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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100090

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100090

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100090
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP EVELYNE NABA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 6 janvier 2021, 17 et 28 octobre, 14 novembre et 12 décembre 2022, la commune de Chevreuse, représentée par Me Piquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner solidairement la société Ecomac construction, au titre des manquements commis par la société Ecobatis, son sous-traitant, ainsi que la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et la société JPS contrôle à lui verser une indemnité de 2 716 300,12 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus à l'occasion de l'exécution des travaux de construction d'un pôle d'accueil petite enfance ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement la société Ecomac construction, au titre de ses propres manquements et des manquements commis par ses sous-traitants, ainsi que les sociétés Sol progrès, C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle à lui verser une indemnité de 2 716 300,12 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus à l'occasion de l'exécution des travaux de construction d'un pôle d'accueil petite enfance ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner solidairement la société Ecomac construction, au titre de ses propres manquements, et les sociétés C + O IDF 1 architectes, JPS contrôle, Sol progrès, Ecobatis, Pratec et SM BTP à lui verser une indemnité de 2 716 300,12 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des désordres survenus à l'occasion de l'exécution des travaux de construction d'un pôle d'accueil petite enfance ;

4°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Ecomac construction, C + O IDF 1 architectes, JPS contrôle, Sol progrès, Ecobatis, Pratec et SM BTP une somme de 8 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le principe des responsabilités encourues :

- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer les intervenants à l'opération de construction du pôle d'accueil petite enfance de leur responsabilité ;

A titre principal :

- la responsabilité contractuelle pour faute de la société Ecomac construction est engagée à raison des malfaçons du voile contre terre réalisé par son sous-traitant, la société Ecobatis, en contre-bas du bâtiment sinistré, qui sont à l'origine du dommage ;

- la responsabilité contractuelle pour faute de la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, maître d'œuvre, qui n'a pas exigé, comme le préconisait la société Sol progrès, la mission G2 en phase projet (PRO), pourtant nécessaire à l'établissement des plans de béton armé, est engagée à raison de son inertie face à ces malfaçons, apparentes dès le début des travaux ;

- la responsabilité contractuelle pour faute de la société JPS contrôle, contrôleur technique, est engagée à raison du niveau insuffisant d'alerte face au risque d'effondrement du voile par passes observé tout au long de l'exécution des travaux ;

A titre subsidiaire :

- elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle pour faute de la société JPS contrôle ainsi que de la société Ecomac construction, au titre de ses propres manquements et des manquements de deux de ses sous-traitants, les sociétés Pratec et SM BTP, qui ont également participé, par leurs manquements, à la réalisation du dommage ;

A titre infiniment subsidiaire :

- dans le cas où la responsabilité de la société Ecomac construction ne pourrait pas être utilement recherchée, elle est fondée à rechercher la responsabilité de ses sous-traitants, les sociétés Ecobatis, Pratec et SM BTP, au titre de la violation par ces dernières des règles de l'art ou de la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires ;

En ce qui concerne les préjudices :

- le coût total du sinistre, tel qu'évalué par l'expert judiciaire dans son rapport du 24 novembre 2018, doit être fixé à la somme de 920 929 euros toutes taxes comprises (TTC) et comprend les postes " protocole " d'un montant de 825 000 euros TTC, " sondages " d'un montant de 19 920 euros TTC, " diagnostic " d'un montant de 2 568 euros TTC, " désamiantage " d'un montant de 46 927 euros TTC, et " surcoût de démolition " d'un montant de 26 514 euros TTC ;

- les travaux de démolition du bâtiment sinistré ont été facturés à la somme de 139 122 euros TTC, soit 14 958 euros TTC de plus que l'évaluation par l'expert judiciaire du poste " surcoût de démolition ", compte tenu de la découverte, lors des travaux de démolition, d'une cuve de fioul à extraire et à évacuer, nécessitant la conclusion d'un avenant au marché de travaux relatif à la démolition du bâtiment ;

- des travaux d'isolation et de ravalement de la façade du bâtiment contigu au bâtiment sinistré ont dû être exécutés à hauteur de 22 220 euros TTC suite à la démolition du bâtiment sinistré ;

- elle doit être indemnisée de la perte de la subvention allouée par la Caisse d'allocations familiales (CAF) d'un montant de 479 600 euros, le dommage l'ayant mise dans l'impossibilité de respecter le délai contractuel de construction du pôle d'accueil petite enfance ;

- la perte de loyers concernant les locaux occupés par le Trésor public dans le bâtiment sinistré a été sous-estimée dans le cadre du protocole signé le 25 octobre 2017 et doit être réévaluée à ce jour à la somme totale de 153 387,48 euros, soit un différentiel de 131 387,48 euros ;

- elle a dû engager la somme totale de 99 339,12 euros pour reloger le fonctionnaire qui occupait, au moment du sinistre, le logement de fonction situé au premier étage du bâtiment sinistré et démoli, soit un différentiel de 87 339,12 euros TTC par rapport au protocole ;

- le coût de la reconstruction du bâtiment sinistré doit être réévalué à la somme totale de 1 317 910 euros TTC, comprenant des prestations intellectuelles indispensables que les experts d'assurance avaient omises en 2017, soit un différentiel de 750 910 euros par rapport au protocole ;

- les experts d'assurance ont également sous-estimé en 2017 le coût de reconstruction du voile par passes à hauteur de 51 450 euros TTC, sa reconstruction ayant été évaluée à la somme de 360 406,52 euros TTC, soit un différentiel de 308 956,52 euros TTC.

Par des mémoires en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés le 8 octobre 2021 et les 30 septembre, 10 novembre et 12 décembre 2022, la société JPS contrôle, représentée par Me Benoit, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des appels en garantie dirigés contre elle, à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit limitée à 5% des dommages et à ce que la commune de Chevreuse, la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et les sociétés Ecomac construction et Ecobatis la garantissent in solidum des condamnations prononcées à son encontre et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Chevreuse et de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité contractuelle à l'égard de la commune de Chevreuse, dès lors, d'une part, que la mission de contrôle technique qui lui a été confiée n'incluait pas la stabilité des avoisinants, en particulier du bâtiment sinistré et, d'autre part, qu'elle a correctement accompli les actes techniques et d'information qui lui incombaient et qu'il ne lui appartenait pas de donner des instructions ou des directives ;

- le sinistre résulte exclusivement des manquements de la commune de Chevreuse, de la société C + O IDF 1 architectes et de la société Ecobatis, laquelle est intervenue en qualité de sous-traitante de la société Ecomac construction ;

