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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2003334

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2003334

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2003334
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2020 et le 7 septembre 2021, M. A E, représenté par la SELARL Coubris Courtois et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 92 783,43 euros en réparation de ses préjudices patrimoniaux et la somme de 149 465 euros en réparation de ses préjudices extra-patrimoniaux, avec intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ;

2°) de condamner le centre hospitalier Sud Francilien à lui verser une somme de 8 000 euros avec intérêts au taux légal, en réparation du préjudice d'impréparation subi du fait du non-respect de son obligation d'information, avec intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ;

3°) de condamner l'ONIAM à lui verser une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les experts ont retenu que la complication survenue au décours de l'intervention du 4 février 2016 est un accident médical non fautif à l'origine des dommages subis ;

- les conséquences de cette complication, en l'espèce les douleurs et un déficit moteur des membres inférieurs, sont anormalement plus graves que celles auxquelles il aurait été exposé en l'absence de traitement ; de plus, la survenance de l'ischémie médullaire subie présentait une probabilité extrêmement faible selon les experts ;

- le Dr B a commis une faute en manquant au devoir d'information préopératoire sur les risques encourus, même exceptionnels ; la fiche d'information lui a été remise en main propre la veille de l'intervention, soit dans des conditions ne lui permettant pas d'exprimer un consentement éclairé, la fiche n'étant en outre pas signée ; le centre hospitalier Sud Francilien devra être condamné à lui verser 8 000 euros pour préjudice moral subi du fait de ce défaut d'information ;

- il est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis en conséquence de suites dommageables de son intervention chirurgicale, pour les postes et montants suivants :

Préjudices patrimoniaux temporaires :

- Dépenses de santé actuelles :320,64 euros ;

- Frais divers :2 693 euros ;

- Assistance par tierce personne : 6 075 euros ;

Préjudices patrimoniaux permanents :

- Dépenses de santé futures :2 280,42 euros ;

- Frais divers (déplacements) :2 650,76 euros ;

- Tierce personne post consolidation:53 962,75 euros ;

- Frais de logement adapté :15 392,28 euros ;

- Frais de véhicule adapté : 9 408,60 euros ;

Préjudices extra patrimoniaux temporaires :

- Déficit fonctionnel temporaire : 12 465 euros ;

- Souffrances endurées :30 000 euros ;

- Préjudice esthétique temporaire :5 000 euros ;

Préjudices extra patrimoniaux permanents :

- Déficit fonctionnel permanent :64 000 euros ;

- Préjudice esthétique permanent :8 000 euros ;

- Préjudice d'agrément :15 000 euros ;

- Préjudice sexuel :15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2021, le centre hospitalier Sud Francilien, conclut au rejet de la requête, à la condamnation du requérant à lui verser une somme de 3 000 euros pour procédure abusive et une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il y a lieu de prononcer sa mise hors de cause ;

- aucune faute ne lui étant reprochée en ce qui concerne la délivrance de l'information et sa responsabilité ne peut être recherchée.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) conclut :

1°) au rejet des prétentions indemnitaires de M. E s'agissant de l'assistance par tierce personne à titre temporaire et permanent, des dépenses de santé futures, des frais divers futurs, du préjudice esthétique temporaire et du préjudice d'agrément ;

2°) au rejet des demandes formulées au titre des frais d'assistance à expertise, du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées comme étant déjà indemnisées par le protocole transactionnel ;

3°) à ce que les autres prétentions indemnitaires du requérant soient réduites à de plus justes proportions ;

3°) au rejet de la demande formulée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'entend pas contester le principe de sa responsabilité ;

- il s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant du préjudice d'impréparation, des dépenses de santé actuelles, des frais divers temporaires et des frais de logement adapté ;

- les demandes indemnitaires de M. E doivent être ramenées à de plus justes proportions, selon les postes et montants suivants :

- Frais de véhicule adapté : 4 408,27 euros ;

- Déficit fonctionnel permanent :50 000 euros ;

- Préjudice esthétique permanent :3 700 euros ;

- Préjudice sexuel :2 000 euros ;

