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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004435

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004435

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004435
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantGOURVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2020 et le 13 décembre 2021, M. A B E et Mme C B E, représentés par Me Gourves, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur la régularité de la procédure :

- l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales a été méconnu car le service s'est abstenu de leur adresser une mise en demeure en indiquant précisément les éléments attendus, alors même qu'ils avaient répondu, même imparfaitement, aux demandes de justifications dans le délai de deux mois imparti par le courrier du 30 juin 2015 ;

- la procédure de taxation d'office est irrégulière dès lors que l'administration devait examiner les réponses qu'ils ont apportées, y compris hors délai, conformément aux commentaires des paragraphes 130, 140, 150, 160, 170 et 180 de l'instruction référencée BOI-CF-IOR-50-30-20150701 ;

Sur le bien-fondé des impositions :

- les écritures de 20 000 euros du 26 janvier 2012, de 70 000 euros du 31 janvier 2012 et de 145 000 euros du 15 juin 2012 en provenance du compte courant d'associé détenu au sein de la SCI 215 rue de Paris, correspondent à des remboursements de créance détenue sur la Sarl Norma et apportées depuis le compte courant d'associé détenu dans la SARL Norma vers le compte courant d'associé détenu dans la SCI 215 rue de Paris ; ces sommes correspondant à des remboursements, elles ne peuvent pas être imposables ;

- la somme de 12 500 euros du 6 octobre 2012 correspond au remboursement de l'acompte versé dans le cadre d'une promesse de vente qui n'a pas abouti, pour la part incombant à M. B E (50% de 25 000 euros d'acompte), inscrite par erreur en crédit au compte courant d'associé de M. B E alors qu'elle aurait dû figurer en débit ; cette somme ne peut être imposée comme un revenu.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mai 2022 à 17 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B E et Mme C B E ont fait l'objet, par un avis notifié le 23 février 2015, d'un examen de leur situation fiscale personnelle portant sur les années 2012 et 2013. Une demande d'éclaircissements et de justifications leur a été adressée le 30 juin 2015, concernant des crédits bancaires d'un montant de 546 397,18 euros pour 2012 et de 515 037,86 euros pour 2013. La proposition de rectification du 22 décembre 2015 a indiqué que ces sommes seraient imposées d'office (TO) comme revenu d'origine indéterminée (ROI). Plusieurs courriers (ROC) ont été transmis par les requérants, les 19 avril 2016, 13 janvier 2017 et 13 octobre 2017, permettant à l'administration de prendre en compte certains éléments et de réduire le montant des rectifications. La commission départementale des impôts a été saisie et a rendu son avis le 8 octobre 2018. Les impositions ont été mises en recouvrement le 10 janvier 2019 et le 16 octobre 2019, les consorts B E ont déposé une réclamation contentieuse, qui a été rejetée par une décision du 5 mars 2020. Par la requête susvisée, M. et Mme B E demandent au tribunal d'annuler la décision de rejet du 5 février 2020 de prononcer la décharge des impositions, intérêts de retard et pénalités laissés à leur charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements () ". Aux termes de l'article L. 16 A du même livre : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite. ". Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " Sous réserve des dispositions particulières () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'administration a demandé des justifications à un contribuable sur le fondement de l'article L. 16, elle est fondée à l'imposer d'office, sans mise en demeure préalable, à raison des sommes au sujet desquelles il s'est abstenu de répondre dans le délai requis ou n'a apporté que des réponses imprécises ou invérifiables, sans les assortir d'éléments de justification. Pour les sommes au sujet desquelles il a apporté des éléments de réponse jugés insuffisants, l'administration est en revanche tenue de lui adresser, préalablement, la mise en demeure prévue par l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales, dont l'objet principal est d'informer le contribuable sur la nature exacte des précisions qui sont exigées de lui, sur le délai complémentaire de trente jours qui lui est imparti pour apporter ces précisions et sur les conséquences qui s'attacheraient à un défaut de réponse de sa part. Il en va ainsi quelle que soit la teneur des indications mentionnées par l'administration dans la demande de justifications notifiée au contribuable, dès lors que les garanties prévues par l'article L. 16 A du livre des procédures fiscales complètent, sans se confondre avec elles, celles que le contribuable tire des dispositions de l'article L. 16 du même livre.

