mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2006159 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI DS AVOCATS - PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23 septembre 2020, 17 octobre 2020 et 7 février 2022, M. B A et Mme C A, représentés par Me Turbe, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'ordonner à la commune d'Epinay-sous-Sénart de remettre en état les parties communes et espaces verts appartenant au syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Les Anémones " et de lui restituer les parcelles AD 57, AD 62, AD 61, AD 68, AD 52, AD 33, AD 42, AD 37 et AD 60, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
2°) de condamner la commune à leur payer les sommes de 10 000 euros au titre de leur préjudice de jouissance et de 10 000 euros au titre de leur préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 10 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt et d'une qualité pour agir en tant que copropriétaires ;
- des travaux emportant des modifications et des empiètements ont été réalisés par la commune sur plusieurs parcelles appartenant au syndicat des copropriétaires sans son accord préalable, constituant des emprises irrégulières ;
- il appartient à la commune de restituer les parcelles concernées et de remettre en état les parties communes et espaces verts ;
- ils ont subi un trouble de jouissance qu'ils évaluent à 10 000 euros et un préjudice moral à hauteur de 10 000 euros.
Par trois mémoires enregistrés les 5 octobre, 9 octobre et 9 novembre 2020, la société Cofegi Gestion, syndic de copropriété représentant le syndicat des copropriétaires de la résidence " Les Anémones ", a informé le tribunal qu'une régularisation par rétrocession à la commune des parcelles concernées était en cours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la commune d'Epinay-sous-Sénart, représentée par Me Laborde, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que sa condamnation soit ramenée à un euro symbolique et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle fait valoir que :
- une rétrocession des parcelles concernées doit prochainement intervenir au profit de la commune ;
- une remise en état du site serait susceptible de porter une atteinte excessive à l'intérêt général ;
- les requérants ne justifient d'aucun préjudice ;
- elle ne pourrait être condamnée qu'à verser aux requérants une indemnité symbolique d'un euro.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,
- et les observations de Me Savereux Joly, substitué à Me Laborde, représentant la commune d'Epinay-sous-Sénart.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'un projet d'aménagement des espaces publics et des voiries, visant notamment à améliorer l'accès à la Maison des Arts et de la Culture, la commune d'Epinay-sous-Sénart a réalisé à compter de 2017 des travaux empiétant partiellement sur des terrains appartenant à la résidence " Les Anémones ". M. et Mme A, copropriétaires au sein de cette résidence, ont saisi le maire de cette commune, par un courrier daté du 20 juillet 2020, d'une demande tendant à la restitution et à la remise en état des parcelles concernées, ainsi que d'une demande d'indemnisation des préjudices subis, implicitement rejetées. Par la présente requête, ils demandent au tribunal de constater la situation d'emprise irrégulière, d'enjoindre à la commune de restituer et remettre en état les parcelles en cause, et de la condamner à leur verser la somme totale de 20 000 euros au titre des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " Sont communes les parties des bâtiments et des terrains affectées à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux () ". L'article 4 dispose : " Les parties communes sont l'objet d'une propriété indivise entre l'ensemble des copropriétaires () ". Aux termes du I. de l'article 8 de la même loi : " Un règlement conventionnel de copropriété, incluant ou non l'état descriptif de division, détermine la destination des parties tant privatives que communes, ainsi que les conditions de leur jouissance ; il fixe également, sous réserve des dispositions de la présente loi, les règles relatives à l'administration des parties communes () ". L'article 14 prévoit que : " La collectivité des copropriétaires est constituée en un syndicat qui a la personnalité civile () Il a pour objet la conservation et l'amélioration de l'immeuble ainsi que l'administration des parties communes () ". Aux termes de l'article 15 : " Le syndicat a qualité pour agir en justice, tant en demandant qu'en défendant, même contre certains des copropriétaires ; il peut notamment agir, conjointement ou non avec un ou plusieurs de ces derniers, en vue de la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble. / Tout copropriétaire peut néanmoins exercer seul les actions concernant la propriété ou la jouissance de son lot, à charge d'en informer le syndic () ". L'article 16 dispose : " Tous actes d'acquisition ou d'aliénation des parties communes ou de constitution de droits réels immobiliers au profit ou à la charge de ces dernières, à la condition qu'ils aient été décidés conformément aux dispositions des articles 6, 25 et 26, sont valablement passés par le syndicat lui-même et de son chef () ". L'article 17 dispose : " Les décisions du syndicat sont prises en assemblée générale des copropriétaires ; leur exécution est confiée à un syndic placé éventuellement sous le contrôle d'un conseil syndical () ". Enfin, aux termes de l'article 25 : " Ne sont adoptées qu'à la majorité des voix de tous les copropriétaires les décisions concernant : () n) L'ensemble des travaux comportant transformation, addition ou amélioration () ".
