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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005989

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005989

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005989
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantLEGRANDGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire (non communiqué) enregistrés les 16 septembre 2020 et 20 septembre 2022, Mme D C, représentée par Me Callon, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier André Mignot de Versailles et le centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie à lui payer la somme de 10 555,98 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes de ces établissements, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre solidairement à la charge de ces établissements les dépens correspondant aux frais d'expertise pour un montant de 4 000 euros, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa prise en charge par le centre hospitalier André Mignot de Versailles a été fautive en ce qu'il n'a pas été pratiqué une imagerie médicale avant de la laisser repartir chez elle le 12 novembre 2016 ;

- son suivi médical par le centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie a également été fautif, en ce qu'il a interrompu son traitement antibiotique le 17 novembre 2016 malgré la persistance de signes biologiques d'infection ;

- ces fautes successives dans la prise en charge de sa pathologie lui ont fait perdre une chance d'éviter les conséquences dommageables qui ont suivi jusqu'à la date de sa consolidation le 8 avril 2019 ;

- elle a subi des préjudices qui se décomposent comme suit : 418,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 5 800 euros au titre des souffrances endurées, 4 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, et 1 800 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 28 décembre 2020 et 27 septembre 2021, le centre hospitalier André Mignot de Versailles, représenté par Me Boileau, conclut :

- au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées à Mme C soient ramenées à de plus justes proportions ;

- au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines ou, à titre subsidiaire, que le montant alloué soit limité aux frais exposés jusqu'au 13 février 2019 et dans la proportion maximale de 70 % ;

- à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- sa responsabilité pour faute ne peut être engagée dès lors, d'une part, que le manquement relevé par l'expert du défaut de prescription d'imagerie médicale n'est pas avéré et, d'autre part, que Mme C ne démontre pas que la perte de chance alléguée est certaine et en relation directe avec le fait dommageable, l'expert ayant expressément indiqué qu'il n'est pas certain que l'absence d'imagerie ait fait perdre une chance à la patiente ;

- s'il devait être considéré qu'une perte de chance a été subie, elle devra être limitée à celle d'éviter les souffrances endurées et ne lui être imputable que pour moitié, soit une perte de chance de 42,5 % ;

- les montants alloués au titre des préjudices subis, à supposer qu'ils lui soient imputables, doivent être limités s'agissant de la part mise à sa charge à 183,22 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 2 450 euros au titre des souffrances endurées, 3 080 au titre du déficit fonctionnel permanent et 840 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines ne produit pas d'éléments probants justifiant sa créance, dans la mesure où l'état des débours produit inclut des frais qui auraient été exposés en raison de la pathologie initiale et ne permet pas de distinguer les débours imputables de manière directe, certaine et exclusive aux manquements allégués de ceux qui ne le sont pas, et les déclarations de son propre médecin-conseil ne sauraient être considérées comme suffisantes ;

- en tout état de cause, la caisse primaire d'assurance maladie ne peut se prévaloir à son encontre que des seuls frais postérieurs au 13 février 2019, date de début des " gênes temporaires ", et dans la limite de 70% correspondant à la perte de chance qui lui serait imputable selon l'expert.

Par un mémoire enregistré le 24 juin 2021, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, représentée par Me Legrandgerard, a fait valoir sa créance et conclut :

- à la condamnation du centre hospitalier André Mignot de Versailles à lui payer la somme de 37 475,79 euros au titre de ses débours ;

- à la condamnation du centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie à lui payer la somme de 5 264,99 euros au titre de ses débours ;

- à la condamnation solidaire du centre hospitalier André Mignot de Versailles et du centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie à lui payer l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- à ce que soit mise solidairement à la charge de ces établissements le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la responsabilité des établissements hospitaliers est engagée ;

