mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2006782 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | BOUILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 octobre 2020 et 27 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Bouillot, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 28 037,64 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'arrêté du 24 janvier 2018 par lequel le maire de la commune d'Orgeval lui a ordonné d'interrompre des travaux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors que l'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018 caractérise une voie de fait, ou au moins une emprise irrégulière, et en raison de la faute de service que constitue l'illégalité de cet arrêté ;
- il a subi un préjudice de jouissance devant être évalué à la somme totale de 8 900 euros, résultant de l'impossibilité d'exécuter des travaux entre la date de l'arrêté interruptif de travaux et sa suspension par le juge des référés le 22 mars 2018, de l'obligation de louer un appartement faute de pouvoir emménager dans sa maison, de rembourser son emprunt immobilier sans pouvoir jouir de son bien ;
- il a subi un préjudice financier, qui s'élève à la somme totale de 13 137,64 euros, résultant de frais de mise en sécurité du chantier et de ceux générés par l'interruption du chantier, de frais de constat d'huissier et de l'augmentation du coût des travaux ;
- il a subi un préjudice moral devant être évalué à la somme de 6 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022 à 12 heures.
Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 28 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi des 16-24 août 1790 ;
- le décret du 16 fructidor an III ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Benoit, première conseillère,
- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,
- et les observations de Me Bouillot, représentant M. B.
Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 1er avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 24 janvier 2018, le maire de la commune d'Orgeval a ordonné à M. B d'interrompre des travaux qu'il avait entrepris après l'intervention d'un arrêté municipal du 13 avril 2017 ne s'opposant pas à sa déclaration préalable. Par une ordonnance n° 1801490 du 22 mars 2018, le juge des référés de ce tribunal a ordonné la suspension de l'exécution de cet arrêté. Par un jugement n° 1801489 de ce tribunal du 23 novembre 2018, cet arrêté a été annulé. Par un jugement n° 1805163 de ce tribunal du 29 mai 2020, la commune d'Orgeval a été condamnée à verser à M. B et à Mme C la somme de 17 383,28 euros. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 28 037,64 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'arrêté du 24 janvier 2018.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la faute résultant d'une voie de fait ou d'une emprise irrégulière :
2. D'une part, sauf dispositions législatives contraires, la responsabilité qui peut incomber à l'Etat ou aux autres personnes morales de droit public en raison des dommages imputés à leurs services publics administratifs est soumise à un régime de droit public et relève en conséquence de la juridiction administrative. Cette compétence, qui découle du principe de séparation des autorités administratives et judiciaires posé par l'article 13 de la loi des 16-24 août 1790 et par le décret du 16 fructidor an III, ne vaut toutefois que sous réserve des matières dévolues à l'autorité judiciaire par des règles ou principes à valeur constitutionnelle. Dans le cas d'une décision administrative portant atteinte à la propriété privée, le juge administratif, compétent pour statuer sur le recours en annulation d'une telle décision et, le cas échéant, pour adresser des injonctions à l'administration, l'est également pour connaître de conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables de cette décision administrative, hormis le cas où elle aurait pour effet l'extinction du droit de propriété.
3. D'autre part, il n'y a voie de fait de la part de l'administration, justifiant, par exception au principe de séparation des autorités administratives et judiciaires, la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire pour en ordonner la cessation ou la réparation, que dans la mesure où l'administration soit a procédé à l'exécution forcée, dans des conditions irrégulières, d'une décision, même régulière, portant atteinte à la liberté individuelle ou aboutissant à l'extinction d'un droit de propriété, soit a pris une décision qui a les mêmes effets d'atteinte à la liberté individuelle ou d'extinction d'un droit de propriété et qui est manifestement insusceptible d'être rattachée à un pouvoir appartenant à l'autorité administrative.
4. Enfin, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " (). / Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. (). / (). / Le maire peut prendre toutes mesures de coercition nécessaires pour assurer l'application immédiate de () son arrêté, en procédant notamment à la saisie des matériaux approvisionnés ou du matériel de chantier. / () ".
5. Par l'arrêté du 24 janvier 2018 portant interruption de travaux, le maire de la commune d'Orgeval a fait usage des pouvoirs qui lui sont conférés par les dispositions précitées au point 4. Il ne résulte de l'instruction ni que cet arrêté interruptif de travaux aurait fait l'objet d'une exécution forcée quelles qu'en soient les conditions, ni même qu'une saisie de matériaux ou de matériel de chantier aurait été effectuée, ni encore que cet arrêté aurait abouti à l'extinction du droit de propriété du requérant. Il n'en résulte pas non plus d'emprise sur la propriété de M. B. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard en raison de la voie de fait ou de l'emprise irrégulière qui aurait été commise.
En ce qui concerne la faute résultant de l'illégalité de l'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018 :
6. Lorsqu'il exerce le pouvoir d'interruption des travaux qui lui est attribué par les dispositions, citées au point 4, de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire agit au nom de l'Etat. Par suite, l'illégalité d'un tel arrêté ne peut engager que la responsabilité pour faute de l'Etat.
7. Par un jugement n° 1801489 de ce tribunal du 23 novembre 2018, dont il n'est pas contesté qu'il est devenu définitif, l'arrêté interruptif de travaux pris par le maire de la commune d'Orgeval a été annulé, aux motifs qu'il était entaché d'erreur de droit, d'erreur de fait et de détournement de pouvoir. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'illégalité de cet arrêté constitue une faute de nature à engager à son égard la responsabilité de l'Etat.
