jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2006896 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 octobre 2020 et 28 février 2022, la société anonyme SNEF, représentée par Me Corcos, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune d'Elancourt a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 1er avril 2020 ;
2°) de condamner la commune d'Elancourt à lui verser, à titre principal, la somme de 395 520 euros ou, à titre subsidiaire, la somme de 39 500,43 euros, en réparation des préjudices résultant de son éviction irrégulière du marché relatif au développement d'un réseau de fibres optiques, cette somme étant assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts courant à compter de sa demande indemnitaire préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Elancourt la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune d'Elancourt a privé le critère technique de sa portée en analysant, pour noter ce critère, non pas la qualité des offres mais leur conformité au cahier des charges, portant ainsi atteinte au principe d'égalité de traitement des candidats ;
- la commune a en outre commis un manquement au principe de transparence des procédures, dès lors que le critère " valeur technique " a été divisé en trois sous-critères pondérés qui n'avaient pas été portés à la connaissance des candidats, et dont deux sont étrangers par leur nature au critère technique ;
- ces manquements sont susceptibles d'avoir eu un impact sur le classement des offres, et ce même si les deux sociétés ont obtenu la note maximale sur le critère technique, dès lors qu'il est impossible de déterminer quelles notes elles auraient obtenues au terme d'une analyse réellement comparative des offres, et si elles avaient eu connaissance de ces sous-critères ;
- le critère prix a été divisé en trois sous-critères - prix, remise, et remise catalogue -, dont deux n'avaient pas été annoncés dans le règlement de la consultation ;
- la commune d'Elancourt a commis une erreur matérielle en indiquant qu'elle proposait une remise de 1% par pallier de 5 000 euros, ce qui ne correspond pas à son offre ;
- l'appréciation du critère " prix " est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a obtenu, comme la société attributaire, la note de zéro sur les sous-critères " remise " et " remise catalogue " alors qu'elle a répondu à ces demandes et que ces sous-critères ont ainsi été privés de leur portée ;
- la commune d'Elancourt a porté atteinte à l'égalité de traitement des candidats en ne comparant pas les offres financières sur un bordereau de prix unitaire commun aux soumissionnaires, ce qui n'a pas permis une comparaison objective des prix ;
- la méthode de notation du critère " prix " n'est pas justifiée ;
- le critère " délai garantie maintenance " a été divisé, sans que les candidats en soient informés, en trois sous-critères - garanties, maintenance préventive et maintenance curative -, dont deux sont étrangers à ce critère ;
- l'appréciation de ce critère est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a obtenu, comme la société Bouygues, la note de zéro sur les sous-critères relatifs à la maintenance alors qu'elle présentait une réponse détaillée et circonstanciée sur ces points, et que ces sous-critères ont manifestement été neutralisés par la commune ;
- les multiples manquements commis par la commune d'Elancourt sont en lien avec son éviction de la procédure de passation du marché litigieux ;
- elle peut prétendre à l'indemnisation de son manque à gagner résultant de son éviction irrégulière, qui doit être évalué au regard des bons de commande émis par la commune durant la phase initiale du marché mais également pendant les deux reconductions possibles de celui-ci ;
- en l'absence de production par la commune de l'ensemble des bons de commande émis, l'assiette de son préjudice devra, à titre principal, être évaluée en prenant en compte le montant maximum du marché, fixé à 800 000 euros HT, et en supposant que le marché a été reconduit à deux reprises, et donc fixée à la somme de 2 400 000 euros HT, ou, à titre subsidiaire, à celle de 239 687,05 euros HT, correspondant au montant des quatre bons de commande produits par la commune affecté d'un coefficient de 1,11 dès lors que son offre était 1,11 fois plus chère que celle de la société attributaire ;
- dès lors qu'elle comptait réaliser, avec le contrat litigieux, une marge nette de 16,48 %, son préjudice devra être fixé, à titre principal, à la somme de 395 520 euros et, à titre subsidiaire, à la somme de 39 500,43 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2021, la commune d'Elancourt, représentée par Me Gauch, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société SNEF la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'analyse du critère technique n'a pas porté seulement sur la conformité des offres, mais a permis de juger de la qualité du matériel proposé et de sa compatibilité avec le matériel existant ;
