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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008305

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008305

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008305
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP HORNY-MONGIN-SERVILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2020, M. B A, représenté par Me Servillat, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Massy à lui payer la somme de 19 914,50 euros en réparation des préjudices résultant de l'accident dont il a été victime le 3 novembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 600 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime d'une chute en circulant sur la voie publique, en tombant au travers d'une trappe située sur le trottoir ouverte par un ouvrier travaillant pour le compte de la commune ;

- la responsabilité sans faute de la commune est engagée dès lors qu'il a la qualité de tiers aux travaux publics entrepris par celle-ci ;

- il a subi des préjudices directement liés à cette faute, qu'il évalue à 13 440 euros au titre des pertes de salaire et de l'incidence professionnelle, à 474,50 euros au titre de la gêne temporaire partielle, à 2 000 euros au titre des souffrances endurées, à 2 000 euros au titre de l'atteinte à l'intégrité physique et psychique, et à 2 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire enregistré le 26 mai 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Essonne a fait valoir sa créance et conclut :

- à la condamnation de la commune de Massy à lui payer la somme de 8 326,87 euros, sous réserve des prestations non encore connues, au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal ;

- à la condamnation du centre hospitalier à lui payer l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- à ce que soit mis à la charge de l'établissement le versement de la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la responsabilité de la commune est engagée en raison de l'accident dont a été victime M. A ;

- sa créance est constituée des frais médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage ainsi que d'indemnités journalières.

La requête a été communiquée à la commune de Massy qui, malgré une mise en demeure adressée le 16 septembre 2022, n'a produit aucune observation.

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le rapport d'expertise réalisé le 8 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 novembre 2017, alors qu'il marchait sur un trottoir sur le marché Narbonne de la commune de Massy, M. A a fait une chute en tombant au travers d'une trappe ouverte par un ouvrier qui effectuait des travaux. Par un courrier du 3 août 2020 réceptionné le 6 août suivant, il a présenté une demande préalable indemnitaire auprès de la commune qui a été rejetée implicitement. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune de Massy à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de cet accident.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". En vertu de ces dispositions, d'une part, une mise en demeure peut être adressée à la partie appelée à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction qui n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet et, d'autre part, si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les écritures du requérant. Néanmoins, cette circonstance ne dispense pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit qu'il invoque.

3. En l'espèce, la commune de Massy a été mise en demeure de produire ses observations le 16 septembre 2022. Cette mise en demeure est restée sans effet. Dans ces conditions, elle est réputée, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par M. A non contredits par les pièces du dossier.

Sur la responsabilité de la commune :

4. Même en l'absence de faute, le maître de l'ouvrage et les entrepreneurs sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par un accident lors de l'exécution de travaux publics, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Il appartient au tiers d'opérations de travaux publics qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics d'établir, notamment, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des attestations produites par le requérant, que M. A a été victime le 3 novembre 2017 d'une chute causée par l'ouverture d'une trappe, non signalée, sur un trottoir de la place du marché Narbonne à Massy, lors de travaux sur le réseau d'électrique et de télécommunication réalisés par une entreprise pour le compte de la commune. Les explications précises de l'intéressé, corroborées par les pièces qu'il produit et qui ne sont nullement contestées, permettent de tenir pour établis la matérialité et le lieu de survenance de l'accident évoqué, ainsi que le lien de causalité entre ce dernier et les travaux publics, à l'égard desquels M. A à la qualité de tiers.

6. Par suite, le requérant est fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Massy à raison des dommages qu'il a subis du fait de l'accident dont il a été victime le 3 novembre 2017.

