jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2004990 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | SELARL DORASCENZI-FENART |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2020, M. A B, représenté par Me Dorascenzi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles il a été assujetti pour un montant de 58 514 euros au titre de l'année 2016 et un montant de 44 043 euros au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité de la procédure :
Droit de communication :
- le droit de communication a été mis en œuvre de manière anticipée et irrégulière par l'administration, dès le 21 novembre 2018, sans attendre l'expiration du délai de 60 jours qui lui était accordé pour communiquer ses relevés de comptes financiers, qui expirait le 10 décembre 2018 ;
- la mise en œuvre de ce droit de communication l'a privé de la possibilité de communiquer lui-même les éléments nécessaires à la procédure ;
- le prolongement de la durée du contrôle initialement fixé à un an, résultant de la mise en œuvre de ce droit de communication (prolongement jusqu'à ce que l'administration récupère les relevés), relève d'un détournement de procédure et d'un manque de loyauté ;
Absence de restitution des relevés bancaires
- les relevés de compte bancaire de la Caisse d'épargne, remis le 14 novembre 2018 à l'administration, ne lui ont pas été restitués, avant l'envoi de la demande de justification ; l'administration a ainsi méconnu la procédure prévue à l'article L. 16 du LPF,
Sur la majoration pour manquement délibéré :
- la volonté délibérée de se soustraire à l'impôt ne peut être déduite de la seule importance des sommes en cause ; en l'espèce, l'administration ne démontre pas le caractère délibéré des manquements qui lui sont imputés, ni davantage qu'il avait la libre disposition des sommes en cause.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2020, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2022 à 17 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,
- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a fait l'objet, à compter d'octobre 2018, d'un examen de sa situation fiscale personnelle portant sur les années 2016 et 2017. A la suite d'une demande d'éclaircissements et de justifications qui lui a été adressée le 15 mars 2019, des rehaussements à l'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 lui ont été notifiés, par une proposition de rectification du 8 juillet 2019. Après que M. B ait présenté des observations le 1er août 2019, les rectifications envisagées ont été partiellement maintenues par une lettre du 18 septembre 2019. Les impositions supplémentaires en cause ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2018. M. B a contesté des impositions par une réclamation du 30 janvier 2020, qui a été partiellement admise. Néanmoins, des impositions supplémentaires ont été maintenues par une lettre du 23 juin 2020, à hauteur de 58 514 euros au titre de 2016 et de 44 043 euros au titre de 2017. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions, intérêts de retard et pénalités laissés à sa charge.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu () lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt. / A l'occasion de cet examen, l'administration peut contrôler la cohérence entre, d'une part les revenus déclarés et, d'autre part, la situation patrimoniale, la situation de trésorerie et les éléments du train de vie des membres du foyer fiscal. / Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. / () Cette période est prorogée du délai accordé, le cas échéant, au contribuable et, à la demande de celui-ci, pour répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications pour la partie qui excède les deux mois prévus à l'article L. 16 A. / Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration () ". Aux termes de l'article L. 16 de ce livre : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés () / Les demandes visées aux alinéas précédents doivent indiquer explicitement les points sur lesquels elles portent et mentionner à l'intéressé le délai de réponse dont il dispose en fonction des textes en vigueur ". Aux termes de l'article L. 16 A dudit livre : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois. / Lorsque le contribuable a répondu de façon insuffisante aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, l'administration lui adresse une mise en demeure d'avoir à compléter sa réponse dans un délai de trente jours en précisant les compléments de réponse qu'elle souhaite ". Enfin, aux termes de l'article L. 69 du même livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".
3. En vertu des dispositions combinées précitées du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale est en droit, après avoir procédé à un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable, de lui demander, au vu des renseignements qu'elle a obtenus tant à la suite de cet examen qu'en vertu du droit de communication, des justifications relatives à ses revenus d'origine indéterminée et, en cas de réponse insuffisante de l'intéressé, de recourir à la taxation d'office. Toutefois, l'administration fiscale ne peut, eu égard à la sanction qui, par l'effet des dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, est attachée au défaut de production par le contribuable, dans le délai assigné, des justifications qui lui sont demandées, adresser à ce contribuable la demande de justifications prévue à l'article L. 16 que si elle a, au préalable, restitué à l'intéressé les documents que celui-ci lui a remis à l'occasion de l'examen contradictoire de situation fiscale personnelle.
4. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, dont l'avis lui a été notifié le 27 septembre 2018, M. B disposait d'un délai de 60 jours pour communiquer au service les relevés de ses comptes bancaires M. B a communiqué au vérificateur, au cours de l'entretien qui s'est déroulé le 14 novembre 2018, des relevés de son compte ouvert à la caisse d'épargne d'Ile de France, il a toutefois également précisé de lui-même ne pas être en mesure de produire les relevés des autres comptes bancaires, tel que le mentionne le compte-rendu d'entretien. Il résulte également de l'instruction que le vérificateur, après en avoir informé M. B lors de l'entretien du 14 novembre 2018, a exercé, les 15 et 21 novembre 2018, son droit de communication auprès d'établissements bancaires afin d'obtenir les relevés bancaires que l'intéressé a indiqué ne pas pouvoir produire. Enfin, le vérificateur a adressé à M. B, par un courrier du 15 mars 2019, une demande d'éclaircissements et de justifications, à laquelle M. B n'a pas répondu dans le délai de deux mois qui lui était imparti, ce qui a conduit le vérificateur à taxer d'office les cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu au titre des années 2016 et 2017.
5. En premier lieu, les dispositions citées au point 2 ne font pas obstacle à ce que l'administration fiscale, après avoir demandé à M. B de lui communiquer ses relevés bancaires, exerce, avant même l'expiration du délai de soixante jours imparti à l'intéressé, son droit de communication auprès des organismes bancaires pour obtenir ces relevés que l'intéressé a indiqué ne pas être en mesure de produire et qu'il n'a effectivement pas produit avant l'expiration du délai qui lui était imparti. En outre, M. B, qui a été informé de l'exercice du droit de communication ainsi que de ses conséquences notamment sur la durée du contrôle dont il faisait l'objet, n'est pas fondé à soutenir que l'exercice anticipé du droit de communication aurait eu pour effet de prolonger artificiellement sa durée, d'autant plus que celui-ci s'est achevé le 8 juillet 2019 par la notification de la proposition de rectification et a ainsi duré moins d'un an à compter de la réception de l'avis de vérification qui est intervenue le 10 octobre 2018. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir qu'il aurait été implicitement conduit à ne pas produire lui-même ces relevés bancaires alors qu'il avait indiqué de lui-même être dans l'impossibilité de le faire. Par ailleurs, ces relevés bancaires, que l'intéressé peut obtenir par une demande adressée aux établissements bancaires, ne constituant pas des documents uniques dont il ne serait plus susceptible d'avoir accès, le vérificateur n'était pas tenu de les lui communiquer de lui-même.
6. En second lieu, il est constant que le vérificateur n'a pas restitué à M. B, avant l'envoi de la demande d'éclaircissements et de justifications, les copies des relevés bancaires qu'il lui a transmis lors de l'entretien du 14 novembre 2018. Toutefois, l'accusé de production-restitution, qui a été signé par la contribuable et par le vérificateur lors de ce même entretien, mentionne que M. B a déclaré que " les relevés remis énumérés sur l'accusé de production sont des photocopies spécialement établies à l'intention de l'administration qui peut les conserver ". Les documents transmis au vérificateur n'étant que de simples copies dont M. B a exprimé l'intention de ne pas se les voir restituer, l'intéressé, qui n'allègue nullement ne pas avoir conservé les originaux, a pu répondre utilement à la demande d'éclaircissements et de justifications qui lui a été adressée. En outre et en tout état de cause, l'administration justifie à l'appui de son mémoire en défense, avoir remis en retour à M. B les relevés en cause, par des courriers des 26 juillet et 6 août 2019. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'imposition a été entachée d'une irrégularité en raison de l'absence de restitution des relevés bancaires.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
8. En relevant d'une part, que les omissions et inexactitudes dans les déclarations de M. B n'avaient pu l'être de bonne foi et présentaient ainsi le caractère d'un manquement délibéré, d'autre part que la libre disposition des sommes ressortait des relevés de compte bancaires dont le requérant est seul titulaire, enfin que M. B s'était délibérément abstenu de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications qui lui avaient été adressées, l'administration établit ainsi le caractère volontaire des manquements. Par suite, elle était fondée à appliquer au requérant les pénalités qui lui ont été infligées au titre de l'article 1729 du code général des impôts.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président,
- M. de Miguel, premier conseiller,
- Mme Mathé, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
F-X de MiguelLe président,
P. Ouardes
La greffière,
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026