lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2006224 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI LACOEUILHE AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2007379 du 24 septembre 2020, le président du tribunal administratif de Cergy Pontoise a transmis au tribunal, en application des articles R. 351-3 et R. 312-14 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 30 juillet 2020 présentée par Mme D B.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 24 septembre 2020 et le 1er février 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 1er juin 2022, Mme D B, représentée par Me Letang, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier Sud Essonne venant aux droits du centre hospitalier d'Etampes et son assureur AXA France Iard à lui verser la somme de 59 104,18 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis dans les suites de l'intervention du 28 novembre 2011 ;
2°) d'ordonner une mesure d'expertise judiciaire en aggravation ;
3°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Sud Essonne et de son assureur la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- le centre hospitalier a manqué à son devoir d'information en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique ;
- cette faute est à l'origine d'une perte de chance de 50 % de renoncer à l'intervention et d'éviter les dommages qui se sont réalisés ;
- Ses préjudices se décomposent comme suit :
Préjudices patrimoniaux
- 945 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
- 18 846,68 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
Préjudices extrapatrimoniaux
- 1 937,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
- 6 000 euros au titre des souffrances endurées évaluées à 4,5 sur une échelle de 7 ;
- 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- 23 375 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2021, le 18 octobre 2021 et le 30 janvier 2023, le centre hospitalier Sud Essonne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- Mme B a été informée oralement des risques liés à l'intervention ;
- l'indication opératoire était parfaitement justifiée et conforme aux données acquises de la science ;
- Mme B ne justifie pas de la nécessité d'une expertise en aggravation ;
- Mme B n'a subi aucune perte de chance de se soustraire à l'intervention dès lors que celle-ci était indispensable ;
- à titre subsidiaire, elle ne peut prétendre qu'à l'indemnisation de son préjudice moral ;
- à titre infiniment subsidiaire, la perte de chance de renoncer à l'intervention ne saurait être supérieure à 10 %.
Par un mémoire et une pièce complémentaire, enregistrés les 2 et 13 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, intervenant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, doit être regardée comme s'en remettant à la sagesse du tribunal.
Elle soutient que le montant définitif de ses débours s'élève à un montant de 16 021,58 euros.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique ;
- les observations de Me Leprovost, représentant Mme B, et celles de Me Godet-Caussin, représentant le centre hospitalier Sud Essonne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 29 avril 1956, a été adressée par son médecin traitant au centre hospitalier Sud Essonne pour une arthrose du genou droit, sur genu varum de 7,5°, à l'origine d'une hyper algie. Le 28 novembre 2011, elle a bénéficié d'une ostéotomie tibiale de valgisation par soustraction externe de 12°. Suite à cette intervention chirurgicale, et dès son réveil, Mme B a signalé des difficultés motrices du membre inférieur, présentant une paralysie complète et immédiate du nerf sciatique poplité externe. Elle a toutefois regagné son domicile le 3 décembre 2011 et a bénéficié d'une kinésithérapie à domicile, puis en cabinet. La paralysie du nerf sciatique poplité externe a été confirmée par électromyogramme (EMG) le 10 février 2012, puis un nouvel EMG en date du 18 mai 2012 a montré quelques signes de ré innervation tout en restant très pathologique. Confrontée à l'absence de récupération, le chirurgien du centre hospitalier Sud Essonne a adressé Mme B pour avis à l'hôpital Bichat (AP-HP) où elle a bénéficié d'un triple transfert tendineux, le 25 octobre 2012. Les transferts tendineux ont été efficaces sur les orteils mais la flexion dorsale de la cheville est restée déficitaire d'une quinzaine de degré.