- les autres chefs de préjudice doivent être rejetés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le rapport d'expertise établi par le Dr D et le Pr C du 30 avril 2017 ;

- le rapport d'expertise du Dr D du 19 décembre 2018 ;

- les avis de la commission de conciliation et d'indemnisation du 28 septembre 2017 et du 10 janvier 2019 ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tiphaine représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, né le 27 mai 1946, a présenté des fessalgies de type constriction, crampes et lourdeur, survenant après une distance de marche de 300 à 400 mètres environ. Plusieurs examens réalisés courant 2014 ont mis en évidence une importante infiltration athéromateuse de la terminaison de l'aorte abdominale avec sténose d'environ 50% ainsi qu'une sténose d'environ 80% de l'artère iliaque primitive droite et sténose pré-occlusive de l'ostium de l'artère iliaque interne droite. Plusieurs examens ont été réalisés dans le courant de l'année 2014 et de l'année 2015. Une artériographie aortique et des membres inférieurs ainsi qu'une angioplastie lui ont été prescrites par le Dr F en décembre 2015. Le Dr B, radiologue au centre hospitalier Sud Francilien, a confirmé le diagnostic posé et l'indication opératoire et le 4 février 2016, M. E a subi l'artériographie diagnostique et thérapeutique programmée, réalisée par le Dr F et le Dr B. Si la dilatation de l'artère iliaque interne droite a été effectuée normalement, la dilatation de l'aorte abdominale sous rénale a provoqué une ischémie du membre inférieur droit, une thrombose de l'artère mésentérique supérieure et une ischémie du cône médullaire. Une thromboaspiration de l'artère tibio-péronière droite et de l'artère iliaque interne a été réalisée par le Dr B, mais M. E a néanmoins présenté un déficit moteur des membres inférieurs, prédominant à droite et il conserve une paraparésie accompagnée de paresthésie et de douleurs dans le membre inférieur gauche.

2. Le 2 juin 2016, M. E a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'une demande d'indemnisation. La commission a désigné le Dr D et le Pr C en qualité d'experts, qui ont rendu leur rapport le 30 avril 2017. Par un premier avis du 28 septembre 2017, la CCI a conclu à la prise en charge par l'ONIAM de l'indemnisation des préjudices subis par M. E, bien que son état de santé ne soit pas consolidé à cette date. L'ONIAM a adressé une offre d'indemnisation transactionnelle partielle pour un montant de 18 190,64 euros, acceptée par M. E le 26 février 2018, au titre du déficit fonctionnel temporaire, des frais divers, des souffrances endurées et des frais de conseil. Un second rapport d'expertise a été rendu par le Dr D le 19 décembre 2018 et la CCI a rendu un second avis le 10 janvier 2019, fixant définitivement les préjudices après consolidation de l'état de santé du requérant. Une nouvelle offre complémentaire d'indemnisation proposée par l'ONIAM à hauteur 10 432,50 euros, n'a toutefois pas été acceptée par l'intéressé, qui a saisi le tribunal par la requête susvisée, aux fins de condamnation de l'ONIAM à l'indemniser des préjudices subis des suites de l'intervention du 4 février 2016.

Sur le droit à réparation au titre de la solidarité nationale :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire./ Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou de gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité soit établie conformément aux conditions exposées à l'article D.1142-1 précitées au point 3.

5. D'une part, il ressort de rapport d'expertise du Dr D et du Pr C que la complication est survenue à l'occasion d'un acte diagnostique et thérapeutique, qu'elle ne présente pas le caractère d'une affection iatrogène mais constitue un acte médical non fautif. D'autre part, les experts précisent également qu'il était " impossible de prévoir une naissance très basse de l'artère spinale antérieure à ce niveau ", cette variation anatomique n'étant rapportée en littérature médicale que de façon tout à fait exceptionnelle. Les experts précisent également que la complication subie a eu des conséquences anormales au regard de l'évolution prévisible et spontanée de l'état de santé de M. E en l'absence de traitement par l'acte en cause. Enfin, le critère de gravité est rempli en l'espèce, dès lors que le Dr D a fixé, dans son rapport d'expertise post-consolidation, le taux de déficit fonctionnel permanent de M. E à 40%, soit au-delà des seuils prévus par les dispositions précitées du code de la santé publique. Par suite, M. E est fondé à demander la réparation de ses préjudices par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), au titre de la solidarité nationale.

