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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004387

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004387

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004387
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAS FIDUCIAL LEGAL BY LAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 juillet 2020, le 7 octobre 2021 et le 31 décembre 2021, la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF, représentée par Me Salamand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de constater qu'un décompte général définitif du marché dont le solde s'élève à 757 729,02 euros TTC est intervenu entre les parties et condamner en conséquence la région Ile-de-France à lui verser cette même somme ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la région Ile de France à lui verser la somme de 757 729,02 euros TTC en raison de la rupture abusive de pourparlers ;

3°) à titre très subsidiaire, de condamner la région Ile de France à lui verser la somme de 1 292 179,67 euros TTC correspondant à l'état du solde du marché tel qu'il résulte du projet de décompte final ;

4°) en tout état de cause, de condamner la région Ile de France au paiement des intérêts moratoires sur la somme due au principal conformément aux dispositions du décret n°2002-232 du 21 février 2002 relatif à la mise en œuvre du délai maximum de paiement dans les marchés publics, somme à parfaire, avec capitalisation des intérêts ;

5°) de mettre à la charge de la région Ile de France la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le décompte général est devenu définitif le 5 février 2016, à défaut de réponse de sa part dans un délai de 45 jours à compter de la notification du décompte général par le maître d'ouvrage délégué, la SAEM Essonne Aménagement, personne responsable du marché au sens des dispositions de l'article 13.42 du CCAG Travaux ;

- la rupture des pourparlers transactionnels est fautive et est de nature à ouvrir droit à l'indemnisation du solde du marché tel qu'arrêté par le protocole transactionnel fixant le solde du marché à la somme de 757 729,02 euros TTC ; les pièces justifiant les sommes dues dans le cadre du protocole transactionnel ont été communiquées à la maîtrise d'ouvrage ;

- elle a droit au paiement des prestations supplémentaires commandées pour un montant total de 365 512,32 euros HT sur le fondement de la responsabilité contractuelle pour faute de l'administration ; elle y a également droit sur le fondement de la responsabilité contractuelle sans faute, les travaux étant indispensables pour l'exécution, selon les règles de l'art, des ouvrages prévus par le marché ;

- elle a également droit au paiement de la somme de 673 492,01 euros HT découlant du prolongement des délais d'exécution en raison de fautes de la région et qui n'ont pas été indemnisées par les avenants n°1 et n°2 ;

-la région doit être condamnée au paiement des intérêts moratoires, avec capitalisation des intérêts, sur les sommes dues.

Par des mémoires enregistrés le 31 août 2021 et le 12 novembre 2021, la région Ile-de-France, représentée par Me Mokhtar, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge la société requérante la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 mars 2022, l'instruction a fait l'objet d'une clôture immédiate.

Vu l'ordonnance n°1905831 du 4 février 2020 du tribunal administratif de Versailles et l'ordonnance n°20VE00631 du 16 juillet 2020 de la cour administrative d'appel de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- les observations de Me Voisin substituant Me Salamand pour la société requérante,

- et les observations de Me Mokhtar pour la région Ile de France.

Considérant ce qui suit :

1. La région Ile-de-France a confié à la société anonyme d'économie mixte (SAEM), Essonne Aménagement, la maîtrise d'ouvrage déléguée des opérations de restructuration d'ensemble et d'extension du Lycée Fustel de Coulanges à Massy. La maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement conjoint composé de l'architecte mandataire X'TU et de la société IOSIS dénommée par la suite EGIS Bâtiments. Par un marché notifié le 4 février 2009, la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF s'est vu confier l'exécution du lot n°1 " Démolition - Désamiantage - Bâtiments provisoires - Gros œuvre - Clos et couverts - VRD - Espaces verts - Second œuvre - Mobilier " pour un montant de 17 928 875,17 euros HT. Le marché a fait l'objet de deux avenants, notifiés à ladite société les 6 août 2010 et 15 août 2012, portant le montant total du marché à la somme de 19 033 971,60 euros HT. Les travaux ont été réceptionnés avec réserves par plusieurs décisions en date du 31 janvier 2013, réserves qui ont été levées le 25 septembre 2014. L'opération a toutefois subi différents aléas, liés notamment à la découverte d'amiante en cours de chantier nécessitant notamment des travaux supplémentaires.

