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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008058

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008058

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELAFA TAJ AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er décembre 2020, le 5 juillet 2021 et le 3 novembre 2021, la SAS Immovesle, représentée par Me Rudeaux, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'exercice 2017, à hauteur d'un montant total de 1 138 178 euros en droits, majorations et intérêts de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutien à titre principal que :

- les SCI Carroblandin et Voblandin, dont elle a cédé ses titres de participations le 28 mars 2017, ne sont pas des sociétés à prépondérance immobilière au sens des dispositions du a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts ; en effet, les contrats de crédit-bail conclus le 17 février 2012 par les SCI Carroblandin et Voblandin avec la société Cicobal, pour une durée de douze ans, prévoyaient pour celles-ci la possibilité de lever l'option d'achat seulement à compter du 17 février 2019, soit près de deux années après la cession litigieuse ; par conséquent, les SCI ne détenaient, à la date de la cession, aucun droit réel sur les biens immobiliers en cause ;

- conformément à une jurisprudence constante, l'administration ne saurait invoquer sa propre doctrine, en particulier les réponses ministérielles Masson et Zimmerman, pour fonder ou justifier un rehaussement ;

-l'interprétation faite par le service des dispositions du a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts est contraire à l'intention du législateur ;

-elle est également contraire à la doctrine exprimée sous la référence BOI-BIC-AMT-20-40-30 ;

Elle soutient à titre subsidiaire que :

- les biens litigieux étaient, en tout état de cause, affectés à l'exercice d'une activité de sous-location, qui revêt le caractère d'une profession non commerciale ; les SCI Carroblandin et Voblandin ont en effet procédé à la déclaration de leurs revenus dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sans que ce régime ne soit remis en cause par le service ; la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a validé sur ce point la position de la société ;

-l'analyse du service est contraire à la doctrine exprimée sous la référence BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 n°440 du 27 mars 2019 ;

Elle soutient enfin, à titre infiniment subsidiaire, que :

-les droits détenus en vertu d'un contrat de crédit-bail se décomposant entre le droit au bail, qui revêt un caractère mobilier, et l'option d'achat, qui revêt un caractère immobilier, le service ne pouvait retenir la valeur totale des versements échus au 31 décembre 2016 pour fixer la valeur des droits immobiliers détenus par les SCI Carroblandin et Voblandin.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 mai 2021, le 3 septembre 2021 et le 10 novembre 2021, le directeur du contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Immovesle ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rudeaux, représentant la SAS Immovesle.

Une note en délibéré présentée par la SAS Immovesle a été enregistrée le 18 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Immovesle, qui exerce une activité de holding animatrice, d'achat-revente de biens immobiliers et de locations d'immeubles, a cédé le 28 mars 2017 la totalité des titres de participation détenus au sein des SCI Carroblandin et Voblandin, et réalisé à cette occasion une plus-value de 3 880 152 euros déclarée sous le régime des plus-value à long terme imposées au taux de 0%. A l'issue de la vérification de sa comptabilité au titre de l'année 2017, l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 12 décembre 2018, des suppléments d'impôt sur les sociétés ainsi que des rappels de taxe de publicité foncière, de taxe additionnelle perçue au profit de la commune et de prélèvements pour frais d'assiette et recouvrement. Sa réclamation du 18 février 2020 ayant été rejetée par une décision du 25 septembre 2020, la société demande au tribunal de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés ainsi mises à sa charge.

