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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008350

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008350

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008350
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation7éme chambre
Avocat requérantCABINET ARSENE TAXAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 décembre 2020 et 28 juillet 2021, la société civile immobilière (SCI) Union technique automobile motocycle cycle, représentée par Me Janoray, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des rappels de taxe annuelle sur les bureaux en Ile-de-France auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) d'enjoindre à l'administration fiscale de lui rembourser la somme de 102 854 euros, portant intérêts moratoires en application du premier alinéa de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- les surfaces des locaux bâtis autres que de bureaux nouvellement prises en compte par le service à hauteur de 11 907 m2 n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe annuelle sur les surfaces de bureaux prévue par les dispositions de l'article 231 ter du code général des impôts dès lors que les locaux concernés sont à usage industriel ; en toute hypothèse, ces locaux ne sont pas accessibles au public ; en outre, à supposer même que les locaux industriels sont assimilables à des locaux commerciaux auxquels le public aurait accès et seraient ainsi soumis à la taxe annuelle sur les surfaces de bureaux, ils doivent être considérés comme étant affectés à une activité de production ou de transformation de biens ; elle se prévaut de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013 (n°s 100, 110, 130, 340, 350) et au BOI-IF-AUT-50-10 du 19 février 2020 (n°s 1, 10, 100, 110, 130) ;

- à défaut de locaux commerciaux au sens des dispositions du 2° du II de l'article 231 ter du code général des impôts, aucune surface accessoire à ces locaux ne peut être retenue dans la base taxable à la taxe annuelle sur les surfaces de bureaux ; ainsi, les pistes et l'autodrome doivent être exclus de la base imposable à cette taxe ;

- le calcul des surfaces des locaux bâtis autres que de bureaux retenu par le service est erroné ; les plans réalisés par un géomètre-expert montrent que les surfaces de commerce au sens de la taxe annuelle sur les surfaces de bureaux s'étendent à 1 266 m2 et non à 11 907 m2.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juin 2021 et 3 août 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public,

- et les observations de Me Drouillard, substituant Me Janoray, représentant la SCI Union technique automobile motocycle cycle.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Union technique automobile motocycle cycle, qui est propriétaire d'un ensemble immobilier situé à Linas-Montlhéry (Essonne), a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2016 et 2017. A l'issue de ce contrôle, le service l'a informée, par une proposition de rectification en date du 13 décembre 2019, qu'il envisageait de mettre à sa charge des rappels de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureau, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, assortis d'intérêts de retard. Après avoir obtenu un dégrèvement partiel des impositions litigieuses par une décision du 23 octobre 2020, la SCI Union technique automobile motocycle cycle doit être regardée comme demandant la décharge des rappels et intérêts de retard laissés à sa charge ainsi que le remboursement de la somme de 102 854 euros dont elle s'est acquittée, assortie d'intérêts moratoires.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

3. Il n'est pas contesté que la SCI Union technique automobile motocycle cycle n'a pas répondu à la proposition de rectification qui lui a été régulièrement notifiée. Par suite, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions en litige incombe à la société requérante.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts : " I. - Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne () / II. - Sont soumises à la taxe les personnes privées ou publiques qui sont propriétaires de locaux imposables () / La taxe est acquittée par le propriétaire () qui dispose, au 1er janvier de l'année d'imposition, d'un local taxable. / III. - La taxe est due : / 1° Pour les locaux à usage de bureaux () / 2° Pour les locaux commerciaux, qui s'entendent des locaux destinés à l'exercice d'une activité de commerce de détail ou de gros et de prestations de services à caractère commercial ou artisanal ainsi que de leurs réserves attenantes couvertes ou non et des emplacements attenants affectés en permanence à la vente ; / 3° Pour les locaux de stockage, qui s'entendent des locaux ou aires couvertes destinés à l'entreposage de produits, de marchandises ou de biens et qui ne sont pas intégrés topographiquement à un établissement de production ; / 4° Pour les surfaces de stationnement, qui s'entendent des locaux ou aires, couvertes ou non couvertes annexées aux locaux mentionnés aux 1° à 3°, destinés au stationnement des véhicules, qui ne sont pas intégrés topographiquement à un établissement de production. / IV. - Pour le calcul des surfaces visées au 3° du V et au VI, il est tenu compte de tous les locaux de même nature, hors parties communes, qu'une personne privée ou publique possède à une même adresse ou, en cas de pluralité d'adresses, dans un même groupement topographique. () / V. - Sont exonérés de la taxe : / () 3° Les locaux à usage de bureaux d'une superficie inférieure à 100 mètres carrés, les locaux commerciaux d'une superficie inférieure à 2 500 mètres carrés, les locaux de stockage d'une superficie inférieure à 5 000 mètres carrés et les surfaces de stationnement de moins de 500 mètres carrés () ". Pour l'application de ces dispositions, seule doit être prise en compte l'utilisation effective des locaux au 1er janvier de l'année d'imposition, soit comme bureaux, soit pour la réalisation d'une activité de commerce ou de prestation de services à caractère commercial ou artisanal.

