jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2008135 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DELANNOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 décembre 2020, 30 avril 2021, 16 septembre et 9 novembre 2022, Mme C B, épouse A, représentée par Me Delannoy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née le 5 octobre 2020 du silence gardé par le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer sur sa demande du 29 juillet 2020, reçue le 5 août 2020, tendant au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, à titre principal, de lui verser les rappels de rémunération correspondant à la NBI à laquelle elle a droit au titre de la période courant à compter du 1er janvier 2016, soit la somme à parfaire de 11 314,03 euros, assortis des intérêts au taux légal à compter de la date de sa demande et de la capitalisation de ces intérêts, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande tendant au bénéfice de la NBI au titre de la même période, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article 1er de l'arrêté du 14 novembre 2001, dès lors que le poste d'éducateur relevant de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse figure dans le tableau annexé à cet arrêté ;
- elle méconnaît l'article 1er du décret du 14 novembre 2001, dès lors que les fonctions qu'elle a exercées au sein de l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) de Pierrefitte-sur-Seine du 1er septembre 2014 au 31 août 2019, et celles qu'elle exerce depuis le 1er septembre 2019 à l'UEMO de Courcouronnes, répondent aux conditions prévues par l'annexe à ce décret ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard aux caractéristiques des emplois occupés aux UEMO de Pierrefitte-sur-Seine et de Courcouronnes, qui comportent une responsabilité et une technicité particulières ;
- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement des agents publics ;
- elle est fondée à demander le bénéfice de la NBI à compter du 1er janvier 2016 et, partant, le versement des rappels de rémunération correspondant s'élevant à la somme à parfaire de 11 314,03 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;
- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- le décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014 ;
- le décret n° 2015-1221 du 1er octobre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Connin, conseiller ;
- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Delannoy, pour Mme B, épouse A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, épouse A, alors éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, a été affectée au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Pierrefitte-sur-Seine du 1er septembre 2014 au 31 août 2019. Puis elle a été affectée, en qualité de cheffe de service éducatif de la protection judiciaire de la jeunesse stagiaire, à l'UEMO de Courcouronnes à compter du 1er septembre 2019 pour exercer les fonctions d'éducatrice. Par un courrier du 29 juillet 2020, reçu le 5 août 2020, elle a sollicité le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) avec effet rétroactif. Le silence gardé par le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 5 octobre 2020, dont Mme B, épouse A, demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les fonctions exercées par Mme B, épouse A, à l'UEMO de Pierrefitte-sur-Seine :
2. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. ". L'article 1er du décret du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la NBI dans la fonction publique de l'État énonce que : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit. ".
3. Aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ". Figurent notamment en annexe à ce décret, dans sa version issue du décret du 1er octobre 2015 relatif à la nouvelle bonification indiciaire attribuée aux fonctionnaires de l'État au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville à la suite de la création des quartiers prioritaires de la politique de la ville, les " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. ". L'article 4 du même décret prévoit que : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires correspondant aux fonctions mentionnées en annexe au présent décret sont fixés par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés de la fonction publique et du budget. ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'alors même que les différentes UEMO rattachées à un service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) peuvent être assimilées à des centres d'action éducative, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice ne peuvent bénéficier de la NBI au titre des fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse en centre d'action éducative que si ce centre est situé, depuis le 1er janvier 2015, dans un quartier prioritaire de la politique de la ville.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'UEMO de Pierrefitte-sur-Seine, au sein de laquelle Mme B, épouse A, était affectée entre le 1er septembre 2014 et le 31 août 2019, est située dans le quartier prioritaire de la politique de la ville " Centre Ville - Chatenay - Maroc - Poètes ". Dès lors, en rejetant la demande de la requérante tendant au bénéfice de la NBI à raison des fonctions d'éducatrice qu'elle a exercées à l'UEMO de Pierrefitte-sur-Seine au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 août 2019, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer a fait une inexacte application des dispositions précitées du décret du 14 novembre 2001.
En ce qui concerne le surplus des conclusions de la requête de Mme B, épouse A :
6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". L'article L. 232-4 du même code précise que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, épouse A, a demandé communication des motifs de la décision implicite de rejet du 5 octobre 2020 par un courrier du 1er décembre 2020 adressé au directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer. Il n'est pas contesté en défense que les motifs de cette décision n'ont pas été communiqués à la requérante. Dès lors, en s'abstenant de préciser les éléments de droit et de fait qui fondent sa décision, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer n'a pas satisfait aux exigences des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B, épouse A, est fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. D'une part, eu égard au motif d'annulation retenu au point 5 du présent jugement, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le bénéfice de la NBI au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice soit accordé à Mme B, épouse A, à raison des fonctions qu'elle a exercées à l'UEMO de Pierrefitte-sur-Seine pendant la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 août 2019. D'autre part, le motif d'annulation retenu au point 7 du présent jugement implique nécessairement que le surplus de sa demande du 29 juillet 2020 soit réexaminé. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de verser à Mme B, épouse A, les rappels de rémunération correspondant à la NBI à laquelle elle a droit au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 août 2019, assortis des intérêts au taux légal à compter du 5 août 2020, date de réception de sa demande, et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 5 août 2021, et de procéder au réexamen du surplus de la demande de l'intéressée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'État une somme de 300 euros au titre des frais exposés par Mme B, épouse A, et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 5 octobre 2020 par laquelle le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer a rejeté la demande du 29 juillet 2020 de Mme B, épouse A, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, d'une part, de verser à Mme B, épouse A, les rappels de rémunération correspondant à la NBI à laquelle elle a droit au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 août 2019, assortis des intérêts au taux légal à compter du 5 août 2020 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 5 août 2021 et, d'autre part, de procéder au réexamen du surplus de la demande du 29 juillet 2020 de Mme B, épouse A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme B, épouse A, une somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B, épouse A, est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée pour information au directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-mer.
Délibéré après l'audience publique du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Christine Grenier, présidente,
Mme Virginie Caron, première conseillère,
M. Nicolas Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
N. CONNIN
La présidente,
signé
C. GRENIER
La greffière,
signé
A. ESTEVES
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N° 1901371
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026