mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2003755 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2020 et 17 juin 2022, M. B C, représenté par Me Coubris, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une somme totale de 383 576,17 euros, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de déclarer le jugement commun à l'organisme social ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'un accident médical non fautif au sens des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- cet accident médical non fautif a été causé par un acte de soin dès lors que la sleeve gastrectomie a engendré une fistule qui a causé le dommage qu'il a subi, tant sur le plan digestif que neurologique ;
- cet accident médical non fautif a entrainé pour lui des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, dès lors qu'il n'était pas particulièrement exposé à la survenue de la neuropathie, qu'il n'y avait pas de facteur de risque et que, si les conséquences de l'accident ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles il était exposé en l'absence d'intervention, le taux de probabilité de la survenance des complications constatées est de 3 à 4 %, c'est-à-dire faible, et anormal ;
- cet accident médical non fautif présente un degré de gravité suffisant dès lors que le taux de déficit fonctionnel permanent a été évalué à 25 % et qu'il a entrainé un arrêt de travail, imputable aux séquelles, de plus de six mois ;
- l'ONIAM doit par suite être condamné à l'indemniser, au titre de la solidarité nationale, des préjudices qu'il a subis et qui peuvent être chiffrés ainsi :
Sur les préjudices patrimoniaux temporaires
-- dépenses de santé actuelles : 303,45 euros ;
-- frais divers : 533,42 euros ;
-- besoin en assistance par une tierce-personne : 9 871,16 euros ;
-- perte de gains professionnels actuels : 3 244 euros ;
Sur les préjudices patrimoniaux permanents
-- dépenses de santé futures : 4 020,77 euros ;
-- frais divers : 105,99 euros ;
-- besoin en assistance par une tierce-personne : 156 547,38 euros ;
-- perte de gains professionnels futurs : 4 709 euros ;
-- incidence professionnelle : 70 000 euros ;
Sur les préjudices extrapatrimoniaux temporaires
-- déficit fonctionnel temporaire : 10 200 euros ;
-- souffrances endurées : 35 000 euros ;
-- préjudice esthétique : 3 000 euros ;
Sur les préjudices extrapatrimoniaux permanents
-- déficit fonctionnel permanent : 70 750 euros ;
-- préjudice d'agrément : 15 000 euros ;
-- préjudice esthétique : 5 000 euros ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2021, l'ONIAM, représenté par AARPI BJMR Avocats, conclut :
1°) à ce qu'il soit statué ce que de droit sur le droit de M. C à voir son préjudice réparé par la solidarité nationale ;
2°) à ce que les prétentions indemnitaires de M. C soient évaluées à de plus justes proportions ;
3°) à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens ;
4°) au rejet de toutes les autres conclusions de M. C.
Il soutient que :
- il ne conteste pas le droit à réparation de M. C au titre de la solidarité nationale ;
Sur les préjudices patrimoniaux temporaires :
-- le poste de préjudice tenant aux frais de santé doit être écarté ;
-- le poste de préjudice tenant aux frais divers doit être écarté ou, à défaut, n'être évalué qu'à la somme totale de 385,90 euros ;
-- le poste de préjudice tenant au besoin en assistance par une tierce-personne doit être écarté ou, à défaut, n'être évalué qu'à la somme totale de 5 655 euros ;
-- le poste de préjudice tenant à la perte de gains professionnels actuels doit être écarté ;
Sur les préjudices patrimoniaux permanents :
-- le poste de préjudice tenant aux dépenses de santé futures doit être écarté ;
-- le poste de préjudice tenant aux frais divers doit être écarté ou, à défaut, n'être évalué qu'à la somme totale de 100 euros ;
-- le poste de préjudice tenant au besoin en assistance par une tierce-personne doit être écarté ou, à défaut, n'être évalué qu'à la somme totale de 15 954,94 euros ou, à défaut encore, n'être évalué qu'à la somme totale de 47 864,85 euros ;
-- le poste de préjudice tenant à la perte de gains professionnels futurs doit être écarté ;
-- le poste de préjudice tenant à l'incidence professionnelle est justifié dans son principe mais ne doit être évalué qu'à la somme totale de 10 000 euros ;
Sur les préjudices extrapatrimoniaux temporaires ;
-- le poste de préjudice tenant à un déficit fonctionnel temporaire ne doit être évalué qu'à la somme totale de 5 122,50 euros ;
-- le poste de préjudice tenant aux souffrances endurées ne doit être évalué qu'à la somme totale de 14 000 euros ;
-- le poste de préjudice tenant à un préjudice esthétique doit être écarté ou, à défaut, n'être évalué qu'à la somme totale de 3 000 euros ;
Sur les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
-- le poste de préjudice tenant à un déficit fonctionnel permanent ne doit être évalué qu'à la somme de 44 292 euros ;
-- le poste de préjudice tenant à un préjudice d'agrément doit être écarté ;
-- le poste de préjudice tenant à un préjudice esthétique ne doit être évalué qu'à la somme totale de 2 000 euros.
