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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005675

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005675

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005675
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP DUBAULT BIRI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 septembre, 21 décembre 2020 et 3 novembre 2021, ainsi qu'un mémoire enregistré le 23 mai 2022 qu'il n'a pas été jugé utile de communiquer, la SARL Eurogenet, représentée par Me Dumont et Me Nerrant, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 12 décembre 2015 ;

2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement prévu par les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'administration lui aurait remis, avant l'engagement de la vérification de comptabilité, un avis de vérification ainsi que la charte du contribuable vérifié ;

- elle n'a pas bénéficié d'un réel débat oral et contradictoire ;

- il n'est pas établi que la proposition de rectification du 8 décembre 2017 lui aurait été remise avant le 31 décembre 2017 ; ainsi l'action de l'administration au titre de l'année 2014 était prescrite ;

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée, de même que la réponse aux observations du contribuable ;

- le mandataire de la société ne disposait pas de mandat régulier ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter utilement ses observations ;

- s'agissant de la TVA, l'achat de fioul domestique livré à l'adresse du domicile du gérant présente bien un caractère professionnel dès lors que celui-ci réalisait une grande partie du travail administratif de la société le soir en rentrant chez lui, ce qui justifiait la prise en compte d'une partie de ces frais dans les dépenses engagées dans l'intérêt de la société ; de même, la facture ETP d'évacuation de terre libellée au nom de la SARL Eurogenet concernait un chantier sur un terrain devant lui servir d'entrepôt et de parking ;

- s'agissant de l'impôt sur les sociétés, l'administration ne démontre pas que ses factures passées en charge ne seraient pas régulières ; le profit sur le trésor est infondé dès lors que les rappels de TVA sont injustifiés ;

- le bénéfice imposable déterminé par l'administration est disproportionné ; l'achat de fioul pouvait être déduit au prorata de la superficie de son bureau ; il en est de même de la facture ETP ; s'agissant de la provision pour charges sur exercice antérieur, celle-ci remonte à plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit et elle peut en conséquence opposer son droit à l'oubli en application des dispositions de l'article 38, 4 bis alinéa 2 du code général des impôts voire son droit à l'erreur en application de l'article 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ; ce droit à l'erreur est également invocable s'agissant de la TVA comptabilisée en charge ; s'agissant enfin de la provision pour dépréciation de compte client, elle produit la preuve de l'existence des impayés passés en provision et pourrait également relever le cas échéant du droit à l'erreur ;

- les intérêts de retard appliqués ne sont pas motivés et son taux est manifestement excessif ;

- la majoration de 40% pour manquement délibéré n'est pas fondée ;

- l'avis de mise en recouvrement est insuffisamment motivé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 novembre 2020, 6 août 2021 et 7 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Nerrant représentant la SARL Eurogenet.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Eurogenet, ayant pour activité le nettoyage de locaux et d'espaces verts, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ses exercices clos en 2014, 2015 et 2016 à l'issue de laquelle des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés au titre des années 2014 et 2015 ainsi que des rappels de TVA au titre de l'année 2015 lui ont été notifiés par une proposition de rectification du 8 décembre 2017 dont le pli n'a pas été retiré par l'entreprise. Le service vérificateur ayant maintenu les rehaussements envisagés à la suite des observations présentées par la contribuable le 15 février 2018, la société Eurogenet a sollicité la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui a proposé d'admettre en déduction la provision sur la créance du client Labodial, pour un montant de 13 183 euros TTC. L'interlocutrice départementale a proposé quant à elle le maintien intégral du rehaussement. Par la présente requête, la société Eurogenet demande la décharge des impositions supplémentaires mises en recouvrement le 16 décembre 2019.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

En ce qui concerne la régularité de la vérification de comptabilité :

2. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. (). L'avis informe le contribuable que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié peut être consultée sur le site internet de l'administration fiscale ou lui être remise sur simple demande ". L'expéditeur d'un pli recommandé est en droit de regarder comme régulièrement parvenu à son destinataire un tel pli, dès lors que l'avis de réception lui a été renvoyé, et sans qu'il appartienne à cet expéditeur de rechercher si le signataire dudit avis de réception avait qualité pour y apposer sa signature. Lorsque le contribuable soutient ne pas avoir signé l'avis de réception d'un pli recommandé, il lui appartient d'établir que le signataire de l'avis n'avait pas qualité pour recevoir le pli dont il s'agit. Dans le cas où le contribuable n'apporte aucune précision sur l'identité de la personne signataire des avis litigieux et s'abstient de dresser la liste des personnes qui, en l'absence de toute habilitation, auraient néanmoins eu qualité pour signer de tels avis, il ne peut être regardé comme ayant démontré que le signataire de l'avis de réception n'était pas habilité à réceptionner ce pli.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que l'avis de vérification du 11 août 2017 a été notifié à la dernière adresse que la SARL Eurogenet avait fait connaître à l'administration qui se situait au 4 rue de la Paix à Bois d'Arcy (Yvelines). Si cette société soutient qu'elle n'a pas reçu cet avis, il ressort des pièces produites par l'administration que le pli postal contenant ce document a été notifié à son siège social le 17 août 2017, antérieurement au début des opérations de vérification le 12 septembre suivant. Si la société fait valoir que la signature portée sur l'accusé-réception du pli contenant ledit document ne correspond pas à celle de son gérant, M. C A et que celui-ci a en réalité été signé par le père du gérant, elle n'établit pas que ce dernier, également associé de la société et à qui M. C A a donné mandat dans le cadre de la vérification de comptabilité, n'avait pas qualité pour réceptionner ce pli.

4. D'autre part, il résulte de l'avis de vérification du 11 août 2017 que celui-ci comportait toutes les mentions nécessaires et indiquait, en particulier que la charte des droits et obligations du contribuable vérifié était consultable sur le site www.impots.gouv.fr ou pouvait être adressée sur simple demande du contribuable. La société requérante ne justifie pas avoir fait les diligences nécessaires pour obtenir communication d'une version imprimée de cette charte. Par suite les moyens tirés de l'absence d'envoi de l'avis de vérification, de son irrégularité et du défaut de remise de la charte susmentionnée doivent être écartés.

En ce qui concerne l'existence d'un débat oral et contradictoire :

5. Aux termes, d'une part, de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Dans le cas où la vérification de comptabilité d'une société a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat avec les représentants de la société.

6. L'administration fiscale soutient que les opérations de contrôle se sont déroulées à l'adresse du siège social de la société à cinq reprises, à savoir les 12 septembre, 12 et 26 octobre et 7 décembre 2017, et, à chaque fois, en présence de M. D A, mandaté par le gérant de l'entreprise. Or la SARL Eurogenet ne fait état d'aucun élément précis de nature à mettre en doute l'existence d'un débat oral et contradictoire durant les opérations de contrôle. Par ailleurs, le mandat donné au père du gérant, qui indique l'identité de la société vérifiée et comporte son cachet ainsi que la signature de son gérant et désigne l'identité du mandataire ainsi que l'étendue de son mandat, est régulier, les articles R. 123-237 et R. 123-238 du code de commerce invoqués par la requérante n'étant applicables qu'aux documents commerciaux. Ce mandat a par ailleurs été complété le 12 septembre 2017 pour indiquer précisément qu'il concernait toutes les opérations de contrôle en cause et non la seule première intervention du 12 septembre 2017.

En ce qui concerne la notification de la proposition de rectification :

7. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet d'avis de réception sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

8. En l'espèce, il ressort de l'accusé de réception versé au dossier par l'administration que le pli contenant la proposition de rectification du 8 décembre 2017 a été présentée au siège de la SARL Eurogenet le 13 décembre 2017. Un avis de passage a été déposé par le facteur le jour de la présentation mais la société n'a pas retiré le pli dans le délai imparti et celui-ci a été retourné à l'administration fiscale portant la mention " pli avisé non réclamé ". Dans ces conditions, la SARL Eurogenet n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification litigieuse ne lui aurait pas été régulièrement notifiée avant le 31 décembre 2017 et que l'action de l'administration serait prescrite au titre de l'année 2014.

