mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2008160 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | ARLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2020, la SARL GW Oscar Emballages, représentée par Me Arlaud, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui sont réclamés pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts moratoires au taux légal à compter et en proportion de chacun des versements effectués par la requérante en règlement de l'imposition contestée en application de l'article 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la TVA collectée :
- le rehaussement de 5 749 euros au titre de 2015 n'est pas justifié dès lors que les factures correspondantes ont donné lieu à livraison en janvier 2016 et qu'un crédit de TVA au profit de l'entreprise doit être constaté à hauteur de 311,40 euros, ce qui a été accepté dans le cadre du recours hiérarchique sans suite donnée ; il y a lieu en conséquence de lui accorder un dégrèvement de 311 euros ;
S'agissant de la TVA déductible :
- s'agissant des rappels de TVA déduite non justifiée à hauteur de 5 743 euros au titre de 2015 et de 2 921 euros au titre de 2016, ceux-ci correspondent à un écart entre les comptes 4456 au grand-livre et les CA12 pour lesquels elle recherche les notes du comptable pour avoir les explications utiles ;
- s'agissant de la TVA déduite à tort selon l'administration sur les loyers Falck, le bail consenti mentionne expressément que les loyers sont soumis à la TVA ;
- s'agissant de la TVA déduite à tort selon l'administration sur les achats de palettes aux particuliers, plusieurs factures n'ont pas été saisies dans les comptes de tiers correctement et le poste " fournisseurs espèces " ne correspond pas intégralement à des achats à des personnes physiques ; il y a lieu en conséquence de déduire des factures 11 337,12 euros de TVA déductible justifiée sur les trois exercices contrôlés ; ce rehaussement a d'ailleurs été partiellement abandonné à l'exception des deux factures BBC Distribution du 3 avril 2017 et du 15 janvier 2017 au motif que la société a été mise en liquidation mais cette liquidation n'est pas opposable aux tiers avant la parution au BODACC ;
- s'agissant des achats à des personnes physiques, bien qu'il ne s'agisse pas de sociétés, ces fournisseurs sont des professionnels compte tenu du nombre d'opérations qu'ils réalisent chaque année ; c'est donc à bon droit que les transactions ont été comptabilisées TTC ;
- s'agissant de la facture de son fournisseur Nibomat, la mention de Picardie Manutention Services est une erreur dans la rédaction de la facture ;
S'agissant de l'impôt sur les sociétés :
- les mêmes observations qu'en matière de TVA trouvent à s'appliquer et concernant les loyers Falck, il conviendrait à titre subsidiaire des prendre les loyers TTC en charges déductibles si le tribunal n'admettait pas la récupération de la TVA sur les loyers ;
S'agissant des pénalités :
- elles sont infondées au vu de ce qui a été indiqué précédemment.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 1er septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL GW Oscar Emballages, spécialisée dans l'activité d'achat, de vente et de recyclage de palettes, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de ses exercices clos en 2015, 2016 et 2017 à l'issue de laquelle une proposition de rectification lui a été notifiée le 14 décembre 2018 prévoyant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des rectifications à l'impôt sur les sociétés sur les trois exercices contrôlés. Une partie des rehaussements a été abandonnée à l'issue du second recours hiérarchique intenté par la SARL GW Oscar Emballages et un avis de mise en recouvrement a été émis le 31 décembre 2019 pour un montant total de 221 396 euros de rappels de TVA. L'administration ayant rejeté la réclamation préalable présentée par la SARL GW Oscar Emballages le 17 janvier 2020, celle-ci demande, par la présente requête, la décharge totale des rappels de TVA qui lui sont réclamés.
S'agissant de la TVA collectée :
2. D'une part, il résulte de l'instruction que le rehaussement de TVA collectée jugée minorée à hauteur de 5 749 euros au titre de l'année 2015 auquel l'administration avait initialement procédé a finalement été abandonné après que la société a produit, au cours du recours hiérarchique, des bons de livraisons datés de janvier 2016. La demande de décharge concernant ce montant est donc sans objet. D'autre part, si la SARL GW Oscar Emballages soutient que la TVA correspondant aux ventes facturées en 2015 et livrées en 2016 ne s'établit pas à 5 749 euros comme retenu par l'administration mais à 6 060,40 euros et qu'elle bénéficie ainsi d'un crédit de TVA de 311,40 euros, la société ne prouve aucunement toutefois que cette TVA aurait été déclarée à la fois en 2015 et en 2016. Par suite, la demande de la société à ce titre ne peut qu'être rejetée.
S'agissant de la TVA déductible :
3. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
4. En ce qui concerne les rehaussements en matière de TVA déductible pour les années 2015 et 2016, la société, qui indique rechercher les notes comptables pour avoir les explications utiles mais n'a pas complété ses écritures, ne rapporte pas la preuve qui lui incombe permettant de justifier les écarts relevés par le service vérificateur entre les montants portés sur les déclarations CA 12 et comptes " 4456 - TVA déductible issue des factures de charges ". Il en est de même du rappel de TVA d'un montant de 400 euros pour l'achat d'un chariot élévateur qui aurait été libellé à tort au nom d'un autre client, la requérante ne produisant pas la facture rectificative annoncée.
