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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006716

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006716

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006716
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantCHAMOZZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés le 14 octobre et le 2 novembre 2020, M. et Mme A, représentés par Me Chamozzi, demandent au tribunal :

1°) à titre principal de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2010, pour un montant total de 5 288 euros ;

2°) à titre subsidiaire d'opérer la compensation, au titre de l'année 2010, de la quote-part des déficits constatés en 2010 par la SNC Effisol, s'élevant à 62 283 euros, qu'il avait omis de déclarer.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification adressée à la SNC Lumisol le 4 décembre 2012 n'est pas motivée, dès lors qu'elle n'apporte aucune justification à l'application, à la base imposable de la société, d'un coefficient de 1,25, et qu'elle ne fait pas mention des intérêts de retard ni des majorations mis à la charge de chacun des associés ;

- la décision de rejet du 4 août 2020 n'est pas motivée ;

- la société a comptabilisé et déclaré comme des produits le montant des subventions versée par l'ADEME, par cinquième, soit à hauteur de 134 012 euros par an, au cours des exercice 2006 à 2010, conformément aux dispositions de l'article 42 septies du code général des impôts et dans le cadre d'un agrément délivré le 22 décembre 2006 par la Direction générale des impôts ; par conséquent, l'excès d'amortissement relevé par le service ayant pour origine la réintégration de la subvention, l'opération est neutre fiscalement et les rectifications qui ont été notifiées à la société ne sont pas fondées et conduisent à pénaliser ses associés ;

- ils remplissent les conditions pour bénéficier de la compensation prévue par les dispositions de l'article L. 205 du livre des procédures fiscales, qui ne leur a pas été accordée malgré une demande en ce sens formulée par courrier du 21 juillet 2014 ;

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le service n'a pas fait application de la majoration de 1,25 ;

- la proposition de rectification et la décision de rejet notifiées aux requérants sont régulièrement motivées ;

- les autres moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2022 à 10h00.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la SNC Lumisol, dont M. et Mme A sont associés à hauteur de 9,21 %, l'administration a notifié à ces derniers, par une proposition de rectification du 22 janvier 2014, faisant application de la procédure contradictoire, des suppléments d'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéficie industriels et commerciaux (BIC), pour un montant total de 5 288 euros en droits et intérêts de retard. Leur réclamation du 23 mars 2015 ayant été rejeté par une décision du 4 août 2020, M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer, à titre principal, la décharge des suppléments d'imposition ainsi mis à leur charge, et à titre subsidiaire de procéder à la compensation prévue par l'article L. 205 du livre des procédures fiscales, en prenant en compte leur quote-part des déficits constatés par la SNC Effisol, soit 62 283 euros, qu'ils avaient omis de déclarer au titre des bénéfices industriels et commerciaux de l'année 2010.

Sur les conclusions à fins de décharge

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () " Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

3. En l'espèce, il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification adressée à M. et Mme A le 22 janvier 2014 que l'administration n'a pas appliqué le coefficient de 1,25 que les requérants lui font grief de ne pas avoir justifié. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des rectifications qui leur ont ainsi été notifiées manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, les vices qui pourraient entacher la décision par laquelle l'administration rejette la réclamation dont elle est saisie par un contribuable sont sans influence sur la régularité ou le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de rejet de la réclamation de M. et Mme A, en date du 4 août 2020, doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige

5. Aux termes de l'article 39 C du code général des impôts : " () II. () 2. En cas de location ou de mise à disposition sous toute autre forme de biens consentie directement ou indirectement par une personne physique, le montant de l'amortissement de ces biens ou parts de copropriété est admis en déduction du résultat imposable, au titre d'un même exercice, dans la limite du montant du loyer acquis, ou de la quote-part du résultat de la copropriété, diminué du montant des autres charges afférentes à ces biens ou parts () ". Il ressort des dispositions de l'article 42 septies du même code que, lorsqu'elles sont utilisées à la création ou l'acquisition d'une immobilisation amortissable, les subventions d'équipement sont rapportées aux bénéfices en même temps et au même rythme que celui auquel l'immobilisation en cause est amortie.