- sa part de responsabilité dans la survenance du sinistre doit, le cas échéant, être limitée à 5%, et le montant de la condamnation prononcée à son encontre ne saurait être supérieur à 47 074,90 euros ;

- les préjudices relatifs à la reconstruction du bâtiment sinistré ne sauraient être indemnisés, dès lors que cette reconstruction n'a pas été envisagée, ni a fortiori réalisée ;

- les préjudices relatifs à la poursuite de la construction du pôle d'accueil petite enfance et à la perte de la subvention allouée par la CAF ne sauraient être indemnisés, dès lors que le projet a été abandonné ;

- les dépenses relatives aux honoraires de maîtrise d'œuvre pour la démolition du bâtiment sinistré et les coûts de réalisation des sondages sur les fondations du bâtiment contigu ont été financés par la société SMABTP, en qualité d'assureur de la société Ecomac construction ;

- les postes de préjudice intitulés " chauffage ", " déménagement " et " pertes suite sinistre " du protocole signé le 25 octobre 2017 ne sont pas en lien direct avec le dommage et ne sont pas établis dans leur montant ;

- le préjudice relatif à la perte de loyers n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant ;

- le montant total des préjudices subis par la commune de Chevreuse doit être limité à 287 856,12 euros TTC ;

- le montant de la taxe sur la valeur ajoutée doit être déduit du montant de l'indemnisation à laquelle peut prétendre la commune de Chevreuse ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecomac construction et Ecobatis.

Par un mémoire en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 16 décembre 2021 et 17 novembre 2022, la société Sol progrès, représentée par Me Carrière, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des appels en garantie dirigés contre elle, à titre subsidiaire, à ce que la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et les sociétés Ecobatis et JPS contrôle la garantissent in solidum des condamnations prononcées à son encontre, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Chevreuse et de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucun manquement dans l'exécution de ses obligations contractuelles, de sorte que sa responsabilité ne saurait être engagée ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecobatis et JPS contrôle.

Par un mémoire en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 7 janvier et 16 décembre 2022, la société SM BTP, représentée par Me Demarthe-Chazarain, conclut, à titre principal, à l'incompétence du juge administratif pour connaître de la requête de la commune de Chevreuse en ce qu'elle est dirigée contre elle, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et des appels en garantie dirigés contre elle, à titre plus subsidiaire, à ce que la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et les sociétés Ecomac construction et JPS contrôle la garantissent in solidum des condamnations prononcées à son encontre, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge in solidum de la commune de Chevreuse et de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de l'action de la commune de Chevreuse dirigée contre elle, dès lors qu'elle a la qualité de sous-traitante de la société Ecomac construction ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité quasi-délictuelle à l'égard de la commune de Chevreuse ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecomac construction et JPS contrôle, dont les manquements respectifs ont causé le dommage.

Par un mémoire, enregistré le 25 mars 2022, la société Ecomac construction, représentée par Me Danilowiez, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et les sociétés Ecobatis et JPS contrôle la garantissent in solidum des condamnations prononcées à son encontre, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge in solidum des sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecobatis et JPS contrôle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Chevreuse, qui agit en qualité de tiers victime de l'opération de construction du pôle d'accueil petite enfance et non en qualité de maître d'ouvrage, ne peut fonder son action sur la responsabilité contractuelle des participants à l'opération mais uniquement sur la responsabilité pour trouble anormal du voisinage ;

- seule la responsabilité délictuelle du maître d'œuvre, du contrôleur technique et de la société Ecobatis est engagée à l'égard de la commune de Chevreuse, laquelle, agissant en qualité de tiers victime, ne peut se prévaloir du contrat de sous-traitance conclu entre elle et la société Ecobatis ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecobatis et JPS contrôle, dont les manquements respectifs sont à l'origine du dommage.

Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 19 juillet 2022, la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), représentée par Me Aberlen, conclut à ce que son intervention soit admise, à ce que la société Ecobatis et son assureur, la société Millennium insurance company, la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et la société JPS contrôle, d'une part, soient condamnées à lui verser la somme de 86 482 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, au titre des dépenses liées aux mesures conservatoires, à la conception des conditions de reprise du chantier et aux frais d'expertise judiciaire, d'autre part, la garantissent du montant des condamnations prononcées à son encontre et, enfin, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son intervention est recevable ;

- aucune faute technique ne peut être reprochée aux sociétés Ecomac construction et SM BTP, de sorte que leur responsabilité contractuelle ne saurait être engagée à l'égard de la commune de Chevreuse ;

- si la responsabilité de la société Ecomac construction était engagée à raison des manquements de ses sous-traitants, elle ne pourrait, en sa qualité d'assureur de la société Ecomac construction, être condamnée au-delà des montants de garantie prévus par le contrat d'assurance et au vu des franchises appliquées ;

- elle a préfinancé un certain nombre de travaux consécutifs au sinistre à hauteur de 86 482 euros TTC, et cette somme doit lui être remboursée par la société Ecobatis et son assureur, la société Millennium insurance company, ainsi que par les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle, responsables du sinistre ;

- elle est fondée à appeler en garantie la société Ecobatis et son assureur, la société Millennium insurance company, et les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle, dont les manquements respectifs sont à l'origine du dommage.

Par un mémoire en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 14 septembre et 24 novembre 2022, la société Pratec, représentée par Me Clavier, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des appels en garantie dirigés contre elle, à titre subsidiaire, à ce que la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et les sociétés Ecobatis et JPS contrôle la garantissent in solidum des condamnations prononcées à son encontre, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Chevreuse et de tout succombant, en particulier la société C + O IDF 1 architectes, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles ;

- les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas en lien direct avec le sinistre ;

- elle est fondée à appeler en garantie les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecobatis et JPS contrôle, dont les manquements respectifs ont causé le dommage.

