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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005783

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005783

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005783
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 septembre 2020, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal la requête présentée par M. B A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lyon le 26 février 2020, et un mémoire, enregistré le 14 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur la demande qu'il lui a adressée le 26 juillet 2020 tendant à la " révision " de l'ordonnance du 24 septembre 2019 par laquelle le président de la cour administrative d'appel (CAA) de Lyon a rejeté son recours dirigé contre la décision du 17 juin 2019 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle (BAJ) près le tribunal de grande instance (TGI) de Lyon portant rejet de la demande d'aide juridictionnelle qu'il a formulée le 3 juin 2019, et, subsidiairement, au versement d'une indemnité de 3 356 euros correspondant aux honoraires d'avocat qu'il a été contraint d'exposer du fait du rejet de cette demande d'aide juridictionnelle ;

2°) de condamner l'État à lui verser une indemnité de 3 356 euros en réparation du préjudice financier résultant des honoraires d'avocat qu'il a été contraint d'exposer à raison du rejet de sa demande d'aide juridictionnelle du 3 juin 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'État et de la caisse d'allocations familiales (CAF) une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 4 janvier 2019 de la section administrative du BAJ près le TGI de Lyon de refus de l'aide juridictionnelle et l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon rejetant son recours contre cette décision sont entachées d'erreur de droit, dès lors que la demande d'aide juridictionnelle en cause, déposée en vue de contester la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon, ne concerne pas la même affaire que celle relative à la décision du 14 novembre 2018 de la CAF du Rhône ayant donné lieu à l'octroi de l'aide juridictionnelle par une décision du 4 janvier 2019 de la section administrative du BAJ près le TGI de Lyon, les décisions litigieuses ayant été prises par des autorités différentes, notifiées à des dates distinctes, et pour des prestations différentes ;

- le refus de l'aide juridictionnelle qui lui a été opposé constitue une rupture d'égalité devant la loi et dans l'accès au juge, dès lors que le président de la CAA de Marseille, dans une ordonnance n° 19MA05579 du 15 mai 2020, a adopté une solution contraire à celle retenue par la section administrative du BAJ près le TGI de Lyon et le président de la CAA de Lyon.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

S'agissant des conclusions à fin d'annulation :

- le tribunal administratif de Versailles n'est pas territorialement compétent pour connaître des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ;

- ces conclusions sont irrecevables, l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon étant insusceptible de recours en vertu de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- les moyens invoqués par le requérant au soutien de ses conclusions à fin d'annulation ne sont pas fondés ;

- la demande d'aide juridictionnelle formulée le 3 juin 2019 par M. A en vue de contester la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon a été présentée postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ouvert contre cette décision, alors que l'intéressé n'avait pas encore saisi le tribunal administratif, et aurait, dès lors, nécessairement été rejetée par le BAJ sur le fondement de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'action envisagée étant manifestement irrecevable en raison de sa tardiveté ;

S'agissant des conclusions indemnitaires :

- le refus d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en vue de former une action contre la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon n'est pas constitutif d'une faute lourde ;

- le requérant n'établit pas la réalité du préjudice allégué, dès lors qu'il a été représenté par un avocat dans le cadre du recours contre la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon ;

- la circonstance que son avocat soit intervenu en-dehors du dispositif de l'aide juridictionnelle n'a pas été à l'origine d'une perte de chance pour M. A ;

- le requérant avait la possibilité de demander au tribunal de mettre à la charge de l'administration les frais qu'il a exposés à l'occasion du recours contre la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- le montant de l'indemnité demandée doit être ramené à de plus justes proportions.

Par une ordonnance du 1er juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller,

- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.

