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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006301

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006301

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006301
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 28 septembre 2020, 2 avril 2021 et 21 mai 2021, la société MAAF Assurances, représentée par Me Barbier, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Grigny à lui rembourser la somme de 40 000 euros qu'elle a versée à M. et Mme A au titre de l'accident subi par leur fils B ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Grigny une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dans le cadre des pouvoirs de police municipale qu'il tient de l'article L. 2121-2 du code général des collectivités territoriales, le maire de la commune de Grigny a commis une faute en ne mettant en place aucune signalisation pour indiquer le danger que représente le canal situé à proximité immédiate du collège Sonia Delaunay, ni aucun aménagement permettant d'en interdire l'accès ;

- l'accident subi par le jeune B A n'a pour origine ni un croche-pied que lui aurait fait l'un de ses camarades, ni sa propre imprudence, mais résulte d'une chute sur le canal gelé dont l'accès aurait dû être interdit par des mesures de signalisation efficaces ; tout juste âgé de onze ans au moment des faits, la jeune victime ne pouvait avoir conscience des dangers auxquels il s'exposait, faute de panneaux et d'aménagement interdisant l'accès au canal ;

- les séquelles neuropsychologiques du jeune B, qui n'avait, préalablement à son accident, aucun antécédent signalé, sont bien en lien avec le traumatisme crânien qu'il a subi lors de son accident sur le canal gelé ;

- ayant versé une provision de 40 000 euros aux parents de B, elle est fondée, en sa qualité de subrogée légale, à demander la condamnation de la commune de Grigny à lui rembourser cette somme, dès lors que l'accident en litige trouve son origine dans une faute qu'elle a commise.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 26 janvier et 3 mai 2021, la commune de Grigny, représentée par Me Moreau, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions de la somme qui sera éventuellement mise à sa charge et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la société MAAF Assurances une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la chute du jeune B est imputable à l'un de ses camarades qui lui a fait un croche-pied ; c'est d'ailleurs en tant qu'assureur d'une personne civilement responsable que la société MAAF Assurances a indemnisé M. et Mme A ;

- la victime a eu une attitude fautive et imprudente en jouant sur le canal gelé qui n'avait pas vocation à servir d'aire de jeux ;

- il n'existe aucune faute commise par le maire dans le cadre des pouvoirs de police qu'il tient de l'article L. 2121-2 du code général des collectivités territoriales, dès lors que le canal gelé était apparent, visible et correctement délimité par une bordure permettant d'éviter toute chute accidentelle, qu'il n'excédait pas les dangers contre lesquels les usagers normalement attentifs et diligents doivent personnellement se prémunir et qu'il n'était pas destiné à servir d'aire de jeux ;

- le fait qu'elle ait fait poser de la rubalise trois jours après l'accident ne saurait établir le caractère insuffisant de la signalisation antérieure ;

- il n'existe aucun lien de causalité entre l'accident et les dommages causés à la victime, les séquelles constatées n'apparaissant pas avec certitude en lien avec la chute ; le bilan neuropsychologique produit par la société requérante fait état en effet de multiples causes extérieures pouvant expliquer les déficiences dont pourrait faire preuve B ;

- la société MAAF Assurances ne justifie ni de la nature des sommes versées, ni de leurs modalités de détermination et ne précise pas si les provisions versées aux parents de B l'ont été en leur qualité de représentants légaux ou étaient destinées à réparer leur préjudice personnel ; elle n'indique pas plus les postes de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux que ces provisions étaient censées réparer ; enfin, elle ne permet pas de déterminer sur quelle base et selon quels barèmes les provisions ont été versées.

Par un mémoire enregistré le 4 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Grigny à lui rembourser la somme provisoire de 42 275,09 euros, assortie des intérêts de droit au taux légal à compter de sa première demande en justice ;

2°) de condamner la commune de Grigny à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion, d'un montant de 1 114 euros, conformément à l'ordonnance du 24 janvier 1996 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Grigny une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022, en présence de Mme Delannoy, greffière :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Oulad-Bensaid pour la société MAAF Assurances et de Me Lecourt pour la commune de Grigny.

Considérant ce qui suit :

1. Alors qu'il jouait sur le canal gelé jouxtant le collège Sonia Delaunay à Grigny, le 23 janvier 2017, le jeune B A, âgé de onze ans, a été entraîné dans la glissade d'un de ses camarades de classe. Sa tête a percuté la glace, lui occasionnant un traumatisme crânien modéré. Subrogée dans les droits de B et de ses parents, à qui elle a versé une indemnité d'assurance au titre du contrat conclu avec la mère du camarade à l'origine de sa chute, la société MAAF Assurances demande au tribunal de condamner la commune de Grigny à lui rembourser la somme totale de 40 000 euros.