Par des mémoires en défense et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 17 octobre, 10 novembre et 9 décembre 2022, la société C + O IDF 1 architectes, anciennement dénommée Coste Orbach, représentée par Me Caron, conclut, à titre principal, au rejet de la requête en tant qu'elle est dirigée contre elle et au rejet de l'intervention volontaire de la SMABTP, à titre subsidiaire, à ce que les sommes réclamées par la commune de Chevreuse soient ramenées à de plus justes proportions, à ce que les responsabilités soient partagées avec la commune de Chevreuse, au rejet des appels en garantie des sociétés JPS contrôle, Sol progrès, Pratec, SM BTP et SMABTP et à ce que les sociétés Ecomac construction, Ecobatis, Pratec, JPS contrôle et GT2I la garantissent du montant des condamnations prononcées à son encontre, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Chevreuse ou de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'intervention volontaire de la SMABTP :

- l'intervention volontaire de la SMABTP est irrecevable, dès lors, d'une part, qu'elle ne justifie pas d'un intérêt à intervenir, et, d'autre part, qu'elle présente des conclusions différentes de celles des parties ;

- la SMABTP n'établit pas qu'elle aurait commis des fautes susceptibles d'engager sa responsabilité ;

- elle ne démontre ni la réalité des préjudices dont elle demande réparation, ni le lien de causalité entre ces préjudices et les manquements qu'elle aurait commis ;

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires de la commune de Chevreuse :

S'agissant du principe des responsabilités encourues :

- au regard des multiples alertes qu'elle a émises concernant les malfaçons du voile contre terre réalisé par la société Ecobatis, aucun manquement à ses obligations contractuelles ne peut lui être reproché ;

- la responsabilité contractuelle pour faute de la société Ecomac construction est engagée à raison de la mauvaise exécution des prestations qu'elle a confiées à ses sous-traitants, les sociétés Ecobatis, Pratec et SM BTP, et de ses propres manquements à ses obligations contractuelles de conseil et d'alerte vis-à-vis du maître d'œuvre et de surveillance de ses sous-traitants ;

- les manquements de la commune de Chevreuse dans la conception même des marchés d'étude de sol et de contrôle technique ainsi que dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché de travaux conclu avec la société Ecomac construction sont de nature à l'exonérer, au moins partiellement, de sa responsabilité ;

S'agissant des préjudices :

Quant aux préjudices prévus par le protocole signé le 25 octobre 2017 :

- les préjudices relatifs aux coûts de reconstruction du bâtiment sinistré et de reprise de la construction du pôle d'accueil petite enfance ne sauraient être indemnisés, dès lors que ces ouvrages ne seront en réalité pas édifiés ;

- le coût de démolition du bâtiment sinistré a effectivement été supporté par la commune de Chevreuse pour un montant de 97 650 euros TTC ;

- les surcoûts de démolition estimés à 26 514 euros et 14 958 euros pourront donner lieu à indemnisation au regard des justificatifs produits ;

- les postes " terrassement ", " reconstruction " et " reconstruction mur soutènement " ainsi que les prétendus surcoûts de démolition estimés à 750 910 euros TTC et 308 956,52 euros TTC ne sauraient être indemnisés en l'absence de construction effective du pôle d'accueil petite enfance et de reconstruction du bâtiment sinistré ;

- les honoraires de la maîtrise d'œuvre, évalués à la somme de 21 000 euros TTC, ont déjà été indemnisées par la SMABTP, assureur de la commune de Chevreuse ;

- les postes de préjudice relatifs au " déménagement " et au " chauffage " ne sont pas établis ;

- la commune de Chevreuse n'apporte pas la preuve de la perte de loyers qu'elle aurait subie ;

- seule une indemnité de 12 000 euros pourra être accordée à la commune de Chevreuse au titre des frais de relogement du fonctionnaire qui occupait le premier étage du bâtiment sinistré ;

Quant aux préjudices non prévus par le protocole :

- la SMABTP ayant réglé la totalité des dépenses relatives aux sondages des fondations du bâtiment contigu au bâtiment sinistré, la commune de Chevreuse n'est pas fondée à demander une seconde indemnisation à ce titre ;

- le lien de causalité entre la démolition du bâtiment sinistré et la nécessité de procéder à des travaux d'isolation et de ravalement du bâtiment contigu n'est pas établi ;

- les dépenses relatives au diagnostic " amiante et plomb " réalisé avant la démolition du bâtiment sinistré et celles portant sur les travaux de désamiantage et de traitement du plomb ont effectivement été supportées par la commune de Chevreuse qui doit être indemnisée à hauteur de 49 495 euros TTC ;

- le préjudice relatif à la perte de la subvention allouée par la CAF n'est pas établi et ne saurait être indemnisé en raison de l'abandon du projet de construction du pôle d'accueil petite enfance ;

En ce qui concerne les appels en garantie :

S'agissant des appels en garantie dirigés contre elle par les sociétés Ecomac construction, JPS contrôle, Sol progrès, Pratec, SM BTP et SMABTP :

- ces sociétés ne démontrent pas qu'elle aurait commis une faute dans l'exercice de ses missions de maîtrise d'œuvre ;

S'agissant des appels en garantie contre les sociétés Ecomac construction, Ecobatis, Pratec, SM BTP et JPS contrôle :

- la société Ecomac construction et ses sous-traitantes, les sociétés Ecobatis, Pratec et SM BTP, ainsi que la société JPS contrôle doivent la garantir intégralement du montant des condamnations qui seraient susceptibles d'être prononcées à son encontre, compte tenu des manquements de ces entreprises à leurs obligations contractuelles respectives ;

S'agissant de l'appel en garantie contre la société GT2I :

- elle est fondée à appeler en garantie la société GT2I, membre du groupement de maîtrise d'œuvre, afin que les condamnations qui seraient susceptibles d'être prononcées à son encontre soient réparties entre les membres du groupement.

Par un mémoire, enregistré le 8 février 2023, la société GT2I, représentée par Me Bernabeu, conclut au rejet des conclusions de la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, dirigées contre elle et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de cette société au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le groupement de maîtrise d'œuvre est un groupement conjoint dont la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, est mandataire solidaire, de sorte que cette dernière ne saurait rechercher sa responsabilité solidaire ;

- les missions qui lui ont été confiées étaient limitées aux lots " CVC plomberie " et " Électricité courants forts et faibles ", de sorte que sa responsabilité ne saurait être engagée à raison du sinistre résultant des travaux de construction du voile contre terre qui ne relevaient pas des prestations de maîtrise d'œuvre dont elle était chargée.

Des mémoires, enregistrés les 26 et 28 avril 2023, ont été présentés pour la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP) et n'ont pas été communiqués.

