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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004838

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004838

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004838
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 juillet 2020, 14 octobre 2021 et 17 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Coll, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejeté née du silence gardé par la commune de Savigny-sur-Orge sur sa demande indemnitaire présentée au mois d'avril 2020 ;

2°) de condamner la commune de Savigny-sur-Orge à lui verser la somme de 45 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable, en réparation des préjudices qu'il a subis du fait des fautes commises dans la gestion de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Savigny-sur-Orge le versement d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la commune est engagée à raison des préjudices résultant de l'illégalité de la décision du 2 janvier 2018 qui a prononcé d'office son affectation sur un poste inadapté, cette décision ayant été annulée par le jugement rendu le 30 janvier 2020 par ce tribunal dans l'instance n° 1803951 ; la situation de précarité dans laquelle il s'est trouvé est la conséquence directe de cette décision ; en effet, celle-ci l'a empêché de reprendre ses fonctions durant de nombreux mois, en dépit de l'avis favorable émis par le comité médical, conduisant à son placement à demi-traitement, ce qui l'a même incité à demander une mise en disponibilité d'office pour convenance personnelle afin de rechercher un emploi dans le secteur privé ; il a également été contraint d'accepter un autre logement proposé par la ville, à titre précaire, puis un troisième logement ; son préjudice matériel peut être évalué à 25 000 euros et son préjudice moral, ainsi que les troubles dans ses conditions d'existence, peuvent être évalués à 25 000 euros, du fait notamment des troubles anxio-dépressifs causés par les inquiétudes liées à sa situation financière et professionnelle précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2021, la commune de Savigny-sur-Orge, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les demandes indemnitaires présentées par le requérant ne sont pas fondées.

L'instruction a été close au 28 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cado, représentant la commune de Savigny-sur-Orge.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, adjoint technique employé par la commune de Savigny-sur-Orge, a été affecté sur un poste de gardien d'équipements sportifs et a bénéficié, à ce titre, d'un logement de fonction, accordé pour nécessité absolue de service à compter du 24 janvier 2011. Le 22 mai 2013, il a été victime d'une entorse bénigne du ligament latéral dans l'exercice de ses fonctions. Le congé de maladie qu'il a dû prendre, en conséquence, du 23 mai 2013 au 5 juillet 2013, a été reconnu imputable à un accident de service. M. C a repris ses fonctions le 7 juillet 2013 mais, à la suite d'une nouvelle chute, il a été placé à nouveau en congé de maladie imputable au service à plusieurs reprises à compter du 7 décembre 2013. Il a ensuite été placé en congé de longue maladie à compter du 1er juillet 2016. Le 18 décembre 2017, le médecin de prévention a émis un avis favorable à la reprise à temps plein de M. C sur un poste de gardien de maison de quartier, sous réserve d'aménagements évitant, d'une part, le port de charges de plus de 10 kilogrammes et, d'autre part, le travail avec surélévation des bras au-dessus des épaules. Par décision du 2 janvier 2018, le maire de Savigny-sur-Orge a affecté M. C, à compter du 1er janvier 2018, au sein du service des moyens généraux en qualité d'agent d'entretien. Tirant les conséquences de ce changement d'affectation, il a, par arrêté du 18 janvier 2018, mis fin à la mise à disposition du logement de fonction attaché au poste de gardien du site sportif qu'il occupait précédemment. M. C a contesté ces actes devant le tribunal. Par un jugement du 30 janvier 2020, rendu dans cette instance, enregistrée sous le n° 1803951, le tribunal a annulé la décision du 2 janvier 2018 et rejeté les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 janvier 2018. Par la présente requête, M. C demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision implicite de rejeté née du silence gardé par la commune de Savigny-sur-Orge sur sa demande indemnitaire, datée du mois d'avril 2020, et, d'autre part, de condamner la commune à lui verser la somme de 45 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de cette demande, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes qui ont, d'après lui, été commises par la commune dans la gestion de sa situation.

Sur les conclusions en annulation :

2. La décision de rejet implicite née du silence gardé par la commune de Savigny-sur-Orge sur la demande indemnitaire formée par M. C a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant une décision administrative.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point 1 ci-dessus que la décision du 2 janvier 2018 prononçant d'office l'affectation de M. C au sein du service des moyens généraux en qualité d'agent d'entretien a été annulée par le jugement rendu par le tribunal dans l'instance n° 1803951 le 30 janvier 2020, lequel est devenu définitif. L'illégalité entachant la décision du 2 janvier 2018 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Savigny-sur-Orge. M. C est fondé à prétendre à l'indemnisation des préjudices résultant, de façon directe et certaine, de cette illégalité fautive.

5. En revanche, s'il se prévaut des conséquences du changement de résidence qui lui a été imposé par l'arrêté du 18 janvier 2018 ayant supprimé la mise à sa disposition d'un logement de fonction, M. C ne justifie pas de l'illégalité entachant cet arrêté, les conclusions tendant à son annulation ayant, par ailleurs, été rejetées par le jugement précité. Dès lors, M. C n'est pas fondé à solliciter, sur le fondement de la responsabilité pour faute de la commune, la réparation des préjudices liés à la suppression de son logement de fonction, notamment les dépenses qu'il dit avoir engagées, en pure perte, pour effectuer des travaux de rénovation de ce logement.

