulterait d'une erreur d'encaissement, ni que la somme versée à la société PMS conseil aurait le caractère d'un remboursement. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à contester ce chef de rectification.

S'agissant de la somme de 103 694,84 euros :

39.Les requérants soutiennent que l'imposition, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, d'une somme de 103 694,84 euros au titre de l'année 2012, entraîne une double imposition, dans la mesure où cette somme correspond à une partie du règlement de la cession de titres intervenue en février 2011 dont le produit a déjà été réintégré pour sa totalité dans leurs bases d'imposition au titre de l'année 2011.

40.En premier lieu, les requérants justifie d'une attestation produite par Me Mamet le 24 février 2016 indiquant qu'il a été " désigné séquestre d'une somme de 25 000 euros sur le prix de vente des laboratoire Denel par le groupe F à la société PBP " et qu'il a " débloqué en date du 25 oct. 2012 " les sommes de 8 216,43 euros au bénéfice de M. A F, et de 1 785,59 euros au bénéfice de Mme E F, sommes qui apparaissent effectivement au crédit de leur compte bancaire par un dépôt de chèque le 31 octobre 2012. Eu égard à la correspondance entre les dates mentionnées dans l'attestation de Me Mamet et la date du dépôt des chèques correspondant sur le compte bancaire des époux F, ces derniers doivent être regardés comme justifiant de l'origine et de la nature d'une fraction de la somme litigieuse, à hauteur de 10 002,02 euros, et sont fondés à solliciter la décharge des impositions qui en résultent.

41. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les chèques encaissés le 25 juillet 2012 pour des montants de respectivement, 16 726, 35 euros et 76 966,47 euros, émis par la société PBP, correspondraient au règlement de la cession intervenue le 15 février 2011, soit dix-sept mois auparavant, et dont le produit s'élevait en principe à 230 367 euros pour M. F et 50 063 euros pour Mme F, alors qu'en outre le protocole transactionnel du 15 février 2011 a prévu que la société pourrait confier à M. F, par l'intermédiaire d'une " Société SAS nouvelle à constituer " des missions de conseil, ou " missions de coordination et d'assistance ". Dans ces circonstances, les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, de l'origine et de la nature des sommes litigieuses et ne sont pas fondés à solliciter la décharge des impositions correspondantes.

Sur les frais

42.Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à titre principal, une somme quelconque en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme F à hauteur du dégrèvement visé au point 2.

Article 2 : Les bases des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge de M. et Mme F au titre des années 2011 et 2012 sont réduites à hauteur des sommes dont la décharge leur a été accordée en application des points 18, 20, 23, 31, 36 et 40 du présent jugement.

Article 3 : M. et Mme F sont déchargées des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2011 et 2012 ainsi que des majorations et pénalités y afférentes, à concurrence des réductions de bases prononcées à l'article 2.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme F est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A F, au directeur départemental des finances publiques des Yvelines et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction du contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Mathé, conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

G. G

Le président,

signé

L. Campoy

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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