Sur le bien-fondé des impositions en litige

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale

2. Aux termes du I de l'article 219 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable entre le 1er janvier 2017 et le 1er janvier 2018 : " I. Pour le calcul de l'impôt, le bénéfice imposable est arrondi à l'euro le plus proche. La fraction d'euro égale à 0,50 est comptée pour 1. / Le taux normal de l'impôt est fixé à 33 1/3 %. / Toutefois : / a. Le montant net des plus-values à long terme fait l'objet d'une imposition séparée au taux de 19 %, dans les conditions prévues au 1 du I de l'article 39 quindecies et à l'article 209 quater. / Pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2005, le taux d'imposition visé au premier alinéa est fixé à 15 %. / Pour les exercices ouverts à compter du 31 décembre 2007, le montant net des plus-values à long terme afférentes aux titres des sociétés à prépondérance immobilière définies au a sexies-0 bis cotées est imposé au taux prévu au IV ". Et aux termes du a sexies-0 bis) du même article : " a sexies-0 bis) Le régime des plus et moins-values à long terme cesse de s'appliquer à la plus ou moins-value provenant des cessions de titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées réalisées à compter du 26 septembre 2007. Sont considérées comme des sociétés à prépondérance immobilière les sociétés dont l'actif est, à la date de la cession de ces titres ou a été à la clôture du dernier exercice précédant cette cession, constitué pour plus de 50 % de sa valeur réelle par des immeubles, des droits portant sur des immeubles, des droits afférents à un contrat de crédit-bail conclu dans les conditions prévues au 2 de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier ou par des titres d'autres sociétés à prépondérance immobilière. Pour l'application de ces dispositions, ne sont pas pris en considération les immeubles ou les droits mentionnés à la phrase précédente lorsque ces biens ou droits sont affectés par l'entreprise à sa propre exploitation industrielle, commerciale ou agricole ou à l'exercice d'une profession non commerciale ". Le caractère immobilier prépondérant des sociétés concernées s'apprécie à la date de la cession des titres ou à la clôture du dernier exercice précédant cette cession.

3. En premier lieu, il résulte des travaux préparatoires à la loi n° 2007-1822 du 24 décembre 2007 de finances pour 2008 dont est issu le a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts, et notamment de l'exposé des motifs du projet de loi de finances, que ces dispositions répondent à un souci de neutralité fiscale et ont pour objet de soumettre les plus-values de cession de titres de sociétés à prépondérance immobilière à un taux d'imposition identique à celui applicable lorsque la cession porte sur un bien immobilier. Ces dispositions prévoient que les droits afférents à un contrat de crédit-bail conclu dans les conditions prévues au 2 de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier, c'est-à-dire portant sur un bien immobilier à usage professionnel, doivent être pris en compte pour apprécier la prépondérance immobilière de la société non cotée dont les titres ont été cédés. En application du droit comptable, seul le contrat de crédit-bail acquis par son titulaire auprès d'un précédent crédit-preneur doit être immobilisé et inscrit à l'actif de son bilan, ce contrat ne constituant pas comptablement un élément de l'actif du crédit-preneur initial. Toutefois, dès lors que les plus-values réalisées lors de la cession de tels contrats par des entreprises relevant de l'impôt sur les sociétés sont soumises à cette imposition au taux normal, il n'y a pas lieu, pour l'application des dispositions du a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts, de distinguer selon que le contrat de crédit-bail a été conclu ou acquis par la société dont les titres ont été cédés.

4. En l'espèce, pour remettre en cause le bénéfice de l'exonération d'impôt sur les plus-value de long-terme prévu par les dispositions du a. du I de l'article 219 du code général des impôts, le service a estimé que les SCI Carroblandin et Voblandin étaient des sociétés à prépondérance immobilière au sens des dispositions précitées du a sexies-0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts.

5. En ce qui concerne la SCI Carroblandin, il résulte de l'instruction que celle-ci a conclu avec la société Cicobail le 17 février 2012 un contrat de crédit-bail d'une durée de douze ans portant sur bien immobilier à construire, destiné à l'activité de carrosserie automobile, sis au 12 rue Lena Bernstein à Reims (51), et qu'à la date de clôture du dernier exercice précédant la cession de ses titres par la SAS Immovesle, les redevances échues au titre de ce contrat s'élevaient à la somme de 612 201 euros.

