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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004447

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004447

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004447
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantLABETOULE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2020 et le 30 mars 2021, M. A B, représenté par Me Labetoule, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016, pour un montant total de 129 360 euros ;

2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement des impositions en litige ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa réclamation au titre de l'impôt sur le revenu 2014 mis à sa charge est recevable car elle a été déposée dans le délai prescrit ;

- l'administration fiscale a méconnu l'obligation de motivation des rectifications, dès lors qu'il n'est pas justifié que les propositions de rectification invoquées lui ont été adressées et régulièrement notifiées ;

- le BOI-CF-IOR-50-20 n°120 du 4 février 2015 impose à l'administration d'indiquer tous les éléments d'imposition ;

- dès lors qu'il avait dûment informé le service de sa domiciliation à Madagascar, l'administration devait lui faire parvenir les propositions de rectification ainsi que tous les éléments utilisés par le service pour établir sa résidence fiscale en France ; l'article L. 80 du livre des procédures fiscales ainsi que les droits de la défense ont ainsi été méconnus ;

- le service, à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas qu'il aurait été fiscalement domicilié en France alors qu'il est domicilié à Madagascar depuis 2013, la seule détention d'un bien immobilier étant insuffisante à caractériser une telle domiciliation ;

- le service ne démontre pas que l'activité professionnelle exercée en France au cours des années 2014, 2015 et 2016 pourrait être considérée comme principale, alors qu'aux termes des stipulations des articles 4 et 14 de la convention fiscale conclue entre la France et Madagascar, il est considéré comme résident fiscal de Madagascar et que les revenus de sa profession indépendante de médecin sont imposables dans l'Etat de résidence ;

- l'activité salariée de médecin exercée en France alléguée par le service, n'est pas démontrée et les impositions établies contreviennent aux stipulations de la convention fiscale conclue entre la France et Madagascar ;

- les pénalités sont injustifiées et doivent être annulées, la majoration de 40% ne pouvant pas lui être appliquée en l'absence de mise en demeure dûment notifiée ;

Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 mai 2022 à 17 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention fiscale signée le 22 juillet 1983 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique de Madagascar en vue d'éviter les doubles impositions, de prévenir l'évasion fiscale et d'établir des règles d'assistance administrative en matière fiscale ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. A B n'ayant pas souscrit de déclarations de revenus pour les années 2014, 2015 et 2016, des mises en demeure de régulariser sa situation fiscale lui ont été successivement adressées le 15 octobre 2015, le 14 septembre 2016 et le 9 septembre 2017 au titre de chacune de ces années. En l'absence de réponse dans le délai de 30 jours, l'intéressé a fait l'objet d'une taxation d'office. Trois propositions de rectification ont été adressées à M. B. En l'absence d'observations de sa part, les impositions ont été mise en recouvrement respectivement le 30 avril 2016 pour 26 439 euros au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2014, le 30 avril 2017 pour 59 278 euros au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2015, le 31 janvier 2018 pour 54 161 euros au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2016. Des dégrèvements partiels ayant été prononcés au titre de chacune de ces impositions, respectivement pour 3 512 euros, 3 523 euros et 3 483 euros, le quantum de l'imposition supplémentaire mise à la charge de M. B s'élève à 129 360 euros. M. B a adressé au service une réclamation préalable le 26 décembre 2019, qui a fait l'objet d'une décision de rejet du 10 juin 2020. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions, pénalités et intérêts de retard mis à sa charge ainsi que le sursis de paiement à hauteur des impositions en litige.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 de ce livre dispose : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions () ".

3. En premier lieu, en cas de changement de domicile, il appartient au contribuable d'établir qu'il a fait les diligences nécessaires pour informer l'administration de sa nouvelle adresse. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration a adressé à la dernière adresse connue de M. B à Viry-Châtillon (Essonne), des propositions de rectification, jointes au mémoire en défense, le 11 janvier 2016 au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2014, le 7 février 2017 au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2015, le 23 octobre 2017 au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2016. Ces lettres ont été présentées respectivement les 14 janvier 2016, 11 février 2017 et 26 octobre 2017, les deux premières ont été retournées avec la mention " pli avisé et non réclamé " tandis que la dernière a bien été distribuée le 31 octobre 2017 ainsi qu'il ressort de l'accusé de réception signé par le requérant. M. B soutient qu'il avait informé l'administration fiscale, par un courrier en date du 30 novembre 2016, de son changement d'adresse et de sa résidence à Madagascar. Il produit la copie du courrier du 30 novembre 2016, mais il ne justifie pas d'une preuve de dépôt ni de la réception de ce courrier par l'administration, qui conteste dans son mémoire en défense avoir été informée de ce changement de domiciliation. De plus, si le courrier de l'administration daté du 19 juin 2017 produit par le requérant, a été envoyé à son adresse à Madagascar, ce document ne fait état que d'un encours de dette fiscale et n'a pas pour objet la prise en compte d'un changement de domiciliation fiscale. En tout état de cause, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que ce courrier est postérieur aux propositions de rectification des 11 janvier 2016 et 7 février 2017 qui ont été retournées à l'administration fiscale avec la mention " pli avisé et non réclamé " tandis que la proposition de rectification du 23 octobre 2017 a bien été réceptionnée à l'adresse située à Viry-Châtillon.