Sur la subrogation de la société MAAF Assurances dans les droits de M. et Mme A et de leur fils, B :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. ". D'autre part, l'article 1346 du code civil prévoit que : " La subrogation a lieu par le seul effet de la loi au profit de celui qui, y ayant un intérêt légitime, paie dès lors que son paiement libère envers le créancier celui sur qui doit peser la charge définitive de tout ou partie de la dette. ".

3. Dans le cas où une indemnité a été payée par l'assureur à son assuré en exécution d'un contrat d'assurance, l'assureur bénéficie de la subrogation instituée par les prescriptions de l'article L. 121-12 du code des assurances et dispose de la plénitude des droits et actions que l'assuré qu'il a dédommagé aurait été admis à exercer à l'encontre de toute personne responsable, à quelque titre que ce soit, du dommage ayant donné lieu au paiement de l'indemnité d'assurance. Il bénéficie également, par l'effet des dispositions de l'article 1346 du code civil d'une subrogation dans les droits du tiers dont son assuré a bénéficié lorsque la dette de ce dernier à l'égard du tiers a été acquittée. Ainsi subrogé, l'assureur peut utilement se prévaloir des fautes que la collectivité publique aurait commises à son encontre ou à l'égard de la victime et qui ont concouru à la réalisation du dommage. Il ne saurait néanmoins avoir plus de droits que cette dernière et peut donc se voir opposer l'ensemble des moyens de défense qui auraient pu l'être à la victime.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment des trois quittances provisionnelles produites aux débats que la société MAAF Assurances a versé à M. et Mme A, en leur compte personnel comme en celui de leur fils mineur, la somme totale de 40 000 euros dans le cadre du contrat d'assurance qu'elle avait conclu avec la mère du camarade à l'origine de la chute de B. La société MAAF Assurances apparaît donc doublement subrogée tant dans les droits de son assurée, à concurrence de ces montant en application des dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances, que dans les droits respectifs de la victime et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne en application des dispositions 1346 et 1346-1 du code civil.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables () les accidents () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au maire, d'une part, de prendre les mesures appropriées en vue d'assurer la sécurité des usagers et, d'autre part, de signaler spécialement les dangers excédant ceux contre lesquels les intéressés doivent personnellement, par leur prudence, se prémunir.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le canal gelé situé à proximité du collège Sonia Delaunay sur lequel le jeune B A a chuté, est rempli d'eau à hauteur d'une dizaine de centimètres. Il ressort en particulier des photographies versées au dossier que ce canal est délimité de part et d'autre par deux parapets d'une hauteur d'environ trente centimètres, construits dans un matériau différent et de couleur plus clair que le trottoir, permettant de déceler aisément sa présence. Il est, par ailleurs, enjambé par deux pontons pourvus de barrières de sécurité. Outre que l'aménagement des abords du canal apparaît ainsi suffisant pour éviter une chute accidentelle, un panneau bleu " baignade interdite " signalise à plusieurs endroits le long du canal l'interdiction d'y accéder. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'absence de panneau de signalisation matérialisant une interdiction formelle de glisser sur le canal les jours de verglas aurait créé les conditions de la chute de B, qui, alors même que l'assistante d'éducation de son collège avait interdit aux élèves l'accès au canal et qu'il ne pouvait, du fait de son âge, ignorer qu'il commettait une grave imprudence, a sciemment enjambé le parapet et a perdu l'équilibre sur l'eau gelée lorsque l'un de ses camarades de classe est venu le percuter. Dans ces conditions, la société MAAF Assurances n'est pas fondée à soutenir que la commune de Grigny aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité sur le fondement de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société MAAF Assurances doivent être rejetées. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne n'est pas davantage fondée à obtenir la condamnation de l'Etat au remboursement de ses débours et au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Grigny, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société MAAF Assurances demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société MAAF Assurances une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Grigny en remboursement de ses frais de procès.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société MAAF Assurances est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne sont rejetées.

Article 3 : Il est mis à la charge de la société MAAF Assurance une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Grigny au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société MAAF Assurances, à la commune de Grigny et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

Ch. CLe président,

signé

Ph. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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