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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006323

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006323

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006323
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat Connin
Avocat requérantSELARL BECAM MONCALIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2020 et le 10 août 2021, M. B A, représenté par Me Moncalis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser une indemnité totale de 40 473,05 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait du refus du préfet de l'Essonne de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant d'un ensemble immobilier sis 13 avenue des Sablons à Grigny (91350) ;

2°) de condamner l'État à lui verser une somme de 599 euros par mois à compter du 2 août 2020 jusqu'à l'octroi du concours de la force publique ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée à compter du 15 novembre 2018, sur le fondement de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, à raison du refus du préfet de l'Essonne de lui accorder le concours de la force publique à l'exécution du jugement du 3 mai 2018 du tribunal d'instance de Juvisy-sur-Orge ordonnant l'expulsion de l'occupant de l'ensemble immobilier sis 13 avenue des Sablons à Grigny ;

- le refus de concours de la force publique a rendu possible la poursuite de l'occupation irrégulière de cet ensemble immobilier ;

- il a subi des pertes de loyers et charges d'un montant total de 13 946 euros sur la période comprise entre le 15 novembre 2018 et le 31 octobre 2020 ;

- il a droit à l'indemnisation des travaux de remise en état du logement à hauteur de 26 527,05 euros ;

- il est fondé à réclamer une somme de 599 euros par mois à compter du 2 août 2020 jusqu'à l'octroi du concours de la force publique.

Une mise en demeure a été adressée le 20 avril 2022, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 25 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Connin, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions du 2° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Moncalis, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 3 mai 2018, le tribunal d'instance de Juvisy-sur-Orge a ordonné l'expulsion de M. D C de l'ensemble immobilier situé 13 avenue des Sablons à Grigny (91350), donné à bail par M. B A. L'huissier de justice mandaté par ce dernier, après avoir signifié en vain le 10 septembre 2018 à l'occupant un commandement de quitter les lieux dans un délai de deux mois, a requis le 14 novembre 2018 le concours de la force publique auprès du préfet de l'Essonne pour procéder à l'expulsion. Le silence gardé par le préfet sur cette réquisition a fait naître une décision implicite de rejet le 14 janvier 2019. Par une décision du 1er octobre 2020, le préfet de l'Essonne a prêté le concours de la force publique à l'exécution du jugement du 3 mai 2018 du tribunal d'instance de Juvisy-sur-Orge. Il a été procédé à l'expulsion de M. C le 28 octobre 2020. Par un courrier du 26 novembre 2020, le préfet de l'Essonne a proposé à M. A un règlement amiable à hauteur de 4 230 euros au titre des loyers et des charges dus pour la période du 1er avril 2019 au 30 septembre 2020. M. A demande au tribunal de condamner l'État à réparer les préjudices qu'il prétend avoir subi en raison du refus initial du préfet de l'Essonne de lui prêter le concours de la force publique à l'exécution du jugement du 3 mai 2018 du tribunal d'instance de Juvisy-sur-Orge.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'État :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. " L'article R. 153-1 du même code dispose que : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice. "

3. Il résulte de l'instruction que le 14 janvier 2019, date à laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement refusé de prêter à M. A le concours de la force publique, le jugement du 3 mai 2018 du tribunal d'instance de Juvisy-sur-Orge ordonnant l'expulsion de l'occupant de l'ensemble immobilier situé 13 avenue des Sablons à Grigny était exécutoire. Le préfet n'a accordé le concours de la force publique que le 1er octobre 2020. Par suite, compte tenu des dispositions de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, aux termes desquelles " () il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante () ", la responsabilité de l'État est engagée à l'égard du requérant pour la période comprise entre le 1er avril 2019 et le 30 septembre 2020 à raison du refus initial de concours de la force publique qui a rendu possible la poursuite de l'occupation irrégulière pendant cette période.

En ce qui concerne les préjudices :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du jugement du 3 mai 2018 du tribunal d'instance de Juvisy-sur-Orge, que le montant mensuel du loyer charges comprises du logement situé 13 avenue des Sablons à Grigny s'élevait à 850 euros. Il résulte également de l'instruction que M. A a perçu mensuellement de la caisse d'allocations familiales, au titre de l'aide personnalisée au logement, la somme de 321 euros entre les mois d'avril et décembre 2019 et la somme de 364 euros entre les mois de janvier et septembre 2020. Par suite, le requérant est fondé à réclamer la somme de 9 135 euros correspondant aux loyers et aux charges impayés sur la période comprise entre le 1er avril 2019 et le 30 septembre 2020.

5. En deuxième lieu, il résulte des photographies jointes au procès-verbal d'expulsion du 28 octobre 2020 et au devis établi le 12 novembre 2020 par une entreprise générale du bâtiment, que des dégradations ont été commises dans le logement situé 13 avenue des Sablons à Grigny que M. A louait à M. C depuis le 15 juin 2011. Le devis du 12 novembre 2020 prévoit des travaux de remise en état du logement qui excèdent les réparations normalement à la charge du propriétaire. Toutefois, compte tenu du court délai, au regard de la durée locative totale, séparant la décision implicite du 14 janvier 2019 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de prêter le concours de la force publique à l'exécution du jugement d'expulsion du 3 mai 2018 et la décision du 1er octobre 2020 octroyant le concours de la force publique, les travaux de remise en état du logement ne peuvent être regardés dans leur totalité comme ayant été rendus nécessaires par les dégradations commises par l'occupant irrégulier pendant la période de responsabilité de l'État. Dans les circonstances de l'affaire, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité due à M. A au titre des travaux de remise en état du logement excédant les réparations normalement à la charge du propriétaire et résultant des dégradations commises pendant la période de responsabilité de l'État en condamnant ce dernier à lui verser une indemnité de 5 000 euros.

6. En dernier lieu, le requérant n'établit pas l'existence d'un préjudice distinct de celui réparé par les sommes allouées précédemment justifiant le versement de la somme de 599 euros par mois à compter du 2 août 2020 jusqu'à l'octroi du concours de la force publique.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à verser à M. A une somme de 14 135 euros.

Sur la subrogation :

8. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité fixée par le présent jugement à la subrogation de l'État dans les droits que détiendrait M. A sur M. C pendant la période de responsabilité de l'État.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Moncalis, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Moncalis d'une somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 14 135 euros.

Article 2 : Le paiement de la somme allouée par le présent jugement est subordonné à la subrogation de l'État dans les droits que détiendrait M. A sur M. C pendant la période comprise entre le 1er avril 2019 et le 30 septembre 2020.

Article 3 : L'État versera à Me Moncalis une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Moncalis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

N. Connin

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

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