La requête a été communiquée à la société Ecobatis et à Me Alexandre Herbaut, liquidateur judiciaire de la société Ecomac construction, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 29 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des marchés publics ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Connin, conseiller ;

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;

- les observations de Me Piquet, pour la commune de Chevreuse, de Me Darmon, pour la société C + O IDF 1 architectes, de Me Vauge, pour la société JPS contrôle, de Me Carrière, pour la société Sol progrès, et de Me Ziegler, pour la société SM BTP.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Chevreuse a entrepris la construction d'un pôle d'accueil petite enfance. Par un acte d'engagement du 13 mars 2015, elle a confié la maîtrise d'œuvre du projet à un groupement conjoint d'entreprises composé de la société GT2I et de la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, cette dernière ayant la qualité de mandataire solidaire du groupement. La société Ecomac construction s'est vue attribuer, par un acte d'engagement du 12 décembre 2016, les travaux de construction de ce pôle d'accueil en qualité d'entreprise générale. Elle a sous-traité les études d'exécution des travaux de gros œuvre à la société Pratec, la réalisation des voiles contre terre à la société Ecobatis et les travaux de terrassement à la société SM BTP. L'étude de sol a été confiée à la société Sol progrès et les prestations de contrôle technique à la société JPS contrôle. Les travaux ont débuté le 2 janvier 2017 et devaient s'achever le 2 janvier 2018. Des désordres affectant le voile contre terre réalisé en contre-bas d'un bâtiment appartenant à la commune de Chevreuse situé sur la parcelle contiguë ont cependant provoqué l'interruption du chantier au mois d'août 2017, compte tenu notamment du risque d'effondrement de ce bâtiment. Les travaux de démolition du bâtiment ont été achevés le 2 juillet 2019. Par un ordre de service du 8 juillet 2019, le maire de la commune de Chevreuse a ordonné la reprise des travaux de construction du pôle d'accueil petite enfance. Cette construction n'a pu être achevée, les travaux étant interrompus en novembre 2020 en raison d'un désaccord entre la commune de Chevreuse et la société Ecomac construction. La commune de Chevreuse demande au tribunal de condamner les participants à l'opération de construction du pôle d'accueil petite enfance à l'indemniser des conséquences dommageables du sinistre résultant des désordres ayant affecté le voile contre terre.

Sur la recevabilité de l'intervention volontaire de la SMABTP :

2. Dans les litiges de plein contentieux, sont seules recevables à former une intervention les personnes qui peuvent se prévaloir d'un droit auquel la décision à rendre est susceptible de préjudicier de façon suffisamment directe. L'assureur d'un constructeur dont la responsabilité en matière de travaux est recherchée par le maître de l'ouvrage ne peut être regardé comme pouvant, dans le cadre d'un litige relatif à l'engagement de cette responsabilité, se prévaloir d'un droit de cette nature et n'est, dès lors, pas recevable à intervenir en cette qualité devant le juge administratif saisi du litige. Il suit de là que l'intervention de la SMABTP, agissant en qualité d'assureur des sociétés Ecomac construction et SM BTP, n'est pas recevable.

Sur les conclusions indemnitaires de la commune de Chevreuse :

En ce qui concerne les responsabilités encourues :

3. Contrairement à ce que soutient la société Ecomac construction, dès lors que les désordres litigieux se rattachent à l'exécution de travaux publics par des cocontractants de la commune de Chevreuse, cette dernière ne peut, en sa double qualité de maître d'ouvrage et de propriétaire du bâtiment sinistré, que rechercher la responsabilité contractuelle des participants à l'opération de construction du pôle d'accueil petite enfance à raison des manquements allégués de ces derniers à leurs obligations contractuelles à l'origine du dommage dont elle demande réparation.

S'agissant de la responsabilité de la société Ecomac construction et de ses sous-traitants :

4. Le titulaire du marché reste seul tenu, à l'égard du maître d'ouvrage, de l'exécution du contrat tant pour les travaux qu'il réalise lui-même que pour ceux qui ont été confiés à un sous-traitant, ce dernier n'ayant aucune obligation contractuelle vis-à-vis du maître de l'ouvrage. Ainsi, il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage. Il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs.

5. Il résulte de l'instruction que la société Ecomac construction a sous-traité à la société Ecobatis la réalisation d'un voile par passes en contre-bas d'un bâtiment appartenant à la commune de Chevreuse, lequel abritait le service des impôts au rez-de-chaussée et au sous-sol et un logement de fonction au premier étage. Des fissures sont apparues sur le voile contre terre au cours de son exécution, débutée au début du mois de juin 2017, ainsi que, de manière simultanée et cohérente, sur ce bâtiment. Le 17 août 2017, le voile s'est déplacé progressivement par sa base d'une soixante de centimètres, en se fissurant par le bas avec une tendance verticale, fragilisant ainsi le bâtiment en contre-bas duquel il avait été édifié. Ce bâtiment a dû être démoli, compte tenu du risque d'effondrement résultant notamment de l'instabilité du talus sur lequel il était implanté, provoquée par les désordres affectant le voile contre terre.

6. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport du 24 novembre 2018 de l'expert désigné par une ordonnance du 31 octobre 2017 du juge des référés du tribunal judiciaire de Versailles, rectifiée par une ordonnance du 10 novembre 2017, que le butonnage exécuté par la société Ecobatis pour la réalisation du voile contre terre n'était manifestement pas conforme aux règles de l'art, les butons étant notamment insuffisants, trop inclinés ou incorrectement fondés. En outre, le mode d'exécution des passes alternées, réunies en une passe unique au droit du talus dont les caractéristiques étaient pourtant connues de la société Ecobatis grâce au rapport d'étude géotechnique de conception G2 en phase avant-projet (AVP) de la société Sol progrès, a méconnu tant les règles de l'art que les plans de la société Pratec, chargée des études d'exécution des travaux de gros œuvre. Enfin, le ferraillage du voile n'a pas non plus été exécuté dans les règles de l'art et le bétonnage était insuffisant. Il résulte de l'instruction que les manquements de la société Ecobatis dans l'exécution du voile par passes sont la cause directe et certaine du sinistre décrit au point précédent.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 24 novembre 2018, que la mission G2 en phase projet (PRO), d'ailleurs préconisée par la société Sol progrès, n'a pas été réalisée, alors qu'elle était nécessaire à l'établissement des plans d'exécution de béton armé, les éléments d'information contenus dans le rapport G2 en phase avant-projet (AVP) ayant été regardés à tort comme suffisants. La société Pratec, chargée de l'élaboration des plans de béton armé, s'est ainsi contentée d'informations insuffisantes sur les caractéristiques du talus au droit duquel le voile par passes a été réalisé et a compensé ce manque d'information par des hypothèses qualifiées d'arbitraires par l'expert qui l'ont conduite à retenir des solutions " optimistes " selon le rapport d'expertise. Les missions G3 et G4, relatives respectivement aux études géotechniques d'exécution et au suivi géotechnique d'exécution, également préconisées par la société Sol progrès, n'ont pas non plus été effectuées. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la réalisation des missions G2 en phase projet (PRO), G3 et G4 aurait été de nature à éviter le sinistre, dès lors que la société Ecobatis n'a pas respecté les plans élaborés par la société Pratec et qu'il n'est pas établi que l'étude et le suivi géotechnique d'exécution de ces plans, dans le cadre des missions G3 et G4, auraient conduit à ce que la société Ecobatis se conforme à ces plans ou à ce que des mesures soient prises plus rapidement face aux malfaçons dans l'exécution du voile contre terre dont le maître d'œuvre et le contrôleur technique étaient déjà pleinement informés. Dans ces conditions, le dommage ne trouve pas sa cause directe et certaine dans les manquements de la société Pratec.

8. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la société SM BTP, sous-traitante de la société Ecomac construction pour les travaux de terrassement exécutés avant la réalisation des voiles contre terre, ait commis un quelconque manquement à l'origine du dommage dont la commune de Chevreuse demande réparation.

9. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la société Ecomac construction, qui est seule liée contractuellement à la commune de Chevreuse, est engagée à l'égard de cette dernière à raison des manquements de la société Ecobatis dans l'exécution des travaux de réalisation du voile contre terre qu'elle lui a sous-traités.

S'agissant de la responsabilité de la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes :

10. Il résulte de l'instruction que le groupement de maîtrise d'œuvre, qui avait notamment une mission relative à la direction de l'exécution des travaux, a signalé, au cours des réunions de chantier des 13, 20 et 27 juin 2017, la non-conformité des passes réalisées par la société Ecobatis, l'absence d'un représentant de l'entreprise générale en gros œuvre pour coordonner les sous-traitants sur le chantier, ainsi que l'insuffisance des butons et du bétonnage constitutive d'un " risque majeur pour les personnes travaillant sur le site ". Toutefois, les manquements de la société Ecobatis dans l'exécution du voile contre terre ont perduré, sans que le groupement de maîtrise d'œuvre, pleinement informé de ces manquements, notamment par les fiches d'examen de contrôle technique de la société JPS contrôle, auxquelles étaient jointes des photographies particulièrement éloquentes, ne prenne les mesures qu'imposait la situation, notamment en alertant immédiatement le maître d'ouvrage de ces graves manquements et du risque d'effondrement imminent en résultant. Si la société C + O IDF 1 architectes fait valoir qu'elle a informé la commune de Chevreuse, par un courrier du 21 juillet 2017, des risques encourus, en particulier du risque d'effondrement du bâtiment situé sur la parcelle contiguë à celle du chantier, elle ne l'établit pas, le courrier du 21 juillet 2017 qu'elle produit étant adressé non à la commune de Chevreuse mais à la société Ecomac construction. En outre, dans sa réponse aux dires 1 à 3 du maître d'œuvre, l'expert relève que la société C + O IDF 1 architectes n'a sollicité l'arrêt du chantier que le 24 août 2017, soit une semaine après le sinistre, alors que l'exécution des travaux était déjà suspendue. Eu égard à la gravité des manquements de la société Ecobatis dans l'exécution du voile contre terre, le groupement de maîtrise d'œuvre, qui s'est borné à indiquer le 27 juin 2017 à la société Ecomac construction qu'il envisageait l'arrêt du chantier et à solliciter cet arrêt près de deux mois plus tard, le 24 août 2017, a manqué à la mission de direction de l'exécution des marchés publics de travaux (DET) qui lui était confiée, alors que les manquements en cause faisaient courir un péril imminent tenant à l'effondrement du voile contre terre et à la déstabilisation du bâtiment, alors occupé, implanté sur le talus au droit duquel le voile était réalisé.

11. Il résulte de ce qui précède que la commune de Chevreuse est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle pour faute de la société C + O IDF 1 architectes du fait du sinistre litigieux.

S'agissant de la responsabilité de la société JPS contrôle :

12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 24 novembre 2018, qu'après avoir constaté les manquements de la société Ecobatis dans l'exécution du voile contre terre, pourtant particulièrement graves et de nature à porter immédiatement atteinte à la stabilité de ce voile et du talus sur lequel était implanté le bâtiment abritant le service des impôts et un logement de fonction, la société JPS contrôle, contrôleur technique, s'est bornée à décrire ces malfaçons par des commentaires dépourvus de toute alerte sur le caractère imminent du péril ou qui ne revêtaient pas un degré d'alerte suffisant, notamment en rappelant " l'urgence d'achever " le bétonnage des voiles ou le butonnage, en indiquant que " l'avancement des travaux est à une phase critique imposant de terminer rapidement le bétonnage des parties ébauchées " et en relevant que " la situation présente un risque tant pour le personnel du chantier que pour les ouvrages avoisinants ", sans qualifier ce risque d'imminent. Ainsi, elle n'a pas mis à même le maître d'ouvrage, qui ne peut être regardé comme ayant la qualité de sachant en ce domaine technique, de prendre la mesure du péril imminent que constituait le risque d'effondrement du voile, et lui a laissé entendre, au contraire, qu'en dépit des manquements constatés, le chantier pouvait se poursuivre à condition que le bétonnage des parties ébauchées soit " rapidement " terminé. Si la société JPS contrôle fait valoir que la mission complémentaire " stabilité des avoisinants " (AV) ne figurait pas au nombre des missions qui lui avaient été confiées, la stabilité du voile contre terre relevait cependant de sa mission " LP " relative à la solidité des ouvrages et éléments d'équipements dissociables et indissociables. Or, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les graves manquements dans l'exécution de cet ouvrage sont directement à l'origine du sinistre. Dans ces conditions, la responsabilité de la société JPS contrôle, dont le manquement à sa mission d'information et d'alerte n'a pas permis au maître d'ouvrage d'adopter les mesures adéquates pour éviter la survenance du sinistre, est engagée à l'égard de la commune de Chevreuse.

S'agissant de la responsabilité de la société Sols Progrès :

13. Il ne résulte pas de l'instruction que la société Sols Progrès, chargée de l'étude de sol, ait commis un quelconque manquement à l'origine du dommage dont la commune de Chevreuse demande réparation. Dès lors, sa responsabilité ne saurait être engagée à l'égard de cette dernière du fait du sinistre litigieux.

En ce qui concerne la cause exonératoire tirée de la faute de la commune de Chevreuse :

14. Si les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle font valoir que la commune de Chevreuse a commis une faute dans la conception même du marché attribué à la société Sol progrès, en ne confiant pas à cette dernière les missions G2 en phase projet puis G3 et G4, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que ce manquement n'est pas en lien direct et certain avec le dommage.