- les éléments retenus pour l'appréciation du critère technique sont incontestablement en rapport avec celui-ci ;
- les deux candidats ayant obtenu tous les deux la note maximale sur ce critère, la société SNEF n'a pu être lésée par l'application de pondérations ;
- le critère " prix " n'a pas été divisé en sous-critères occultes, les éléments " remise " et " remise catalogue " n'ayant pas été notés ;
- le prix a été noté sur 40 points, comme prévu par le règlement de la consultation, par l'application d'une formule de notation classique et non discriminatoire ;
- la présence des éléments " remise " et " remise catalogue " dans le rapport d'analyse des offres est une erreur de plume, et aucune erreur manifeste d'appréciation n'a été commise dans la notation de l'offre de la société requérante quant au critère " prix " ;
- aucune disposition n'impose la transmission aux candidats, par le pouvoir adjudicateur, d'un bordereau des prix unitaires ;
- la notation du critère prix a en l'espèce été effectuée sur la même base pour les deux candidats, au regard des éléments mentionnés à l'article 2.3 du cahier des clauses techniques particulières ;
- s'agissant du critère " délai garantie maintenance ", celui-ci a été apprécié au regard du seul délai de garantie proposé, sans que ne soient pris en compte les éléments relatifs à la maintenance curative et préventive, conformément au règlement de la consultation ;
- aucune irrégularité n'étant démontrée, la société SNEF ne peut prétendre à une quelconque indemnisation ;
- à titre subsidiaire, les irrégularités alléguées ne sont pas la cause directe de l'éviction de la société SNEF ;
- en tout état de cause, la société SNEF ne justifie pas du quantum des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Une ordonnance du 1er mars 2022 a fixé la clôture de l'instruction au 1er avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron, rapporteure,
- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique,
- et les observations de Me Boucheteil, représentant la société SNEF.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence publié le 19 avril 2019 au bulletin officiel des annonces des marchés publics, la commune d'Elancourt a lancé une procédure d'appel d'offres en vue de l'attribution d'un marché ayant pour objet le développement d'un réseau privé vidéo, VOIP (" Voice over IP " ou voix sur IP) et de données haut débit. Deux sociétés ont remis une offre en vue de l'attribution de ce marché. Par un courrier du 24 juillet 2019, la société SNEF a été informée du rejet de son offre, classée en seconde position avec la note de 91/100, et de l'attribution du marché à la société Bouygues Energie Services, avec la note de 100. Le marché, passé sous la forme d'un accord-cadre à bons de commande avec un montant maximum de 800 000 euros hors taxes (HT) par an, a été signé le 7 août 2019. Par courrier du 1er avril 2020, reçu le 2 avril suivant, la société SNEF a présenté à la commune d'Elancourt une demande indemnitaire préalable. Le silence gardé par la commune d'Elancourt sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. La société SNEF demande au tribunal l'annulation de la décision implicite portant rejet de sa réclamation préalable, ainsi que, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de la commune d'Elancourt à lui verser, à titre principal, la somme de 395 520 euros ou, à titre subsidiaire, de 39 500,43 euros, en réparation du manque à gagner résultant de son éviction irrégulière du marché.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision implicite de rejet, née du silence gardé par le maire de la commune d'Elancourt sur la demande indemnitaire préalable de la société SNEF du 1er avril 2020, reçue le 2 avril suivant, a eu pour seul effet de lier le contentieux, sans que son annulation puisse être utilement demandée.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Lorsqu'une entreprise candidate à l'attribution d'un marché public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce dernier, il appartient au juge de vérifier d'abord si l'entreprise était ou non dépourvue de toute chance de remporter le marché. Dans l'affirmative, l'entreprise n'a droit à aucune indemnité. Dans la négative, elle a droit en principe au remboursement des frais qu'elle a engagés pour présenter son offre. Il convient ensuite de rechercher si l'entreprise avait des chances sérieuses d'emporter le marché. Dans un tel cas, l'entreprise a droit à être indemnisée de son manque à gagner incluant nécessairement, puisqu'ils sont intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre qui n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique.