2. Mme B a saisi la commission de conciliation d'Ile-de-France (CCI) afin d'être indemnisée des différents préjudices intervenus dans les suites de l'intervention subie le 28 novembre 2011. La CCI a désigné un expert, le Docteur C qui a déposé son rapport le 18 décembre 2013. La CCI a rendu son avis le 4 mars 2014, retenant que le dommage subi par Mme B résultait d'un aléa thérapeutique dont le risque est connu, mais imprévisible, et a fixé le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique à 25 %, en tenant compte de la paralysie du nerf sciatique poplité externe, de l'enraidissement de la cheville et du retentissement psychologique de cette séquelle. La CCI a également estimé que l'indemnisation de Mme B ne relevait pas de la solidarité nationale. A la suite de l'avis rendu par la CCI, la compagnie d'assurance AXA, assureur du centre hospitalier Sud Essonne, par un courrier du 25 septembre 2019, a présenté à la requérante une offre d'indemnisation, à laquelle celle-ci n'a pas donné suite. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Sud Essonne à lui verser une somme totale de 59 104,18 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi.
Sur les fondements de la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Par ailleurs, l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dispose que : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus (). Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel () ".
4. En application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée. Si cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité ou de refus du patient d'être informé, la circonstance que les risques ne se réalisent qu'exceptionnellement ne dispense pas les médecins de leur obligation. La production par un établissement hospitalier d'un document écrit signé par le patient n'est ni nécessaire ni suffisante pour que puisse être considérée comme rapportée la preuve, qui lui incombe, de la délivrance de l'information prévue par les dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. Il appartient en revanche à cet établissement d'établir qu'un entretien, préalable nécessaire à la délivrance d'une information conforme à ces dispositions, a bien eu lieu et de démontrer par tout moyen que le destinataire de l'information a été mis à même de donner en connaissance de cause un consentement éclairé à l'acte de soins auquel il s'est ainsi volontairement soumis.
5. D'une part, il résulte du rapport d'expertise du Docteur C que le nerf de la patiente a été vu et conservé lors de l'intervention mais qu'une paralysie est toutefois survenue, définitive, traduisant le caractère grave du traumatisme nerveux. En l'absence de section du nerf, l'expert a estimé que la paralysie était due à la compression ou à une traction sur le nerf lors de l'intervention. L'expert en a déduit qu'il n'y avait pas eu de manquement ou de faute dans la réalisation du geste chirurgical qui avait été conduit conformément aux règles de l'art, la paralysie du nerf sciatique poplité externe étant très vraisemblablement due un hématome post opératoire ou à une compression des écarteurs. Il résulte également de l'instruction que ce risque de complication neurologiques après une ostéotomie tibiale de valgisation par soustraction externe est connu mais imprévisible.
6. D'autre part, si, au cours des opérations d'expertise, il a été mentionné que Mme B avait signé un formulaire de consentement éclairé, préalablement à l'intervention du 28 novembre 2021, l'expert indique, aux termes de son rapport, que ce document type, au demeurant non produit devant le tribunal, ne comportait toutefois aucune précision sur les complications les plus fréquentes rencontrées après la chirurgie osteo-tibiale de valgisation. Mme B soutient, par ailleurs, qu'aucune information relative à la possibilité que le nerf sciatique poplité externe puisse être atteint au cours de l'intervention qu'elle devait subir n'a été portée à sa connaissance avant qu'elle ne consente à l'opération. Si le centre hospitalier fait valoir que Mme B aurait été informée oralement par le chirurgien, qui lui aurait expliqué l'intervention et ses suites, il n'assortit ses allégations d'aucun commencement de preuve permettant d'établir que la requérante aurait effectivement été informée du risque d'atteinte au nerf sciatique poplité externe ou plus généralement, d'un risque de paralysie de son pied. Dans ces conditions, le défaut de délivrance d'une information sur le risque relatif à l'intervention qui s'est réalisé alors que le degré d'urgence ne faisait pas obstacle à ce que celle-ci soit délivrée, constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.