En ce qui concerne la régularité de la proposition de rectification et le respect des droits de la défense :

9. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

10. D'une part, la proposition de rectification du 8 décembre 2017 indique à la société requérante les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Les modalités de calcul sont par ailleurs suffisamment explicitées, contrairement à ce que soutient la SARL Eurogenet et permettaient à la requérante de présenter utilement ses observations. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification.

11. D'autre part, la circonstance que la réponse aux observations du contribuable reprenne pour une large part les arguments avancés dans le cadre de la proposition de rectification n'est pas davantage de nature à révéler une insuffisante motivation de cet acte.

12. Enfin, la SARL Eurogenet, qui n'a pas été privée de la communication de pièces utiles à la contestation des rectifications dont elle faisait l'objet, n'est pas fondée à soutenir que le principe des droits de la défense aurait été méconnu en violation de la Constitution, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou encore de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

En ce qui concerne la régularité de l'avis de mise en recouvrement :

13. Aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. () / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications ".

14. L'avis de mise en recouvrement adressé au requérant le 16 décembre 2019 mentionne les impôts rectifiés, en droits, intérêts et majorations, leur montant et les périodes concernées et renvoie à la proposition de rectification du 8 décembre 2017, laquelle précise les motifs de droit et de fait des rectifications, ainsi qu'il a été dit précédemment. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les dispositions de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales n'exigent pas que les avis de mise en recouvrement mentionnent le fondement légal des rectifications, ni les motifs les fondant et l'absence de ces mentions n'a pas porté atteinte au droit de la société requérante de connaître notamment le fondement légal d'une imposition pour pouvoir la contester utilement, qui résulterait des principes constitutionnels et européens qu'elle invoque, dès lors que la proposition de rectification à laquelle l'avis de mise en recouvrement fait référence comporte ces indications. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que cet avis serait irrégulier en raison de son insuffisante motivation.

En ce qui concerne le bénéfice de la doctrine administrative :

15. La SARL Eurogenet n'est pas fondée à invoquer différents points de la documentation administrative de base, des bulletins officiels, de diverses instructions administratives, circulaires ou réponses ministérielles relatifs à la procédure d'imposition, qui, en tant que tels, sont exclus du champ d'application de la garantie contre les changements de doctrine figurant à l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

16. L'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales dispose que : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

17. Il résulte de l'instruction que la SARL Eurogenet, qui n'a pas réclamé le pli recommandé comportant la proposition de rectification du 8 décembre 2017, a présenté ses observations postérieurement au délai de trente jours qui lui était imparti pour ce faire par la proposition de rectification qui doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée le 13 décembre 2017 ainsi qu'il a été dit au point 8. Par suite, en application des dispositions précitées, la société requérante supporte la charge de la preuve de l'exagération des impositions contestées.

En ce qui concerne la TVA :

18. Aux termes de l'article 271-1 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () " Aux termes de l'article 206 de l'annexe 2 au code général des impôts : " I.- Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. () III.- () 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise ; () "

19. Il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause la TVA déduite par la SARL Eurogenet concernant des factures de fioul domestique établies au nom et au domicile personnel de son gérant ainsi qu'une facture du 27 avril 2015 d'évacuation de 500 m² de terres relative à un terrain n'appartenant pas à la société, estimant que ces deux dépenses n'avaient pas été réalisées dans l'intérêt de l'entreprise contrôlée.

20. La SARL Eurogenet fait valoir qu'une grande partie du travail administratif de la société est réalisée le soir par le gérant en rentrant chez lui et qu'à cette fin, la société dispose d'un atelier de 12 m² et d'un bureau de 12 m² selon contrat de mise à disposition signé en 2002 entre le gérant et la société, soit 13,4% de la surface du logement de 180 m², et pouvait déduire la TVA au prorata de la surface occupée. Il ressort toutefois du contrat de mise à disposition dont se prévaut la requérante, qui ne comporte pas le tampon de la société, que " l'électricité, l'eau, le fioul, le ménage " sont inclus dans la mise à disposition moyennant une redevance mensuelle de 600 euros. Or la société ne justifie aucunement avoir versé un tel loyer à M. A. Il est constant par ailleurs que la SARL Eurogenet n'a déclaré aucun établissement secondaire à l'adresse en cause et que le local n'est pas assuré en tant que local professionnel. Dans ces conditions, la société requérante ne rapporte pas la preuve qui lui incombe du caractère déductible de la TVA en cause.