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'attribution du marché :
4. Il résulte des termes de l'article 13 du règlement de la consultation que le marché doit être attribué à l'offre économiquement la plus avantageuse, déterminée au regard de trois critères d'attribution que sont la valeur technique, pondérée à 50 %, le prix, pondéré à 40 %, et le délai garantie maintenance, pondéré à 10 %.
S'agissant du critère relatif à la valeur technique :
5. En premier lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Toutefois, ces méthodes de notation sont entachées d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, elles sont par elles-mêmes de nature à priver de leur portée les critères de sélection ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publiques, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, de telles méthodes de notation.
6. L'article 13 du règlement de la consultation précise, s'agissant du critère de la valeur technique de l'offre, que celui-ci s'apprécie au regard des fiches techniques du matériel et de la compatibilité avec le matériel existant, et que le candidat devra transmettre les fiches techniques du matériel qu'il compte mettre en œuvre.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'analyse des offres, que la valeur technique, notée sur 50 points, est appréciée à partir de trois sous-critères, tenant aux moyens techniques, noté sur 20 points, au process d'intervention, apprécié sur 10 points et au matériel proposé, noté sur 20 points. Les deux sociétés candidates ont toutes deux reçu, pour chacun de ces sous-critères, la note maximale, obtenant ainsi chacune la note globale maximale de 50 pour le critère de la valeur technique. Il résulte également du rapport d'analyse des offres que, s'agissant du sous-critère " moyens techniques ", les deux offres ont été jugées comme " répondant à la demande ", s'agissant du sous-critère " process d'intervention ", les offres ont été qualifiées comme étant " en accord avec la demande " et, s'agissant du sous-critère " matériel proposé ", les deux offres ont été jugées " conformes et compatibles avec le matériel existant ". En se bornant ainsi à apprécier la conformité des offres des candidats aux documents contractuels sans en évaluer la pertinence et la qualité, et en attribuant aux deux sociétés candidates la note maximale sur chacun des sous-critères techniques, le pouvoir adjudicateur a privé le critère de la " valeur technique " de sa portée et neutralisé sa pondération. A cet égard, si la commune d'Elancourt indique que les deux candidates proposaient des matériels identiques, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué, que leurs offres étaient similaires s'agissant des moyens techniques et du process d'intervention. Ainsi, l'attribution de la même note au titre de la valeur technique à tous les candidats est susceptible de conduire à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre et, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Par suite, la société SNEF est fondée à soutenir que cette méthode de notation est irrégulière.
8. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 3 du code de la commande publique : " Les acheteurs et les autorités concédantes respectent le principe d'égalité de traitement des candidats à l'attribution d'un contrat de la commande publique. Ils mettent en œuvre les principes de liberté d'accès et de transparence des procédures, dans les conditions définies dans le présent code. / Ces principes permettent d'assurer l'efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics. ". Aux termes de l'article R. 2152-11 du même code : " Les critères d'attribution ainsi que les modalités de leur mise en œuvre sont indiqués dans les documents de la consultation. ". Ces dispositions imposent au pouvoir adjudicateur d'informer les candidats des critères de sélection des offres ainsi que de leur pondération ou hiérarchisation. Si le pouvoir adjudicateur décide, pour mettre en œuvre ces critères de sélection des offres, de faire usage de sous-critères également pondérés ou hiérarchisés, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces sous-critères, dès lors que, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection. Le pouvoir adjudicateur n'est en revanche pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres.