La procédure a été régulièrement communiquée aux caisses primaires d'assurance maladie de l'Essonne et de Paris qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tiphaine, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C a subi le 28 octobre 2014 une intervention chirurgicale sous forme d'une sleeve gastrectomie au centre hospitalier universitaire d'Arpajon. Le 3 novembre 2014, alors qu'il avait regagné son domicile, il a commencé à ressentir des douleurs abdominales et une gêne respiratoire. Il a consulté alors aux urgences du centre hospitalier de Longjumeau le 4 novembre 2014 et a fait l'objet d'une nouvelle opération le 5 novembre 2014 pour fistule basse gastrique. Il a de nouveau été hospitalisé au centre hospitalier d'Arpajon et y est resté jusqu'au 19 décembre 2014. Au cours de cette période, plusieurs scanners ont été réalisés ainsi qu'une trachéotomie et une fibroscopie gastrique. Le 19 décembre 2014, il a été transféré au service de réanimation de l'hôpital Saint-Antoine. Des hémocultures ont révélé, les 23 et 26 décembre 2014, un staphylocoque hominis, un staphylocoque epidermis ainsi qu'un cocci gram et un streptocoque. M. C a été transféré le 18 février 2015 en maison de repos. Il a conservé depuis des séquelles neurologiques et une invalidité permanente partielle de ses membres inférieurs.
2. Le 6 septembre 2016 M. C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France, qui a désigné le Dr A, neurologue, et le Dr D, chirurgien viscéral, lesquels ont rendu leur rapport le 12 mai 2017. Par un avis du 21 décembre 2017, la CCI a conclu à une prise en charge conforme aux règles de l'art de M. C et à la survenance d'un accident médical non fautif ouvrant droit à indemnisation par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale. Cet établissement a soumis à M. C une offre d'indemnisation partielle. Il l'a refusée en la considérant insuffisante. Par la présente requête, il demande au tribunal à être indemnisé par l'ONIAM de ses préjudices subis du fait de l'intervention du 28 octobre 2014.
Sur la déclaration de jugement commun :
3. Les caisses primaires d'assurance maladie de Paris et de l'Essonne ont été régulièrement mises en causes et n'ont pas produit à l'instance. Il y a lieu de déclarer le jugement commun à ces caisses.
Sur le droit à réparation au titre de la solidarité nationale :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins, à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 12 mai 2017, et n'est pas contesté par l'ONIAM, que la fistule gastrique constatée après l'intervention chirurgicale de sleeve gastrectomie réalisée le 28 octobre 2014, constitue une complication prévisible mais rare de cette dernière ayant entrainé, concurremment avec les conditions pathogènes de réanimation, la survenance des complications neurologiques subies par le requérant. D'une part, si ce dernier reconnaît que les conséquences de ces accidents médicaux ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles il était exposé en l'absence d'intervention chirurgicale du fait de son obésité morbide diagnostiquée, il soutient de manière fondée que son dommage présente un caractère anormal dès lors qu'il n'avait que 3 à 4 % de probabilité de survenir. D'autre part, les séquelles que conserve M. C après la consolidation de son état de santé le 22 décembre 2016, atteignent un taux d'incapacité permanent de 25 % et présentent, dès lors, le caractère de gravité exigé par les dispositions précitées. Dans ces conditions, en l'absence de faute imputable aux centres hospitaliers successifs, M. C est fondé à demander la réparation de ses préjudices par l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
7. M. C sollicite le remboursement des frais engagés pour un dépassement d'honoraires facturé à l'occasion de l'opération chirurgicale du 8 novembre 2014 pour un montant de 150 euros, pour l'achat d'orthèses le 27 avril 2015 à hauteur de 74,96 euros, pour l'achat d'une attelle-releveur le 9 juin 2015 à hauteur de 30,49 euros et pour une consultation neurologique le 18 juin 2016 à hauteur de 48 euros. Ces dépenses faisant l'objet de justificatifs et étant imputables à l'accident médical non fautif, une somme totale de 303,45 euros doit être mise à la charge de l'ONIAM.
