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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005654

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005654

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005654
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7éme chambre
Avocat requérantSELARL OBADIA & ASSOCIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2020, M. A B, représenté par Me Obadia, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le recours à l'évaluation d'office de son bénéfice industriel et commercial n'est pas justifié ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- le service vérificateur n'a pas cherché à vérifier la matérialité des faits et à qualifier la nature de l'activité qu'il a exercée, en se bornant à s'appuyer sur les seuls procès-verbaux établis par les services de police ; il ne peut ainsi prétendre à un examen objectif des faits et méconnaît sa propre compétence ;

- la méthode de reconstitution du bénéfice industriel et commercial généré par son activité professionnelle est excessivement sommaire, et aboutit à un résultat exagéré.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2020, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a fait l'objet d'une procédure judiciaire pour dissimulation d'activité et blanchiment de cette infraction, au cours de laquelle il a reconnu avoir réalisé une activité non déclarée de prestation de services d'élagage, décapage et peinture, entre le 1er janvier 2015 et le 31 mai 2018, ce qui a conduit le service vérificateur à procéder au contrôle sur pièces des revenus qu'il a déclarés pendant cette période. Par une proposition de rectification du 19 avril 2019, le service vérificateur a informé M. B qu'il envisageait de mettre à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015, 2016 et 2017, assortis d'intérêts de retard et d'une majoration de 80% sur le fondement du c. du 1. de l'article 1728 du code général des impôts. Par une décision du 24 juin 2019, le service a maintenu les rectifications envisagées à la suite des observations formulées par M. B le 21 mai 2019. Le 31 octobre 2019, la somme de 40 472 euros a été mise en recouvrement. Par une décision du 2 juillet 2020, le service a partiellement fait droit à la réclamation d'assiette présentée le 28 janvier 2020 par M. B concernant les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions, intérêts de retard et pénalités laissés à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () ".

3. Il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 19 avril 2019, que M. B, qui a exercé une activité de prestations de services, qui consiste à élaguer, décaper et faire de la peinture, n'a pas déposé dans les délais légaux les déclarations prévues à l'article 53 A du code général des impôts au titre des années 2016 et 2017. Dans ces conditions, son bénéfice imposable pouvait être évalué d'office par l'administration fiscale en application des dispositions du 1° de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales applicable, dès lors que M. B a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office régulière : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () "

5. En l'espèce, la proposition de rectification du 15 septembre 2020 indique que M. B a reconnu avoir réalisé, pour son activité de prestation de services, qui consiste à élaguer, décaper et faire de la peinture, des encaissements sur ses comptes bancaires personnels et sur les comptes bancaires de sa compagne et de son beau-fils, le détail des encaissements, comprenant leur date, leur montant, le nom et l'adresse de l'émetteur, le nom de l'établissement bancaire, le numéro de compte et son titulaire, étant reproduit en annexe 1 de ce document, pour un montant toutes taxes comprises de 122 112,20 en 2016 et de 192 717,59 euros en 2017, soit un montant hors taxes respectif de 101 760,17 euros et de 160 597,99 euros. En outre, elle mentionne que si M. B n'a communiqué aucune estimation ou facture de charges à l'autorité judiciaire, un pourcentage forfaitaire de charges par rapport au chiffre d'affaires a été appliqué par souci de réalisme économique, par comparaison avec trois autres entreprises de taille et d'activité similaire correspondant au code Nace " 4339 Z ", dont elle précise la dénomination, le numéro de Siren et le lieu de domiciliation, qui est ainsi de de 66,19% en 2016 et de 66,75% en 2017. Elle indique également que le bénéfice imposable évalué, imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux prévue à l'article 34 du code général des impôts, s'élève à 54 950 euros en 2016 et à 86 723 euros en 2017, avant de préciser que le résultat imposable rectifié après cascade est respectivement de 34 598 euros et de 54 603 euros, ce qui donne, après multiplication par le coefficient de 1,25 prévu par le 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, la somme de 43 248 euros pour 2016 et de 68 254 euros pour 2017. Enfin, le requérant ne peut utilement contester les motifs de la proposition de rectification, qui relèvent du bien-fondé de l'imposition, au soutien du moyen tiré de son insuffisante motivation, qui relève de la régularité de la procédure d'imposition. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification du 15 septembre 2020 doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. " Aux terme de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. "

7. Tel qu'il a été dit au point 3, le bénéfice imposable de M. B a été régulièrement évalué d'office pour les deux années en litige. Par suite, il appartient au requérant d'apporter la preuve de l'exagération des impositions résultant de ce chef de rectification.