Sur la fraction du préjudice indemnisable :
7. En cas de manquement à l'obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
8. Il résulte de l'instruction que l'intervention en cause ne présentait pas un caractère vital pour la requérante qui aurait donc pu s'y soustraire et continuer à vivre avec les gênes dont elle souffrait ou bénéficier d'autres alternatives thérapeutiques dont il n'est d'ailleurs pas établi qu'elles lui aient été proposées. Si cette intervention était certainement rendue nécessaire par les douleurs de Mme B, il n'est pas établi qu'elle était impérieusement requise ni qu'informée des risques encourus, dont la probabilité de survenance a été estimée de 10 à 20 % par l'expert, la patiente n'aurait pas renoncé à l'opération. Compte tenu de la probabilité du risque de paralysie qui s'est réalisé, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance de Mme B d'éviter ce risque en le fixant, conformément au résultat de l'expertise à 50 %.
Sur la demande d'expertise en aggravation :
9. Mme B soutient que l'ablation, le 23 avril 2015, du matériel au niveau de la face supéro-externe du tibia droit, dans les suites de l'intervention du 28 novembre 2011, sont à l'origine de nouveaux préjudices. Il n'est pas établi que ces préjudices, en particulier, les douleurs dont la requérante se plaint au niveau de son genou droit, présenteraient un lien avec l'intervention litigieuse et seraient distinctes de l'évolution de sa gonarthrose. En outre, il résulte de l'instruction que l'expert désigné par la CCI a répondu à l'ensemble des questions posées par la commission et évalué l'ensemble des préjudices invoqués par Mme B. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'ordonner une nouvelle expertise. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'une expertise en aggravation soit diligentée doivent être rejetées.
Sur les préjudices indemnisables :
10. Lorsque le patient a droit à une réparation partielle des conséquences dommageables d'un accident en raison de la perte de chance qui a résulté pour lui d'un manquement, par les praticiens, à leur devoir d'information, il convient pour le juge de déterminer le montant total du dommage, puis, de fixer la fraction de ce dommage mise à la charge de l'hôpital à raison de la perte de chance résultant pour le patient de ce manquement au devoir d'information. Il résulte des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le recours des caisses de sécurité sociale, qui peut porter sur l'intégralité des prestations versées à la suite de l'accident, s'exerce sur les sommes allouées à la victime en réparation de la perte de chance d'éviter un préjudice corporel, la part d'indemnité de caractère personnel étant seule exclue de ce recours.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des frais de santé :
11. La caisse primaire d'assurance maladie du Loiret justifie avoir engagé des frais d'hospitalisation, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport pour un total de 4 502 euros. Après application du taux de perte de chance, il y a lieu de condamner le centre hospitalier Sud Essonne à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, une somme de 2 251 euros.
12. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme B nécessitera pour l'avenir le port d'une orthèse anti équin. La caisse primaire d'assurance maladie fait valoir des frais futurs correspondant à ce besoin pour un montant de 19,26 euros par an. Il y a lieu, après application du taux de perte de chance, de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Sud Essonne et de son assureur la somme de 263 euros à ce titre.
S'agissant des frais relatifs au besoin d'assistance par tierce-personne :
13. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer, augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours.
14. L'expert a évalué le besoin en assistance par une tierce-personne de Mme B à trois heures par jour, du 27 octobre au 7 décembre 2012 sur une période de 42 jours. En tenant compte du nombre de jours concernés, rapporté à une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés, et du montant du SMIC horaire brut augmenté des charges sociales de l'époque, fixé à 13 euros, s'agissant en l'espèce d'une assistance non spécialisée, ce préjudice peut être évalué, après application du taux de perte de chance, à la somme totale de 924 euros, qu'il y a lieu mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Sud Essonne et de son assureur.
S'agissant des débours de la caisse primaire d'assurance maladie au titre des arrêts maladie :
15. Il résulte de l'instruction que Mme B a été en arrêt de travail complet du 7 novembre 2011 au 1er mars 2013. En l'absence de complications, son intervention aurait nécessité un arrêt de travail de quatre mois. Ainsi, la durée de l'arrêt de travail en lien avec l'aléa thérapeutique s'étend du 30 mars 2012 au 3 mars 2013. La caisse primaire d'assurance maladie établit avoir versé à Mme B des indemnités journalières pour un montant de 33,33 euros par jour pour un total de 11 124,15 euros. Il y a donc lieu de condamner le centre hospitalier Sud Essonne, après application du taux de perte de chance, à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher la somme de 5 562 euros en remboursement de ses débours.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
16. Il résulte de l'instruction que l'employeur de Mme B a procédé à un aménagement de son poste de travail permettant de compenser la pénibilité supplémentaire engendrée par son handicap. Mme B, qui est préparatrice de colis, n'établit pas avoir perdu une chance de promotion professionnelle, ni subi une perte ou supporté des frais en raison de son reclassement professionnel. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à ce que soit indemnisé un préjudice professionnel doivent être rejetées.
