jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2005854 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7éme chambre |
| Avocat requérant | SELARL F. NAIM |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2005854 le 10 septembre 2020 et le 14 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Naïm, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la désignation effectuée par l'avocat de la société n'engage que cette entité et ne présente aucune valeur dans cette procédure ; il n'est pas justifié que l'avocat ait été habilité pour procéder à cette désignation ;
- l'administration n'a pas produit la lettre du 18 février 2019 par laquelle l'avocat de la société l'a désignée ; ce courrier démontre que la désignation n'a été effectuée qu'au nom et pour le compte de la société ;
- s'agissant des frais kilométriques, elle a justifié dans sa réponse du 8 février 2019 de la distance de 100 kilomètres entre son domicile personnel et le siège social de la société, ainsi que des déplacements nombreux sur les différents chantiers ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2021 et le 20 juin 2022, le directeur du contrôle fiscal Ile de France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II°) Par une réclamation transmise d'office par le directeur du contrôle fiscal d'Ile de France, enregistrée le 9 mars 2021 sous le n° 2111323 puis un mémoire enregistré le 19 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Naïm, conteste la mise en demeure de payer du 11 août 2020 valant commandement de payer la somme de 13 515 euros au titre des prélèvements sociaux pour l'année 2017 qui lui a été adressée et demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la désignation effectuée par l'avocat de la société n'engage que cette entité et ne présente aucune valeur dans cette procédure ; il n'est pas justifié que l'avocat ait été habilité pour procéder à cette désignation ;
- l'administration n'a pas produit la lettre du 18 février 2019 par laquelle l'avocat de la société l'a désignée ; ce courrier démontre que la désignation n'a été effectuée qu'au nom et pour le compte de la société ;
- s'agissant des frais kilométriques, elle a justifié dans sa réponse du 8 février 2019 de la distance de 100 kilomètres entre son domicile personnel et le siège social de la société, ainsi que des déplacements nombreux sur les différents chantiers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le directeur du contrôle fiscal Ile de France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Miguel, rapporteur,
- les conclusions de M. Armand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Darres représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2005854 et n°211323 susvisées présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme A B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux au titre des années 2015, 2016 et 2017, à la suite de la vérification de comptabilité de la société Infra Loc sur la même période, dont Mme B est gérante associée à hauteur de 50%. Une proposition de rectification lui a été envoyée le 7 décembre 2018, l'informant d'un rehaussement d'impôt sur le revenu de 11 268 euros sur la période contrôlée. Le 8 février 2019, Mme B a présenté des observations et par une décision du 15 février 2019, le service a maintenu les rectifications envisagées. Une deuxième proposition de rectification a été envoyée à Mme B le 18 février 2019, notifiant un rehaussement de 71 311 euros au titre de l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux au titre des années 2016 et 2017. Mme B a présenté des observations le 18 avril 2019, et par un courrier du 7 mai 2019, le service a maintenu l'ensemble des rectifications envisagées. Les sommes ont été mises en recouvrement les 31 octobre 2019, 31 novembre 2019 et 30 juin 2020 et l'intéressée a contesté ces sommes par une réclamation contentieuse le 4 décembre 2019, rejetée par une décision du 4 août 2020. Mme B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions, intérêts de retard et pénalités laissés à sa charge et conteste la mise en recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à sa charge.
Sur les revenus distribués :
3 Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'article 117 du même code dispose : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. "
4. Si la lettre par laquelle un conseil, mandaté par le gérant de la société vérifiée pour la représenter dans le cadre de la procédure d'imposition et interrogé en vertu de l'article 117 du code général des impôts, a désigné ce gérant comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par suite des redressements de ses recettes, cette lettre ne comporte pas la signature du gérant. Dès lors que ce dernier n'était pas représenté lui-même par le signataire de la lettre et qu'il conteste être le bénéficiaire de cette distribution, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de l'appréhension par l'intéressé des revenus imposés à son nom.
En ce qui concerne la désignation :
5. A la suite de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la société Infra Loc, dont Mme B est gérante et associée à parts égales, l'entreprise l'a expressément désignée comme étant bénéficiaire de revenus réputés distribués, identifiés par le service lors du contrôle comme relevant de dépenses prises en charge par la société de manière injustifiée. Pour contester les impositions supplémentaires mises à sa charge, Mme B soutient que cette désignation n'est pas valable en vertu du principe d'indépendance des procédures. Il résulte toutefois de l'instruction que la désignation a été effectuée par un courrier du 8 février 2019 émanant de l'avocat désigné par la société Infra Loc pour la représenter. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'il n'est pas justifié de la qualité de l'avocat pour représenter la société ni que la désignation en cause serait irrégulière. Elle n'est pas davantage fondée à se prévaloir du principe de l'indépendance des procédures.