2. Par courrier du 8 mars 2013, la société requérante a adressé son projet de décompte final au maître d'œuvre, présentant un solde en sa faveur de 1 283 088,20 euros TTC. Le 15 avril 2013, le maître d'œuvre a émis des réserves sur ce projet, le maître d'ouvrage délégué rejetant ensuite le projet de décompte le 5 août 2013. Par courrier du 5 février 2014, la société requérante a alors adressé un nouveau projet de décompte final modifié présentant un solde de 1 292 179,67 euros TTC. La société requérante et la région se sont ensuite engagées dans des discussions en vue d'un protocole transactionnel au cours desquelles la société requérante a ramené ses prétentions à la somme de 757 729,02 euros TTC. Ce projet de transaction n'a finalement pas abouti.

3. Par requête enregistrée le 25 juillet 2019, la société requérante a saisi le tribunal administratif de Versailles d'un référé provision. Par ordonnance n°1905831 du 4 février 2020 devenue définitive, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a condamné la région Ile-de-France à verser à la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF une provision de 184 730,93 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal, augmenté de deux points à compter du 17 juin 2013, avec capitalisation des intérêts à compter du 17 juin 2014 pour des travaux supplémentaires non payés. La société requérante a relevé appel mais par ordonnance n°20VE00631 du 16 juillet 2020, la cour administrative d'appel de Versailles a rejeté sa requête.

4. La société requérante avait par ailleurs saisi le comité consultatif interrégional de Versailles de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics. Celui-ci a rendu son avis lors de sa séance du 18 juin 2020 et proposé qu'il n'y ait pas lieu de donner un avis sur le bien-fondé de la réclamation de la société requérante à hauteur de la somme de 184 730,93 euros TTC à laquelle la région Ile-de-France a été condamnée par l'ordonnance n°1905831 du 4 février 2020. Il a par ailleurs considéré comme non fondée la demande de la société requérante d'une somme complémentaire à celle accordée en exécution du référé provision précité.

5. Par la présente requête, la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF demande au tribunal, à titre principal, de constater qu'un décompte général définitif du marché dont le solde s'élève à 757 729,02 euros TTC, est intervenu entre les parties et de condamner en conséquence la région Ile-de-France à lui verser cette somme ; à titre subsidiaire, de condamner la région Ile de France à lui verser la somme de 757 729,02 euros TTC en raison de la rupture abusive des pourparlers et, à titre infiniment subsidiaire, de condamner la région Ile de France à lui verser la somme de 1 292 179,67 euros TTC correspondant à l'état du solde du marché tel qu'il résulte du projet de décompte final.

Sur l'étendue du litige :

6. Il résulte du point 3 du présent jugement que la société requérante s'est vue accorder une provision de 184 730,93 euros TTC par une ordonnance du tribunal administratif de Versailles du 4 février 2020 confirmée par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Versailles du 16 juillet 2020. Cette créance n'est pas contestée en défense. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires en tant qu'elles portent sur cette somme.

Sur l'existence d'un décompte général :

7. Aux termes de l'article 13.42 du cahier des clauses administratives générales de 1976 relatif aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux), approuvé par le décret du 21 janvier 1976 : " Le décompte général, signé par la personne responsable du marché, doit être notifié à l'entrepreneur par ordre de service avant la plus tardive des deux dates ci-après () ". Aux termes de l'article 13.45 du même CCAG : " Dans le cas où l'entrepreneur n'a pas renvoyé au maître d'œuvre le décompte général signé dans le délai de trente jours ou de quarante-cinq jours, fixé au 44 du présent article, ou encore, dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves en précisant le montant de ses réclamations, ce décompte général est réputé être accepté par lui ; il devient le décompte général et définitif du marché ".

8. Il résulte de ces dispositions que la signature du décompte général, établi après vérification du service fait en vue de fixer la rémunération du cocontractant, vaut liquidation de la dépense et que sa transmission au comptable public entraîne le paiement des sommes dues au titulaire du marché. Le décompte général, en principe signé par la personne responsable du marché, peut aussi l'être par le titulaire de sa délégation de signature pour les actes d'ordonnancement et de liquidation de la dépense.