21. S'agissant en revanche de la facture d'évacuation des terres du 27 avril 2015, d'un montant de 10 410 euros, il est constant que celle-ci a été établie au nom de la SARL Eurogenet et réglée par celle-ci. Par ailleurs, la société verse au dossier un contrat conclu en 2014 avec la SCI Les Vallons prévoyant la mise à disposition du terrain concerné par l'évacuation des terres pour stockage et parking. A cet égard, la société précise avoir aménagé l'espace afin de pouvoir disposer d'une surface plane pour y stocker du matériel, avant d'occuper le local présent sur le terrain à compter de 2016 ainsi qu'en atteste le bail produit au dossier. Si l'administration fait valoir que les adresses figurant sur les deux contrats ne sont pas identiques, il ressort des pièces produites par la SARL Eurogenet que le premier contrat de 2014 mentionne uniquement un terrain nu ZAC de la Vallée de Yart et que la rue du Bois Malhuis mentionnée dans le second contrat est elle-même comprise dans ZAC de la Vallée de Yart à Saint-Germain-de-la-Grange. Dans ces conditions et alors que les travaux en cause n'incombaient pas au propriétaire du terrain, la société est fondée à demander la décharge des rappels de TVA correspondant à cette facture.

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

S'agissant du profit sur le Trésor :

22. Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de redressements en matière d'impôts sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un " profit sur le Trésor " chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.

23. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée assignés à la SARL Eurogenet pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 concernant les factures de fioul devant être maintenus pour les motifs exposés au point 20, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le profit sur le Trésor qu'elle a réalisé devrait être réduit à due proportion de la réduction de ces mêmes rappels. Eu égard à ce qui a été exposé au point 21, il y a lieu en revanche de décharger la SARL Eurogenet du profit sur le Trésor correspondant à la facture d'évacuation des terres du 27 avril 2015.

S'agissant des charges correspondant factures de fioul et d'évacuation des terres :

24. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ".

25. Ainsi qu'il a été dit au point 20, la SARL Eurogenet ne justifie pas que les dépenses de fioul ont été réalisées dans l'intérêt de l'entreprise requérante. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de ces charges.

26. En revanche, il résulte de ce qui a été dit au point 21 que la facture du 27 avril 2015 constitue une dépense effectuée dans l'intérêt de la SARL Eurogenet et que celle-ci était donc fondée à la déduire de son bénéfice net en application de l'article 39 du code général des impôts.

S'agissant de la somme de 68 776 euros comptabilisée en compte " charges sur exercice antérieur " :

27. L'administration fiscale a remis en cause la déduction d'une somme de 68 776 euros comptabilisée à titre de charges sur exercice antérieur par la société au motif que cette charge n'était pas justifiée et n'avait pas été engagée au cours de l'année 2014.

28. La société requérante soutient que cette somme constitue une " provision pour charges sur exercice antérieur " provenant d'une écriture passée au titre des années 2001 à 2006 reportée d'année en année dans sa comptabilitéet qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de la dérogation prévue par les dispositions de l'article 4 bis de l'article 38 du code général des impôts selon lesquelles : " () 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. () " En vertu de ces dispositions, une erreur ou omission affectant l'évaluation d'un élément quelconque du bilan d'un des exercices non prescrits peut, si elle a été commise au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, être corrigée de manière symétrique dans les bilans de clôture et d'ouverture des exercices non prescrits, y compris dans le bilan d'ouverture du premier d'entre eux.

29. Il résulte toutefois de l'instruction que la somme en cause a été inscrite sur un compte d'attente à chaque exercice. Or selon le plan comptable général applicable aux exercices en cause, " Les opérations qui ne peuvent pas être imputées de façon certaine à un compte déterminé au moment où elles sont enregistrées ou qui exigent une information complémentaire, sont inscrites provisoirement dans les subdivisions 471 à 475 " Comptes d'attente " du compte 47 " Comptes transitoires ou d'attente ". / Ce procédé de comptabilisation ne sera utilisé qu'à titre exceptionnel. / () / Toute opération portée au compte 47 sera imputée au compte définitif dans les moindres délais possibles. / Les opérations inscrites dans ces comptes sont reclassées en fin d'exercice parmi les comptes figurant au modèle de bilan. ".