Sur le défaut d'information :

6. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version en vigueur à la date de l'acte en cause : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () "

7. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

8. Il résulte de l'instruction qu'une fiche d'information non signée figure au dossier médical de M. E, qui lui a été remise en main propre la veille de l'intervention selon le rapport d'expertise. Si M. E soutient que ces conditions de délivrance d'information ne lui ont pas permis d'exprimer un consentement éclairé, et que les risques mêmes exceptionnels devaient lui être exposés, il résulte du rapport d'expertise que le traitement a été effectué quinze jours après la consultation par le Dr B, ce qui a laissé le temps de la réflexion au patient alors qu'un schéma expliquant le traitement avait été communiqué à M. E et à son épouse à cette occasion. Surtout, les experts précisent qu'en l'espèce, le risque d'ischémie médullaire n'était pas rapporté dans la fiche d'information dès lors qu'elle était totalement imprévisible, car survenue en raison d'une variation anatomique présentée par le patient, à savoir " la naissance d'une artère spinale d'artères existant dans la zone traitée " qui représente une particularité " très rare " et " impossible à prévoir ". Dans ces conditions, le dommage survenu ne présentant pas le caractère d'un risque fréquent ou grave normalement prévisible, selon les conditions fixées par les dispositions précitées du code de la santé publique, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. E tendant à la mise en cause de la responsabilité du centre hospitalier pour défaut d'information.

Sur l'indemnisation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

9. Il résulte de l'instruction que M. E est astreint à la prise de Sildenafil, médicament non remboursé par la sécurité sociale et destiné à lutter contre les troubles érectiles dont il souffre. Si l'expert a retenu la nécessité d'une prise de trois comprimés par mois aux termes de son rapport, M. E justifie, par la production de factures, avoir le besoin d'une prise de 6 comprimés mensuels. Compte tenu du prix de la boîte de 24 comprimés s'élevant à 49,90 euros, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 255,64 euros au titre de la période allant du retour au domicile le 20 mai 2016, à la date de consolidation le 4 février 2018, soit 625 jours. M. E justifie également de l'acquisition d'un tabouret de douche, d'un montant de 65 euros, qu'il y a lieu de mettre également à la charge de l'ONIAM.

S'agissant des frais divers :

10. Si M. E demande le versement d'une somme de 1 720 euros au titre de l'assistance d'un médecin conseil pour les opérations d'expertise, ce poste de préjudice a toutefois déjà été indemnisé par le protocole transactionnel du 26 février 2018. Le requérant n'est, dès lors, pas recevable à en solliciter l'indemnisation. S'agissant de la somme de 121 euros demandée par M. E au titre de la régularisation de son permis de conduire, afin de prendre en compte son handicap, cette demande doit être écartée car les documents produits ne permettent pas d'établir qu'il s'est acquitté de cette somme. En revanche, le requérant est fondé à être indemnisé de la somme de 15,83 euros correspondant aux frais de reprographie de son dossier médical.

S'agissant des frais de déplacement :

11. Aux termes de ses écritures, M. E sollicite le remboursement des frais de déplacement qu'il a dû engager pour se rendre aux deux rendez-vous médicaux annuels pour les années 2016 et 2017, son domicile étant distant de 46,8 kilomètres de l'hôpital de Garches. En tenant compte du barème kilométrique fiscal pour un véhicule d'une puissance fiscale de 8 cv, M. E est fondé à se voir verser par l'ONIAM une somme de 556,92 euros. En revanche, si M. E demande le remboursement des péages pour une somme de 12,6 euros à chaque trajet, il ne produit aucun justificatif du paiement effectif de ces passages dans le duplex de l'autoroute A86, ni du prix exact acquitté dont le tarif varie sensiblement en fonction de l'heure de passage. Par suite il y a lieu de rejeter cette demande.

