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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004424

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004424

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004424
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantBENAZETH-GREGOIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2020, M. C B, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'Etat à la suite de la demande préalable d'indemnisation qu'il a formée le 7 avril 2020 et notifiée le 15 avril suivant ;

2°) d'engager la responsabilité de la direction des routes d'Ile-de-France en sa qualité de gestionnaire de la route sur laquelle il a été victime d'un accident, le 27 avril 2018 ;

3°) d'ordonner une expertise avant-dire droit afin de déterminer la date de consolidation de son état de santé et d'évaluer ses préjudices corporels et financiers ;

4°) de condamner la direction des routes d'Ile-de-France à lui verser une provision de 10 000 euros sur le fondement des éléments connus et estimés à ce jour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la direction des routes d'Ile-de-France doit être engagée en raison d'un défaut d'entretien de la chaussée entourant le rond-point de la D113 à l'entrée de la commune de Chambourcy ;

- il a subi des préjudices importants qui peuvent être évalués dans un premier temps à la somme de 10 000 euros dans l'attente d'une expertise qui se prononcera sur la date de consolidation de son état de santé et sur le chiffrage de l'ensemble de ses préjudices.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2020, la direction des routes d'Ile-de-France, représentée par le préfet des Yvelines, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'établit pas le lien de causalité entre l'ouvrage public et les dommages qu'il a subis ;

- il n'a pas failli à sa mission d'entretien de la voierie routière en procédant régulièrement aux réparations qui s'imposent ;

- une imprudence de la victime ou une défaillance mécanique ne sont pas à exclure.

Par un mémoire en intervention enregistré le 23 novembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines demande au tribunal de condamner la direction des routes d'Ile-de-France à lui rembourser le montant des prestations qu'elle a été amenée à verser, avec intérêts de droit ainsi que l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n°96-51 du 24 janvier 1996.

Par ordonnance du 20 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2022, en présence de Mme Delannoy, greffière :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B circulait en moto dans la nuit du 26 au 27 avril 2018 lorsqu'il a chuté à hauteur du rond-point faisant la jonction, sur la commune de Chambourcy, entre la route départementale 113 et la route nationale 13. Estimant que sa chute était due à l'état très dégradé de la chaussée, il demande, par la présente requête, l'annulation de la décision implicite rejetant le recours indemnitaire qu'il a formé le 7 avril 2020 et entend engager la responsabilité de la direction des routes d'Ile-de-France afin d'obtenir réparation des préjudices qu'il a subis lors de cet accident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite rejetant la réclamation préalable d'indemnisation présentée par M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux. En demandant la condamnation de la direction des routes d'Ile-de-France à lui verser une indemnité, le requérant a en effet donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le tribunal à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision contestée qui a lié le contentieux sont en tout état de cause sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. M. B, qui circulait en moto à hauteur du rond-point situé entre la route nationale 13 et la route départementale 113 à Chambourcy, doit être regardé, au moment de sa chute, comme usager de la voierie publique. Pour obtenir la réparation des dommages qu'il a subis à la suite de son accident, il est ainsi tenu de rapporter la matérialité des faits qu'il invoque ainsi que la preuve d'un lien de cause à effet entre l'ouvrage en litige et le dommage subi. Pour s'exonérer, le cas échéant, de la responsabilité qui pèse sur elle, il incombe à la personne responsable, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer une faute de la victime.

4. En l'espèce, s'il résulte de l'instruction que M. B a été victime d'une chute en moto à hauteur du rond-point faisant la jonction entre la route nationale 13 et la route départementale 113, les circonstances exactes de cet accident restent toutefois indéterminées. En effet, s'il se borne, dans ses écritures, à indiquer qu'il a chuté " dans le rond-point de la D113 à l'entrée de la ville de Chambourcy ", le procès-verbal de constat de l'huissier qu'il a dépêché sur les lieux près de sept semaines après l'accident mentionne que la chute a eu lieu " sur la commune de Chambourcy, sur la route nationale 13 au niveau d'un rond-point situé à l'intersection avec le Chemin-Neuf ". A l'inverse, l'attestation d'un de ses amis témoin des faits localise, quant à elle, la chute à la sortie du rond-point, sur la route départementale 13, à hauteur du garage Fiat. Par ailleurs, alors que M. B se borne à affirmer, sans aucune certitude, que son accident serait dû à la présence de gravillons et de nids de poule sur la chaussée, il ne l'établit par aucune des pièces du dossier et ne conteste pas les hypothèses avancées par la préfecture des Yvelines d'une éventuelle imprudence de sa part ou d'une défaillance mécanique de son véhicule. En tout état de cause, à supposer même que la chaussée ait été dégradée à l'endroit de sa chute, il ne résulte pas de l'instruction que ces dégradations auraient été d'une importance telle qu'elles auraient dû faire l'objet d'une signalisation particulière ou qu'elles auraient présenté un risque excédant ceux auxquels doivent normalement s'attendre les usagers de la voierie publique et contre lesquels il leur appartient de se prémunir eux-mêmes en prenant les précautions nécessaires. Dans ces conditions, alors que M. B ne présente aucun élément permettant de localiser et de déterminer avec précisions les causes de sa chute, il ne peut être regardé comme rapportant la matérialité des faits qu'il invoque ainsi que la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage en litige et le dommage qu'il a subi.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'octroi d'une provision et celles tendant à ce que soit diligentée une expertise avant-dire-droit doivent être rejetées. La caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines n'est pas davantage fondée à obtenir la condamnation de l'Etat au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais d'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet des Yvelines et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Dely, présidente,

- M. Jauffret, premier conseiller,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

Ch. ALa présidente,

signé

I. Dely

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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