30. Il résulte de ces dispositions que l'inscription non justifiée en compte d'attente d'une somme pendant plusieurs exercices successifs, même si les montants sont identiques, constitue la répétition d'une erreur. Par suite, cette erreur, même lorsqu'elle a été commise pour la première fois au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, ne peut être corrigée dans le bilan d'ouverture du premier de ces exercices.

31. Il résulte de ce qui précède que l'erreur alléguée par la SARL Eurogenet, tenant à l'inscription en comptabilité des sommes litigieuses, à supposer qu'elle soit intervenue la première fois plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit, est également intervenue tous les exercices suivants. Cette circonstance fait par suite obstacle à l'application du deuxième alinéa dont se prévaut la requérante.

32. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, la société n'a pas justifié du caractère déductible de la charge correspondant à la somme portée sur son compte d'attente lors de son reclassement en charges en 2014.

33. Enfin, si la société invoque le droit à l'erreur prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, ce moyen est inopérant à l'encontre du rehaussement en cause dès lors que ces dispositions ne sont applicables qu'aux seules sanctions, ce que ne constitue pas la rectification litigieuse.

S'agissant de la TVA comptabilisée en charge :

34. L'administration fiscale a remis en cause la déduction d'une somme de 2 199 euros comptabilisée en charges par la société dès lors que cette somme correspondait à un rappel de TVA issu d'une précédente vérification de comptabilité et ne pouvait donc être admise en déduction du résultat fiscal. Cette fois encore, la SARL Eurogenet, qui avait initialement accepté le rehaussement, ne saurait se prévaloir au contentieux du droit à l'erreur prévu à l'article L.123-1 du code des relations entre le public et l'administration qui ne s'applique qu'aux seules sanctions.

S'agissant des provisions pour dépréciation de comptes clients :

35. Il résulte des dispositions du 5° du I de l'article 39 du code général des impôts qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent par un lien direct aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise. Il appartient au contribuable de justifier tant du montant des provisions qu'il entend déduire de son bénéfice net que du principe même de leur déductibilité. Une entreprise est en droit de constater une provision pour créance douteuse lorsque la situation financière difficile du débiteur rend improbable, à la clôture de l'exercice, son redressement et, par voie de conséquence, le recouvrement des créances.

36. L'administration a remis en cause deux provisions de 26 829 euros et 17 265 euros comptabilisées respectivement au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Pour justifier du bien-fondé de ces provisions pour créances douteuses, la société fait état des relances adressées à ses clients pour obtenir le paiement des sommes litigieuses. L'administration fait toutefois valoir sans être contestée que la société n'a pas fait connaître la liste des clients douteux à la clôture de chaque exercice et qu'une grande partie des pièces présentées concerne des créances clients soldées au titre de l'exercice clos en 2014, ne pouvant justifier la comptabilisation ultérieure de provisions. Les relances versées au dossier sont par ailleurs pour leur majorité datées de l'année 2013. Enfin, la seule déclaration de créance de 2018 en raison du placement de la société Labodial le 7 avril 2018 en procédure de liquidation judiciaire, à défaut d'être accompagnée des factures de l'entreprise, ne permet pas d'établir que la créance aurait été constituée dès l'année 2015 ou 2016. Par suite, la société, qui ne saurait se prévaloir du " principe de réalisme économique ", ne rapporte pas la preuve qui lui incombe du bien-fondé des provisions en cause.

Sur les pénalités :

37. En premier lieu, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I.- Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () / III.- Le taux de l'intérêt de retard est de 0,40 % par mois. Il s'applique sur le montant des créances de nature fiscale mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé ".