S'agissant de la TVA déduite sur les loyers et les achats de palettes auprès de particuliers :
5. Aux termes du II de l'article 271 du code général des impôts : " 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () ".
6. Si la société fait valoir que le bail commercial conclu mentionnait de manière expresse que les loyers étaient soumis à la TVA, il n'est pas sérieusement contesté que les loyers ont été versés à des particuliers non assujettis à la TVA et que les quittances ne font pas état de TVA ni ne font mention d'un numéro d'identification fiscal individuel à la TVA ou d'un numéro SIRET. C'est donc à bon droit que l'administration a remis en cause la déduction ainsi opérée.
7. Il en est de même de la remise en cause de la déduction de TVA opérée sur les achats de palettes auprès de particuliers dont il n'est aucunement établi qu'ils seraient assujettis à la TVA, la société requérante n'ayant apporté aucun élément complémentaire à sa requête dans laquelle elle indiquait interroger les individus afin d'obtenir leur statut fiscal.
S'agissant de la TVA déduite sur les achats de palettes auprès d'entreprises :
8. L'administration ayant abandonné les rehaussements opérés à hauteur de 5 672 euros au titre de 2015 et 3 983 euros au titre de de 2016, la demande de décharge concernant ces sommes est sans objet. S'agissant de la TVA déductible afférente aux factures émises par la SARL BBC Distribution datées des 15 janvier et 3 avril 2017, l'administration a refusé de les inclure dans le dégrèvement opéré au motif que leur émission était postérieure au jugement de liquidation judiciaire du fournisseur en date du 15 décembre 2016.
9. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () ".
10. Un assujetti, quelle que soit l'activité qu'il a exercée, doit être regardé comme ayant perdu la qualité de redevable lorsqu'il n'est plus en mesure de réaliser aucune opération donnant lieu à collecte de TVA. Tel est le cas lorsque non seulement l'assujetti ne peut plus effectuer aucune des opérations qui constituaient son activité normale, soit qu'il ait cédé l'ensemble des marchandises qu'il avait pour objet de vendre, soit qu'il ait cessé totalement d'effectuer les prestations de services qu'il avait pour objet de rendre, mais également ne dispose plus de biens, stocks ou éléments d'actif immobilisé, dont la cession est soumise à la perception de TVA.
11. Il résulte de l'instruction que la société BBC Distribution, si elle a été placée en liquidation judiciaire le 15 décembre 2016 impliquant en principe toute cessation d'activité, n'a été radiée du registre du commerce et des sociétés que le 2 mai 2017 et il n'est ni établi ni même allégué que la société BBC Distribution ne disposait plus durant cette période de biens, stocks ou éléments d'actif immobilisé, dont la cession est soumise à la perception de TVA. Par ailleurs, il n'incombait pas à la SARL GW Oscar Emballages, dès lors que le fournisseur en cause se présentait comme assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée et qu'il n'était pas manifeste qu'il y échappât, de vérifier la réalité de cet assujettissement. Enfin, l'administration ne remet pas en cause la réalité des prestations facturées. Dans ces conditions, c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de la TVA s'agissant de ces factures pour un montant total de 1 682 euros.
S'agissant de l'impôt sur les sociétés :
12. D'une part, si la SARL GW Oscar Emballages demande à titre subsidiaire que les loyers Falck soient pris en compte pour leur montant TTC, l'administration fait valoir sans être contredite que la société ayant bénéficié de la cascade prévue à l'article L. 77 du livre des procédures fiscales, elle se trouve dans une situation identique à celles où les taxes rappelées auraient été, à l'origine, régulièrement acquittées. D'autre part, la charge correspondant à l'achat du chariot élévateur d'occasion ne peut être admise en déduction en l'absence de production par la contribuable de la facture rectificative émise par le fournisseur Nimobat et libellée à son nom annoncée dans ses écritures. Par suite, la demande de décharge, qui ne figure au demeurant que dans le corps de la requête de la société et n'est pas reprise dans ses conclusions, alors que les avis de mise en recouvrement contestés ne portaient que sur de la taxe sur la valeur ajoutée, ne peut qu'être rejetée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL GW Oscar Emballages est uniquement fondée à demander la décharge des rappels de TVA pour un montant de 1 682 euros ainsi que des intérêts et pénalités correspondants. En revanche, en l'absence de litige né et actuel entre le comptable public et la requérante concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions tendant au versement par l'Etat d'intérêts moratoires ne sont pas recevables. Par ailleurs, les conclusions à fin de décharge étant rejetées pour l'essentiel, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui ne peut être considéré comme la partie perdante dans le cadre de la présente instance, la somme que la SARL GW Oscar Emballages sollicite au titre des frais exposés pour assurer sa défense et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL GW Oscar Emballages est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 pour un montant de 1 682 euros en droits ainsi que des intérêts et pénalités correspondants.
Article 2 : Le surplus de la requête de la SARL GW Oscar Emballages est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL GW Oscar Emballages et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Delage, président ;
- Mme Florent, première conseillère ;
- M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
J. ALe président,
Signé
Ph. Delage
La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026