En ce qui concerne l'existence des distributions :
6. Il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle de la société Infra Loc ont identifié des dépenses de nature personnelle, tels que des achats de vêtements civils, de chaussures de marques, d'accessoires de mode et de produits divers tels que bougies et parfums d'ambiance, de frais de réception et d'hébergement en France et à l'étranger, qui ont été réglées soit directement par l'entreprise, soit ont fait l'objet de demande de remboursement de frais de la part de la requérante. Le lien avec l'activité de l'entreprise n'étant pas démontré, l'administration apporte suffisamment la preuve du caractère occulte des distributions litigieuses et elle était fondée à considérer que les sommes en cause sont constitutives de revenus distribués au sens de l'article 111-c du code général des impôts.
En ce qui concerne l'appréhension des distributions :
7. Les opérations de vérification et la désignation effectuée par l'avocat de la société, ont établi que les dépenses en cause ont été effectuées au profit exclusif de Mme B, qui a engagé personnellement certaines dépenses puis en a demandé le remboursement de frais à la société. Pour contredire ces éléments, la requérante n'apporte devant le juge de l'impôt, aucune pièce à l'appui de sa requête de nature à justifier que ces dépenses auraient été engagées dans l'intérêt de la société. Dès lors, l'administration a démontré que les rehaussements correspondaient à des revenus appréhendés par l'intéressée, sans contrepartie ni lien direct avec la société. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a procédé aux rectifications en litige concernant l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux.
Sur les frais réels :
8. Aux termes de l'article 83 du code général des impôts, dans sa version applicable : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : () 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. () Les bénéficiaires de traitements et salaires sont également admis à justifier du montant de leurs frais réels, soit dans la déclaration visée à l'article 170, soit sous forme de réclamation adressée au service des impôts dans le délai prévu aux articles R* 196-1 et R* 196-3 du livre des procédures fiscales. Le montant des frais réels à prendre en compte au titre de l'acquisition des immeubles, des véhicules et autres biens dont la durée d'utilisation est supérieure à un an s'entend de la dépréciation que ces biens ont subie au cours de l'année d'imposition. () Les frais de déplacement de moins de quarante kilomètres entre le domicile et le lieu de travail sont admis, sur justificatifs, au titre des frais professionnels réels. Lorsque la distance est supérieure, la déduction admise porte sur les quarante premiers kilomètres, sauf circonstances particulières notamment liées à l'emploi justifiant une prise en compte complète. () "
9. Il résulte de l'instruction que, dans les déclarations de revenus souscrites au titre des années 2015 à 2017, le foyer fiscal de Mme B a minoré le montant des revenus déclarés des salaires et traitements en déduisant des frais réels, constitués essentiellement par des indemnités kilométriques liées à des déplacements professionnels, des trajets domicile-lieu de travail, des frais de repas, de stationnement et de lavage pour des montants de 16 498 euros en 2015, 17 104 euros en 2016 et 20 485 euros en 2017. En l'absence de réponse de l'intéressée aux demandes de renseignement adressée par l'administration le 25 octobre 2018, les déductions n'ont pas été admises. Pour contester ces impositions, aux termes de sa requête Mme B se borne à soutenir que s'agissant de la distance domicile-siège de la société elle a déjà répondu à l'administration dans son courrier du 8 février 2019 et que, de plus, elle se déplaçait quotidiennement sur les chantiers.
10. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part que la requérante ne justifie pas que le siège de la société fixé 17 rue Plumet à Paris, situé au-delà d'une distance de 40 kilomètres aller et retour de son domicile personnel à Villemoisson-sur-Orge (Essonne), soit effectivement son lieu de travail habituel, dès lors que les opérations de vérification ont permis d'établir que la société Infra Loc ne disposait pas de bureaux dédiés à cette adresse, où ne figuraient aucun matériel, aucun document comptable et de travail de l'entreprise, dont le loyer mensuel ne s'élevait qu'à 60 euros, s'agissant manifestement d'une simple domiciliation. D'autre part, Mme B ne produit à l'appui de ses écritures devant le juge de l'impôt aucun justificatif de manière à établir la réalité des frais engagés ainsi que leur lien avec l'activité de l'entreprise. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé le caractère déductible des frais réels déclarés par la requérante au titre des années 2015 à 2017.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par Mme B tendant à être déchargée, en droits et en pénalités, du paiement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2017. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur du contrôle fiscal Ile de France.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Ouardes, président,
- M. de Miguel, premier conseiller,
- Mme Mathé, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
F-X de MiguelLe président,
signé
P. Ouardes
La greffière,
signé
C. Benoit-Lamaitrie
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 ; 2111323
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026