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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004793

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004793

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004793
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantD'ONORIO DI MEO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2020, M. A C, représenté par Me d'Onorio di Meo, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, pour un montant total de 68 673 euros, dont 19 093 euros au titre de l'année 2013 et 49 580 euros au titre de l'année 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité de la procédure :

- la procédure de rectification est irrégulière du fait de la méconnaissance des articles L. 53 et L. 55 du livre des procédures fiscales, dès lors que l'administration aurait dû notifier une proposition de rectification à la société civile immobilière (SCI) H3D avant de rectifier son revenu imposable ;

Sur le bien-fondé des impositions :

- le seul bénéficiaire des sommes en cause est la SCI H3D et l'administration ne démontre pas que c'est M. C lui-même ;

- pour l'année 2013, le chèque de 10 000 euros correspond à des loyers versés par la SASU EISS ; les travaux réalisés pour 15 000 euros ont concerné le bien immobilier de la SCI H3D donné en location à la SASU EISS et n'ont pas été payés à la SCI H3D mais à des tiers ;

- pour l'année 2014, il n'est pas démontré que le chèque de 58 600 euros ait été encaissé par M. C ;

- en l'absence de destinataires clairement identifiés, l'administration aurait dû mettre en œuvre la procédure de l'article 117 du code général des impôts auprès de la SASU EISS directement, avant d'engager toute procédure de rectification à l'encontre du requérant et de la SCI H3D ;

Sur la majoration pour manquement délibéré :

- la preuve de la mauvaise foi, qui n'est pas rapportée au dossier, incombe à l'administration ;

- la SCI H3D, seule société dans laquelle il détient des participations, n'a pas fait l'objet d'une vérification de comptabilité ; dès lors la pénalité de 40% ne pouvait lui être appliquée en raison d'irrégularités comptables d'une autre société ;

- la majoration de 40% ne peut dès lors se justifier en l'absence de tout comportement irrégulier ;

- contrairement à ce qu'induit l'administration, les sociétés EISS et H3D n'entretiennent aucun lien d'affaires, hormis la location des locaux ;

- le caractère intentionnel ne peut se déduire des seuls liens familiaux entre les dirigeants des sociétés ;

- l'administration n'apporte pas la preuve que les travaux réglés par la SASU EISS ont été réalisés dans son intérêt ;

- les majorations ne peuvent pas davantage s'expliquer par l'importance des rectifications notifiées ; la mauvaise foi n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juin 2022 à 17 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est gérant de la société civile immobilière (SCI) H3D, dont il détient 99% des parts. Cette société est propriétaire d'un local qu'elle loue à la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) EISS, détenue par M. B C, frère de M. A C. A l'occasion d'une vérification de comptabilité de la SASU EISS au titre des exercices 2013 et 2014, il a été constaté que la SCI H3D avait perçu des revenus de capitaux mobiliers, par le biais de distributions, qui n'avaient pas fait l'objet de déclarations de la part de la SCI H3D ni de son dirigeant. Le service a adressé une proposition de rectification à M. C le 16 février 2016, pour l'informer qu'il envisageait un rehaussement de son revenu imposable à hauteur de 43 313 euros pour 2013 et 72 518 euros pour l'année 2014. A la suite du recours hiérarchique exercé par M. C le 21 avril 2016, le montant du rehaussement au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2013 a été ramené à 30 938 euros par un courrier n°751 de l'administration du 10 mai 2016. Les sommes concernées ont été mises en recouvrement le 30 juin 2016. M. C a présenté une réclamation contentieuse le 22 mars 2018, à la suite de laquelle le service a procédé à un dégrèvement partiel le 5 septembre 2018 en ce qui concerne la majoration de 25% appliquée aux contributions sociales. Une seconde réclamation contentieuse présentée le 31 janvier 2019 par M. C a été rejetée par une décision du 12 mai 2020. M. C demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions, intérêts de retard et pénalités laissés à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 53 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne les sociétés dont les associés sont personnellement soumis à l'impôt pour la part des bénéfices correspondant à leurs droits dans la société, la procédure de vérification des déclarations déposées par la société est suivie entre l'administration des impôts et la société elle-même () ". L'article L. 57 du même livre dispose : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