6. Pour procéder à la rectification du résultat imposable de la SNC Lumisol au titre de l'exercice clos en 2010, le service a relevé que le montant des loyers acquis au cours de celui-ci s'élevait à 54 071 euros, dont il convenait de retrancher, en application des dispositions du 2° du II de l'article 39 précité le montant des charges financières à hauteur de 11 638 euros, et que le plafond de l'amortissement admis en déduction du résultat imposable de la société s'élevait, par conséquent, à la somme de 42 433 euros. La société ayant comptabilisé au titre du même exercice un montant de 435 198 euros au titre de la dotation aux amortissements, et procédé à la réintégration extra-comptable de cette dotation à hauteur de 252 733 euros, le service vérificateur a estimé que le montant ainsi déduit de son résultat imposable, soit 184 465 euros, n'était justifié qu'à hauteur du montant des loyers perçus nets des charges financières, et a procédé à la réintégration de la différence, soit 140 032 euros, dans le résultat imposable de la SNC Lumisol au titre de l'exercice 2010. Il en a résulté, pour M. et Mme A, associé à hauteur de 9,21% au capital de la société, un rehaussement en base de 12 897 euros.

7. D'une part, si les requérants font valoir que les subventions d'équipement reçues par la SNC Lumisol de l'ADEME à compter de l'année 2006, pour un montant total de 670 062 euros, constituent des produits imposables, les dispositions précitées ne permettent pas, contrairement à ce qu'ils le soutiennent, d'assimiler la perception d'une telle subvention à des loyers et d'additionner ces subventions à ceux-ci pour la détermination du plafond d'amortissement visé à l'article 39 C précité du code général des impôts, et c'est à bon droit que l'administration a limité le montant des amortissements au montant des loyers versés en application des dispositions précitées.

8. D'autre part, et à supposer même que les requérants, qui n'invoquent pas les dispositions de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, aient entendu soutenir que l'administration fiscale aurait pris une position formelle sur les modalités de comptabilisation et de déclaration de la subvention versée par l'ADEME à compter de l'année 2006, pour un montant total de 670 062 euros, il résulte de l'instruction, en particulier des termes de la décision de rejet du 4 août 2020, que le courrier du bureau des agréments daté du 22 décembre 2006, dont les requérants se prévalent mais qui n'a pas été joint à leur requête, ne sauraient être regardé comme contenant une telle prise de position. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par le service, des dispositions des articles 39 et 42 septies du code général des impôts, n'est pas fondé et doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à la décharge des impositions en litige ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à la compensation

10. En vertu des dispositions 1° bis de l'article 156 I du code général des impôts, les déficits provenant directement ou indirectement d'activités non professionnelles relevant du régime des bénéfices industriels ou commerciaux peuvent seulement s'imputer sur les bénéfices tirés d'activités semblables durant la même année ou les six années suivantes. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 205 du livre des procédures fiscales, il est loisible au contribuable qui fait l'objet d'une rectification de ses impositions, de demander une compensation, en invoquant une surtaxe commise à son préjudice. La charge de la preuve de la surtaxe incombe à la partie qui demande la compensation.

11. Aux termes de l'article 38 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / 2 bis. Pour l'application des 1 et 2, les produits correspondant à des créances sur la clientèle ou à des versements reçus à l'avance en paiement du prix sont rattachés à l'exercice au cours duquel intervient la livraison des biens pour les ventes ou opérations assimilées et l'achèvement des prestations pour les fournitures de services. () ". Il résulte de ce qui précède que les écritures comptables doivent refléter fidèlement l'évolution, au cours d'un exercice, des postes d'actifs et de passif concourant à la détermination du bénéfice net taxable, et être justifiées par des pièces comptables contemporaines.

12. En l'espèce, M. et Mme A ont réclamé par courrier du 21 juillet 2014, sur le fondement des dispositions rappelées ci-dessus, l'imputation, sur le montant des bénéfices industriels et commerciaux rehaussés de l'année 2010, de leur quote-part d'un déficit industriel et commercial provenant de la SNC Effisol, dont ils sont également associés, à hauteur de 62 283 euros en base. Les requérants n'ayant pas déclaré ce déficit, il leur appartient d'en établir la réalité. Ils produisent à l'appui de leur requête un document émanant de la société d'experts comptables Valoris Expertise, intitulé " Compte annuel ", ainsi qu'une copie de la liasse fiscale 2010 de la SNC Effisol. Toutefois, ces documents, qui ne comportent, au demeurant, aucune date certaine, ne sauraient être regardés à eux seuls, en l'absence de production de la comptabilité, comme la preuve de l'existence du déficit invoqué. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à solliciter la compensation invoquée au titre des bénéfices industriels et commerciaux de l'année 2010.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de compensation présentées par M. et Mme A ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

Mme Florent, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. B

Le président,

Signé

Ph. Delage La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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