9. Il résulte de l'instruction que le document intitulé " décompte général " produit par la société requérante daté du 23 décembre 2015 et faisant apparaître un solde à régler de 757 729,02 euros, est seulement revêtu de la signature de la personne responsable des opérations au sein de la SAEM Essonne Aménagement, Mme A, et non, également, de la signature de la personne désignée comme responsable du marché selon les pièces mêmes du marché, soit le directeur général délégué de la SAEM, comme indiqué dans le pavé de signature de l'acte d'engagement. A ce titre, si la société requérante soutient que Mme A était chargée de prendre et de notifier les décisions et ordres de service nécessaires au bon déroulement des travaux ainsi que d'engager et de poursuivre les négociations avec la société requérante, il ne résulte nullement de l'instruction qu'elle avait toutefois reçu délégation de signature du directeur général délégué de la SAEM pour les actes d'ordonnancement ou de liquidation de la dépense, celui-ci étant le seul habilité à signer un décompte général, comme l'atteste d'ailleurs la SAEM elle-même dans un courriel du 9 octobre 2019 versé au dossier, peu importe qu'il ait été rédigé dans le cadre des échanges de mémoires de l'instance. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que le décompte général ait été notifié à la société requérante, que ce soit par ordre de service ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'un décompte général et définitif du marché au motif qu'elle aurait accepté ce document, en application de l'article 13.45 du CCAG Travaux et ainsi à se prévaloir d'un droit au paiement du solde figurant sur ce document.

Sur la rupture abusive des pourparlers transactionnels :

10. Aux termes de l'article 2044 du code civil : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. Ce contrat doit être rédigé par écrit ".

11. Si la rupture unilatérale, par la personne publique, pour un motif d'intérêt général, des négociations préalables à la passation d'un contrat n'est pas de nature à engager sa responsabilité pour faute, cette responsabilité peut, toutefois, être mise en cause lorsque la personne publique, au cours des négociations, a incité son partenaire à engager des dépenses en lui donnant, à tort, l'assurance qu'un tel contrat serait signé, sous réserve que ce dernier n'ait pu légitimement ignorer le risque auquel il s'exposait. En revanche, alors même qu'une telle assurance aurait été donnée, elle ne peut créer aucun droit à la conclusion du contrat. La perte du bénéfice que le partenaire pressenti escomptait de l'opération ne saurait, dans cette hypothèse, constituer un préjudice indemnisable.

12. S'il résulte de l'instruction que des discussions ont bien été entreprises entre la région Ile-de-France, via la SAEM Essonne Aménagement, et la société requérante en vue de trouver un accord relatif à l'établissement d'un décompte général définitif, il ne résulte pas de l'instruction que la région Ile de France en ait approuvé le contenu et que les échanges se limitaient à fixer la date du passage en commission permanente de la région Ile de France ainsi que la forme définitive du protocole, comme l'allègue la société requérante. Il n'est pas non plus établi que la région Ile-de-France aurait adressé au titulaire une proposition écrite de transaction et qu'elle se serait ainsi engagée à son égard. Il n'est pas davantage établi ni même allégué qu'elle aurait incité le titulaire à engager des dépenses en cours de négociation. Dans ces conditions, la région Ile-de-France a pu ne pas donner suite à la proposition de transaction qui lui a été soumise par la société Essonne Aménagement sans que sa responsabilité pour faute soit engagée vis-à-vis de la société requérante.

Sur les travaux supplémentaires commandés par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre et indispensables à l'exécution du marché dans les règles de l'art :

13. La société requérante se prévaut de travaux supplémentaires ayant fait l'objet, selon elle, de commandes du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre. Ces travaux supplémentaires, qui ont porté sur la modification de la structure du bâtiment T3 et la modification du bâtiment T2 n'ont été que partiellement repris, selon elle, par les ordres de service n°38 et n°39.

14. Aux termes de l'article 2.51 du CCAG travaux, dans sa version applicable au litige : " Les ordres de service sont écrits ; ils sont signés par le maître d'œuvre, datés et numérotés. / Ils sont adressés en deux exemplaires à l'entrepreneur ; celui-ci renvoie immédiatement au maître d'œuvre l'un des deux exemplaires après l'avoir signé et y avoir porté la date à laquelle il l'a reçu. ".

15. Le titulaire d'un marché à prix forfaitaire n'a pas droit à la rémunération des travaux qui n'ont pas été commandés par le maître d'ouvrage même s'ils présentent un caractère utile. En revanche, il a droit au paiement, par le maître d'ouvrage, des prestations supplémentaires qui lui ont été réclamées par ordre de service ainsi qu'à l'indemnisation de travaux supplémentaires réalisés sans ordre de service, à la condition toutefois, qu'ils soient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.