4. Il résulte de l'instruction que l'administration a adressé le 30 juin 2015 à M. et Mme B E un courrier modèle 2172 de demande d'éclaircissements et de justifications concernant leurs revenus de l'année 2012 et de l'année 2013. Lors d'un entretien du 4 août 2015, les requérants ont apporté des explications permettant de qualifier certains crédits bancaires visés par la demande du 30 juin 2015 comme relevant des catégories de revenus fonciers, de revenus de capitaux mobiliers et de bénéfices industriels et commerciaux. En revanche, les requérants ne justifient pas avoir répondu dans les délais prescrits ni fourni de justificatifs sur les crédits bancaires mentionnés dans le courrier du 30 juin 2015, ultérieurement récapitulés dans l'annexe II de la proposition de rectification du 22 décembre 2015. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier et il n'est pas davantage établi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, qu'ils aient fourni des informations sur ces crédits non justifiés lors de l'entretien du 4 août 2015.

5. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la Charte du contribuable ait été méconnue, en ce qui concerne les indications des points sur lesquels l'administration souhaite des compléments d'informations, dès lors que M. et Mme B E indiquent eux-mêmes que des précisions et justifications leurs ont été demandées portant sur un total de 228 documents.

6. S'agissant de l'instruction référencée BOI-CF-IOR-50-30-20150701, pour ses paragraphes 130, 140, 150, 160, 170, 180, ses termes ne sont pas opposables à l'administration, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales pour contester la régularité de la procédure d'imposition. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à s'en prévaloir.

7. Il résulte de ce qui précède que l'administration, qui n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 16 et L. 16 A du livre des procédures fiscales, n'était pas tenue d'adresser aux requérants une mise en demeure. Par suite c'est à bon droit qu'elle a procédé à l'évaluation d'office des crédits classés en revenus d'origine indéterminée au titre des années 2012 et 2013. Il suit de là M. et Mme B E ne sont pas fondés à soutenir que la procédure d'imposition serait irrégulière.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

8. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R*193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". L'article L. 69 du même livre dispose : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ".

9. En l'espèce, il résulte de ces dispositions que les requérants, qui n'ont pas répondu à la demande de justifications qui leur a été adressée le 30 juin 2015 pour ce qui concerne les crédits bancaires qualifiés de revenus d'origine indéterminée, ont, dès lors, été régulièrement taxés d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales. ils supportent la charge de la preuve de la nature et de l'origine des sommes sur lesquelles sont assises les rectifications contestées.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

10. En ce qui concerne les apports en compte courant d'associé, il incombe au contribuable de justifier de ces apports par la production d'éléments suffisamment précis portant, soit sur le versement sur le compte bancaire de la société réalisé par l'associé, soit sur la prise en charge par l'associé, notamment à partir d'un compte bancaire personnel, d'une dépense incombant à la société ou de l'apport d'un bien.

Quant aux écritures d'un montant de 20 000 euros du 26 janvier 2012, de 70 000 euros du 31 janvier 2012 et de 145 000 euros du 15 juin 2012 :

11. Les opérations de contrôle ont permis d'établir que trois versements de 20 000 euros, 70 000 euros et 145 000 euros ont été opérés respectivement les 26 janvier 2012, 31 janvier 2012 et 15 juin 2012, au profit de M. B E en provenance de la SCI 215 rue de Paris, dont il est associé avec M. D à parité. Ces sommes ont été débitées du compte courant d'associé " 45500003-C/C B ".

12. M. B E soutient que ces sommes correspondent à des remboursements de créances détenues à hauteur de 236 033 euros et pour expliquer cette créance, M. B E fait valoir qu'il était dans un premier temps, créancier de la SARL Norma, dont il était associé majoritaire et gérant et disposait d'un compte courant d'associé créditeur, du fait de plusieurs opérations de vente de matériels, d'honoraires et de frais ayant généré des versements à son profit et que cette SARL Norma était elle-même créancière vis-à-vis de la SCI 215 rue de Paris, à hauteur de 247 388,31 euros. Par suite de difficultés financières, la SARL Norma s'est acquittée de sa dette vis-à-vis de M. B E par la diminution du compte courant d'associé de M. B E détenu dans les compte de la SARL Norma et des virements portés au crédit du compte courant d'associé " 45500000- associé- compte courant " ouvert dans les comptes de la SCI, cette écriture ayant été passée en janvier 2008, peu de temps avant que la SARL Norma ne soit placée en liquidation judiciaire par une décision de novembre 2008.