- sa créance est constituée des frais hospitaliers, des frais médicaux et pharmaceutiques et d'indemnités journalières, dans les proportions de la perte de chance imputable aux établissements, soit 70% s'agissant du centre hospitalier André Mignot de Versailles et 15% s'agissant du centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 8 avril et 7 septembre 2022, le centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées à Mme C soient ramenées à de plus justes proportions, et au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Il fait valoir que :

- la perte de chance n'est pas établie, dès lors qu'il n'existe aucune certitude quant à une chance d'éviter les complications ;

- s'il devait être considéré qu'une perte de chance a été subie, elle devra être limitée à celle d'éviter les souffrances endurées et ne lui être imputable que dans la limite de 15% pour la seule période mentionnée par l'expert du 17 au 28 novembre 2016, soit un montant pouvant être fixé à 525 euros ;

- les montants alloués au titre des préjudices subis, à supposer qu'ils lui soient imputables, doivent être limités s'agissant de la part mise à sa charge à 51,60 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 525 euros au titre des souffrances endurées, 540 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 187,50 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

- la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines ne produit pas d'éléments probants justifiant sa créance, dans la mesure où l'état des débours produit inclut des frais qui auraient été exposés en raison de la pathologie initiale et ne permet pas de distinguer les débours imputables aux manquements allégués de ceux qui ne le sont pas ;

- en tout état de cause, la caisse primaire d'assurance maladie ne peut solliciter le remboursement des frais postérieurs au 28 novembre 2016 et dans la limite de 15% correspondant à la perte de chance qui lui serait imputable selon l'expert.

Vu :

- le rapport d'expertise déposé le 27 novembre 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- et les observations de Me Houdet, avocat substitué à Me Tamburini-Bonnefoy, représentant le centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été transportée par les pompiers aux urgences du centre hospitalier André Mignot de Versailles à la suite d'importantes douleurs abdominales dans la nuit du 11 au 12 novembre 2016. Elle a quitté l'établissement à 12h30, avec un traitement et la prescription d'une échographie à réaliser en externe. L'après-midi du même jour, son époux l'a retrouvée à demi-consciente en raison d'importantes douleurs. Elle a alors été conduite par les pompiers au centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie, le délai d'attente pour le centre hospitalier de Versailles étant de deux heures. Un scanner y a été effectué révélant la présence d'un volvulus de l'intestin grêle. Mme C a alors été opérée. Au cours de l'opération, une cœlioscopie convertie en laparoscopie était réalisée dans la nuit du 12 au 13 novembre, après la constatation d'une nécrose intestinale sur A occlusive de 15 centimètres ainsi qu'une résection de l'intestin grêle. Elle est restée hospitalisée à la suite de cette intervention, puis a quitté l'hôpital le 20 novembre 2016, avec un traitement à base de Spasfon et de Dafalgan codéine et autorisation de s'alimenter à nouveau. Le 28 novembre 2016, elle a de nouveau été conduite par les pompiers au centre hospitalier de Mantes-la-Jolie à la suite de violentes douleurs et de vomissements. Un scanner abdomino-pelvien faisait ressortir un syndrome occlusif et un abcès de paroi. Elle a alors demandé à être transférée à l'hôpital Saint-Antoine à Paris où un nouveau scanner confirmait 1'existence d'un syndrome sub-occlusif. L'alimentation orale a été stoppée et elle a été hospitalisée jusqu'au 30 novembre 2016. Le 3 décembre 2016, un épisode fébrile l'a conduite à retourner au service de chirurgie digestive de l'hôpital Saint-Antoine où un traitement antibiotique a été débuté. En l'absence d'amélioration de son état elle a été transférée le 9 décembre au service des maladies infectieuses et un nouveau traitement antibiotique a été mis en place. Elle a pu quitter l'hôpital le 16 décembre 2016, avec mise en place d'une perfusion d'antibiotiques dans le cadre d'une hospitalisation à domicile. Une première expertise a été diligentée à l'initiative de la Matmut, assureur de la requérante, par le docteur E, donnant lieu à un rapport déposé le 29 novembre 2017. Eu égard aux conclusions de l'expert, Mme C a proposé aux établissements de procéder à une expertise amiable contradictoire, puis a saisi le juge des référés d'une demande d'expertise médicale judiciaire, à laquelle celui-ci a fait droit par une ordonnance du 25 septembre 2018. Le professeur B, expert désigné spécialiste en chirurgie générale et digestive, ayant conclu dans son rapport déposé le 27 novembre 2019, à l'existence de manquements de la part des deux hôpitaux dans la prise en charge de Mme C ayant généré une perte de chance pour celle-ci évaluée à 70% d'éviter la nécrose intestinale s'agissant du centre hospitalier de Versailles, et à 15% de limiter la formation d'une pelvipéritonite par la poursuite d'un traitement antibiotique s'agissant du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie, la requérante leur a adressé une demande indemnitaire préalable le 8 juillet 2020. La société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur du centre hospitalier de Versailles, a fait une proposition d'indemnisation le 20 juillet 2020 à laquelle l'intéressée n'a pas donné suite, tandis que le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie rejetait implicitement la demande. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier de Versailles et le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la responsabilité des établissements :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise du docteur E et du professeur B dont les conclusions sont concordantes, que Mme C, qui s'est présentée le 12 novembre 2016 aux urgences du centre hospitalier de Versailles avec d'importantes douleurs abdominales et des vomissements, en est repartie sans examen d'imagerie, ce qui n'est pas conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science d'autant plus compte tenu des antécédents médicaux de Mme A qui avait notamment subi une hystérectomie qui est une intervention chirurgicale génératrice de A, et a retardé le diagnostic de volvulus de l'intestin grêle ayant causé une nécrose intestinale. Ce manquement, qui n'est pas contesté par le centre hospitalier de Versailles, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Versailles, alors même que l'établissement a prescrit à l'intéressée une échographie à réaliser en externe.