9. Il résulte de l'instruction que les sous-critères " moyens techniques ", " process d'intervention " et " matériel proposé " mis en œuvre par le pouvoir adjudicateur, ainsi que leur pondération, n'ont pas été portés à la connaissance des candidats. Eu égard à leur nature et à leur pondération, ces sous-critères sont susceptibles d'avoir pu exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats. En outre, les sous-critères " moyens techniques " et " process d'intervention " sont dépourvus de lien avec le critère " valeur technique " tel qu'il est défini par l'article 13 du règlement de la consultation, qui précise que ce critère s'apprécie au regard des fiches techniques du matériel et de la compatibilité avec le matériel existant. La société SNEF est ainsi fondée à soutenir qu'en ne portant pas à la connaissance des candidats l'existence de ces sous-critères et leur pondération, et en mettant en œuvre des sous-critères dont deux n'étaient pas en lien avec le critère " valeur technique " tel qu'il était défini par le règlement de la consultation, la commune d'Elancourt a méconnu les dispositions précitées du code de la commande publique.
S'agissant du critère " prix " :
10. Aux termes de l'article 13 du règlement de la consultation, l'analyse et la notation du critère " prix ", pondéré à 40 %, " se fera par l'analyse et la notation des prix mentionnés au bordereau de prix unitaire (BPU) ", à constituer par les candidats " en prenant en compte uniquement les éléments mentionnés à l'article 2.3 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) ". L'article 2.3 du CCTP relatif à la détermination du prix précise que " pour les prestations à bon de commande, le prestataire proposera un bordereau de prix unitaire ou au mètre linéaire, fourni, posé, raccordé et paramétré. Il sera proposé une remise catalogues sur le matériel et équipement réseau dans sa globalité. Le prix devant aussi être dégressif par tranche de facturation de 5 000 euros ". Cet article indique également l'ensemble des éléments devant être compris dans le BPU, ce qui permettait une analyse objective des offres contrairement à ce que soutient la société requérante.
11. Il résulte du rapport d'analyse des offres que la société Bouygues Energie Services a obtenu, au titre du critère " prix ", la note maximale de 40 avec un prix de 14 603,36 euros, alors que la société SNEF a obtenu la note de 36/40 avec un prix de 16 223,84 euros. Les deux sociétés ont toutes deux obtenu les notes de 0 s'agissant des éléments " remise " et " remise catalogue ", le rapport d'analyse des offres précisant, s'agissant de la société SNEF, que celle-ci avait proposé en moyenne une remise de 1% par tranche de 5 000 euros et qu'elle n'avait pas répondu à la demande " remise catalogue ".
12. Il résulte de l'instruction que l'évaluation du critère " prix " devait, au regard de l'article 2.3 du CCTP, prendre en compte les remises proposées par les sociétés candidates. Dès lors, les mentions " remise " et " remise catalogue " figurant dans le rapport d'analyse des offres ne sauraient être regardées, ainsi que l'allègue la commune d'Elancourt, comme une erreur de plume, d'autant que les propositions faites par la société SNEF concernant ces remises ont fait l'objet d'une appréciation par le pouvoir adjudicateur, alors même que la société requérante a obtenu la note de 0. En outre, la société SNEF soutient, sans être contestée sur ce point, que cette appréciation est entachée d'une erreur matérielle dès lors que, contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport d'analyse des offres, elle ne proposait pas une remise de 1% par tranche de 5 000 euros mais, conformément aux prescriptions du CCTP, des remises progressives de -2,8%, -3,75%, -4,50%, -5,25% et -8,25% par pallier à concurrence de 5 000 euros. Enfin, il résulte de l'instruction que la commune d'Elancourt n'a pas respecté la méthode de notation qu'elle avait elle-même définie, telle qu'elle résulte du rapport d'analyse des offres, en ne prenant pas en compte, pour apprécier le prix des offres, les " remise " et " remise catalogue ", pour lesquelles une note identique de 0 a été attribuée aux deux candidates, sans qu'il ne soit soutenu, ni même allégué, que les deux offres étaient identiques sur ce point. Ainsi, la société SNEF est fondée à soutenir que la méthode de notation du critère " prix " est entachée d'irrégularité.