15. Par ailleurs, les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle soutiennent que le maître d'ouvrage a commis une faute en ne confiant pas à cette dernière la mission complémentaire " AV " relative à la stabilité des avoisinants. Cependant, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'instabilité du bâtiment implanté sur le talus au droit duquel le voile contre terre a été édifié n'a été provoquée que par la mauvaise exécution de ce voile, à l'origine de la déstabilisation du talus et du risque d'effondrement du bâtiment déjà fragilisé par ces travaux. Dans ces conditions, en n'étendant pas la mission du contrôleur technique à la stabilité des avoisinants, la commune de Chevreuse n'a commis aucune une faute en lien direct et certain avec le sinistre.

16. En outre, il résulte de l'instruction qu'après avoir demandé à deux reprises à la société Ecomac construction de produire des documents manquants indispensables à l'exécution du marché de travaux, la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, par deux courriers des 15 et 30 mars 2017, a signalé au maître d'ouvrage la défaillance de la société Ecomac construction et lui a proposé de mettre en demeure cette société de fournir les documents requis dans un délai de quinze jours sous peine de résiliation du marché de travaux aux frais et risques du titulaire. La commune de Chevreuse n'a pas donné suite à cette proposition. Toutefois, le refus de la commune d'intervenir à ce stade au titre de son pouvoir de direction du marché ne saurait exonérer le groupement de maîtrise d'œuvre de sa responsabilité dans la survenance du sinistre litigieux, dès lors que cette circonstance se rapporte à des manquements dans la phase de préparation du chantier étrangers à l'exécution du voile contre terre par la société Ecobatis, sous-traitante de la société Ecomac construction, et au défaut de surveillance des travaux réalisés par la société Ecobatis, qui sont à l'origine du dommage dont la commune requérante demande réparation.

17. Enfin, comme il a été dit au point 10, la société C + O IDF 1 architectes n'établit pas avoir, par un courrier du 21 juillet 2017, informé directement la commune de Chevreuse du risque d'effondrement du bâtiment consécutif à la mauvaise exécution des travaux par la société Ecobatis, ni avoir sollicité qu'elle mette en œuvre ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché de travaux pour prendre les mesures nécessaires face au risque imminent d'effondrement du voile contre terre et du bâtiment implanté sur la parcelle contigüe au chantier. De plus, compte tenu de ce qui a été dit au point 12, la société JPS contrôle ne démontre pas l'inertie fautive de la commune de Chevreuse qui, eu égard à l'insuffisance de l'intensité des alertes émises par le contrôleur technique sur l'imminence du sinistre, n'a pas été mise à même de prendre les mesures adéquates pour l'éviter.

18. Il résulte de ce qui précède que la commune de Chevreuse n'a commis aucune faute de nature à exonérer les participants à l'opération de construction du pôle d'accueil petite enfance de leur responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée :

19. Les collectivités territoriales bénéficiant d'une présomption de non-assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à la partie qui soulève une contestation sur ce point d'apporter des éléments de nature à renverser cette présomption. La société JPS contrôle soutient que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée ne doit pas être inclus dans le montant de l'indemnisation à laquelle peut prétendre la commune de Chevreuse. Toutefois, en se bornant à faire valoir, de manière générale, que les collectivités territoriales sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée lorsqu'elles commandent des biens ou des services dans le cadre d'un marché public, elle n'apporte aucun élément de nature à renverser la présomption de non assujettissement de la commune de Chevreuse à la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, il y a lieu de prononcer les condamnations toutes taxes comprises.

S'agissant des indemnités :

Quant aux coûts liés à la reprise de la construction du pôle d'accueil petite enfance :

20. D'une part, il résulte de l'instruction que, postérieurement au sinistre, le maire de la commune de Chevreuse, par un ordre de service du 8 juillet 2019, a ordonné la reprise des travaux de construction du pôle d'accueil petite enfance. Par une décision du 7 octobre 2019, il a résilié pour faute du titulaire le marché de maîtrise d'œuvre conclu avec le groupement composé des sociétés C + O IDF 1 architectes et GT2I, au motif qu'il n'avait pas, malgré une mise en demeure, donné suite à l'ordre de service du 8 juillet 2019, et avait déclaré au maître d'ouvrage se " retirer de cette affaire ". La commune de Chevreuse a alors confié un marché de maîtrise d'œuvre d'exécution à la société Méthodes et pilotage. Cependant, il résulte de l'instruction qu'en raison des difficultés rencontrées lors de la reprise du chantier, la commune de Chevreuse a résilié pour faute du titulaire le marché de travaux conclu avec la société Ecomac construction. Par une décision 13 novembre 2020, elle a également résilié unilatéralement pour motif d'intérêt général le marché conclu avec la société JPS contrôle. Par un courrier du 2 novembre 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Yvelines a accusé réception de la lettre du 14 octobre 2021 par laquelle la maire de la commune de Chevreuse l'a informée de " l'annulation de la construction du pôle petite enfance de Chevreuse ". La commune requérante, qui se borne à produire un unique devis du 18 janvier 2021 de la société Chapelle relatif aux travaux de construction du pôle d'accueil petite enfance, n'établit pas avoir engagé, postérieurement à la résiliation des marchés afférents au projet, des procédures en vue de la passation de nouveaux marchés pour la poursuite de la construction du pôle d'accueil petite enfance. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander à être indemnisée des coûts liés à la reprise de la construction de ce pôle.

21. D'autre part, la commune requérante n'est pas non plus fondée, du fait de l'abandon du projet de construction du pôle d'accueil petite enfance, à demander une indemnité correspondant au coût de reconstruction du voile contre terre qui est exclusivement lié à ce projet.

Quant à la perte de la subvention de la CAF :

22. Il résulte de l'instruction que la CAF avait accordé à la commune de Chevreuse une subvention à hauteur de 479 600 euros pour la construction du pôle d'accueil petite enfance. A la suite du sinistre, la CAF a accordé à la commune de Chevreuse un délai supplémentaire d'un an pour réaliser le projet. La commune de Chevreuse a cependant informé la CAF de l'abandon du projet de construction du pôle d'accueil petite enfance par un courrier du 14 octobre 2021. Ainsi, la perte de la subvention allouée par la CAF pour soutenir le financement de ce projet n'est pas en lien suffisamment direct avec le retard du chantier résultant du sinistre, mais résulte de l'abandon ultérieur du projet, alors que la CAF avait accordé à la commune un délai supplémentaire pour le réaliser. Les demandes que la commune de Chevreuse formule à ce titre doivent, par suite, être rejetées.