38. D'une part, l'intérêt de retard prévu par ces dispositions, qui s'applique indépendamment de toute appréciation portée par l'administration fiscale sur le comportement du contribuable, vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'Etat à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales. Si l'évolution des taux du marché a conduit à une hausse relative de cet intérêt depuis son institution, cette circonstance ne lui confère pas pour autant la nature d'une sanction, dès lors que son niveau n'est pas devenu manifestement excessif au regard du taux moyen pratiqué par les prêteurs privés pour un découvert non négocié. La référence au taux de l'intérêt légal, qui ne reflète qu'imparfaitement le taux du marché monétaire, ne constitue pas une référence plus pertinente pour établir le caractère manifestement excessif du taux de l'intérêt appliqué au requérant. En outre, lesdits intérêts de retard, qui ne procèdent pas d'une accusation en matière pénale ni d'une contestation sur des droits et obligations de caractère civil, n'entrent pas dans le champ d'application du 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, cette majoration ne revêtant pas le caractère d'une sanction, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'absence de motivation des intérêts de retard qui ont été mis à sa charge, alors qu'au demeurant et contrairement à ce qu'elle soutient, la proposition de rectification qui lui a été adressée fait état de l'assiette à laquelle les intérêts sont appliqués, mentionne l'article 1727 du code général des impôts et indique, dans les conséquences financières, le taux, les éléments de calcul et le montant des intérêts dus. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'application des intérêts de retard et de leur caractère excessif ne peuvent qu'être écartés. De même, le moyen tiré de ce qu'une telle irrégularité serait substantielle au sens de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

39. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " 1. Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () "

40. Il résulte de l'instruction que, pour justifier les pénalités litigieuses, le vérificateur fait valoir que la SARL Eurogenet a déduit de son résultat de l'exercice 2014 un montant de 68 776 euros sans aucun justificatif, qui correspondrait de surcroît à des charges ne se rapportant pas à l'exercice 2014 et que la société, disposant d'un comptable, ne pouvait ignorer que cette somme n'était pas déductible. L'administration relève également que la société a déduit des provisions pour créances douteuses en 2015 et 2016 pour des montants importants sans en justifier le fondement alors qu'elle avait déjà fait l'objet de rectification pour les mêmes motifs lors d'un précédent contrôle de comptabilité. Ce faisant, l'administration, qui a suffisamment motivé l'application des pénalités et ce, pour chaque chef de redressement concerné, rapporte la preuve qui lui incombe de la volonté délibérée de la société de se soustraire à l'impôt.

41. Par ailleurs, la seconde phrase du deuxième alinéa de l'article L 80 A du livre des procédures fiscales prévoit que les instructions ou circulaires publiées relatives aux pénalités fiscales sont opposables à l'administration dans les mêmes conditions que celles relatives aux impositions elles-mêmes. Il s'en infère que les instructions et circulaires traitant de la procédure d'établissement des pénalités fiscales ne peuvent, pas plus que celles concernant la procédure d'établissement des impositions, être invoquées par les contribuables. Par suite, la société requérante ne peut se prévaloir de la méconnaissance par l'administration de la doctrine administrative exprimée aux paragraphes n°s 40, 50 et 80 du bulletin officiel référencé BOI-CF-IOR-10-40-20 pour contester la motivation ainsi retenue par l'administration fiscale.

42. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Eurogenet est uniquement fondée à demander la décharge des rappels de TVA correspondant à la facture du 27 avril 2015 pour un montant de 1750 euros et la décharge en base à hauteur de 12 160 euros (1 750 euros de profit sur le trésor et 10 410 euros de charges) au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ainsi que des intérêts et majorations correspondants. Le surplus des conclusions de la requête doit en revanche être rejeté, en ce compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'administration fiscale n'étant pas la partie perdante dans la présente affaire.

43. Enfin, le présent jugement tranchant le litige au fond, les conclusions aux fins de sursis de paiement sont sans objet.

D E C I D E :

Article 1er : La SARL Eurogenet est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 à concurrence de 1 750 euros en principal ainsi que des intérêts et pénalités correspondants.

Article 2 : La base de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés fixée à la SARL Eurogenet au titre de l'année 2015 est réduite d'une somme de 12 160 euros.

Article 3 : La SARL Eurogenet est déchargée de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 2 ainsi que des intérêts et pénalités correspondants.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Eurogenet et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delage, président ;

- Mme Florent, première conseillère ;

- M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

J. BLe président,

Signé

Ph. Delage

La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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