16. Il est constant que les devis n°80 ind. A " modification de la structure du bâtiment T3 - partie Fondations - Gros Œuvre-VRD " et n°81 ind. A " modification du T2 " dont la société requérante se prévaut n'ont pas été signés. A cet égard, si la société requérante se prévaut de l'admission de ces devis dans le protocole transactionnel à hauteur de 153 831,51 euros HT et de 177 496,14 euros HT, il résulte de ce qui a été dit précédemment que celui-ci n'a pas été signé et est, dès lors, dépourvu de valeur probante. Il résulte en outre de l'instruction et en particulier du courrier du 19 avril 2013 du maître d'œuvre à l'attention d'Essonne Aménagement que les devis n°80 ind. A et n°81 ind. A n'ont été acceptés par le maître d'ouvrage que dans leurs parties techniques, repris ensuite dans les ordres de service n°38 et n°39. En tout état de cause, il ne résulte pas du tableau récapitulatif inclus dans le projet de protocole que les sommes admises au titre de ces devis visaient à rémunérer des travaux supplémentaires.

17. Enfin, si la société requérante allègue que ces travaux supplémentaires, de par leur nature, étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art, elle ne l'établit pas par les pièces qu'elle produit, alors que la région fait valoir que les devis en cause sont liés à la découverte d'amiante et ont été pris en compte et indemnisés au titre des deux avenants au marché.

Sur les surcoûts subis du fait de l'allongement de la durée du contrat et de la modification des programmes :

18. La société requérante soutient que l'allongement de la durée du contrat, qui résulte d'une faute du maître d'ouvrage, a engendré des surcoûts ouvrant droit à indemnisation à hauteur de 673 492,01 euros HT, correspondant au montant cumulé des devis 80 ind. A et 81 ind.A.

19. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie, soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

20. La société requérante soutient tout d'abord que la région Ile de France a mal réalisé les diagnostics de présence d'amiante, l'obligeant à morceler ses interventions et à effectuer des changements de phasage des travaux, voire de les interrompre. Toutefois, elle ne l'établit aucunement par les pièces qu'elle produit. A ce titre, la circonstance que la région Ile de France ait envisagé l'indemnisation des incidences de prolongement du délai et de modification du phasage dans le protocole transactionnel est sans incidence, la région Ile de France n'ayant jamais donné suite à ce protocole comme indiqué ci-avant. De plus, si la société requérante soutient que la région Ile de France a manqué à son obligation de contrôle et de direction du marché, en ne lui permettant pas d'obtenir les documents et études nécessaires à la réalisation des travaux et ne réagissant pas face à l'inertie du maître d'œuvre quant aux multiples demandes de la société requérante dont une relative à la nécessité d'arrêter le chantier, elle ne l'établit pas non plus par les seules pièces qu'elle produit.

21. La société requérante fait enfin valoir que les devis n°80 ind. A et n°81 ind. A détaillent le montant des préjudices subis tels que les frais d'immobilisation, de matériel de location, de surcoût de main d'œuvre, de dépenses d'intérêt commun et de difficultés d'exécution du marché. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les ordres de services faisant mention des deux devis n° 80-ind. A et n° 81- ind. A ne permettent pas d'établir que les parties s'estimaient liées par ces devis pour la totalité de leurs montants, en particulier en ce qui concerne l'incidence financière des travaux. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander la condamnation du maître d'ouvrage au paiement de la somme correspondant aux deux devis en cause au titre de la prolongation des délais d'exécution du marché.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la condamnation de la région à lui verser la somme de 757 729,02 euros TTC doivent être rejetées.

Sur le solde du marché :

23. La société requérante soutient que sa réclamation, avant concession dans le cadre du protocole transactionnel, était parfaitement justifiée dans son montant. Dès lors, la somme de 1 292 179,67 euros TTC correspondant à l'état du solde du marché tel qu'il résulte du projet de décompte final qu'elle a établi le 5 février 2014 lui est due. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que ce décompte final n'est jamais devenu définitif. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander la condamnation de la région Ile de France à lui verser cette somme.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Ile-de-France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la région Ile-de-France et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF portant sur la somme de 184 730,93 euros TTC.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF est rejeté.

Article 3 : La société Demathieu et Bard Bâtiment IDF versera à la région Ile-de-France la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Demathieu et Bard Bâtiment IDF et à la région Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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