4. Par ailleurs, les experts ont relevé que les suites opératoires réalisées par le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie n'ont pas été réalisées conformément aux données acquises de la science, dès lors que le traitement antibiotique a été interrompu prématurément dès le 17 novembre 2016 alors que les signes biologiques d'infection auraient dû conduire à le poursuivre, ce qui a favorisé la formation d'une pelvipéritonite et l'augmentation de la collection sous-hépatique. Ce manquement est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie.

5. Par suite, Mme C est fondée à solliciter la condamnation des centres hospitaliers de Versailles et de Mantes-la-Jolie à l'indemniser des préjudices subis en lien direct avec ces manquements.

Sur la fraction du préjudice indemnisable :

6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. En premier lieu, en l'espèce, si le centre hospitalier de Versailles soutient que la faute commise n'a entraîné aucune perte de chance, il résulte de ce qui a été dit au point 3, que si le centre hospitalier de Versailles avait réalisé, avant de laisser repartir l'intéressée à son domicile, une imagerie médicale comme il aurait dû le faire eu égard aux antécédents médicaux de l'intéressée et aux moyens dont il disposait, le diagnostic correct de volvulus aurait été établi sans retard et Mme C aurait eu une chance d'éviter une nécrose intestinale et ses conséquences par une opération en urgence plus rapide et moins lourde. Par ailleurs, si l'expert relève qu'il n'est pas certain que la nécrose intestinale n'était pas déjà constituée avec pour conséquence la résection intestinale et la laparotomie, ni que la section de A n'aurait pas entrainé d'effraction intestinale avec pour conséquence la contamination périnéale, c'est faute d'avoir été correctement prise en charge. Il s'ensuit que Mme C a bien eu une perte de chance d'échapper à l'aggravation de son état de santé. L'expert précise que cette perte de chance chez la patiente peut être chiffrée à 70%.