S'agissant de la perte de droit à la retraite :
17. Mme B, qui a conservé son emploi et a continué à cotiser pendant ses arrêts de travail n'établit pas de perte quant à ses droits à la retraite. Cette demande doit être rejetée.
En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
18. Il résulte du rapport d'expertise du Docteur C que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 25 au 26 octobre 2012, puis de 25 % du 5 mars au 24 octobre 2012 et du 8 décembre 2012 au 26 septembre 2013, et également de 50 %, du 27 octobre 2012 au 7 décembre 2012. Il y a lieu, après application du taux de perte de chance de condamner le centre hospitalier Sud Essonne et son assureur AXA à verser à Mme B, en réparation de ses différentes périodes de déficit fonctionnel temporaire, la somme de 1 007 euros.
Quant aux souffrances endurées :
19. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, évalué par l'expert à 4,5 sur une échelle de 7, en le fixant à la somme de 5 000 euros après application du taux de perte de chance.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
20. Ce préjudice a été évalué par l'expert à 2,5 sur une échelle de 7. Il en sera fait une juste appréciation en condamnant le centre hospitalier Sud Essonne à verser à Mme B, après application du taux de perte de chance, la somme de 1 500 euros à ce titre.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
21. Il résulte de l'instruction qu'à la date de consolidation de son état de santé, Mme B, alors âgée de 57 ans, conserve une déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 25%. Il en sera fait une juste appréciation en condamnant le centre hospitalier Sud Essonne, après application du taux de perte de chance à lui verser la somme de 19 000 euros en réparation de ce préjudice.
Quant au préjudice esthétique permanent :
22. Ce préjudice a été évalué par l'expert à 3 sur une échelle de 7, en raison notamment d'un " steppage " persistant et de cicatrices supplémentaires. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 3 600 euros et en condamnant le centre hospitalier Sud Essonne à verser à Mme B, après application du taux de perte de chance, la somme de 1 800 euros.
Quant au préjudice d'agrément
23. Il résulte de l'instruction et des attestations produites par Mme B que cette dernière ne peut plus, comme par le passé, s'occuper de ses petits-enfants, ni pratiquer sans difficulté ses activités de loisirs habituelles, et notamment la marche récréative. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément ainsi constitué en le fixant, après application du taux de perte de chance à la somme de 1 800 euros.
24. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier Sud Essonne et son assureur, d'une part, à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher la somme de 8 076 euros en remboursement des frais engagés et à venir pour la prise en charge de Mme B et, d'autre part, à verser à la requérante elle-même la somme totale de 31 031 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les frais liés à l'instance :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente affaire, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier Sud Essonne demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier Sud Essonne et de son assureur AXA la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E:
Article 1 : Le centre hospitalier Sud Essonne et l'assureur AXA France Iard sont solidairement condamnés à verser à Mme B la somme de 31 031 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier Sud Essonne et l'assureur AXA France Iard verseront à la caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher la somme de 8 076 euros aux titre de ses débours.
Article 3 : Le Centre hospitalier Sud Essonne et l'assureur AXA France Iard verseront à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à la Caisse primaire d'assurance maladie du Loir-et-Cher, au centre hospitalier Sud Essonne et à son assureur AXA France Iard.
Délibéré après l'audience du 20 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Blanc, président,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 3 avril 2023.
La rapporteure,
signé
S. A
Le président,
signé
Ph. Blanc
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2006224
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026