En ce qui concerne le préjudice matériel imputé à la décision du 2 janvier 2018 :

6. D'une part, le préjudice financier dont M. C sollicite l'indemnisation, en tant qu'il tient aux conséquences financières de sa situation antérieure à l'édiction de la décision du 2 janvier 2018, ne peut être imputé à l'exécution de cette décision illégale. En revanche, M. C est fondé à demander l'indemnisation des éventuelles pertes de rémunération résultant de l'exécution de cette décision. A cet égard, il résulte de l'instruction, notamment des écritures en défense, que M. C a refusé sa nouvelle affectation et sollicité le bénéfice d'un congé de maladie dès le 2 janvier 2018. Eu égard au motif d'annulation retenu par le précédent jugement rendu par le tribunal, il doit être regardé comme établi que le placement de M. C en congé de maladie à compter du 2 janvier 2018 est directement lié à son affectation sur un poste incompatible avec son état de santé.

7. Toutefois, il ressort des bulletins de salaire versés au dossier en réponse à la mesure supplémentaire d'instruction adressée par le tribunal que le traitement de M. C a été maintenu entre le 1er janvier et le 10 juin 2018, date à laquelle a pris effet, à sa demande, la mesure de placement en disponibilité pour convenances personnelles. Dès lors, il n'est pas établi qu'il aurait subi des pertes de revenus du fait de l'exécution de la mesure illégale du 2 janvier 2018. Par ailleurs, il n'établit pas que sa demande tendant au bénéfice d'une disponibilité d'office pour convenances personnelles aurait été engagée sous la contrainte, du fait, en particulier, de la diminution de sa rémunération prétendument induite par l'exécution de la décision du 2 janvier 2018, dont il vient d'être dit qu'elle n'est pas avérée. En toute hypothèse, M. C ne justifie pas que sa mise en disponibilité pour convenances personnelles, dont il précise lui-même qu'elle avait pour objectif de bénéficier d'un emploi dans le secteur privé, aurait été à l'origine d'une perte de rémunération.

8. D'autre part, en reprochant à la commune de n'avoir pas procédé à l'aménagement de son poste de gardien, en dépit des avis émis en ce sens par le comité médical, et en faisant valoir que cette inertie l'aurait empêché de reprendre ses fonctions durant de nombreux mois, conduisant à son placement à demi-traitement, ainsi, par conséquent, qu'à ses difficultés financières, M. C peut être regardé comme invoquant des fautes commises par la commune dans la gestion de sa situation administrative, distinctes de l'illégalité fautive entachant la décision du 2 janvier 2018. Toutefois, M. C n'établit pas que la commune aurait été en mesure d'aménager le poste de gardien qu'il occupait avant d'être placé en congé de longue maladie. Et, il n'établit pas davantage que la commune aurait été en capacité de l'affecter, avant le 2 janvier 2018, sur un poste compatible avec son état de santé. Dès lors, M. C n'établit pas que la commune aurait manqué à ses obligations durant la période qui a précédé l'édiction la décision du 2 janvier 2018 et il n'est donc pas fondé à engager sa responsabilité pour faute à cet égard. En tout état de cause, il ne justifie pas que la prétendue inertie de la commune sur cette période antérieure au 2 janvier 2018, l'aurait contraint à demander, au mois d'avril 2018, sa mise en disponibilité d'office pour convenance personnelle.

En ce qui concerne la demande afférente au préjudice moral et aux troubles dans les conditions d'existence :

9. M. C demande l'indemnisation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence découlant de la situation financière difficile dans laquelle il s'est trouvé, celle-ci ayant abouti, en 2021, à la mise en place de mesures d'apurement de dettes dans le cadre d'un dossier de surendettement. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment que cette situation financière difficile ne peut être imputée à la faute commise par la commune de Savigny-sur-Orge du fait de l'illégalité de la décision du 2 janvier 2018 prononçant son affectation d'office sur un poste d'agent d'entretien. Le requérant n'établit pas davantage que la décision du 2 janvier 2018 aurait été à l'origine d'une atteinte à sa réputation professionnelle.

10. En revanche, alors notamment que M. C a présenté des troubles anxio-dépressifs imputés par son médecin traitant à ses problèmes professionnels et financiers, il ne peut être sérieusement contesté que la mesure illégale d'affectation sur un poste inadapté à l'état de santé de l'agent a été à l'origine d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence, dont il est fait une juste appréciation en les évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à la somme de 4 000 euros, tous intérêts compris à la date du présent jugement.

11. Il résulte de ce qui précède que la commune de Savigny-sur-Orge est condamnée à verser à M. C une indemnité de 4 000 euros, tous intérêts compris, en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de la mesure, illégale, du 2 janvier 2018 prononçant son affectation sur un poste inadapté à son état de santé.

Sur les frais d'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Savigny-sur-Orge une somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre des frais exposés dans la présente instance et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. C, qui n'est pas la partie perdante, soit condamné à verser à la commune de Savigny-sur-Orge la somme qu'elle demande à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Savigny-sur-Orge est condamnée à verser à M. C une indemnité de 4 000 euros, tous intérêt compris à la date du présent jugement.

Article 2 : La commune de Savigny-sur-Orge versera à M. C une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Savigny-sur-Orge.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Le Gars, président,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Lutz, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

A. A

Le président,

signé

J. Le Gars La greffière,

signé

L. Segrétain

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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