3. Le requérant soutient que la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors que la proposition de rectification du 16 février 2016 lui a été adressée à titre personnel, alors que l'administration aurait dû au préalable notifier une proposition de rectification à la société civile immobilière H3D, avant de rectifier son revenu imposable. Toutefois, il résulte de l'instruction que, lors de la vérification de comptabilité de la SASU EISS, il a été constaté que des versements avaient été effectués par cette société au profit de la SCI H3D, en tant que revenus de capitaux mobiliers, qui n'ont pas fait l'objet de déclarations. Les résultats déclarés par la SCI H3D n'ont pas été remis en cause par l'administration, la rectification en litige ayant pour seul objet d'imposer entre les mains de M. C les sommes versées par la SASU EISS sur les comptes de la SCI H3D, regardées par le service comme des distributions effectuées au profit de M. C. Dès lors, l'administration n'était pas tenue d'adresser une proposition de rectification à la SCI H3D préalablement à l'envoi d'une proposition de rectification à M. C, associé détenant 99% des parts dans cette société. De plus, la proposition de rectification du 16 février 2016 comporte l'ensemble des éléments de fait et de droit utiles aux rectifications notifiées. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la procédure serait irrégulière et le moyen doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R.*194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ". En l'espèce, M. C n'a pas répondu dans le délai de trente jours indiqué dans la proposition de rectification du 16 février 2016. Par suite, en application des dispositions précitées, la charge de la preuve du caractère exagéré des rehaussements lui incombe.

En ce qui concerne les distributions :

5. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens de ces dispositions, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet apparent et l'identité du destinataire, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause.

Quant à l'existence de distributions :

6. Il résulte de l'instruction que lors de la vérification de comptabilité de la société EISS, le service a relevé au titre de l'année 2013, d'une part, qu'un chèque d'un montant de 10 000 euros avait été débité le 6 mars 2013 du compte de la société EISS et encaissé par la SCI H3D et d'autre part, que la société EISS avait réalisé des travaux dans le local donné à bail par la SCI H3D pour un montant de 15 000 euros. Au titre de l'année 2014, le service a constaté qu'un chèque de 58 600 euros, affecté dans la comptabilité de la société EISS au compte du fournisseur sous-traitant EISS, avait en réalité été encaissé par la SCI H3D.

7. S'agissant du chèque de 10 000 euros, M. C ne peut utilement présenter cette opération comme le versement de loyers par la société EISS à la SCI H3D, dès lors que ce paiement a été effectué antérieurement à la conclusion du bail de location, intervenue entre les deux sociétés le 1er août 2013 pour des locaux sis 85 bis, rue du Cercay à Brunoy (91). Si M. C soutient que la somme de 15 000 euros correspond à des travaux réalisés dont le montant a été réglé à des tiers, non identifiés, il ne conteste pas utilement que lesdits travaux par leur consistance, appartenaient à ceux incombant au propriétaire des locaux et non au locataire, la circonstance avancée par le requérant que cette somme ait été versée à des tiers et non à la SCI H3D directement étant sans influence sur la qualification d'avantage occulte. Enfin, en ce qui concerne la somme de 58 600 euros, M. C se borne à faire valoir qu'il n'a pas encaissé personnellement cette somme. Toutefois, il est constant que cette somme a été réglée à la SCI H3D et qu'elle ne pouvait pas être justifiée par le versement des loyers dus pour la période du 1er aout 2013 au 31 décembre 2014, dès lors que le montant cumulé des loyers sur cette période ne s'élevait qu'à 23 400 euros HT. Par suite, l'administration était fondée à considérer que les sommes en cause sont constitutives de revenus distribués au sens de l'article 111-c du code général des impôts.

Quant à l'appréhension des distributions :

8. Les avantages consentis à une société de personnes doivent être regardés comme appréhendés par les associés de celle-ci. Par suite, l'administration était fondée à imposer M. C sur les avantages dont il a bénéficié par l'intermédiaire de la SCI H3D dont il est associé à hauteur de 99% des parts, sans qu'elle eût besoin de recourir à la procédure prévue à l'article 117 du code général des impôts.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'apporte pas la preuve qui lui incombe du caractère exagéré des impositions laissées à sa charge.

Sur les pénalités :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

11. En relevant d'une part, que la SCI H3D avait bénéficié de la part de la société EISS d'avantages sous la forme de versements sans contreparties et de prise en charge de travaux ne lui incombant pas en tant que locataire et, d'autre part, que M. C, en qualité de principal associé de cette société à hauteur de 99% des parts, ne pouvait ignorer que les versements réalisés par la société EISS portaient sur des sommes dépourvues de cause et qui n'avaient pas été déclarées, l'administration doit être regardée comme établissant l'intention de M. C de minorer l'impôt dont il était redevable à raison des sommes distribuées par la société SCI H3D et, par suite, le caractère délibéré des manquements qui lui sont reprochés. Dès lors l'administration était fondée à appliquer au requérant les pénalités qui lui ont été infligées au titre de l'article 1729 du code général des impôts.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F-X de MiguelLe président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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