5. Il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification en date du 13 décembre 2019, que le service vérificateur a présenté à la SCI Union technique automobile motocycle cycle, le 29 octobre 2018, une demande de renseignements afin qu'elle lui transmette la liste et le descriptif de tous les locaux qu'elle possédait sur le site. La société a transmis, le 4 décembre 2018, un tableau récapitulant les locaux qu'elle possédait, mais n'a pas été en mesure de différencier la nature réelle des locaux et de l'activité exercée au sein d'un même bâtiment. Le 21 janvier 2019, afin d'obtenir plus de précisions, le service vérificateur lui a adressé une demande de renseignements complémentaires, à laquelle elle n'a toutefois pas répondu.

6. En s'appuyant sur l'application Majic, qui recense la liste des locaux détenus par chaque propriétaire, ainsi que sur le site internet www.parisautoevents.com/autodrome-de-linas-monthery, qui décrit de manière détaillée l'autodrome, le service vérificateur a, d'une part, considéré que les divers bâtiments et l'autodrome dont la SCI Union technique automobile motocycle cycle était propriétaire au 1er janvier des années d'imposition revêtaient un caractère commercial et, d'autre part, estimé la surface des bâtiments et de l'autodrome constituant l'assiette de la taxe annuelle sur les bureaux en Ile-de-France prévue par les dispositions précitées de l'article 231 ter du code général des impôts, à laquelle la société a été assujettie, était respectivement de 11 907 m2 et de 214 220 m2.

S'agissant des divers bâtiments d'une surface de totale de 11 907 m2 :

7. En premier lieu, afin de démontrer que les bâtiments d'une surface totale de 11 907 m2 revêtent un caractère industriel et seraient, de la sorte, exclus du champ de la taxe prévue par les dispositions précitées de l'article 231 ter du code général des impôts, la société requérante produit notamment un constat d'huissier daté du 18 septembre 2020, une lettre de mission géomètre-expert datée du 13 novembre 2020, un devis daté du 8 décembre 2020 ainsi que des plans et tableaux établis en 2021. Toutefois, aucun de ces documents, au demeurant postérieurs aux années d'imposition en litige, ne permet d'établir que les bâtiments en cause revêtiraient un caractère industriel, ni, en tout état de cause, qu'ils constitueraient un établissement de production au sens des dispositions précitées de l'article 231 ter du code général des impôts. En particulier, si le constat d'huissier mentionne à quelques reprises le terme " industriel ", rien n'indique que les activités effectivement exercées dans ces bâtiments au 1er janvier 2016 et au 1er janvier 2017 consistaient en la fabrication ou la transformation de biens corporels. Les plans établis en 2021 par un géomètre-expert ne permettent pas davantage de l'établir dès lors qu'ils ne contiennent aucune indication précise sur les activités exercées, comme le fait valoir l'administration fiscale. Par ailleurs, la société requérante ne conteste pas utilement que diverses prestations commerciales en direction des entreprises étaient réalisées au sein de ses locaux à savoir la location de l'autodrome dans le cadre de séminaires, d'évènements, de conventions, de la présentation de produits, l'organisation de formations en direction des professionnels du secteur automobile, des tournages " photo/vidéo " ou encore des journées de roulage pour les clubs. Dans ces conditions, les bâtiments en cause dont il résulte de l'instruction qu'ils constituent des locaux commerciaux au sens du 2° du III de l'article 231 ter du code général des impôts, sont bien soumis à la taxe prévue par ce texte.

8. En deuxième lieu, la circonstance, au demeurant non établie, que le public n'aurait pas normalement accès aux bâtiments en cause est sans incidence sur l'assujettissement de ces bâtiments au regard de la loi fiscale, dès lors que l'article 231 ter du code général des impôts ne prévoit pas un tel critère.