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

12. Lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

13. Aux termes du rapport d'expertise, le besoin en assistance par tierce personne de M. E dans les actes de la vie courante a été évalué à 3 heures par semaine à compter de son retour au domicile, le 20 mai 2016 jusqu'à la date de consolidation, le 4 février 2018. Toutefois, M. E a accepté l'indemnisation par le protocole transactionnel de l'ONIAM de ce poste de préjudice, jusqu'à la date du 29 mars 2017. Dès lors, M. E n'est fondé qu'à demander l'indemnisation de l'assistance par une tierce personne, à compter du 30 mars 2017 jusqu'à la date de consolidation. Sur la base d'une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés et du montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales de l'époque, fixé à 13,5 euros, s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée réalisée par l'épouse du requérant, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM le versement de la somme de 2 025 euros pour la réparation de ce préjudice

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :

S'agissant des dépenses de santé futures :

14. Il résulte de l'instruction que M. E a besoin de consommer 6 comprimés de Sildenafil par mois, soit 72 comprimés par an, soit 3 boîtes de 24 comprimés d'un coût de 49,90 euros. S'agissant de la période allant de la date de consolidation, le 4 février 2018 , à la date du jugement, l'ONIAM versera ainsi à M. E une somme de 661,75 euros. Pour la période postérieure, le requérant étant âgé de 76 ans à la date du jugement, il y a lieu de faire application du barème de capitalisation de la Gazette du Palais de septembre 2020 et d'accorder ainsi à M. E une somme de 1 636,07 euros.

S'agissant des frais divers :

15. En ce qui concerne la période comprise entre la date de consolidation et la date du jugement, M. E justifie de trois déplacements soit, par application du barème kilométrique fiscal pour un véhicule de 8cv sur une distance de 46,8 kilomètres entre son domicile et le lieu de rendez-vous, une somme de 167,07 euros. En revanche, la demande relative aux frais de péage doit être écartée pour les même motifs que ceux exposés au point 11 ci- dessus. Pour la période postérieure à la date du jugement, si M. E sollicite la capitalisation de la prise en charge de deux déplacements annuels pour des rendez-vous médicaux, ce poste de préjudice ne ressort ni des conclusions des experts ni de l'avis de la CCI, aucun justificatif de cette fréquence et de sa pérennité n'étant produit. Cette demande doit, par suite, être rejetée.

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

- Quant à la période du 4 février 2018 à la date du jugement :

16. Il résulte de l'expertise que le besoin en assistance par tierce personne de M. E a été évalué par l'expert, dans le second rapport d'expertise, à trois heures hebdomadaires de façon pérenne. Le coût horaire, fondé sur le salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut augmenté des charges sociales et des congés payés peut être fixé à 14 euros. Si M. E sollicite un coût horaire à hauteur de 20 euros, il n'est pas démontré que cette assistance comporterait une particulière difficulté ni qu'il s'agirait d'une aide spécialisée. Dès lors, il en sera fait une juste appréciation en accordant à M. E une somme de 10 886,95 euros à mettre à la charge de l'ONIAM.

- Quant à la période postérieure au jugement :

17. Compte tenu des besoins définis ci-dessus, le coût mensuel de l'assistance par tierce personne, fondé sur le salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut, augmenté des charges sociales et des congés payés s'établit à 2 472 euros pour une année. Par suite, l'ONIAM doit être condamné à verser à M. E, une somme de 27 016, 48 euros.

S'agissant des frais de véhicule adapté :

18. La nécessité de conduire un véhicule équipé d'une boite de vitesse automatique a été identifiée par les experts. M. E justifie du surcoût d'adaptation de son véhicule avec cet équipement par la différence entre un véhicule à boite manuelle et un véhicule à boîte de vitesse automatique, soit 3 000 euros en l'espèce. Il y a lieu de fixer la fréquence de renouvellement de ce type d'équipement à 7 ans. Compte tenu de la date de consolidation au 4 février 2018, le premier renouvellement aura lieu en février 2025, M. E étant âgé de 79 ans. La somme à mettre à la charge de l'ONIAM s'élève ainsi à 6 857,14 euros.