Sur les préjudices :

S'agissant de la perte de gains professionnels :

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. A, qui occupait un emploi d'agent d'entrée et de sortie, n'a pu exercer aucune activité professionnelle à compter de la date de l'accident, le 3 novembre 2017, puis a repris son activité le 16 avril 2018. Il peut prétendre à une indemnisation des pertes de gains professionnels directement liés à l'accident, subis du 3 novembre 2017 au 15 avril 2018. Il sera fait une juste appréciation des revenus mensuels de M. A avant son accident en les évaluant à la somme de 1 599,27 euros nets correspondant aux revenus mentionnés dans ses bulletins de paie des mois de juillet à novembre 2017.

8. Durant la période de référence, M. A a perçu 3 379,02 euros nets. Il a ainsi subi des pertes de revenus qui peuvent être évaluées, eu égard à son revenu mensuel moyen antérieur, à la somme de 6 216,60 euros nets. La CPAM de l'Essonne lui a versé au cours de cette période des indemnités journalières d'un montant total de 7 433,08 euros. Par suite, son préjudice a été intégralement réparé par les indemnités journalières. En revanche, doit être mis à la charge de la commune de Massy au titre de ce poste de préjudice, le versement à la CPAM de l'Essonne d'une indemnité de 7 433,08 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

9. Si M. A sollicite la condamnation de la commune de Massy à réparer le préjudice qui correspondrait aux conséquences de l'accident sur son avancement, il ne produit aucun élément de nature à démontrer la réalité et l'étendue d'un tel préjudice. Par suite, les conclusions présentées par M. A au titre de ce poste de préjudice doivent être rejetées.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

10. L'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire (DFT) de 25% du 3 au 10 novembre 2017, et de 10% du 11 novembre 2017 au 3 mai 2018. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à l'intéressé la somme de 256 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

11. Il résulte de l'instruction que M. A a souffert en raison notamment des contraintes liées aux soins, de l'immobilisation du genou, des déplacements à l'aide de béquilles, de douleurs costales et de souffrances morales. L'expert a évalué ce préjudice à 1,5 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à l'intéressé la somme de 1 400 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

12. Il résulte de l'instruction qu'à la date de consolidation du dommage le 3 mai 2018, l'intéressé était âgé de cinquante-huit ans. Le déficit fonctionnel permanent a été fixé à 2% par l'expert en raison d'une gêne modérée costale et d'une gonalgie gauche. Il y a lieu d'allouer à ce titre à M. A la somme de 2 500 euros.

S'agissant du préjudice moral :

13. Si M. A se prévaut d'un préjudice moral, il ne justifie à ce titre d'aucun préjudice distinct des souffrances morales déjà indemnisées au titre des souffrances endurées. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Massy à verser à M. A la somme totale de 4 156 euros.

Sur les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

15. Il résulte de l'instruction que la CPAM de l'Essonne a versé au bénéfice de M. A, son assuré, la somme de 893,79 euros au titre des frais médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage. Il résulte en outre de ce qui a été précédemment exposé au point 8 qu'elle a également versé des indemnités journalières pour un montant de 7 433,08 euros.

16. Elle produit une attestation d'imputabilité qui établit la réalité de ces dépenses et leur imputabilité à l'accident en cause.

17. Par suite, la CPAM de l'Essonne est fondée à obtenir de la commune de Massy le remboursement de la somme totale de 8 326,87 euros en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 mai 2021, date d'enregistrement de son mémoire.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

18. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM de l'Essonne est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 162 euros. Il y a lieu de mettre le versement de cette indemnité à la charge de la commune de Massy.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Massy le versement à M. A de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

20. La CPAM de l'Essonne, qui s'est défendue sans l'intermédiaire d'un avocat, ne justifie d'aucun frais exposé et non compris dans les dépens. Les conclusions qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Massy est condamnée à verser à M. A la somme de 4 156 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : La commune de Massy est condamnée à verser à la CPAM de l'Essonne la somme de 8 326,87 euros en remboursement de ses frais et débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 mai 2021.

Article 3 : La commune de Massy versera à la CPAM de l'Essonne la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : La commune de Massy versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par la CPAM de l'Essonne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Massy et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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