4. Il résulte de l'instruction que les travaux réalisés par la commune d'Epinay-sous-Senart sur les parcelles AD 57, AD 62, AD 61, AD 68, AD 52, AD 33, AD 42, AD 37 et AD 60, propriété du syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Les Anémones " en qualité de parties communes, n'ont pas fait l'objet d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, ni d'une servitude régulièrement instituée, ni même d'un accord amiable avec les propriétaires intéressés dès lors qu'ils n'ont pas fait l'objet d'un vote en ce sens de l'assemblée générale des copropriétaires émis conformément aux dispositions précitées. Dans ces conditions, M. et Mme A, sont fondés à soutenir que les modifications et empiètements effectués, qui portent atteinte aux parcelles de la copropriété de l'immeuble " Les Anémones ", dépossèdent la copropriété d'un élément de son droit de propriété, présentent le caractère d'une emprise irrégulière.
5. Il résulte toutefois de l'instruction, d'une part, qu'une procédure de rétrocession des parcelles concernées est en cours afin de régulariser la situation, que cette régularisation a été retardée pour plusieurs motifs et en particulier dans l'attente de l'avis des domaines devant être rendu par la direction de l'immobilier de l'Etat. Si les requérants soutiennent que le syndicat des copropriétaires a exprimé son refus d'une telle régularisation au cours de différentes assemblées générales, ils n'apportent aucune pièce à l'appui de leurs allégations et ceci d'autant plus qu'il résulte de l'instruction que le projet de rétrocession n'a rencontré aucune autre opposition que la leur. Dès lors, à la date du présent jugement, il apparaît ainsi qu'une régularisation appropriée de l'emprise litigieuse est possible.
6. D'autre part et en tout état de cause, il résulte de l'instruction que les travaux en cause s'inscrivent dans le cadre d'un vaste projet d'aménagement des espaces publics et des voiries dénommé " Quartier Parcs ". Ces travaux, d'un coût d'environ 528 000 euros, visaient à améliorer l'accès à la Maison des Arts et de la Culture inaugurée en mai 2019. Ils ont permis notamment d'améliorer et de sécuriser les chemins piétonniers de la copropriété et de ses alentours, ainsi que d'adapter l'ergonomie d'une place de stationnement pour les personnes à mobilité réduite. Ils n'ont, par ailleurs, empiété que sur une surface minime, évaluée par la commune à 0,07%, de la résidence, qui compte 246 copropriétaires dont aucun n'a contesté leur mise en œuvre, à l'exception de M. et Mme A qui se bornent à faire état de l'arrachage de plantations et de la suppression de places de parking, sans préciser en quoi les aménagements réalisés leur ont personnellement causé des nuisances. Les résolutions présentées par M. A au cours de l'assemblée générale des copropriétaires du 15 mai 2018, visant à la remise en état d'origine des terrains concernés, ont d'ailleurs été rejetées à une large majorité.
7. Il résulte de ce qui précède que les inconvénients subis par les époux A en termes d'atteinte à leur droit de propriété n'apparaissent pas excessifs eu égard à l'intérêt général qui s'attache au maintien de l'ouvrage, dont la démolition pour une remise en état engendrerait nécessairement des troubles temporaires en créant notamment des perturbations dans la circulation des piétons et des véhicules et s'avèrerait, par ailleurs, onéreuse pour la collectivité publique. Par ailleurs, la propriété des parcelles n'ayant pas encore été transférée à la commune, les requérants ne sont pas fondés à en demander la restitution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. La victime de l'emprise irrégulière d'un ouvrage public sur sa propriété ne saurait être assimilée au tiers voisin qui subit un dommage du fait de l'existence ou du fonctionnement d'un tel ouvrage, et n'a donc pas à justifier d'un préjudice anormal et spécial résultant de son implantation. Elle peut utilement rechercher la responsabilité du propriétaire de l'ouvrage eu égard à la faute qu'il a commise à raison de l'emprise irrégulière. En l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de la décision d'édifier un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité moindre d'immobilisation, réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle et tenant compte de l'intérêt général qui justifie le maintien de cet ouvrage.
9. En l'espèce, les requérants, qui se bornent à soutenir qu'ils ont subi un trouble de jouissance et un préjudice moral du fait des travaux réalisés par la commune d'Epinay-sous-Sénart sur des parcelles appartenant aux parties communes de la copropriété, n'apportent aucun élément de nature à justifier de la réalité et de l'étendue d'un préjudice qu'ils auraient personnellement subi de manière directe et certaine en raison de l'emprise irrégulière en cause. Par ailleurs, ils ne peuvent utilement se prévaloir de manquements qui auraient été commis par le conseil syndical à l'appui de leurs conclusion dirigées contre la commune d'Epinay-sous-Sénart. Par suite, leurs conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. La commune d'Epinay-sous-Sénart n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. et Mme A à fin d'octroi d'une somme au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A, à la commune d'Epinay-sous-Sénart et à la société Cofegi Gestion.
Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026