jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2007678 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat Mathé |
| Avocat requérant | DORMIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 novembre 2020, Mme B C, représentée par Me Dormieu, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 716,93 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du non-respect par l'administration pénitentiaire du salaire minimum à raison d'un travail qu'elle a effectué en détention ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le calcul du montant de la rémunération qui lui a été versée pour les mois d'août 2017, octobre 2017, novembre 2017, décembre 2017, décembre 2018, juin 2019, juillet 2019 et octobre 2019, est erroné ;
- cette faute commise par l'administration pénitentiaire lui a causé un préjudice financier qu'elle évalue à 216,93 euros ainsi qu'un préjudice moral qu'elle évalue à 1 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut à ce que le tribunal fasse droit à la demande de la requérante à hauteur de 175,25 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- l'administration pénitentiaire a commis une erreur dans le calcul du montant de la rémunération à laquelle Mme C avait droit pour son travail réalisé en détention entre août 2017 et octobre 2019 ;
- le montant du préjudice financier subi s'élève à seulement 175,25 euros, dès lors que la requérante omet de déduire de la rémunération brute à laquelle elle avait droit, la contribution sociale généralisée et la contribution pour le remboursement de la dette sociale auxquelles elle était assujettie ;
- la requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence d'un préjudice moral ainsi que son lien avec la faute commise par l'administration pénitentiaire.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de procédure pénale ;
- l'ordonnance n°96-50 du 24 janvier 1996 ;
- le décret n°2016-1818 du 22 décembre 2016 ;
- le décret n°2017-1719 du 20 décembre 2017 ;
- le décret n°2018-1173 du 19 décembre 2018 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, alors détenue à la maison d'arrêt de Versailles (Yvelines), a réalisé un travail de production aux ateliers notamment entre août 2017 et octobre 2019. Après que sa demande indemnitaire préalable ait été rejetée, Mme C demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 716,93 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'une erreur de calcul commise par l'administration pénitentiaire dans le montant de la rémunération à laquelle elle avait droit en contrepartie du travail effectué en détention pendant les seuls mois d'août 2017, d'octobre 2017, de novembre 2017, de décembre 2017, de décembre 2018, de juin 2019, de juillet 2019 et d'octobre 2019.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " () La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées. ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production () ". L'article 1er du décret n°2016-1818 du 22 décembre 2016, l'article 1er du décret n°2017-1719 du 20 décembre 2017 et l'article 1er du décret n°2018-1173 du 19 décembre 2018 fixent respectivement le montant horaire du salaire minimum de croissance à 9,76 euros à compter du 1er janvier 2017, à 9,88 euros à compter du 1er janvier 2018 et à 10,03 euros à compter du 1er janvier 2019.
3. D'autre part, aux termes de l'article D. 366 du code de procédure pénale, alors applicable : " Les détenus sont affiliés, dès leur incarcération, au régime général de la sécurité sociale. A ce titre, ils bénéficient, ainsi que leurs ayants droit, des prestations en nature de l'assurance maladie et maternité servies par le régime général dans les conditions fixées par les articles L. 381-30 à L. 381-30-6 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article D. 433-4 de ce code, alors applicable : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale (). ". Aux termes de l'article R. 381-99 du code de la sécurité sociale : " Le taux de la cotisation d'assurance maladie et maternité sur les rémunérations versées aux détenus est fixé à 4,20 % du montant brut de ces rémunérations. Cette cotisation est à la charge de l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 381-104 de ce code : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus. ". Aux termes de l'article R. 381-105 du même code : " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration. En outre, elles sont assises sur un montant forfaitaire établi par mois et égal au salaire minimum de croissance en vigueur au 1er janvier de l'année et calculé sur la base de 67 heures. ". Aux termes de l'article R. 381-107 de ce même code : " La part de cotisation à la charge du détenu est précomptée sur sa rémunération lors de chaque paie, sous réserve de l'application de l'article R. 381-105. ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, lorsque le travail est effectué au titre des services généraux de l'établissement pénitentiaire, tant la cotisation pour l'assurance maladie et maternité que les cotisations, salariale et patronale, pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur. En revanche, lorsque le travail est effectué au titre d'une activité dite de production, seule la cotisation d'assurance maladie et maternité et la cotisation patronale pour l'assurance vieillesse sont prises en charge par l'employeur, à l'exclusion de la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse qui reste à la charge de la personne détenue. L'article D. 242-4 du code de la sécurité sociale fixe, à partir du 1er janvier 2017, le taux de la cotisation salariale des assurances vieillesse et veuvage à 6,90 % sur la part de la rémunération dans la limite du plafond prévu au premier alinéa de l'article L. 241-3 du même code concernant le salarié et à 0,40 % sur la totalité de la rémunération concernant le salarié.