9. En dernier lieu, afin de démontrer, à titre subsidiaire, que le calcul des surfaces des locaux bâtis autres que de bureaux retenu par le service vérificateur est erroné, la société requérante produit des plans réalisés par un géomètre-expert en 2021 selon lesquels la surface taxable totale de ces divers bâtiments est de 1 266 m2 et non de 11 907 m2. Toutefois, comme le fait valoir l'administration fiscale, ces plans, établis en 2021, ne précisent pas l'identité des propriétaires de chacun des locaux présents sur le site, ne comportent pas d'indications précises sur les activités exercées au sein de chacun d'eux et ne permettent pas d'établir que les surfaces mentionnées correspondent à celles qui existaient à la date du fait générateur des impositions en litige. La requérante, qui n'apporte aucun autre élément permettant de remettre en cause le calcul des surfaces effectué par le service vérificateur, n'est, par suite, pas fondée à contester les bases d'imposition retenues par l'administration.

S'agissant de l'autodrome :

10. Tel qu'il a été dit au point 7, les bâtiments d'une surface totale de 11 907 m2 constituent des locaux commerciaux au sens du 2° du III de l'article 231 ter du code général des impôts, et sont ainsi assujettis à la taxe annuelle sur les surfaces de bureaux en Ile-de-France. Par suite, le moyen tiré de ce que les pistes et l'autodrome devraient être exclus de la base imposable à cette taxe dès lors qu'ils sont l'accessoire de locaux qui revêtent un caractère industriel et non commercial, doit être écarté.

En ce qui concerne le bénéfice de la doctrine administrative :

11. En premier lieu, la SCI Union technique automobile motocycle cycle ne peut se prévaloir des énonciations des paragraphes n°s 1, 10, 100, 110 et 130 de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-AUT-50-10 du 19 février 2020 dont la date de publication est postérieure aux années d'imposition.

12. En deuxième lieu, la société requérante se prévaut des énonciations du paragraphe n°100 de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013, qui concernent les locaux commerciaux proprement dits et les locaux destinés à la vente et qui prévoient que " En revanche, les locaux où sont élaborés les biens vendus (laboratoires de préparation des denrées alimentaires) et auxquels le public n'a pas accès sont exclus du champ d'application de la taxe ". Toutefois, les documents mentionnés au point 7 ne permettent pas d'établir, faute de préciser les activités exercées dans les locaux en cause, que des biens vendus y seraient élaborés, ni, au surplus, que le public n'avait pas accès à ces mêmes locaux. Dans ces conditions, la société requérante ne démontre pas que les locaux pour lesquels elle a été assujettie à la taxe prévue par l'article 231 ter du code général des impôts correspondent à ceux visés par la doctrine administrative qu'elle invoque.

13. En troisième lieu, la société requérante dont il vient d'être dit qu'elle n'établit pas que le public n'avait normalement pas accès aux locaux en cause, n'est pas davantage fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe n°110 de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013, qui concernent les locaux destinés à la réalisation de prestations de services de nature commerciale ou artisanale et qui prévoient que " Seuls entrent dans le champ d'application de la taxe les locaux auxquels le public a normalement accès. Sont concernés les locaux de restauration (cafés, brasseries, restaurants, restaurants d'entreprise) et d'hébergement collectif (hôtels, résidences de tourisme), les agences commerciales, de voyages, bancaires, les salons de coiffure, les salles de jeux, casinos, discothèques, etc. / Sont également concernés par la taxe les complexes sportifs ou de remise en forme à caractère commercial. Ainsi, une salle de sport située dans un ensemble immobilier de bureaux, réservée au personnel travaillant dans cet ensemble, mais exploitée par un prestataire extérieur est imposable dans la catégorie des locaux commerciaux. ", ni des énonciations du paragraphe n°130 de la doctrine administrative exprimée au BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013, qui concernent, là encore, les locaux destinés à la réalisation de prestations de services de nature commerciale ou artisanale, et qui prévoient que " En revanche, sont exclus les locaux auxquels le public n'a normalement pas accès tels que, par exemple, les ateliers, les locaux de blanchisserie, les cuisines de restaurant ".

14. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Union technique automobile motocycle cycle n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et en pénalités, des rappels de taxe annuelle sur les bureaux en Ile-de-France auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration fiscale de lui rembourser la somme de 102 854 euros, portant intérêts moratoires en application du premier alinéa de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Union technique automobile motocycle cycle est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Union technique automobile motocycle cycle et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Campoy, président,

- Mme Mathé, conseillère,

- M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

C. MathéLe président,

signé

L. Campoy

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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