S'agissant des frais divers :
8. M. C sollicite le remboursement des frais engagés pour un transport par ambulance le 20 février 2015 à hauteur de 147,52 euros et pour le service de télévision de l'hôpital Saint-Antoine, à hauteur de 385,90 euros. Toutefois le requérant n'établit pas que le transport par ambulance n'a pas déjà été remboursé par sa mutuelle et ne justifie du paiement de frais de télévision engagés lors de l'hospitalisation rendue nécessaire du fait de la fistule, qu'à hauteur de 305,40 euros. Par suite, seule la somme totale de 305,40 euros doit être mise à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
9. M. C expose qu'avant la consolidation de son état de santé, il a été placé en arrêt de travail notamment du 28 octobre 2014 au 9 mars 2016 et qu'il a subi une perte de revenu sur l'année 2015, dès lors que son revenu imposable sur cette année n'était que de 14 440 euros, contre 17 684 euros en 2013. Il résulte de l'examen de ses avis d'imposition au titre des revenus déclarés perçus au cours des années 2013 et 2015, qui prennent nécessairement en compte les sommes perçues au titre des indemnités journalières, qu'il a effectivement subi une perte de revenu de 3 244 euros. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de l'assistance par tierce-personne :
10. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.
11. Les experts ont évalué le besoin en assistance par une tierce-personne de M. C, avant consolidation, à cinq heures par semaine, du 22 avril 2015 à la date de consolidation de son état de santé. En tenant compte du nombre de jours et de semaines concernées rapportées à une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés et du montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales de l'époque, fixé à 13,50 euros, s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée, ce préjudice peut être évalué à la somme totale de 6 615 euros, qu'il y a lieu mettre à la charge de l'ONIAM, à concurrence des sommes versées le cas échéant au requérant au titre de la compensation du handicap.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
S'agissant des dépenses de santé futures :
12. M. C demande à ce titre la prise en charge du renouvellement de ses semelles orthopédiques tous les ans et de son attelle-releveur tous les deux ans, comme indiqué dans le rapport d'expertise. Il produit une facture du 9 juin 2015 d'achat d'une attelle-releveur pour un montant restant à charge de 30,49 euros et une facture du 9 juillet 2015 d'achat d'orthèses pour un montant restant à charge de 74,96 euros. En ce qui concerne l'attelle-releveur, M. C a dû la renouveler trois fois entre la date de consolidation et la date du jugement, pour un montant de 91,47 euros. Eu égard à son âge, soit 42 ans, il y a lieu de capitaliser la somme annuelle de 15,25 euros par application du coefficient correspondant de 38,173 selon les tables publiées dans la gazette du Palais de septembre 2020, soit une somme de 581,94 euros. En ce qui concerne les semelles orthopédiques, M. C a dû les renouveler sept fois entre la date de consolidation et la date du jugement, pour un montant de 524,72 euros. Eu égard à son âge, soit 42 ans, il y a lieu de capitaliser la somme annuelle de 74,96 euros par application du coefficient correspondant de 38,173 selon les tables publiées dans la gazette du Palais de septembre 2020, soit une somme de 2 861,45 euros. Il y a lieu, par suite, de mettre la somme totale de 4 077,58 euros à la charge de l'ONIAM pour ce poste de préjudice.
S'agissant des frais divers :
13. M. C demande le remboursement par l'ONIAM des frais engagés pour un avis médico-légal sur son dossier à hauteur de 100 euros et pour des frais induits par la communication de son dossier médical à hauteur de 5,99 euros. La somme de 105,99 euros doit ainsi être mise à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :
14. M. C expose qu'après la consolidation de son état de santé, le 22 décembre 2016, il a subi une perte de revenu de 4 709 euros au titre de l'année 2018, dès lors que son revenu imposable sur cette année n'était que de 12 975 euros, contre 17 684 euros en 2013. Il soutient également avoir subi de telles pertes à partir de 2019 et jusqu'à son inscription à Pôle Emploi, effective à partir du 1er avril 2020. Il fait valoir que, faute du recul suffisant, il doit être sursis à statuer sur cette prétention le temps de l'estimer. Il demande que soit appliqué un coefficient de capitalisation pour les pertes de revenus postérieures au 1er avril 2020.
15. D'une part, il résulte de l'examen des avis d'imposition de M. C sur les revenus déclarés perçus au titre des années 2013 et 2018, qu'il a effectivement subi une perte de revenu d'un montant de 4 709 euros en 2018. Il convient de mettre cette somme à la charge de l'ONIAM.
16. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. C a d'abord repris son activité de conducteur de car à temps partiel puis en mi-temps thérapeutique, avant d'être licencié le 20 mars 2020 pour inaptitude physique en raison de son handicap consécutif à son accident médical. Le requérant justifie qu'il est, depuis, inscrit à Pôle emploi, mais qu'il n'est pas inapte à l'exercice de toute activité professionnelle susceptible de lui procurer des revenus équivalent à ceux qu'il percevrait avant l'accident. Compte tenu de ces éléments, il convient d'indemniser la perte de gains professionnels futurs que le requérant établit avoir subi après son licenciement, mais seulement pour la période courant jusqu'à la date de mise à disposition du présent jugement, le préjudice étant hypothétique au-delà de cette date. Compte tenu des revenus de l'intéressé en 2013, les revenus qu'il aurait dû percevoir entre 1er avril 2020 et le 12 juillet 2022 doivent être évalués à la somme de 39 789 euros, qu'il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
17. Il résulte de l'instruction que M. C a fait l'objet d'un avis d'inaptitude à l'exercice de son emploi et son état de santé a été considéré comme faisant obstacle à tout reclassement dans un autre emploi comparable. Par courrier du 20 mars 2020, le requérant a été licencié pour impossibilité de reclassement dans un poste suite à une inaptitude physique. Il conserve un taux d'incapacité fonctionnelle de 25 %, est âgé de 42 ans à la date du présent jugement et ne peut plus exercer sa profession de conducteur de cars. L'ONIAM ne conteste pas en défense l'incidence professionnel entrainée par l'accident médical. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à l'intéressé une somme totale de 10 000 euros.