S'agissant du critère " délai garantie maintenance " :
13. L'article 13 du règlement de la consultation stipule qu'afin de pouvoir noter et analyser le critère " garantie de maintenance ", le candidat devra indiquer le délai de garantie qu'il propose pour la maintenance. Il est également précisé qu'une valorisation sera accordée au candidat ayant proposé un délai supérieur à celui indiqué au CCTP. Aux termes de l'article 5.1 du CCTP : " La garantie devra porter sur tous les éléments qui entrent en jeu dans le service de connectivité optique et plus généralement ceux qui seront mis en œuvre dans le cadre du marché () ". L'article 5.2 précise que " Le titulaire assurera la garantie sur une durée d'un an, cette période débutera à la signature du PV de réception ". Aux termes de l'article 6 du CCTP : " Le titulaire assurera, sur une durée initiale d'un an, la maintenance des services de connectivité optique. Cette période débutera à la signature du PV de réception () ".
14. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'analyse des offres que la société Bouygues Energie Services a obtenu, au titre du critère " délai garantie maintenance ", la note maximale de 10, la société SNEF ayant quant à elle obtenu la note de 5/10. Les deux sociétés ont toutes deux obtenu les notes de 0 s'agissant des sous-critères " maintenance préventive " et " maintenance curative ". La commune d'Elancourt indique en défense qu'alors même que le rapport d'analyse des offres fait apparaître des mentions relatives à la maintenance, les offres des sociétés candidates au regard du critère " délai garantie maintenance " n'ont été analysées qu'au vu du seul délai de garantie proposé. Toutefois, il résulte du rapport d'analyse des offres que les propositions des sociétés candidates au regard de la maintenance ont fait l'objet d'une appréciation, ce rapport précisant, s'agissant de la société SNEF, que celle-ci a proposé trois interventions par an facturées 2 548 euros s'agissant de la maintenance préventive, et détaillant également sa proposition en matière de maintenance curative. En outre, dans un courrier adressé à la société SNEF le 20 août 2019, la commune d'Elancourt a indiqué, s'agissant du critère litigieux, que la société Bouygues proposait de meilleures conditions de garantie et de maintenance. Dès lors, en donnant aux deux sociétés candidates la note de 0 concernant la maintenance préventive et la maintenance curative, tout en attribuant à la société attributaire la note maximale sur le critère " délai garantie maintenance ", la commune d'Elancourt a privé ces sous-critères de leur portée, et a entaché sa méthode de notation d'une irrégularité.
En ce qui concerne l'existence d'un lien de causalité direct :
15. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'irrégularité ayant, selon lui, affecté la procédure ayant conduit à son éviction, il appartient au juge, si cette irrégularité est établie, de vérifier qu'elle est la cause directe de l'éviction du candidat et, par suite, qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute en résultant et le préjudice dont le candidat demande l'indemnisation.
16. Il résulte de ce qui précède que la société Bouygues Energie Services a obtenu de meilleurs notes que la société SNEF sur les critères du prix et du " délai garantie maintenance ", et que les deux candidates ont par ailleurs obtenu une note équivalente sur le critère " valeur technique ", sans que, ainsi qu'il a été dit aux points 7, 9, 12 et 14, la méthode de notation sur ces trois critères ait été mise en œuvre régulièrement, faute d'avoir permis que la meilleure note soit attribuée à l'offre économiquement la plus avantageuse. Compte-tenu de la faible différence de notation globale des offres de ces deux sociétés, soit 9 points sur 100, les irrégularités ayant affecté la procédure de passation du marché en litige doivent être regardées comme la cause directe de l'éviction de la société SNEF qui, classée en seconde position, avait des chances sérieuses de remporter ce marché.
17. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres irrégularités de la procédure de passation du marché litigieux, la société SNEF est fondée à prétendre à l'indemnisation du manque à gagner résultant de son éviction irrégulière.