13. Toutefois, il apparaît, d'une part, que plusieurs comptes courants d'associés étaient inscrits dans les comptes de la SCI 215 rue de Paris, un compte global " 4550000 associés-cpte courant " et les comptes personnalisés par associé : " 45500003- B " et " 45500002- D ". Or si le virement de 247 388 euros a été porté au crédit du compte courant global " 45500000 ", M. B E ne justifie pas qu'il pouvait disposer seul et en totalité de ces sommes alors qu'il était associé à parts égales avec M. D. D'autre part, les différentes opérations qui sont présentées comme justifiant les crédits inscrits sur le compte courant d'associé détenu dans la SARL Norma, à savoir des ventes de matériel, des honoraires et frais de mission, ne sont pas justifiés par des éléments probants, le requérant se bornant à produire des attestations ou des factures auto-établies entre le gérant et sa propre société. Dès lors, la réalité des crédits inscrits au CCA détenu dans la SARL Norma n'est pas établie et les sommes non justifiées. Enfin, il résulte également de l'instruction qu'au 1er janvier 2012, au début de la période de vérification, le compte courant d'associé inscrit dans les comptes au nom de M. B E " 45500003 " présentait un solde débiteur de 359 965 euros, soit une somme bien supérieure aux 236 000 euros inscrits en crédit au compte courant d'associé global " 45500000 " et qui a motivé ensuite les trois virements effectués depuis ce compte courant d'associé au profit du requérant. Il est également établi par les documents de l'instruction, que ces sommes inscrites en crédit ne peuvent provenir des résultats de la SCI, dont les bénéfices étaient très inférieurs à ce montant de 236 000 euros, lui-même inférieur au montant débiteur du compte courant d'associé personnalisé de M. B E à ces dates. Par suite, il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que les sommes en cause, constituées par les trois écritures pour des montants de 20 000 euros, 70 000 euros et 145 000 euros, ont été qualifiées de revenus d'origine indéterminée et imposées comme tels.

En ce qui concerne le crédit de 12 500 euros du 6 octobre 2012 :

14. Le service vérificateur a relevé qu'en date du 6 octobre 2012, la somme de 12 500 euros en provenance d'une étude notariale, a été portée au crédit du compte courant d'associé de M. B E référencé " 455400 apport c/c B " ouvert dans les comptes de la SCIGometz, tel qu'établi par l'extrait du grand livre général de cette SCI produit en défense.

15. M. B E soutient que cette écriture correspond au remboursement de l'acompte versé par la société civile immobilière Gometz dans le cadre d'une promesse de vente qui n'a pas abouti et dont le montant de 25 000 euros a été remboursé par l'étude notariale à la SCI Gometz. M. B E indique qu'il a été procédé au remboursement de cet acompte, au prorata de sa participation dans la SCI 215 rue de Paris, à hauteur de 12 500 euros dans son compte courant d'associé. Il fait valoir que si la somme a été inscrite par erreur en crédit au compte courant d'associé alors qu'elle aurait dû l'être en débit, cette opération ne constitue pas un revenu imposable mais un remboursement partiel de compte courant.

16. Toutefois, d'une part, aucun élément au dossier ne démontre que M. B E aurait lui-même versé l'acompte initial de 25 000 euros, en tout ou partie, au titre de la promesse de vente en cause. D'autre part, il résulte de l'instruction que le remboursement des frais de vente par l'étude notariale a été effectué auprès de la SCI Gometz et non pas directement auprès de M. B E. Le requérant ne justifie pas la réalité des opérations comptables alléguées qui justifierait l'inscription en remboursement de la somme de 12 500 euros et il ne produit aucun élément d'explication sur " l'erreur " d'inscription de ce montant en crédit au lieu de débit au compte courant d'associé. En conséquence, l'administration a qualifié à bon droit le versement des 12 500 euros comme constituant un apport imposable et non comme un remboursement.

17. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B E n'apportent pas la preuve qui leur incombe du caractère exagéré des impositions laissées à leur charge.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B E ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B E, Mme C B E et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F-X de MiguelLe président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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