Une note en délibéré, enregistrée le 15 septembre 2022, a été présentée pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions des 7 et 14 novembre 2018, la caisse d'allocations familiales (CAF) du Rhône a réclamé à M. B A un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période d'août 2017 à juillet 2018 d'un montant de 3 356,09 euros et un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017 d'un montant de 152,45 euros. Par une décision du 18 février 2019, le président de la communauté urbaine de Lyon, devenue métropole de Lyon, a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressé contre la décision du 7 novembre 2018 de la CAF du Rhône relative à l'indu de RSA. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2019 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle (BAJ) près le tribunal de grande instance (TGI) de Lyon en vue de contester la décision du 14 novembre 2018 de la CAF du Rhône relative à l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2017. En revanche, par une décision du 17 juin 2019, la section administrative du BAJ près le TGI de Lyon a rejeté sa demande d'aide juridictionnelle présentée le 3 juin 2019 en vue de contester la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon. M. A a formé, le 17 juillet 2019, un recours contre la décision du 17 juin 2019 du BAJ près le TGI de Lyon qui a été rejeté par une ordonnance n°19LY02770 du 24 septembre 2019 du président de la cour administrative d'appel (CAA) de Lyon. Par un courrier du 26 juillet 2020, M. A a demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à la " révision " de l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon et, subsidiairement, de lui verser une indemnité de 3 356 euros correspondant aux honoraires d'avocat qu'il aurait été contraint d'exposer en raison du rejet de sa demande d'aide juridictionnelle. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur cette demande, et la condamnation de l'État à lui verser une indemnité de 3 356 euros en réparation du préjudice financier subi du fait du refus de l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception d'incompétence territoriale du tribunal administratif de Versailles :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 221-3 du code de justice administrative : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : / () / Versailles : Essonne, Yvelines ; () ". L'article R. 312-14 du même code prévoit que : " Les actions en responsabilité fondées sur une cause autre que la méconnaissance d'un contrat ou d'un quasi-contrat et dirigées contre l'Etat, les autres personnes publiques ou les organismes privés gérant un service public relèvent : / 1° Lorsque le dommage invoqué est imputable à une décision qui a fait ou aurait pu faire l'objet d'un recours en annulation devant un tribunal administratif, de la compétence de ce tribunal ; / 2° Lorsque le dommage invoqué est un dommage de travaux publics ou est imputable soit à un accident de la circulation, soit à un fait ou à un agissement administratif, de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu où le fait générateur du dommage s'est produit ; / 3° Dans tous les autres cas, de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouvait, au moment de l'introduction de la demande, la résidence de l'auteur ou du premier des auteurs de cette demande, s'il est une personne physique, ou son siège, s'il est une personne morale. ".

3. Aux termes de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les décisions du bureau d'aide juridictionnelle, de la section du bureau ou de leur premier président peuvent être déférées, selon le cas, au président de la cour d'appel ou de la Cour de cassation, au président de la cour administrative d'appel, au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, au président du Tribunal des conflits, au président de la Cour nationale du droit d'asile ou au membre de la juridiction qu'ils ont délégué. Ces autorités statuent sans recours. / Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. () ".

4. Les conclusions indemnitaires présentées par M. A tendent à la réparation des conséquences dommageables de l'ordonnance du 24 septembre 2019 par laquelle le président de la CAA de Lyon a rejeté son recours dirigé contre le refus de l'aide juridictionnelle que lui a opposé la section administrative du BAJ près le TGI de Lyon par une décision du 17 juin 2019. Il résulte des dispositions précitées de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique que l'ordonnance litigieuse est insusceptible de recours en annulation devant un tribunal administratif. Ainsi, l'action en responsabilité introduite par le requérant n'entre pas dans le champ des dispositions du 1° de l'article R. 312-14 du code de justice administrative, non plus que dans celui des dispositions du 2° du même article.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la date de l'introduction de sa requête, M. A résidait dans le département de l'Essonne. Dès lors, en application des dispositions combinées de l'article R. 221-3 et du 3° de l'article R. 312-14 du code de justice administrative, le tribunal administratif de Versailles est territorialement compétent pour connaître des conclusions indemnitaires de la requête.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 342-1 du code de justice administrative : " Le tribunal administratif saisi d'une demande relevant de sa compétence territoriale est également compétent pour connaître d'une demande connexe à la précédente et relevant normalement de la compétence territoriale d'un autre tribunal administratif. ".

