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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007336

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007336

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007336
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 6 novembre 2020 sous le n°2007336, Mme C B, représentée par Me Noël, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôts sur le revenu mis à sa charge au titre de l'année 2017 pour un montant total de 34 129 euros en droits et majorations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

-au cours de l'année 2017, elle résidait habituellement avec son mari à leur domicile de Mantes-le-Jolie, et les époux étaient tenus, par conséquent, de remplir une déclaration commune ; le service n'apporte pas la preuve de l'absence de vie commune et n'est pas fondé à les soumettre à une imposition distincte en application des dispositions du a. du 4 de l'article 6 du code général des impôts ; l'appréciation du service est contraire à la doctrine exprimée sous la référence BOI-IR-CHAMP-20-20-10 n°40 ;

- la mise en œuvre de la procédure de taxation d'office n'est pas justifiée par l'administration qui n'apporte pas la preuve de l'exercice d'une activité illicite ;

-elle n'a exercé aucune activité illicite ; dès lors qu'elle n'a pas reconnu les faits pour lesquels elle a été mise en examen en 2018, et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale, c'est à tort que le service a estimé que les trois virements émis à son profit par la société B.M. A en 2017, pour un montant de 50 000 euros, révélaient l'exercice d'une activité illicite.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 26 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture d'instruction, initialement fixée au 15 juillet 2022, a été reportée au 15 septembre 2022 à 10h00.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées par courrier du 21 novembre 2022 de ce que la solution du litige était susceptible de reposer sur le moyen soulevé d'office tiré de de la méconnaissance du champ d'application de la loi, les revenus en litige relevant de la catégorie des revenus d'origine indéterminée, et non de celle des bénéfices non commerciaux.

II. Par une requête enregistrée le 15 janvier 2021 sous le n° 1200304, Mme C B, représentée par Me Noël, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016, pour un montant total de 11 500 euros en droits et majorations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- elle résidait habituellement avec son mari à leur domicile de Mantes-le-Jolie au cours des années en litige, et les époux étaient tenus, par conséquent, de remplir une déclaration commune ; le service n'apporte pas la preuve, en se fondant sur les seules mentions des procès-verbaux consultés dans le cadre de la procédure judiciaire, de l'absence de vie commune et n'est pas fondé à les soumettre à une imposition distincte en application des dispositions du a. du 4 de l'article 6 du code général des impôts ; l'appréciation du service est contraire à la doctrine exprimée sous la référence BOI-IR-CHAMP-20-20-10 n°40.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 19 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2022 à 10h00.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces de son dossier fiscal au titre des années 2015, 2016 et 2017, à la suite de la communication par le Tribunal de Grande Instance de Nanterre des procès-verbaux de la procédure dans le cadre de laquelle l'intéressée était mise en examen pour des faits de recel en bande organisée, blanchiment aggravé et participation à une association de malfaiteurs, transmis à l'administration fiscale en application des dispositions des articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales. Tirant les conséquences fiscales des déclarations faite par Mme B dans le cadre de cette procédure, le service a, par une proposition de rectification du 18 septembre 2018, d'une part, imposé les revenus tirés de l'activité illicite perçus au cours de l'année 2017 dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, et, d'autre part, remis en cause, au titre des années 2015 à 2017, l'imposition commune des époux B, au motif que ces derniers, mariés en Algérie sous le régime de la séparation de biens, résidaient séparément. Sa réclamation du 17 juillet 2020, dirigée contre les suppléments d'impôt mis à sa charge au titre de l'année 2017 et mis en recouvrement le 30 juin 2019 ayant été rejetée par une décision du 18 septembre 2020, et sa réclamation du 9 novembre 2020 dirigée contre les suppléments d'impôt mis à sa charge au titre des années 2015 et 2016 mis en recouvrement le 31 août 2019 ayant été rejetée par une décision du 22 décembre 2020, Mme B demande au tribunal, par deux requêtes enregistrées, respectivement, le 6 novembre 2020 et le 15 janvier 2021, de prononcer la décharge des impositions ainsi mises à sa charge à hauteur d'un montant total de 45 279 euros en droits, majorations et intérêts de retard.