Quant aux coûts de la reconstruction du bâtiment sinistré et des travaux relatifs au bâtiment contigu :

23. D'une part, la commune de Chevreuse n'établit pas, en se bornant à produire une étude de faisabilité réalisée tardivement le 10 novembre 2022, soit plus de trois ans après l'achèvement des travaux de démolition, que la reconstruction du bâtiment sinistré ait été sérieusement envisagée ou qu'elle se soit trouvée dans l'impossibilité d'y procéder plus tôt, notamment après le dépôt du rapport d'expertise qui déterminait les travaux à entreprendre et leur coût prévisionnel. Dès lors, la réalité du préjudice financier allégué relatif au coût de reconstruction de ce bâtiment n'étant pas établie, la demande indemnitaire qu'elle formule à ce titre doit être rejeté.

24. D'autre part, la commune de Chevreuse produit une facture du 30 septembre 2019 d'un montant de 14 520 euros TTC et une facture du 22 octobre 2019 d'un montant de 7 700 euros TTC relatifs à la rénovation de la façade, avec isolation extérieure, du bâtiment contigu au bâtiment qui a été démoli. Toutefois, elle n'apporte pas le moindre commencement de preuve du lien de causalité entre ces travaux et le sinistre litigieux. Dès lors, la demande indemnitaire que la commune requérante présente à ce titre doit être rejetée.

Quant aux coûts de démolition du bâtiment sinistré :

25. Il résulte de l'instruction que la démolition du bâtiment sinistré a dû être précédée d'un diagnostic " amiante et plomb ", pour un coût de 2 568 euros TTC, et d'opérations de désamiantage et de traitement du plomb, pour un coût total de 46 926 euros TTC. En outre, si les travaux de démolition ont été, dans un premier temps, chiffrés à 97 650 TTC dans le protocole d'accord signé le 25 octobre 2017, il résulte de l'instruction que le marché de travaux relatif à cette opération de démolition a été attribué pour un prix de 124 164 euros TTC et que la découverte, pendant les travaux de démolition, d'une cuve de fioul à extraire et à évacuer a conduit à la conclusion d'un avenant au marché de travaux pour un prix de 14 958 euros TTC. En revanche, il résulte de l'instruction, et notamment du dire à expert n° 8 de la commune de Chevreuse du 12 octobre 2018, que la somme de 19 920 euros TTC correspondant au coût du marché de maîtrise d'œuvre relatif à la démolition du bâtiment sinistré, qui inclut notamment les sondages au niveau des fondations du bâtiment contigu, a été indemnisée, à frais avancés, par la SMABTP le 27 juin 2018, de sorte que la demande que la commune de Chevreuse présente à ce titre conduirait à une double indemnisation et ne peut, dès lors, qu'être rejetée. Par suite, il sera fait une exacte appréciation du préjudice financier subi par la commune de Chevreuse du fait de la démolition du bâtiment sinistré en l'évaluant à la somme de 188 616 euros TTC.

Quant aux autres frais :

26. Il résulte de l'instruction que le bâtiment sinistré abritait le service des impôts au rez-de-chaussée et au sous-sol et un logement de fonction au premier étage. La démolition de ce bâtiment consécutive au sinistre a généré une perte de loyers pour la commune de Chevreuse qui a, en outre, dû engager des frais pour reloger l'agent qui occupait le logement de fonction.

27. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier de l'état liquidatif récapitulatif produit par la commune de Chevreuse, que la perte de loyers entre la date du sinistre et le 31 décembre 2022 s'élève à la somme totale de 153 387,48 euros. Toutefois, il résulte de l'étude de faisabilité du 10 novembre 2022 évoquée précédemment, et notamment du calendrier prévisionnel des études et des travaux, que la durée de l'opération de reconstruction du bâtiment sinistré doit être évaluée à trente mois. Compte tenu du choix de la commune requérante de ne pas procéder à la reconstruction de ce bâtiment, ce qui lui aurait permis de recouvrer à nouveau, à l'expiration d'un délai de trente mois suivant la date d'achèvement des travaux de démolition du bâtiment, le 9 juillet 2019, les loyers résultant de la location des locaux qui étaient occupés par le service des impôts, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant sur la période d'août 2017 à janvier 2022 inclus, soit 54 mois, à la somme de 127 430 euros.

28. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'un bail d'habitation a été signé par la commune de Chevreuse avec effet au 15 septembre 2017 pour reloger le fonctionnaire qui occupait le logement de fonction au premier étage du bâtiment sinistré, moyennant un loyer mensuel de 1 500 euros, revalorisé à compter du mois de septembre 2020 à 1 552,06 euros puis à 1 558,60 euros à compter du mois de septembre 2021. Un second bail d'habitation ayant le même objet a été conclu le 9 décembre 2021 avec effet au 1er décembre 2021 pour un loyer mensuel de 1 415 euros. Compte tenu du choix de la commune requérante de ne pas procéder à la reconstruction du bâtiment sinistré, ce qui lui aurait permis de mettre à nouveau à disposition de l'agent un logement de fonction à l'expiration de trente mois suivant la date d'achèvement des travaux de démolition de ce bâtiment, il sera fait une juste appréciation du préjudice financier subi par la commune, relatif aux frais de relogement de cet agent, en l'évaluant, sur la période d'août 2017 à janvier 2022 inclus, à la somme de 79 430,52 euros.

29. Par ailleurs, si la commune de Chevreuse sollicite une indemnisation au titre des postes de préjudice " déménagement " et " chauffage " mentionnés dans le protocole d'accord du 25 octobre 2017, elle n'apporte aucune précision sur la teneur de ces chefs de préjudices et ne verse aux débats aucun élément susceptible d'établir leur caractère certain. Dès lors, ces prétentions indemnitaires doivent être rejetées.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le total des préjudices subis par la commune de Chevreuse en raison du sinistre litigieux doit être évalué à la somme de 395 476,52 euros TTC.

En ce qui concerne la demande tendant à la condamnation solidaire des participants à l'opération de construction :

31. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecomac construction et JPS contrôle ont toutes trois concouru au sinistre litigieux. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la demande de la commune de Chevreuse tendant à la condamnation in solidum de ces sociétés à réparer les préjudices résultant de ce sinistre.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :

32. La commune de Chevreuse a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 395 476,52 euros à compter de la date de réception de ses demandes du 16 mai 2019.