S'agissant des frais de logement adapté :

19. Aux termes du rapport d'expertise, l'état de santé de M. E rend nécessaire l'adaptation de son logement, par l'installation d'une toilette surélevée, d'une douche sans seuil avec barre et siège de douche pour un montant de 3 912,26 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM. M. E demande également la prise en charge de l'installation d'un monte-personne compte tenu de ses difficultés pour monter les escaliers. Toutefois ce poste d'adaptation n'a pas été identifié par les experts comme un besoin certain mais comme une éventualité pour l'avenir. Par suite, ce préjudice n'étant pas certain en l'état, il y a lieu de rejeter cette demande, M. E ayant la faculté, s'il s'y croit fondé, de solliciter de nouveau une indemnisation complémentaire en cas d'aggravation ultérieure de son préjudice sur ce point.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

20. Compte tenu des périodes identifiées par le docteur D dans son dernier rapport, M. E a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 7 février 2016 au 20 mai 2016, le 30 juin 2016 et le 7 septembre 2016, ainsi qu'un déficit fonctionnel à hauteur de 50% du 21 mai 2016 au 3 février 2018. Toutefois, selon le protocole transactionnel signé le 26 février 2018, M. E a accepté une indemnisation de ce poste de préjudice jusqu'au 29 mars 2017. L'intéressé n'a donc droit qu'à une indemnisation courant du 30 mars 2017 à la date de consolidation. Par suite, l'ONIAM est condamné à verser à l'intéressé la somme globale de 2 332,50 euros au titre de ce chef de préjudice.

S'agissant des souffrances endurées :

21. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les souffrances endurées par le requérant ont été estimées à 5 sur une échelle de 1 à 7. Toutefois, par protocole transactionnel du 26 février 2018, M. E a accepté l'indemnisation de ce chef de préjudice par l'octroi d'une somme de 11 600 euros. Il n'est donc pas recevable à solliciter le versement d'une somme à ce titre.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

22. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. E a subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 3 sur une échelle de 1 à 7 par les experts. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à l'intéressé la somme de 3 620 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

23. Les experts ont retenu un déficit fonctionnel permanent de 40%. M. E étant âgé de 71 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 56 360 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

24. L'expert évalue le préjudice esthétique permanent à 3 sur une échelle de 1 à 7, afin de prendre en compte l'utilisation de cannes anglaises et l'atteinte à l'apparence résultant d'une boiterie. Il en sera fait une juste appréciation en allouant à ce titre au requérant la somme de 3 620 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

25. M. E souffre de troubles érectiles et d'anorgasmie sans perte de la libido. S'il soutient que l'acte est moins satisfaisant qu'auparavant, malgré la prescription de Sildenafil, il n'est pas dans l'impossibilité de pratiquer les relations sexuelles et soutient par ailleurs consommer ce médicament plus que prévu par les experts, à raison de 6 comprimés mensuels au lieu de 3. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

26. Ce préjudice a été reconnu par les experts, qui indiquent que M. E est dans " l'impossibilité de pratiquer les activités de loisirs " par la limitation des déplacements, justifiés par les pièces du dossier, compte tenu d'un périmètre de marche limité à 300 ou 400 mètres. Il en sera fait une juste appréciation en accordant à l'intéressé la somme de 5 000 euros à ce titre.

27. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme globale de 126 988,61 euros à verser à M. E en réparation de ses divers préjudices.

Sur les intérêts :

28. M. E a droit aux intérêts au taux légal sur les condamnations prononcées à son profit par le présent jugement à compter du 8 février 2020, date de réception de sa demande préalable d'indemnisation.

Sur les frais de l'instance :

29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier Sud Francilien sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions reconventionnelles du centre hospitalier :

30. Les conclusions présentées par le centre hospitalier Sud Francilien tendant à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. E pour procédure abusive doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E:

Article 1 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) est condamné à verser à M. E la somme totale de 126 988,61 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 8 février 2020.

Article 2 : L'ONIAM versera à M. E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Sud Francilien, tendant à la condamnation de M. E à verser des sommes pour procédure abusive et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et au centre hospitalier Sud Francilien.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Raymond-Andujar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

F.-X. de Miguel

Le président,

signé

A. Le Méhauté

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003334

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