Sur la jonction

2. Les requêtes n°2007336 et 2100304, qui concernent la situation d'une même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins de décharge

En ce qui concerne les revenus taxés d'office au titre de l'année 2017

En ce qui concerne l'existence d'une activité occulte

3. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Peuvent être évalués d'office : / () 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / () Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre, dans sa rédaction alors applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : / () 3° Si le contribuable ne s'est pas fait connaître d'un centre de formalités des entreprises ou du greffe du tribunal de commerce ou s'il s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 ".

4. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce ou s'est livré à une activité illicite, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives[0].

5. En l'espèce, le service a estimé que Mme B s'était livrée à une activité occulte au sens des dispositions précitées, en participant au blanchiment d'une partie des résultats des sociétés dénommées Luxury Cars et B.M. A, contrôlées par son fils. Il résulte, en effet, des procès-verbaux établis au stade de l'enquête préliminaire et rédigés les 6, 7 et 8 février 2018, dont le service a pris connaissance à la suite de la mise en œuvre du droit de communication qu'il tient des articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales, que Mme B a été entendue, sous le régime de la garde à vue, dans le cadre de l'information judiciaire ouverte contre X auprès du tribunal de grande instance de Nanterre des chefs d'escroquerie, de recel en bande organisé de biens issus de vol, de blanchiment aggravé et d'association de malfaiteurs. Il résulte notamment des mentions du procès-verbal de la perquisition du domicile de Mme B effectuée le 6 février 2018 que celle-ci détenait de nombreux documents, notamment des documents d'identification et des déclarations de cessions relatifs à plusieurs véhicules, des documents bancaires et des actes de cession de parts sociales au nom des sociétés BM A, Luxury Cars et de la SARL RBM1, ainsi qu'un ordinateur également saisi, contenant dans un fichier baptisé " TAF " l'ensemble des " documents nécessaires à la réalisation des infractions reprochées ". Il résulte également des mentions des procès-verbaux et des relevés de comptes bancaires de Mme B versés au dossier le 26 juillet 2022 par l'administration, que la requérante, salariée de la société Korian en qualité d'aide-soignante, a disposé en 2017 de revenus très supérieurs à ceux qu'elle avait déclarés au titre de l'impôt sur le revenu. En effet, selon les mentions non-contestées du procès-verbal n°00139/2017/000222 daté du 7 février 2018, l'étude des comptes bancaires de la requérante a révélé qu'entre janvier 2015 et mai 2017, Mme B a perçu la somme totale de 104 541,23 euros sous la forme de chèques, de dépôts d'espèces et de virements, soit plus de 3 600 euros par mois et que ses prélèvements et dépenses se sont élevés sur la même période à la somme totale de 110 903 euros. Il résulte, en particulier, de l'instruction qu'elle a été bénéficiaire de trois virements émis par la société B.M. A les 13 janvier, 23 mars et 7 juin 2017, pour un montant total de 50 000 euros, apparaissant au crédit de son compte courant n°6922636V033 ouvert auprès de la Banque postale, somme sur laquelle sont assises les rectifications en litige. Il résulte enfin des mentions de ces mêmes procès-verbaux que ces sommes, qui n'ont pas été déclarées au titre de l'impôt sur le revenu, ont notamment été employées par Mme B au financement de ses dépenses courantes, au remboursement de plusieurs crédits à la consommation, ainsi qu'à l'acquisition, le 21 juillet 2017, d'un bien immobilier à Rosny-sur-Seine, d'une valeur de 60 000 euros pour le compte d'une société civile immobilière, la SCI Bon Appart, dont elle est associée.

6. Eu égard au faisceau d'indices ainsi relevés et alors même que Mme B n'a ni reconnu les faits pour lesquels elle a été mise en examen, ni fait l'objet d'une condamnation pénale, l'administration a pu à bon droit estimer que Mme B, qui ne soutient pas avoir commis une erreur justifiant qu'elle ne se soit acquittée d'aucune de ses obligations déclaratives, avait exercé une activité occulte au sens de l'article L. 169 précité, et procéder à la taxation d'office des sommes en litige sur le fondement des dispositions des articles L. 68 et L. 73 du livre des procédures fiscales.