8. En second lieu, comme indiqué précédemment au point 4, si le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie n'avait pas interrompu prématurément le traitement antibiotique dès le 17 novembre 2016 alors que les signes biologiques d'infection devaient conduire à le poursuivre, Mme C aurait eu une chance d'éviter la formation d'une pelvipéritonite et l'augmentation de la collection sous-hépatique. L'expert précise que les manquements du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie dans le suivi post-opératoire de Mme C ont fait perdre une chance à la patiente d'échapper à l'aggravation de son état de santé. Cette perte de chance peut être chiffrée à 15%.

9. Enfin, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie, ce ne sont pas les seuls préjudices subis au cours de la période du 17 au 28 novembre 2016 qui doivent être réparés, mais l'ensemble des conséquences dommageables du manquement qui a perduré tout au long de cette période, et qui se sont poursuivies jusqu'à la date de la consolidation de la patiente le 8 avril 2019.

10. Par suite, et compte tenu de l'ensemble des éléments du dossier, il y a lieu de fixer à 70% le taux de perte de chance de Mme C d'éviter les séquelles corporelles subies des suites de sa prise en charge par le centre hospitalier de Versailles, et à 15% celui d'éviter les séquelles corporelles subies des suites de sa prise en charge par le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie.

Sur la condamnation solidaire :

11. Lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes ou de celles-ci conjointement, sans préjudice des actions récursoires que les coauteurs du dommage pourraient former entre eux.

12. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise susmentionnés, que les fautes respectives des deux établissements hospitaliers dans les prises en charge successives de Mme C ont concouru à des dommages distincts dont elle demande réparation. Par suite, les conditions pour que ces établissements soient condamnés solidairement ne sont pas réunies.

Sur les préjudices :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

13. L'expert désigné par le tribunal a retenu un déficit fonctionnel temporaire total subi par Mme C au cours des périodes allant du 13 au 15 février 2019 et du 6 au 12 mars 2019, correspondant aux hospitalisations de l'intéressée directement imputables aux manquements des centres hospitaliers de Versailles et de Mantes-la-Jolie. Mme C a également subi un déficit fonctionnel à hauteur de 25% sur la période du 16 février au 6 mars 2019, puis un déficit fonctionnel à hauteur de 10% pour la période du 13 mars au 8 avril 2019, date de la consolidation de l'état de santé de la requérante. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à l'intéressée la somme globale de 313 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

14. Il résulte de l'instruction que Mme C a eu d'importantes douleurs abdominales qui ont persisté bien qu'atténuées et sont devenues chroniques, l'expert ayant évalué ce préjudice à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à l'intéressée la somme de 5 800 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

15. Il résulte de l'instruction qu'à la date de consolidation du dommage, l'intéressée âgé de 51 ans présente une gêne au flanc droit, une douleur lorsqu'elle prend de grandes respirations et l'impossibilité de se nourrir comme avant, le déficit fonctionnel permanent ayant été fixé à 4% par l'expert. Il y a lieu d'allouer à ce titre à Mme C la somme de 5 591 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

16. L'expert a évalué ce chef de préjudice, résultant d'une cicatrice médiane à cheval sur l'ombilic de 13 cm d'apparence fragile, à 1,5 sur une échelle de 1 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.

17. Par suite, Mme C a subi des préjudices d'un montant total de 13 204 euros. Le montant global auquel elle pourrait ainsi prétendre après application du taux de perte de chance retenu serait donc de 11 223,40 euros. Toutefois, Mme C ayant limité le montant de sa demande à la somme de 10 555,98 euros, il y a lieu de condamner les établissements à payer une telle somme, soit 8 655,90 euros à la charge du centre hospitalier de Versailles et 1 900,08 euros à la charge du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie.

Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

S'agissant de la créance à l'égard du centre hospitalier de Versailles :

18. Il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines a versé au bénéfice de Mme C, son assurée, la somme de 48 448,17 euros au titre de frais hospitaliers et de frais médicaux et pharmaceutiques. Elle a également versé à Mme C les sommes de 2 343,06 euros et 2 745,61 euros au titre d'indemnités journalières pour les périodes du 23 novembre 2016 au 15 janvier 2017 et du 4 février 2019 au 5 avril 2019. Ces indemnités ont eu pour objet de compenser en partie les pertes de revenus qui ont été la conséquence de la faute médicale subie par la requérante.