6. En ce qui concerne la SCI Voblandin, il résulte de l'instruction que cette société a conclu avec la société Cicobail le 17 février 2012 un contrat de crédit-bail pour une durée de douze ans, portant sur un bien immobilier sis au 10 rue Lena Bernstein à Reims (51), destiné à une activité de concession automobile, et qu'à la date de clôture du dernier exercice précédant la cession litigieuse, les redevances échues s'élevaient à la somme de 899 940 euros.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 de la présente décision que c'est à bon droit que le service a retenu ces droits à l'actif du bilan des SCI Carroblandin et Voblandin pour déterminer si celles-ci avaient le caractère de société à prépondérance immobilière au sens des dispositions précitées, nonobstant les dispositions de l'article 212-5 du plan comptable général selon lesquelles " Le titulaire d'un contrat de crédit-bail comptabilise en charges les sommes dues au titre de la période de location./ À la levée de l'option d'achat, le titulaire d'un contrat de crédit-bail inscrit l'immobilisation à l'actif de son bilan pour un montant établi conformément aux règles applicables en matière de détermination de la valeur d'entrée ".

8. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas contesté qu'au 31 décembre 2016 les droits acquis par les SCI Carroblandin et Voblandin en exécution des contrats de crédit-bail, correspondant aux montants des redevances échues rappelés ci-avant, représentaient respectivement 95 % et 94 % de la valeur réelle de la totalité des éléments constituant l'actif de ces deux entreprises, c'est à bon droit que le service, qui n'a pas fondé l'imposition sur sa propre doctrine et n'a pas fait de la loi une interprétation contraire à l'intention du législateur, a estimé que la SCI Carroblandin et la SCI Voblandin étaient des sociétés à prépondérance immobilière et que par conséquent la plus-value réalisée le 28 mars 2017 par la SAS Immovesle ne pouvait bénéficier du régime prévu par les dispositions précitées du a sexies 0 bis du I de l'article 219 du code général des impôts.

9. En second lieu, il résulte de l'instruction que les biens litigieux ont été mis à disposition des sociétés Espace Location et Auto Avenir distribution en vertu de contrats de sous-location conclus en 2013 et qu'ainsi et contrairement à ce que soutient, à titre subsidiaire, la société requérante, les biens en cause n'étaient pas affectés par les SCI Carroblandin et Voblandin à l'exercice de leur propre activité. Dès lors, le caractère non commercial de l'activité de sous-location, tel qu'il résulte des dispositions de l'article 92 du code général des impôts, est sans incidence sur le bien-fondé de l'appréciation retenu par le service.

10. Enfin, la société requérante soutient à titre infiniment subsidiaire que seule la fraction de la valeur des droits détenus par les SCI Carroblandin et Voblandin en vertu des contrats de crédit-bail revêt un caractère immobilier et que le service ne pouvait, par conséquent, calculer le taux de prépondérance immobilière en retenant à l'actif la valeur totale des versements échus au 31 décembre 2016. Toutefois, alors que les dispositions précitées du a sexies-0 bis de l'article 219 du code général des impôts n'opèrent aucune distinction quant aux droits afférents à un contrat de crédit-bail, elle ne justifie pas du bien-fondé de ce moyen en se bornant à évoquer la doctrine applicable en matière de droits de mutation. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la doctrine

11. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration ".

12. D'une part, la SAS Immovesle n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine exprimée sous la référence BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 n°440 du 27 mars 2019, qui ne fait pas de loi fiscale une interprétation différente de celle qui a été retenue par le service et est, au demeurant, postérieure au fait générateur des impositions en litige.

13. D'autre part et en tout état de cause, la société requérante ne saurait se prévaloir, sur le même fondement, de la doctrine exprimée sous la référence BOI-BIC-AMT-20-40-30, qui concerne l'impôt sur le revenu, pour contester les suppléments d'impôt sur les sociétés mis à sa charge.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SAS Immovesle tendant à la décharge des impositions en litige ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Immovesle est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Immovesle et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delage, président,

Mme Florent, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. A

Le président,

Signé

Ph. DelageLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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