7. Les conclusions indemnitaires de la requête évoquées ci-dessus et celles à fin d'annulation de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a implicitement rejeté la demande du 26 juillet 2020 de M. A tendant à la " révision " de l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon et, subsidiairement, à la réparation des conséquences dommageables de cette ordonnance, présentent un lien de connexité. Dès lors, le tribunal administratif de Versailles, compétent territorialement pour connaître des conclusions indemnitaires présentées par M. A, est également compétent pour connaître de la demande connexe tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur la demande du requérant du 26 juillet 2020 tendant à la " révision " de l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon. L'exception d'incompétence territoriale du tribunal opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice aux conclusions tendant à l'annulation de cette décision doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. D'une part, la décision attaquée, en tant qu'elle rejette implicitement la demande de M. A du 26 juillet 2020 tendant au versement d'une indemnité de 3 356 euros, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard des conclusions indemnitaires de la requête. Par suite, les conclusions du requérant tendant à l'annulation de cette décision en tant qu'elle rejette sa réclamation indemnitaire préalable ne peuvent qu'être rejetées.

9. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique que l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon est insusceptible de recours, y compris devant le garde des sceaux, ministre de la justice. Au surplus, la voie du recours en " révision ", qui n'est ouverte qu'à l'égard des décisions du Conseil d'Etat par les dispositions de l'article R. 834-1 du code de justice administrative, ne saurait, en l'absence de texte l'ayant prévue, être étendue. Par suite, les moyens de légalité invoqués par M. A à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a implicitement rejeté sa demande tendant à la " révision " de l'ordonnance litigieuse sont inopérants.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur les demandes qu'il lui a adressées le 26 juillet 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Il résulte des dispositions de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique que les décisions de refus de l'aide juridictionnelle peuvent faire l'objet d'un recours devant le président de la juridiction compétente pour connaître de l'action envisagée. Ce dernier statue sur un tel recours par une décision d'administration judiciaire qui, si elle n'est pas elle-même susceptible de recours, ne revêt pas pour autant le caractère d'une décision juridictionnelle faisant obstacle, le cas échéant, à la mise en jeu de la responsabilité de l'État.

12. En premier lieu, M. A recherche la responsabilité sans faute de l'État pour rupture d'égalité devant les charges publiques. Il fait valoir que le rejet de sa demande d'aide juridictionnelle résultant de l'ordonnance du 24 septembre 2019 du président de la CAA de Lyon constitue une rupture d'égalité devant les charges publiques, dès lors que le président de la CAA de Marseille a accordé l'aide juridictionnelle dans une situation similaire à la sienne. Il sollicite une indemnité de 3 356 euros en réparation du préjudice financier résultant des honoraires d'avocat qu'il aurait été contraint d'exposer en raison du rejet de sa demande d'aide juridictionnelle du 3 juin 2019. Toutefois, il ne produit aucune pièce susceptible d'établir le caractère certain du préjudice financier allégué, dont le montant correspond au demeurant à celui de l'indu de RSA mis à sa charge et non au préjudice qui aurait résulté du rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, lequel est seul susceptible d'engager la responsabilité, même sans faute, de l'État dans le cadre de la présente instance. Il suit de là que la responsabilité sans faute de l'État ne saurait être engagée à l'égard du requérant sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques.

13. En second lieu, la responsabilité de l'État en raison de l'activité des juridictions administratives est susceptible d'être engagée en cas de faute lourde. Il ne résulte pas de l'instruction, en tout état de cause, que le refus de l'aide juridictionnelle sollicitée par M. A en vue de contester la décision du 18 février 2019 du président de la métropole de Lyon au motif que cette demande concernait la même affaire que celle ayant donné lieu à l'octroi de l'aide juridictionnelle par une décision du 4 janvier 2019 du BAJ près le TGI de Lyon, constituerait une faute lourde susceptible d'engager la responsabilité de l'État, alors même que le président de la CAA de Marseille, saisi d'une question similaire, a eu une appréciation différente dans une ordonnance n° 19MA05579 du 15 mai 2020.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience publique du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

N. Connin

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

G. Le pré

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

8

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