jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2008182 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DIANE LEMOINE ET FLORENCE MONTEILLE |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2020 sous le n° 2008182, M. C B, représenté par Me Monteille, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2020 par laquelle le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 18 août 2020 ;
2°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 18 644,50 euros au titre du préjudice financier subi du fait de son licenciement injustifié ;
3°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral qu'il a subi ;
4°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 3 728,51 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis et des congés payés afférents qu'il aurait dû percevoir ;
5°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de sa perte de chance ;
6°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 5 000 euros au titre du harcèlement moral dont il a été victime ;
7°) de mettre à la charge du CNRS la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son licenciement repose uniquement sur sa non-réinscription en troisième année de thèse, qui n'a pas été motivée ;
- ce refus de réinscription est infondé, dès lors qu'il s'est fortement investi dans sa thèse et a produit un travail de qualité ;
- son directeur de thèse, qui ne disposait pas des qualifications requises pour assurer l'encadrement de sa thèse, ne lui a apporté aucune aide ni soutien, lui a donné des injonctions contradictoires, s'est totalement désintéressé de ses travaux et s'est en outre montré humiliant et inefficace ;
- malgré ses alertes auprès du CNRS et de l'université, aucune mesure n'a été prise pour lui permettre de poursuivre sa thèse dans des conditions satisfaisantes, et la situation n'a eu de cesse de se dégrader jusqu'à ce qu'un avis négatif injustifié soit émis quant à la poursuite de son doctorat, entraînant son licenciement ;
- il a été victime de harcèlement moral ;
- la responsabilité du CNRS est engagée, en tant qu'employeur, du fait des fautes commises par son directeur de thèse ainsi que par les autres encadrants ;
- il subit, du fait de son licenciement injustifié, un préjudice financier correspondant à la perte de la rémunération à laquelle il aurait pu prétendre jusqu'à la fin de son contrat en octobre 2020, soit la somme de 16 947,80 euros, outre 1 694,70 euros au titre des congés payés afférents ;
- il subit également un préjudice moral, évalué à 10 000 euros, en raison des conséquences de ce licenciement dans sa vie professionnelle et personnelle ;
- il est fondé à obtenir la somme de 3 389,56 euros au titre de l'indemnité compensatrice de préavis dont il aurait dû bénéficier, outre 338,95 euros au titre des congés payés afférents ;
- il subit un préjudice lié à la perte de chance de se prévaloir d'un doctorat dans le cadre de sa carrière professionnelle, évalué à 5 000 euros ;
- le harcèlement moral dont il a été victime durant ses deux années de doctorat doit être indemnisé par le versement d'une indemnité de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2021, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- en application de l'article 3 du décret du 23 avril 2009, le CNRS était tenu de mettre fin, de plein droit, au contrat de M. B dont l'inscription en doctorat n'a pas été renouvelée, et cette décision n'avait pas à être motivée ;
- contrairement à ce que soutient M. B, il a bénéficié d'un suivi régulier tout au long de sa thèse, mais malgré cet accompagnement son travail n'a pas été jugé satisfaisant pour la poursuite de sa thèse à l'issue de la deuxième année ;
- dès le début de sa thèse, des difficultés sont apparues et un suivi personnalisé a été mis en place ;
- les griefs du requérant à l'encontre de son directeur de thèse ne sont pas établis ;
- M. B n'établit pas la réalité du harcèlement moral dont il dit avoir été victime ;
- aucune faute n'ayant été commise par le CNRS, sa responsabilité ne peut en conséquence être engagée ;
- son licenciement étant fondé, le requérant ne peut se prévaloir d'un préjudice financier ;
- le préjudice moral allégué n'est pas établi ;
- la demande formée au titre de l'indemnité compensatrice de préavis et des congés payés afférents est dépourvue de fondement légal ;
- M. B ne peut invoquer un préjudice résultant d'une perte de chance de se prévaloir d'un doctorat dès lors que l'arrêt de sa thèse résulte de ses propres difficultés ;
- en l'absence de tout agissement de harcèlement moral, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.
Par une ordonnance du 12 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2022.
II - Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février 2021 et 6 décembre 2022 sous le n° 2101073, M. C B, représenté par Me Monteille, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'université Paris-Saclay a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 27 novembre 2020, reçue le 30 novembre suivant ;
2°) de condamner l'université Paris-Saclay à lui verser la somme de 18 644,50 euros au titre du préjudice financier subi du fait de son licenciement injustifié ;
3°) de condamner l'université Paris-Saclay à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral qu'il a subi ;
4°) de condamner l'université Paris-Saclay à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de sa perte de chance ;
5°) de mettre à la charge de l'université Paris-Saclay la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision refusant sa réinscription en troisième année de thèse, qui a été le fondement de son licenciement, n'est pas motivée ;
- elle est injustifiée, dès lors qu'il s'est fortement investi dans sa thèse et a produit un travail de qualité ;
- son directeur de thèse, qui ne disposait pas des qualifications requises pour assurer l'encadrement de sa thèse, ne lui a apporté aucune aide ni soutien, lui a donné des injonctions contradictoires, s'est totalement désintéressé de ses travaux et s'est en outre montré humiliant et inefficace ;
- malgré ses alertes auprès du CNRS et de l'université, aucune mesure n'a été prise pour lui permettre de poursuivre sa thèse dans des conditions satisfaisantes, et la situation n'a eu de cesse de se dégrader jusqu'à ce qu'un avis négatif injustifié soit émis quant à la poursuite de son doctorat, entraînant son licenciement ;
- il a été victime de harcèlement moral ;
- il subit, du fait de son licenciement injustifié, un préjudice financier correspondant à la perte de la rémunération à laquelle il aurait pu prétendre jusqu'à la fin de son contrat en octobre 2020, soit la somme de 16 947,80 euros, outre 1 694,70 euros au titre des congés payés afférents ;
- il subit également un préjudice moral, évalué à 10 000 euros, en raison des conséquences de ce licenciement dans sa vie professionnelle et personnelle ;
- il subit en outre un préjudice lié à la perte de chance de se prévaloir d'un doctorat dans le cadre de sa carrière professionnelle, évalué à 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 et 14 novembre 2022, l'université Paris-Saclay conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 254,82 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de réinscription de M. B en troisième année de doctorat est motivée ;
- elle est justifiée et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation, au regard des difficultés rencontrées par le requérant dans le déroulement de sa thèse et de son comportement peu conciliant ;
- le directeur de thèse de M. B disposait bien de la qualité pour encadrer son travail, une décision du 23 octobre 2017 lui ayant accordé une autorisation dérogatoire pour diriger des recherches ;
- M. B n'établit pas le défaut d'encadrement allégué, et il ne démontre pas davantage l'existence de faits de harcèlement moral ;
- en l'absence de toute faute, la responsabilité de l'université Paris-Saclay ne peut être engagée.
La procédure a été communiquée au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 6 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 janvier 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat ;
- le décret n° 2009-464 du 23 avril 2009 relatif aux doctorants contractuels des établissements publics d'enseignement supérieur ou de recherche ;
- l'arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, inscrit en doctorat à l'université Paris-Saclay, a été recruté par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à compter du 1er novembre 2017 pour une durée de trois ans en qualité de doctorant contractuel en vue de préparer un doctorat portant sur "l'enrichissement automatique des scripts de séries TV ", au sein du laboratoire d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur (LIMSI) de l'université Paris-Saclay. Par un avenant du 29 août 2018, son contrat de travail a été prolongé pour une durée d'un an à compter du 1er janvier 2018. Par un courrier du 25 novembre 2019, le directeur de l'école doctorale des sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC) a informé M. B qu'il ne proposerait pas sa réinscription en thèse pour l'année universitaire 2019-2020 à l'université Paris-Saclay. Par une décision du 20 décembre 2019, remise en main propre le même jour, le CNRS a prononcé son licenciement, à compter du 21 février 2020. Le CNRS ayant fait droit à la demande de dispense de préavis formée par M. B, son licenciement a finalement pris effet au 1er janvier 2020. Par un courrier du 18 août 2020, M. B a adressé au CNRS une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir la réparation des préjudices subis du fait des fautes commises par le CNRS, tenant au caractère injustifié de son licenciement, à l'encadrement défaillant de son directeur de thèse et au