En ce qui concerne le caractère occulte de l'activité :

8. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, dans sa version alors applicable : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. () " Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

9. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre des dispositions de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales, l'autorité judiciaire a communiqué à l'administration fiscale, le 13 septembre 2018, plusieurs documents établis dans le cadre de la procédure judiciaire ouverte à l'encontre de M. B pour dissimulation d'activité et blanchiment de cette infraction, que sont le " procès-verbal de synthèse patrimoniale 426/2018 unité 14050 pièce 1 ", le " procès-verbal de synthèse de l'enquête préliminaire 426/2018 unité 08505 pièce 1 ", et le " procès-verbal d'audition de M. B 426/2018 sous-dossier investigation pièce 4 ". Il résulte des mentions de ces procès-verbaux, sur lesquels le service vérificateur pouvait légalement s'appuyer sans méconnaître sa compétence et qui font foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est en l'espèce pas rapportée par le requérant, que M. B n'a déposé aucune déclaration de revenus entre le 29 mai 2015 et le 29 mai 2018, qu'il s'est immatriculé en tant qu'autoentrepreneur individuel pour une activité de service d'aménageur paysager entre le 13 mars 2018 et le 19 mars 2018 avant de se réinscrire, le 26 avril 2018, pour une activité de ventes de marchandises non réglementées, de produits de jardinage sur exposition et galeries marchandes, et d'entretien et nettoyage de parcs et jardins, à compter du 16 avril 2018. En outre, M. B a reconnu qu'il travaillait depuis " moins de trois ans " à la date du 20 juillet 2018, date à laquelle il a été auditionné par les services de police de Juvisy-sur-Orge, que son activité professionnelle, qui a généré des revenus, consistait en réalité à élaguer, décaper et faire de la peinture, et qu'il n'a jamais déclaré celle-ci à l'administration fiscale. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'il n'a pas fait connaître cette activité au centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réputé occulte, au sens de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, l'activité exercée par M. B.

En ce qui concerne la détermination du bénéfice industriel et commercial :

10. Aux termes de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ".

11. Tel qu'il a été dit au point 3, le bénéfice industriel et commercial de M. B a fait l'objet d'une évaluation d'office notamment pour les années 2016 et 2017. Pour procéder à cette évaluation d'office, le vérificateur a suivi la méthode décrite au point 5.

12. Le requérant n'apporte pas le moindre élément de nature à démontrer que plusieurs encaissements bancaires, en particulier ceux inscrits au crédit des comptes bancaires de sa compagne et de son beau-fils, ne constitueraient pas des recettes tirées de son activité d'élagage, de décapage et de peinture, alors qu'il résulte notamment des mentions du procès-verbal d'audition du 20 juillet 2018, que M. B a déclaré que sa compagne ne travaillait pas, qu'il lui donnait " un chèque de travail de temps en temps. C'est-à-dire le chèque d'un client qu'elle encaisse ", que son beau-fils lui " [donnait] un coup de main environ une fois par semaine " et qu'il lui donnait parfois des chèques de clients qu'il encaisse. Il n'apporte pas davantage d'élément permettant de considérer que les encaissements relevés sur les comptes bancaires de son beau-fils correspondraient à une rémunération en contrepartie du travail qu'il aurait effectué en qualité de salarié. Il ne produit pas non plus de pièces permettant d'établir que la méthode de détermination du pourcentage de charges par rapport au chiffre d'affaires tiré de l'activité de M. B suivie par le vérificateur, par souci de réalisme économique alors que l'intéressé n'a produit aucun justificatif, serait dénuée de pertinence. Le requérant ne propose d'ailleurs aucune méthode alternative qui serait plus pertinente. Dans ces conditions, le service vérificateur, par la méthode de reconstitution utilisée, qui n'est pas excessivement sommaire, n'a pas exagéré le montant du bénéfice imposable imputé à M. B.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. MathéLe président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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