En ce qui concerne l'évaluation du manque à gagner :
18. Lorsqu'il est saisi par une entreprise qui a droit à l'indemnisation de son manque à gagner du fait de son éviction irrégulière à l'attribution d'un marché, il appartient au juge d'apprécier dans quelle mesure ce préjudice présente un caractère certain. Dans le cas où le marché est susceptible de faire l'objet d'une ou de plusieurs reconductions si le pouvoir adjudicateur ne s'y oppose pas, le manque à gagner ne revêt un caractère certain qu'en tant qu'il porte sur la période d'exécution initiale du contrat, et non sur les périodes ultérieures qui ne peuvent résulter que d'éventuelles reconductions.
19. D'une part, il résulte de l'instruction que le marché en litige devait être exécuté initialement sur une période allant de sa notification jusqu'au 30 juin 2020, et qu'une reconduction était possible sur une période de deux années successives. La société SNEF sollicite, pour la détermination du manque à gagner lié à son éviction irrégulière, la prise en compte d'une durée d'exécution du marché comprenant la durée initiale du contrat ainsi que deux reconductions d'une année. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que le manque à gagner susceptible de donner lieu à l'indemnisation de la société SNEF ne revêt un caractère certain que pour la période initiale du marché litigieux, de sorte que celle-ci n'est fondée à solliciter l'indemnisation de son manque à gagner que pour cette seule période.
20. D'autre part, il résulte de l'instruction que le marché en litige, qui est un accord-cadre à bons de commande d'un montant maximum de 800 000 euros sans minimum garanti, a donné lieu à l'émission de bons de commande, durant la phase initiale d'exécution, pour un montant total de 215 934,28 euros hors taxes (HT). Par suite, le manque à gagner de la société SNEF doit être évalué sur la base de ce montant correspondant aux commandes réellement effectuées par la commune d'Elancourt dans le cadre du marché litigieux, sans qu'il y ait lieu de l'affecter d'un coefficient de 1,11 pour prendre en compte la différence du prix de son offre et de celle de l'attributaire comme le demande la société requérante.
21. Enfin, le manque à gagner de l'entreprise irrégulièrement évincée doit être déterminé, non en fonction du taux de marge brute constaté dans son activité, mais en fonction du bénéfice net que lui aurait procuré le marché si elle l'avait obtenu. Si la société SNEF soutient qu'elle espérait obtenir, en ce qui concerne le marché litigieux, une marge nette de 16,48 %, l'attestation qu'elle produit, émanant de son directeur d'agence, fait état d'une " MB de 16,48 % ", ce qui fait référence non à la marge nette mais à la marge brute. Il résulte par ailleurs des pièces versées au dossier que le taux de marge nette réalisé par la société SNEF durant l'année 2020 s'est élevé à 7,25 %. Par suite, en l'absence d'autre élément, le taux de marge nette à prendre en compte pour la détermination du manque à gagner de la société SNEF doit être évalué à 7,25%. Dans ces conditions, et compte-tenu du montant des bons de commande émis au cours de l'exécution du marché à hauteur de 215 934,28 euros HT, le manque à gagner subi par la société SNEF s'établit à la somme de 15 655,23 euros HT.
22. Il résulte de ce qui précède que la commune d'Elancourt est condamnée à verser à la société SNEF une indemnité de 15 655,23 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de son éviction irrégulière du marché.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
23. La société SNEF a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent à compter du 2 avril 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la commune d'Elancourt.
24. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 28 février 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 avril 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société SNEF, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune d'Elancourt au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
26. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Elancourt le versement à la société SNEF de la somme de 1 500 euros en application de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune d'Elancourt est condamnée à verser à la société SNEF la somme de 15 655,23 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 avril 2020. Les intérêts échus à la date du 2 avril 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune d'Elancourt versera à la société SNEF la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société SNEF et à la commune d'Elancourt.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Caron, première conseillère,
- M. Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente,
signé
C. GrenierLa greffière,
signé
G. Le Pré
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026