S'agissant de l'assistance par tierce-personne :
18. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.
19. Les experts ont retenu un besoin d'assistance par tierce-personne à raison de trois heures par semaines pour le port de charges lourdes et des travaux de force à partir de la consolidation de l'état de santé du requérant. En ce qui concerne la période allant de la date de consolidation, le 22 décembre 2016, à la date du jugement, le 12 juillet 2022, il y a lieu de retenir 2 028 jours, soit 2 287,6 jours ou 326,8 semaines afin de tenir compte du nombre de jours et de semaines concernées rapportées à une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés et de fixer à 14 euros le montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales de l'époque, s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée. Ce préjudice peut ainsi être évalué à la somme totale de 13 725,6 euros, qu'il faut mettre à la charge de l'ONIAM. En ce qui concerne la période postérieure à la date de mise à disposition de ce jugement, les frais afférents à l'assistance par une tierce personne seront réparés par le versement d'un capital conformément aux demandes des parties, calculé sur la base d'un salaire horaire de 14 euros, à raison de 3 heures par semaine et en retenant, compte tenu de l'âge de la victime, un euro de rente viagère à 44,800 par application de la table de capitalisation des rentes viagères issue du barème 2020 de la Gazette du Palais. Il sera alloué au requérant pour cette période une somme de 111 014,4 euros. Ainsi, sera mise à la charge de l'ONIAM une somme totale de 124 740 euros en réparation de ce préjudice, à concurrence des sommes versées le cas échéant au requérant au titre de la compensation du handicap.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte du rapport d'expertise que M. C a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 28 octobre 2014 au 21 avril 2015, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 22 avril 2015 au 12 juin 2015 et de 25 % du 13 juin 2015 au 22 décembre 2016. Il en sera fait une juste appréciation en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 7 900 euros à verser à M. C.
S'agissant des souffrances endurées :
21. Les experts ont évalué à 5 sur une échelle de 7 les souffrances endurées par M. C. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 14 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
22. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué par les experts à 3 sur une échelle de 1 à 7, compte tenu des altérations de l'image corporelle de l'intéressé résultant de son alitement prolongé, de la modification de sa marche, de la trachéotomie, ainsi que des cicatrices abdominales et de l'escarre crânienne. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 3 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
23. Le déficit fonctionnel permanent subi par M. C a été évalué par l'expert ainsi que par la commission de conciliation et d'indemnisation à 25%. Par suite, il y a lieu d'en faire une juste évaluation, compte tenu de l'âge du requérant à la date de consolidation, en mettant à la charge de l'ONIAM une somme de 45 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
24. Le préjudice esthétique permanent a été évalué par les experts à 2 sur une échelle de 1 à 7 compte tenu de la modification de l'aspect de la marche de l'intéressé, de la trachéotomie, des cicatrices abdominales et de l'escarre crânienne. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
25. M. C allègue qu'il ne peut plus jouer au football avec ses amis, ni faire des jeux de plein air avec ses enfants, ni pratiquer la randonnée. Il se prévaut également de l'impossibilité d'exercer des activités de bricolage et de mécanique automobile, ses deux passions. Toutefois ces allégations ne font l'objet d'aucun commencement de preuve, alors que le rapport d'expertise note à ce propos que l'intéressé " n'avait pas de loisir particulier ". Par suite, la demande d'indemnisation présentée au titre de la perte d'agrément doit être écartée.
Sur les intérêts :
26. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
27. M. C demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête le 23 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à sa demande.
Sur les frais liés au litige :
28. Il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement est déclaré commun aux caisses primaires d'assurance maladie de Paris et de l'Essonne.
Article 2 : L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) versera à M. C la somme de 265 789,42 euros en indemnisation des préjudices subis des suites de sa prise en charge. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 23 juin 2020.
Article 3 : L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) versera une somme de 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
M. de Miguel, premier conseiller,
Mme Raymond-Andujar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure, Le président,
signésigné
S. EA. Le Méhauté
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2003755
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026