19. Elle produit une attestation des débours et une attestation d'imputabilité qui établissent la réalité de ces dépenses et leur imputabilité à la faute médicale en cause. Contrairement à ce que soutient le centre hospitalier, il ressort de ces documents que les frais qui auraient été exposés en raison de la pathologie initiale ont été déduits des sommes réclamées.

20. Par suite, après application du taux de 70% de la perte de chance, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines est fondée à obtenir du centre hospitalier de Versailles le remboursement de la somme totale de 37 475,79 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

S'agissant de la créance à l'égard du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie :

21. Il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines a versé au bénéfice de Mme C la somme de 32 354,31 euros au titre de frais hospitaliers et de frais médicaux et pharmaceutiques. Elle a également versé à Mme C la somme de 2 745,61 euros au titre d'indemnités journalières pour la période du 4 février 2019 au 5 avril 2019, ayant eu pour objet de compenser en partie les pertes de revenus qui ont été la conséquence de la faute médicale subie par la requérante.

22. Elle produit une attestation des débours et une attestation d'imputabilité qui établissent la réalité de ces dépenses et leur imputabilité à la faute médicale en cause.

23. Par suite, après application du taux de 15% de la perte de chance, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines est fondée à obtenir du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie le remboursement de la somme totale de 5 264,99 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les intérêts :

24. Mme C a droit aux intérêts de la somme de 10 555,98 euros à compter du 16 septembre 2020, date d'enregistrement de sa requête.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

25. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 114 euros. Il y a lieu de mettre le versement de cette indemnité à la charge du centre hospitalier de Versailles et du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie, à hauteur de 913,48 euros pour le premier et de 200,52 euros pour le second.

Sur les dépens :

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés par les ordonnances n° 1804318-12 de la présidente du tribunal administratif de Versailles en date des 16 octobre 2018 et 28 mai 2019 à la somme totale de 4 000 euros, à la charge définitive des centres hospitaliers de Versailles et de Mantes-la-Jolie en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, à hauteur de 3 280 euros pour le premier et de 720 euros pour le second.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Versailles demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Versailles et du centre hospitalier de Mantes-la-Jolie, d'une part, la somme de 1 500 euros à verser à Mme C, à hauteur de 1230 euros pour le premier et de 270 euros pour le second et, d'autre part, la somme de 1 000 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines, à hauteur de 820 euros pour le premier et de 180 euros pour le second, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier de Versailles est condamné à payer à Mme C la somme de 8 655,90 euros à Mme C en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie est condamné à payer à Mme C la somme de 1 900,08 euros en réparation de ses préjudices.

Article 3 : Les sommes mentionnées ci-dessus porteront intérêts à compter du 16 septembre 2020.

Article 4 : Le centre hospitalier de Versailles est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 37 475,79 en remboursement de ses frais et débours.

Article 5 : Le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 5 264,99 en remboursement de ses frais et débours.

Article 6 : Les centres hospitaliers de Versailles et de Mantes-la-Jolie verseront à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines respectivement les sommes de 913,48 euros et 200,52 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 7 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à hauteur de la somme globale de 4 000 euros par les ordonnances des 16 octobre 2018 et 28 mai 2019, sont mis à la charge définitive des centres hospitaliers de Versailles et de Mantes-la-Jolie, à hauteur de 3 280 euros pour le premier et de 720 euros pour le second.

Article 8 : Le centre hospitalier de Versailles versera à Mme C la somme de 1 230 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 820 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie versera à Mme C la somme de 270 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines la somme de 180 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 10 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Versailles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au centre hospitalier André Mignot de Versailles, au centre hospitalier François Quesnay de Mantes-la-Jolie et à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Christelle Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

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01/06/2026

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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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