4. En deuxième lieu, les propositions de rectification qui contiennent l'ensemble des éléments de fait et de droit (montants, motifs des cotisations supplémentaires) propres à la situation de l'intéressé, sont suffisamment motivées.

5. En dernier lieu, les contribuables ne peuvent pas utilement invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les interprétations de l'administration fiscale relatives à la procédure d'imposition. Par suite, M. B ne peut se prévaloir des énonciations de la doctrine administrative BOI-CF-IOR 50-20 n°120, 4-2-2015.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

6. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer, en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office, si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

Sur le terrain de la loi :

7. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : () b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques () ".

8. Il résulte de l'instruction que les revenus de M. B ont pour origine, au titre de chacune des années 2014, 2015 et 2016, une activité salariée de médecin dans plusieurs établissements de santé et hospitaliers publics situés sur le territoire français, le plaçant ainsi dans une position de salarié. En outre, le requérant n'allègue ni ne soutient que ces revenus et ces activités auraient été exercées à titre accessoire. Il suit de là que, nonobstant le fait qu'il aurait établi son foyer à Madagascar, M. B doit être regardé comme ayant en France le centre se des intérêts économiques au sens du c) de l'article 4A du code général des impôts. Il doit, par suite, être considéré comme étant domicilié fiscalement en France pour l'application de cet article.

Sur le terrain de la convention :

9. Aux termes de l'article 4 de la convention fiscale entre la France et Madagascar : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat " désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence (). Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat. / 2. Lorsque, selon les dispositions du paragraphe 1, une personne physique est un résident des deux Etats, sa situation est réglée de la manière suivante : a) Cette personne est considérée comme résident de l'Etat où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent ; si elle dispose d'un foyer d'habitation permanent dans les deux Etats, elle est considérée comme un résident de l'Etat avec lequel ses intérêts personnels et économiques sont les plus importants (centre des intérêts vitaux) () ". Aux termes de l'article 14 de cette convention : " Professions indépendantes / 1. Les revenus qu'un résident d'un Etat tire d'une profession libérale ou d'autres activités de caractère indépendant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins : / - que ce résident dispose de façon habituelle dans l'autre Etat d'une base fixe pour l'exercice de ses activités. S'il dispose d'une telle base fixe, les revenus sont imposables dans l'autre Etat mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cette base fixe ; / - que, en l'absence de base fixe, il exerce effectivement, en totalité ou en partie, son activité dans l'autre Etat. Dans ce cas, la rémunération de cette activité qui provient de cet autre Etat est imposable dans cet Etat, mais l'impôt ainsi établi ne peut excéder 15 p. cent du montant brut de la rémunération. / 2. L'expression " profession libérale " comprend notamment les activités indépendantes d'ordre scientifique, littéraire, artistique, éducatif ou pédagogique, ainsi que les activités indépendantes des médecins, avocats, ingénieurs, architectes, dentistes et comptables. ".

10. En l'espèce, M. B ne démontre pas qu'il aurait exercé une activité indépendante de médecin à titre libéral au sens de l'article 14 de la convention précitée. Dès lors qu'il ne remplissait pas les conditions fixées par la convention fiscale, il n'est pas fondé à se prévaloir de ces stipulations. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a notifié à M. B les impositions sur le revenu au titre des années 2014, 2015 et 2016.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016.

Sur les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'application de la majoration de 40% prévue par les dispositions du b du 1 de l'article 1728 du code général des impôts est suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B n'a pas souscrit à ses obligations déclaratives à l'impôt sur le revenu, malgré trois mises en demeure.

15. Par suite c'est à bon droit que l'administration a appliqué la majoration de 40% prévue par les dispositions de l'article 1728 du code général des impôts.

Sur les conclusions à fin de sursis de paiement :

16. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées à fin de sursis de paiement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F-X de MiguelLe président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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