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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2003992

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2003992

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2003992
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL WALTER & GARANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 juin 2020, le 4 novembre 2020, le 8 octobre 2021 ainsi qu'un mémoire, non communiqué, du 8 septembre 2022 répondant aux moyens d'ordre public soulevés, la société ART DAN IDF, représentée par Me Dalibard, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n°1765 émis le 17 décembre 2019 par la trésorerie de Chilly Mazarin à la demande de la commune de Wissous mettant à sa charge la somme de 11 556 euros TTC au titre du décompte de liquidation du marché conclu pour la rénovation du sol du complexe sportif communal dit " A " ainsi que d'annuler la notification de la saisie administrative à tiers détenteur du 10 février 2020 ;

2°) d'annuler la mise en demeure du 6 janvier 2020 de payer la somme de 864 euros ainsi que la créance visée par cette mise en demeure qui a donné lieu à l'émission d'un titre de recettes n°1216 le 13 septembre 2019 par la trésorerie de Chilly-Mazarin à la demande de la commune ;

3°) d'annuler le décompte de liquidation prétendument émis le 17 décembre 2019 par la commune de Wissous pour un montant de 11 556 euros TTC ;

4°) d'annuler la décision de résiliation du marché de la commune du 23 août 2019 ;

5°) d'annuler la décision du 29 avril 2020 de la commune de Wissous rejetant le recours gracieux présenté contre l'ensemble de ces actes ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Wissous la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires ne mentionnent pas suffisamment les bases de liquidation ;

- le titre exécutoire émis le 17 décembre 2019 ne permet pas d'identifier son auteur ;

- les créances mentionnées par les actes en litige sont inexistantes en l'absence de tout lien contractuel né entre la commune et elle-même, n'ayant d'ailleurs même pas candidaté ; en effet, les documents du marché n'ont jamais été régularisés par ses représentants légaux et, en conséquence, aucun contrat n'a été signé ; l'article 3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché prévoit d'ailleurs que celui-ci n'est conclu qu'à la condition qu'il soit " dûment signé " ; la résiliation ne peut, en application des stipulations du CCAG-Travaux, intervenir avant la signature du marché ; en l'espèce, l'existence d'un contrat tacite est exclue dès lors que, pour le marché en cause, un formalisme particulier est exigé ;

- le quantum de la créance est entaché d'une erreur de calcul ;

- le titre exécutoire a été édicté de manière prématurée, avant que le décompte général du marché ne soit devenu définitif ;

- l'ensemble des décisions contestées est dépourvu de base légale ;

- le caractère suspensif de l'opposition à exécution a été méconnu ;

- la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 21 février 2020 est irrégulière en raison de l'absence de signature.

Par des mémoires enregistrés le 31 août 2021 et le 3 juin 2022, la commune de Wissous, représentée par Me Beaulac, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions en annulation dirigées contre le titre de recettes n°1216 émis le 13 septembre 2019 sont irrecevables ;

- les conclusions en annulation dirigées contre la mise en demeure du 6 janvier 2020 sont également irrecevables ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du juge administratif pour connaître des conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la mise en demeure de payer la somme de 864 euros et contre la notification de la saisie administrative à tiers détenteur du 10 février 2020 portant sur la même somme, dès lors que ces actes constituent des actes de poursuites relevant du contentieux du recouvrement et, par suite, de la compétence de l'ordre de juridiction judiciaire.

Les parties ont été également informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de résiliation du 23 août 2019, qui doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles, le juge du contrat ne pouvant, après le terme d'un contrat à durée déterminée, imposer la reprise des relations contractuelles.

Les parties ont été enfin informées, en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du décompte de liquidation établi par la commune de Wissous le 17 décembre 2019, le juge du contrat n'ayant pas le pouvoir de prononcer, à la demande de l'une des parties, l'annulation des mesures prises par l'autre partie comme contraires aux clauses du contrat.

Vu l'ordonnance n°1908058 du 3 août 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- les observations de Me Giraud,sustituant Me Dalibard,