5. Enfin, aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable au litige : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; / 2° Les agents de l'Etat, des collectivités locales et de leurs établissements publics à caractère administratif qui exercent leurs fonctions ou sont chargés de mission hors de France, dans la mesure où leur rémunération est imposable en France et où ils sont à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie. ". Les dispositions du 1° du I de l'article L. 136-8 de ce code fixent le taux de la contribution sociale généralisée à 7,5% de la contribution sociale mentionnée à l'article L. 136-1 du même code, pour la rémunération versée au titre de l'année 2017, puis à 9,2% pour celle versée au titre des années 2018 et 2019. Aux termes de l'article 14 de l'ordonnance n°96-50 du 24 janvier 1996, dans sa version applicable au litige : " I.- Il est institué une contribution sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés aux articles L. 136-2 à L. 136-4 du code de la sécurité sociale perçus du 1er février 1996 jusqu'à l'extinction des missions prévues à l'article 2 par les personnes physiques désignées à l'article L. 136-1 du même code. / Cette contribution est assise sur les revenus visés et dans les conditions prévues aux articles L. 136-2 à L. 136-4 et au III de l'article L. 136-8 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article 19 de cette ordonnance, dans sa version alors applicable : " Le taux des contributions instituées par les articles 14 à 17 est fixé à 0,5 %. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que les personnes détenues sont au nombre de celles qui sont assujetties à la contribution sociale généralisée, et que la rémunération qu'elles perçoivent en contrepartie du travail qu'elles effectuent dans les conditions prévues à l'article 717-3 du code de procédure pénale, applicable au litige, entre dans l'assiette de la contribution sociale généralisée ainsi que dans celle de la contribution pour le remboursement de la dette sociale.
7. Il résulte de l'instruction que Mme C, alors détenue à la maison d'arrêt de Versailles, a réalisé un travail de production aux ateliers, notamment, à raison de 40,02 heures en août 2017, de 25,17 heures en octobre 2017, de 41,17 heures en novembre 2017, de 15,18 heures en décembre 2017, de 59,20 heures en décembre 2018, de 56 heures en juin 2019, de 39,20 heures en juillet 2019 et de 14,18 heures en octobre 2019. En contrepartie du travail effectué, elle a perçu une rémunération brute d'un montant de 464,20 euros au titre de l'année 2017, de 240,57 euros au titre de l'année 2018 et de 351,95 euros au titre de l'année 2019, ainsi qu'une rémunération nette d'un montant de 402,06 euros au titre de l'année 2017, de 208,35 euros au titre de l'année 2018 et de 304,81 euros au titre de l'année 2019.
8. Toutefois, en application des dispositions alors applicables rappelées aux points 2 à 6, Mme C aurait dû percevoir une rémunération brute de 534,18 euros au titre de l'année 2017, de 264,02 euros au titre de l'année 2018 et de 495,53 euros au titre de l'année 2019. A la suite de l'application d'un taux d'assurance vieillesse de 7,3% pour les trois années, d'un taux de contribution sociale généralisée de 7,5% pour l'année 2017, porté à 9,2% pour les années 2018 et 2019, ainsi que d'un taux de contribution pour le remboursement de la dette sociale de 0,5% pour les trois années, ces deux contributions étant appliquées sur une assiette de 98,25% du salaire brut, Mme C aurait dû percevoir une rémunération nette de 453,20 euros au titre de l'année 2017, de 219,58 au titre de l'année 2018 et de 412,13 euros au titre de l'année 2019.
9. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que l'administration pénitentiaire a commis une erreur de calcul dans le montant de la rémunération versée au titre de l'activité professionnelle qu'elle a exercée en détention, ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, comme le reconnaît d'ailleurs le garde des sceaux, ministre de la justice.
En ce qui concerne les préjudices :
10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, et après déduction des sommes que l'intéressée a déjà perçues, qui sont rappelées au point 7, il y a lieu d'évaluer le préjudice financier subi par Mme C à hauteur de 169,69 euros.
11. En second lieu, en se bornant à soutenir que la perception d'une rémunération inférieure à celle imposée par la loi, qui ne constitue pas, par elle-même, un traitement attentatoire à sa dignité, l'a conduite à se sentir " exploité[e] et victime de l'arbitraire de l'administration pénitentiaire ", la requérante n'établit pas la réalité d'un préjudice autre que le préjudice financier dont elle a, par ailleurs, obtenu réparation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 169,69 euros en réparation du préjudice financier subi du fait d'une erreur de calcul commise par l'administration pénitentiaire dans le montant de la rémunération versée au titre de l'activité professionnelle qu'elle a exercée en détention pendant les mois d'août 2017, d'octobre 2017, de novembre 2017, de décembre 2017, de décembre 2018, de juin 2019, de juillet 2019 et d'octobre 2019.
Sur les frais liés au litige :
13. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dormieu de la somme demandée au titre de ces dispositions.
D E C I D E:
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 169,69 euros en réparation du préjudice financier subi du fait d'une erreur de calcul commise par l'administration pénitentiaire dans le montant de la rémunération versée au titre de l'activité professionnelle qu'elle a exercée en détention en août 2017, en octobre 2017, en novembre 2017, en décembre 2017, en décembre 2018, en juin 2019, en juillet 2019 et en octobre 2019.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Dormieu, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. A
La greffière,
signé
A. Gateau La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026