S'agissant du bien-fondé des rehaussements

7. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ".

8. L'article L. 193 du livre des procédures fiscales dispose que : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Et, aux termes de l'article R*193-1 du même code : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En l'espèce, il résulte de ces dispositions que, les revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux ayant été évalués d'office, il appartient à Mme B d'établir que les sommes réintégrées dans la base imposable ne constituent pas des revenus ou qu'elle n'en a pas eu la disposition au cours de l'année en litige.

9. Pour mettre à la charge de Mme B les suppléments d'imposition en litige au titre de l'année 2017, le service a estimé que les virements reçus de la société B.M. A constituaient, à hauteur de 50 000 euros, des revenus imposables dans la catégorie des bénéfices non-commerciaux. Mme B, qui supporte la charge de la preuve de l'exagération de ses bases d'imposition, ne conteste pas que les sommes correspondant aux trois virements émis à son profit par la société B.M. A au cours de l'année 2017 n'auraient pas le caractère de revenus imposables, et ne soutient pas qu'elle n'en aurait pas eu la disposition. Si elle se borne à faire valoir qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale, une telle circonstance est toutefois sans incidence sur la qualification des sommes au regard de la loi fiscale.

10. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à solliciter la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge, dans la catégorie des bénéfices non-commerciaux, au titre de l'année 2017.

En ce qui concerne l'imposition séparée des époux B

11. Aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " 1. Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis. () / Sauf application des dispositions du 4 et du second alinéa du 5, les personnes mariées sont soumises à une imposition commune pour les revenus perçus par chacune d'elles et ceux de leurs enfants et des personnes à charge mentionnés au premier alinéa ; cette imposition est établie aux noms des époux. () / 4. Les époux font l'objet d'impositions distinctes : / a. Lorsqu'ils sont séparés de biens et ne vivent pas sous le même toit ; () ". En application de ces dernières dispositions, des époux mariés sous le régime de séparation de biens et qui résident dans deux endroits différents doivent faire l'objet d'une imposition distincte dès lors que cette résidence séparée n'a pas un caractère temporaire.

12. Par ailleurs, selon les dispositions de l'article 194 du code général des impôts : " () Lorsque les époux font l'objet d'une imposition séparée en application du 4 de l'article 6, chacun d'eux est considéré comme un célibataire ; () ". Par conséquent, s'agissant d'un contribuable imposé séparément et n'ayant pas d'enfant à sa charge, le nombre de parts à prendre en considération pour la division du revenu imposable prévue à l'article 193 est de 1.

13. En l'espèce, il n'est pas contesté que Mme C B est mariée sous le régime de la séparation de biens à M. E B et que ce dernier travaille en Algérie, pour la compagnie aérienne Air Algérie, où il perçoit son salaire et déclare ses impôts, et où il dispose d'un domicile habituel, dont il est propriétaire, au 17 rue Izza Said à Boudouaoui. En outre, si la requérante soutient qu'elle réside avec son mari de manière régulière à leur domicile de Mantes-la-Jolie, elle ne l'établit toutefois par aucune pièce, alors même que l'administration lui a indiqué, dans les décisions par lesquelles elle a rejeté ses réclamations, qu'elle disposait de la faculté de justifier de la fréquence et de la durée des séjours en France de son époux par tout moyen. Dans ces circonstances, l'administration a pu, à bon droit, estimer que les époux B résidaient séparément et procéder à l'imposition distincte de Mme C B, en retenant un quotient familial de 1, au titre de l'impôt sur le revenu pour l'ensemble des années en litige.

14. Par ailleurs et en tout état de cause, à supposer que Mme B, qui n'invoque pas les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ait entendu soulever un tel moyen, celle-ci n'est pas fondée à se prévaloir de la doctrine exprimée sous la référence BOI-IR-CHAMP-20-20-10 n°40, qui ne fait pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle qui vient d'être retenue.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à la décharge des impositions en litige doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives au frais de l'instance, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

Mme Florent, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. D

Le président,

Signé

Ph. DelageLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2100304

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