- et les observations de Me Beaulac.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Wissous a lancé le 7 juin 2019, par une publication au bulletin officiel des annonces de marchés publics (BOAMP), une consultation en vue de l'attribution, selon la procédure adaptée, d'un marché public portant sur la rénovation du sol sportif du gymnase dit " A ", à exécuter d'ici le 23 août 2019, date de réouverture du gymnase. Par lettre du 12 juillet 2019, la commune a informé la société ART DAN IDF que son offre de base était retenue pour un montant de 76 464 euros TTC et que cette notification valait ordre de service n°1. Par décision n°19-103 du maire de la commune datée du même jour, le marché lui a été attribué. A la suite de la première réunion de chantier le 18 juillet 2019, la commune a adressé à la société requérante une mise demeure puis a prononcé la résiliation du marché le 23 août 2019 à ses frais et risques, décision que la société requérante a contestée par courriel du 26 août 2019 puis par un recours devant le tribunal administratif de Versailles, rejeté le 3 août 2021 par ordonnance n° 1908058. Un avis de sommes à payer d'un montant de 864 euros TTC lui a ensuite été adressé correspondant à une deuxième publication de la consultation au BOAMP, à la suite duquel la commune a attribué le marché de substitution à la société Saint Leu Revet, pour une offre de base s'élevant à la somme de 87 156 euros TTC. Par lettre du 17 décembre 2019, la commune a adressé à la société requérante un décompte de liquidation accompagné d'un titre exécutoire d'un montant de 11 556 euros TTC. Par lettre du 17 février 2020, la société Art DAN IDF a alors formé un recours gracieux tendant à l'annulation des titres exécutoires et des actes de poursuite, rejeté par courrier du 29 avril 2020 de la commune.

2. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire n°1765 émis le 17 décembre 2019 par la trésorerie de Chilly Mazarin à la demande de la commune de Wissous mettant à sa charge la somme de 11 556 euros TTC au titre du décompte de liquidation du marché conclu pour la rénovation du sol du complexe sportif communal ainsi que la notification de la saisie-administrative à tiers détenteur afférente datée du 10 février 2020. Elle demande également au tribunal d'annuler la mise en demeure du 6 janvier 2020 portant sur la somme de 864 euros ainsi que la créance visée par cette mise en demeure qui a donné lieu à l'émission d'un titre de recette n°1216 le 13 septembre 2019 par la trésorerie de Chilly-Mazarin à la demande de la commune. Elle demande enfin au tribunal d'annuler le décompte de liquidation du 17 décembre 2019 émis par la commune de Wissous pour un montant de 11 556 euros TTC, d'annuler la décision de résiliation du marché du 23 août 2019 et d'annuler la décision du 29 avril 2020 de la commune de Wissous rejetant le recours gracieux présenté contre l'ensemble de ces actes.

Sur l'étendue du litige :

En ce qui concerne la compétence du juge administratif :

3. Aux termes de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. (). 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. () ".

4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution (). c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

5. Il résulte des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 281 du livre des procédures fiscales que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

6. Il résulte ainsi des dispositions précitées que les conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer la somme de 864 euros émise par la trésorerie de Chilly-Mazarin le 6 janvier 2020 ainsi que celles tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur ne relèvent pas de la compétence du juge administratif mais de celle du juge judiciaire de l'exécution. Elles doivent donc être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, comme en ont été informées les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense quant aux conclusions tendant à l'annulation de la créance administrative de 864 euros et du titre exécutoire n°1216 correspondant, émis le 13 septembre 2019 :

7. Il n'est pas contesté que le titre litigieux a été annulé d'un point de vue comptable par l'émission du mandat n°1058 du 20 avril 2020, antérieurement à la date d'introduction de la requête. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la créance correspondante a été intégrée au second titre exécutoire n°1765 émis le 17 décembre 2019, qui récapitule l'ensemble des sommes dues par la société requérante au terme de l'exécution du marché de substitution. Par suite, les conclusions dirigées contre cette créance et tendant à l'annulation du titre exécutoire correspondant doivent être rejetées comme irrecevables et la fin de non-recevoir accueillie.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision de résiliation du 23 août 2019 :

8. Le juge du contrat, ne peut, après le terme d'un contrat à durée déterminée, annuler la décision de le résilier. En l'espèce, le contrat litigieux avait pour terme le 23 août 2019. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de résiliation du 23 août 2019 de la commune de Wissous, qui doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles, sont irrecevables, comme les parties en ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation du décompte de liquidation :

9. Le juge du contrat n'a pas, en principe, le pouvoir de prononcer, à la demande de l'une des parties, l'annulation des mesures prises par l'autre partie comme contraires aux clauses du contrat. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre le décompte de liquidation sont irrecevables, comme les parties en ont été informées en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge relatifs au titre exécutoire n°1765 émis le 17 décembre 2019 :

10. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire n°1765 :

S'agissant de l'existence de la créance et de l'erreur quant à son quantum :

11. La société requérante soutient que la somme de 11 556 euros TTC mise à sa charge par le titre exécutoire litigieux correspond à une créance inexistante, aucun lien contractuel ne l'unissant à la commune défenderesse en l'absence de signature du marché de sa part conformément à l'article 3 du cahier des clauses administratives particulières du marché, n'ayant d'ailleurs même pas candidaté. Or, la résiliation du marché ne pouvait intervenir avant sa signature. De plus, l'existence d'un contrat tacite est exclue pour ce type de marchés.

12. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société requérante a présenté une offre dans le cadre de la procédure de passation du marché public de rénovation du sol sportif du gymnase A qu'elle a par ailleurs signée électroniquement conformément aux prescriptions de l'article 8 du règlement de consultation du marché, comme en témoigne l'acte d'engagement versé au dossier par le défendeur. Si la société requérante se prévaut d'une absence de lien contractuel au motif qu'elle n'aurait jamais retourné les pièces du marché régularisées, c'est-à-dire comportant une signature électronique précisant le certificat numérique utilisé comme demandé par la commune dans sa décision du 12 juillet 2019 lui notifiant le marché, elle ne peut se prévaloir de cette irrégularité dont elle est l'auteur conformément au principe de loyauté des relations contractuelles alors même que la commune n'a pas rejeté son offre comme étant irrégulière, qu'elle n'a pas contesté la décision n°19-103 du 12 juillet 2019 de la commune lui attribuant le marché et qu'elle a commencé à exécuter le marché public en se rendant à la première réunion de chantier du 18 juillet 2019 au cours de laquelle elle s'est bornée à informer le maître d'œuvre qu'elle n'était pas en mesure de respecter le calendrier des travaux. Par suite, le marché doit être considéré comme signé. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'aucun lien contractuel ne s'est noué entre elle et la commune de Wissous.

13. Il résulte en outre de l'instruction que la société n'a pas exécuté le marché litigieux. Par suite, la commune était fondée, après mise en demeure, à le résilier aux frais et risques de la société requérante et à mettre à sa charge, d'une part, le surcoût résultant de la passation d'un marché de substitution pour achever la prestation correspondant à la différence entre son offre de base et l'offre de base du marché de substitution soit la somme de 10 692 euros TTC, d'autre part, la somme de 864 euros TTC correspondant à une deuxième publication au BOAMP soit la somme totale de 11 556 euros TTC, somme mise à sa charge par le titre exécutoire contesté, sans qu'une erreur de calcul n'ait été commise. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'absence de créance et du caractère erroné de son quantum doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut de base légale du titre exécutoire contesté et de l'ensemble des décisions contestées doit être écarté.

S'agissant du caractère prématuré du titre exécutoire au regard de l'absence de décompte de liquidation définitif :

14. Il incombe au juge du plein contentieux, saisi d'une opposition à titre exécutoire tendant à la décharge de l'obligation de payer en résultant, de se prononcer sur l'existence et l'exigibilité de la créance non à la date de l'émission du titre, mais à la date à laquelle il est statué sur la demande.

15. Au cas d'espèce, la société requérante allègue que le décompte de liquidation n'avait pas encore acquis un caractère définitif à la date d'émission du titre litigieux puisque les deux actes ont été établis en même temps. Toutefois, comme précisé au point précédent, l'existence et l'exigibilité de la créance s'apprécie à la date à laquelle il est statué sur la demande. Par suite, le moyen doit être écarté, le décompte ayant acquis un caractère définitif.

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire n°1765 :

16. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable public, applicable aux collectivités territoriales conformément à l'article 1er du décret : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. Pour les créances faisant l'objet d'une déclaration, une déclaration rectificative, indiquant les bases de la nouvelle liquidation, est souscrite. L'ordre de recouvrer peut être établi périodiquement pour régulariser les recettes encaissées sur versement spontané des redevables ". Ces dispositions imposent à la personne publique qui émet un état exécutoire d'indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases de la liquidation.

17. Au cas d'espèce, d'une part, le titre exécutoire indique dans la case dédiée à la description de l'objet de la créance la mention " Décompte de liquidation au 17.12.19. Marché de substitution. Rénovation du sol du A - Etat liquidatif au 17.12.19 ". D'autre part, il n'est pas contesté que le titre exécutoire était accompagné du décompte de liquidation donnant le détail des bases de liquidation du titre. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante mention des bases de liquidation doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".

19. Au cas d'espèce, il n'est pas contesté que l'avis des sommes à payer, seul volet du titre exécutoire adressé au débiteur, ne comportait pas ces mentions. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet avis a été notifié à la société requérante par une lettre signée par le maire de la commune, dont les nom et prénom étaient indiqués et à laquelle était joint l'avis litigieux. Dès lors, il n'en est résulté aucune ambiguïté quant à l'identitaire de cette décision. Dans ces conditions, l'absence de la mention des nom, prénom et qualité de son auteur dans le titre exécutoire n'était pas de nature à en affecter la régularité. Par suite, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge du titre exécutoire litigieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commune du 29 avril 2020 rejetant son recours gracieux :

21. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment invoquées, les conclusions aux fins d'annulation de la décision litigieuse doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Wissous, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société ART DAN IDF demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société ART DAN IDF une somme de 2 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Wissous et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ART DAN IDF est rejeté.

Article 2 : La société ART DAN IDF versera à la commune de Wissous la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société ART DAN IDF et à la commune de Wissous.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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