harcèlement moral dont il a été victime. Cette demande a été rejetée par une décision du CNRS du 12 octobre 2020. Par une requête enregistrée sous le n° 2008182, M. B demande la condamnation du CNRS à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis, à hauteur de la somme totale de 42 373,01 euros. Par ailleurs, par un courrier du 27 novembre 2020, reçu le 30 novembre suivant, M. B a adressé à l'université Paris-Saclay une demande indemnitaire préalable afin de solliciter l'indemnisation des préjudices subis du fait du non-renouvellement de son inscription en troisième année de thèse et du harcèlement moral dont il a été victime. Une décision implicite de rejet est née le 30 janvier 2021 du silence gardé par l'université Paris-Saclay sur cette demande. Par une requête enregistrée sous le n° 2101073, M. B demande la condamnation de l'université Paris-Saclay à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis, à hauteur de la somme totale de 33 644,50 euros. Les requêtes, enregistrées sous les n°s 2008182 et 2101073, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision du CNRS du 12 octobre 2020 rejetant la demande indemnitaire préalable présentée par M. B, ainsi que la décision implicite de rejet née le 30 janvier 2021 du silence gardé par l'université Paris-Saclay sur la demande indemnitaire préalable, adressée par M. B le 27 novembre 2020 et reçue le 30 novembre suivant, ont pour seul effet de lier le contentieux. Leur annulation ne saurait être utilement demandée. Par suite, les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de ces deux décisions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité de l'université Paris-Saclay :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 11 de l'arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " () L'inscription est renouvelée au début de chaque année universitaire par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale, après avis du directeur de thèse et, à partir de la troisième inscription, du comité de suivi individuel du doctorant. En cas de non-renouvellement envisagé, après avis du directeur de thèse, l'avis motivé est notifié au doctorant par le directeur de l'école doctorale. Un deuxième avis peut être demandé par le doctorant auprès de la commission recherche du conseil académique ou de l'instance qui en tient lieu, dans l'établissement concerné. La décision de non-renouvellement est prise par le chef d'établissement, qui notifie celle-ci au doctorant. () ".
4. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 25 novembre 2019, le directeur de l'école doctorale des sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC) de l'université Paris-Saclay a informé M. B qu'il ne proposerait pas sa réinscription en thèse pour l'année universitaire 2019-2020. Cette décision précise que l'école doctorale a pris connaissance du rapport à mi-parcours rédigé par le comité de suivi, dans lequel de graves inquiétudes ont été exprimées, partagées par ses encadrants. Le directeur de l'école doctorale ajoute que les discussions qui ont suivi lors de la procédure de médiation n'ont pas permis de lever ces inquiétudes, et que par ailleurs M. B a refusé de se présenter à la dernière réunion de médiation. Il résulte également de l'instruction que le rapport de suivi de mi-parcours, auquel fait référence la décision du 25 novembre 2019, a été adressé par mail au requérant le 25 octobre 2019, un mois seulement avant cette décision. Enfin, par un mail du 18 octobre 2019, le directeur de thèse de M. B lui a indiqué que conformément au rapport de suivi de mi-parcours et à ce qui lui avait déjà été indiqué à plusieurs reprises oralement, il n'autoriserait pas sa réinscription en troisième année de thèse. Par suite, M. B, qui avait connaissance du rapport de suivi de mi-parcours, n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant sa réinscription en troisième année de thèse ne serait pas suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le doctorant est placé sous le contrôle et la responsabilité d'un directeur de thèse. La direction scientifique du projet doctoral peut être éventuellement assurée conjointement avec un codirecteur. (). / Les fonctions de directeur ou de codirecteur de thèse peuvent être exercées : / 1° Par les professeurs et personnels assimilés au sens de l'article 6 du décret n° 92-70 relatif au Conseil national des universités et de l'article 5 du décret n° 87-31 pour les disciplines de santé, ou par des enseignants de rang équivalent qui ne relèvent pas du ministère de l'enseignement supérieur, par les personnels des établissements d'enseignement supérieur, des organismes publics de recherche et des fondations de recherche, titulaires d'une habilitation à diriger des recherches ; / 2° Par d'autres personnalités, titulaires d'un doctorat, choisies en raison de leur compétence scientifique par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale et après avis de la commission de la recherche du conseil académique ou de l'instance en tenant lieu dans l'établissement d'inscription. () ".
6. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 23 octobre 2017, le président de l'université Paris-Saclay a accordé à M. A une autorisation dérogatoire pour diriger un(e) doctorant(e) au sein de l'école doctorale STIC. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que son directeur de thèse n'était pas habilité à diriger ses recherches. Par ailleurs, M. B n'établit pas s'être vu imposer, ainsi qu'il l'allègue, un nouvel encadrant qu'il n'avait pas choisi à la place de la personne qui avait initialement été envisagée pour l'encadrer dans le cadre de sa thèse.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. B, qui a débuté sa thèse en novembre 2017, a rapidement rencontré des difficultés, qui ont conduit ses deux encadrants, M. A, son directeur de thèse, et Mme D, co-encadrante, après six mois de thèse, à faire appel à la commission " doctorants " au sein du laboratoire, afin notamment de renforcer la communication avec M. B et de lui apporter des conseils. Il ressort du rapport du comité d'évaluation de suivi de mi-parcours, rédigé le 28 juin 2019 à la suite de la soutenance orale de M. B le 18 juin 2019, que ses " perspectives de recherche sont encore un peu vagues et nécessiteraient d'être précisées ", et qu'" il est très difficile de trouver l'apport et les contributions réelles proposées par le doctorant ". Les membres du comité d'évaluation relèvent que " le cœur scientifique de la thèse, et la contribution du doctorant au projet général ne sont pas, à ce stade, suffisamment clairs, et la présentation qu'il en fait ne permet pas d'éclaircir ces points. Ceci est aussi reflété par la faiblesse de la production scientifique () ". En synthèse, il est indiqué que " le rapport écrit et la présentation orale ont permis de détailler le travail fait par Benjamin B depuis le début de sa thèse, qui s'apparente plus à un état de l'art et à la présentation des travaux sur lesquels il s'appuie, ou compte s'appuyer. (). Cependant, à ce stade, les rapporteurs tiennent à exprimer leur forte inquiétude par rapport à la réalité d'une soutenance dans un avenir raisonnable. Le doctorant doit vraiment se poser la question de l'orientation qu'il veut prendre pour son avenir, étant donné les inquiétudes qui ont été soulevées, tant de la part des encadrants que des rapporteurs. ". Dans un courrier adressé le 22 novembre 2019 à l'école doctorale, les deux encadrants de M. B indiquent avoir fait part à ce dernier, dès le mois d'avril 2018, de leurs inquiétudes quant à sa capacité à mener un travail de recherche scientifique. Ils précisent avoir à deux reprises, à l'été puis à l'automne 2018, fait appel à la commission " doctorants " afin de débloquer une situation qui continuait à être problématique, en raison d'un manque d'organisation, de difficultés de communication et d'une absence de résultats scientifiques. Ils relèvent qu'un an après le début de sa thèse, M. B n'était toujours pas en mesure de décrire précisément les verrous scientifiques abordés dans son projet doctoral, et que le suivi approfondi à mi-parcours a alors été fixé comme une échéance permettant au requérant de convaincre du bien-fondé d'une inscription en troisième année. Ils indiquent toutefois que le rapport négatif à l'issue de ce suivi, lequel a préconisé un arrêt anticipé de la thèse de doctorat, a confirmé leurs doutes et les a conduits à ne pas souhaiter continuer à diriger M. B.
8. Il résulte également de l'instruction que M. B ayant fait part à la directrice-adjointe du LIMSI, le 16 septembre 2019, de difficultés dans le déroulement et dans l'encadrement de sa thèse, il lui a été proposé de mettre en place la procédure de conciliation prévue par le règlement intérieur de l'école doctorale, à laquelle l'intéressé a toutefois refusé de participer en ne se rendant pas à la réunion prévue le 21 novembre 2019.
9. Compte-tenu de ces éléments, et au regard des difficultés rencontrées par M. B dans le déroulement de sa thèse, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le directeur de l'école doctorale a refusé de proposer sa réinscription en troisième année de thèse.
10. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait été victime, durant le déroulement de sa thèse, d'un défaut d'encadrement de la part de son directeur de thèse. Il résulte au contraire de ce qui a été dit au point 7 que ses encadrants ont mis en place un accompagnement renforcé afin de l'aider dans ses travaux. M. B fait par ailleurs état de réunions hebdomadaires sur son travail. Il a en outre été autorisé, à l'issue de sa soutenance de mi-parcours, à remettre un nouveau document écrit présentant son travail. Des réunions ont également été organisées à la rentrée 2019 et une procédure de conciliation a été engagée. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que le requérant aurait été victime d'un manque de soutien et d'un désintérêt de la part de son directeur de thèse, ou qu'il aurait reçu de celui-ci des injonctions contradictoires. Dès lors, M. B n'établit pas que l'université Paris-Saclay aurait commis des fautes en ne lui permettant pas d'effectuer sa thèse dans des conditions satisfaisantes.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique, qui reprend les dispositions du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".
12. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Enfin, pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
13. M. B soutient qu'il n'a pas bénéficié d'un encadrement lui permettant de mener à bien sa thèse, qu'il a été délaissé par l'université en dépit de ses alertes sur les difficultés rencontrées avec son directeur de thèse, et qu'aucune solution n'a été mise en œuvre pour prévenir une atteinte à sa santé et à sa sécurité. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 10, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait été victime d'un défaut d'encadrement ou de suivi de la part de son directeur de thèse. Il ne soumet par ailleurs au tribunal aucun élément de fait de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral. Par suite, M. B n'établit pas avoir fait l'objet d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de l'université Paris-Saclay.
14. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'université Paris-Saclay, les conclusions indemnitaires présentées à son encontre par M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité du CNRS :
15. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 23 avril 2009 relatif aux doctorants contractuels des établissements publics d'enseignement supérieur ou de recherche : " Le président ou le directeur de l'établissement recrute le doctorant contractuel par contrat d'une durée de trois ans, sur proposition du directeur de l'école doctorale, après avis du directeur de thèse et du directeur de l'unité ou équipe de recherche concernée. / Le contrat doctoral est écrit, il précise sa date d'effet, son échéance et les activités confiées au doctorant contractuel prévues à l'article 5. La nature et la durée de ces activités peuvent être modifiées chaque année par avenant, après avis du directeur de l'école doctorale et du directeur de thèse. / Il prend effet dans l'année qui suit la première inscription en doctorat, sauf dérogation accordée par le conseil académique ou, dans les établissements non dotés d'un conseil académique, par le conseil scientifique de l'établissement employeur ou par l'organe en tenant lieu, siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs et personnels assimilés. / () Si l'inscription en doctorat n'est pas renouvelée, il est mis fin de plein droit au contrat de doctorant contractuel. Dans l'hypothèse où ce non-renouvellement est à l'initiative de l'établissement, la rupture du contrat s'effectue dans les conditions et avec les indemnités prévues au chapitre II du titre XI et au titre XII du décret du 17 janvier 1986 susvisé. ".
16. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 20 décembre 2019, le président du CNRS a mis fin de manière anticipée au contrat de travail de M. B, au motif que l'intéressé n'avait pas été réinscrit en troisième année de thèse au titre de l'année universitaire 2019-2020. Compte-tenu du non renouvellement de son inscription en doctorat, le président du CNRS était tenu, en application des dispositions de l'article 3 du décret du 23 avril 2009 cité au point précédent, de mettre fin, au contrat de doctorant contractuel de M. B. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision de licenciement serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.
17. En deuxième lieu, M. B soulève, par voie d'exception, l'illégalité de la décision par laquelle l'université Paris-Saclay a refusé sa réinscription en troisième année de thèse. Il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points 4 à 10 du présent jugement que l'université n'a commis aucune faute en refusant la réinscription de l'intéressé en troisième année de thèse.
18. En dernier lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 13, M. B n'établit pas avoir fait l'objet d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part du CNRS.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute du CNRS. Par suite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'université Paris-Saclay et du CNRS, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que demande l'université Paris-Saclay au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'université Paris-Saclay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à l'université Paris-Saclay et au Centre national de la recherche scientifique.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
V. Caron
La présidente,
signé
C. Grenier
La greffière,
signé
A. Esteves
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2008182, 2101073
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026