Sur le droit à réparation :
En ce qui concerne la période indemnisable :
8. M. B n'est fondé à solliciter que la réparation des préjudices résultant du retard apporté à la réalisation des travaux, qu'il a subis du fait de l'arrêté interruptif de travaux pris illégalement par le maire de la commune d'Orgeval le 24 janvier 2018, à la condition, en outre, que ces préjudices présentent un caractère certain. Or, il ne résulte pas de l'instruction que l'arrêté interruptif de travaux pris par le maire de la commune d'Orgeval le 24 janvier 2018, et notifié à M. B le 31 janvier 2018, aurait produit des effets avant cette date, ou aurait été précédé d'un ordre verbal d'arrêt des travaux. Le requérant ne sollicite pas d'indemnisation de préjudice causé après le prononcé de l'ordonnance de référé du 22 mars 2018 suspendant le caractère exécutoire de cet arrêté. Pour ces motifs, et ceux exposés au point 5, la période indemnisable doit être fixée du 31 janvier au 22 mars 2018.
En ce qui concerne le préjudice de jouissance :
9. L'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018 a causé un retard de 51 jours dans l'exécution de ceux-ci, et a ainsi fait obstacle pendant cette période à ce que M. B puisse jouir de son bien immobilier. Toutefois, par un jugement n° 1805163 de ce tribunal du 29 mai 2020, la commune d'Orgeval a été condamnée à verser à M. B et à Mme C la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice de jouissance résultant du retard de six mois dans l'exécution du chantier, causé par les agissements fautifs de la commune d'Orgeval, pour une période incluant la présente période indemnisable. Dans ces conditions, le préjudice de jouissance allégué a déjà été indemnisé. Cette demande doit être rejetée.
En ce qui concerne le préjudice financier :
S'agissant des loyers :
10. Par son jugement n° 1805163 du 29 mai 2020, ce tribunal a condamné la commune d'Orgeval à verser à M. B et à Mme C la somme de 5 100 euros correspondant au montant des loyers exposés par le requérant du mois de mai 2018 au mois de janvier 2019, incluant la période pour laquelle le requérant sollicite une indemnisation dans la présente instance. Le préjudice invoqué a, dès lors, déjà été indemnisé. Cette demande doit être rejetée.
S'agissant du prêt immobilier :
11. Il résulte de l'attestation bancaire établie le 6 mars 2018 que M. B a souscrit trois prêts, pour financer l'acquisition de sa maison, dont les premières échéances sont survenues le 17 janvier 2017. L'interruption des travaux n'a pu produire aucun effet sur l'obligation pour le requérant de s'acquitter des échéances de ces prêts. Il ne résulte au demeurant pas de l'instruction, notamment du procès-verbal établi par un huissier de justice le 12 février 2018, que, si les travaux n'avaient pas été interrompus du 31 janvier au 22 mars 2018, ils auraient pu être achevés au cours de cette période, et que le requérant aurait pu habiter la maison en litige au cours de celle-ci. Le préjudice invoqué ne présente, dès lors, aucun lien de causalité direct avec l'illégalité de l'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018. Cette demande doit être rejetée.
S'agissant des frais d'architecte :
12. Le requérant ne produit aux débats aucun élément relatif à des frais de mise en sécurité du chantier, d'un montant allégué de 275 euros, dont le paiement lui aurait été demandé par l'architecte. Par ailleurs, si ce dernier a émis le 8 mars 2018 une facture d'un montant de 825 euros toutes taxes comprises, celle-ci correspond à 15 heures de " visites supplémentaires suite [aux] arrêts de chantier successifs ", dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles auraient été directement causées par l'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018. Cette demande doit, par suite, être rejetée.
S'agissant des frais d'entreprise :
13. Si l'entreprise chargée de l'exécution des travaux a émis le 9 mars 2018 une facture d'un montant de 1 762,64 euros toutes taxes comprises, celle-ci correspond à un arrêt du chantier survenu le 23 janvier 2018, soit avant l'édiction et, à plus forte raison, avant la notification au requérant de l'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018. Le préjudice allégué n'a, dès lors, pas été directement causé par l'illégalité ce dernier. Cette demande doit être rejetée.
S'agissant des frais d'huissier :
14. M. B sollicite le versement d'une somme de 275 euros au titre du procès-verbal d'huissier de justice qu'il a fait dresser le 12 février 2018. Il ne produit toutefois aux débats aucune facture correspondante. Cette demande, correspondant à un préjudice qui n'est pas certain, doit être rejetée.
S'agissant du coût des travaux :
15. Le requérant ne produit aux débats aucun élément tangible susceptible d'établir que le retard dans l'exécution des travaux lui a directement causé un préjudice certain résultant de l'augmentation de leur coût. Cette demande doit, dès lors, être rejetée.
En ce qui concerne le préjudice moral :
16. Il résulte de l'instruction que l'illégalité de l'arrêté interruptif de travaux du 24 janvier 2018 a directement causé à M. B un préjudice moral, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 1 000 euros au titre du préjudice moral.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
Mme Benoit, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La rapporteure,
signé
C. Benoit
La présidente,
signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
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01/06/2026