33. La capitalisation des intérêts a été demandée le 6 janvier 2021. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande.

Sur les appels en garantie :

En ce qui concerne les appels en garantie entre les sociétés C + O IDF 1 architectes, JPS contrôle, Ecomac construction et Ecobatis :

34. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.

S'agissant de l'appel en garantie dirigé par la société Ecomac construction contre la société Ecobatis :

35. La compétence de la juridiction administrative pour connaître des litiges nés de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux ne s'étend pas à l'action en garantie du titulaire du marché contre son sous-traitant avec lequel il est lié par un contrat de droit privé.

36. Il résulte de ce qui précède que l'action en garantie engagée par la société Ecomac construction contre la société Ecobatis, avec laquelle elle est liée par un contrat de droit privé, dans le cadre du présent litige l'opposant à la commune de Chevreuse au titre de l'exécution du marché de travaux relatif à la construction du pôle d'accueil petite enfance, relève de la compétence de la juridiction de l'ordre judicaire.

S'agissant des appels en garantie dirigés contre les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle :

37. Compte tenu des manquements respectifs des sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle, énoncés aux points 10 et 12, il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives de ces sociétés en condamnant, d'une part, la société C + O IDF 1 architectes à garantir les sociétés Ecomac construction et JPS contrôle à hauteur de 35% du montant de la condamnation prononcée au point 30 et, d'autre part, la société JPS contrôle à garantir les sociétés C + O IDF 1 architectes et Ecomac construction à hauteur de 5% du montant de cette même condamnation.

S'agissant des appels en garantie dirigés par les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle contre les sociétés Ecomac construction et Ecobatis :

38. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit précédemment, que le sinistre résulte notamment des graves manquements commis par la société Ecobatis, sous-traitante de la société Ecomac construction, dans l'exécution des travaux de construction du voile contre terre. Il résulte également de l'instruction que la société Ecomac construction devait veiller à la bonne exécution des travaux par son sous-traitant. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives de ces sociétés en condamnant la société Ecobatis à garantir les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle à hauteur de 50% du montant de la condamnation prononcée au point 30 et la société Ecomac construction à garantir les mêmes sociétés à hauteur de 10% de cette condamnation.

En ce qui concerne l'appel en garantie dirigé par la société C + O IDF 1 architectes contre la société GT2I :

39. Il résulte de l'instruction que l'acte d'engagement du groupement de maîtrise d'œuvre indique le montant et la répartition détaillée des prestations que chacun des membres du groupement s'engage à exécuter. La mission " chantier " a notamment été répartie entre la société Coste Orbach, devenue C + O IDF 1 architectes, et la société GT2I, en fixant le montant de la part des prestations qui leur incombaient respectivement à 18 022,50 euros HT et à 2 227 euros HT, soit 89 % et 11% du montant total de cette mission. En revanche, il ne résulte d'aucune des pièces contractuelles que les prestations dont la société GT2I assurait l'exécution aient été limitées aux lots " CVC plomberie " et " Électricité courants forts et faibles ". Ainsi, la société GT2I a participé, aux côtés de la société C + O IDF 1 architectes, à la survenance du dommage litigieux. Compte tenu, notamment, des modalités de répartition de la mission de maîtrise d'œuvre " DET " rappelées précédemment, il sera fait une juste appréciation des fautes et responsabilités respectives des membres du groupement de maîtrise d'œuvre en condamnant la société GT2I à garantir la société C + O IDF 1 architectes à hauteur de 11% du montant de la condamnation résultant de la part de responsabilité de 35% de cette dernière fixée au point 37.

En ce qui concerne le surplus des appels en garantie :

40. D'une part, la société Pratec n'ayant commis aucun manquement à l'origine du sinistre litigieux, l'appel en garantie dirigé contre elle par la société C + O IDF 1 architectes ne peut qu'être rejeté.

41. D'autre part, la société JPS contrôle n'est, en tout état de cause, pas fondée à demander la condamnation de la commune de Chevreuse, qui n'a commis aucune faute dans l'exécution des travaux à l'origine du sinistre, à la garantir des sommes mises à sa charge.

42. Enfin, en l'absence de toute responsabilité dans le sinistre litigieux, les conclusions en appel en garantie présentées par les sociétés SM BTP, Pratec et Sols progrès ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

43. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés C + O IDF 1 architectes, JPS contrôle, et Ecobatis une somme de 1 000 euros chacune à verser à la commune de Chevreuse au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

44. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Chevreuse une somme de 800 euros à verser à chacune des sociétés Sol progrès, Pratec et SM BTP.

45. Compte-tenu du placement en liquidation judiciaire de la société Ecomac construction, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que présentent la commune de Chevreuse et les autres parties à l'encontre de cette société sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

46. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit au surplus des conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics n'est pas admise.

Article 2 : Les sociétés C + O IDF 1 architectes, Ecomac construction et JPS contrôle sont condamnées in solidum à verser à la commune de Chevreuse une somme de 395 476, 52 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts selon les modalités fixées aux points 32 et 33 du présent jugement.

Article 3 : La société Ecomac construction garantira les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle à hauteur de 10% du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.

Article 4 : La société Ecobatis garantira les sociétés C + O IDF 1 architectes et JPS contrôle à hauteur de 50% du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.

Article 5 : La société C + O IDF 1 architectes garantira les sociétés Ecomac construction et JPS contrôle à hauteur de 35% du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.

Article 6 : La société JPS contrôle garantira les sociétés C + O IDF 1 architectes et Ecomac construction à hauteur de 5% du montant de la condamnation prononcée à l'article 2.

Article 7 : La société GT2I garantira la société C + O IDF 1 architectes à hauteur de 11% du montant de la condamnation résultant de la part de responsabilité de la société C + O IDF 1 architectes fixée à l'article 5.

Article 8 : Les sociétés C + O IDF 1 architectes, JPS contrôle et Ecobatis verseront chacune une somme de 1 000 euros à la commune de Chevreuse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : La commune de Chevreuse versera une somme de 800 euros chacune aux sociétés Sol progrès, Pratec et SM BTP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Chevreuse, à la société Ecomac construction, à la société C + O IDF 1 architectes, anciennement dénommée Coste Orbach, à la société JPS contrôle, à la société Sol progrès, à la société Ecobatis, à la société Pratec, à la société SM BTP, à la société GT2I, à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics et à Me Alexandre Herbaut, liquidateur judiciaire de la société Ecomac construction.

Délibéré après l'audience publique du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

N. Connin

La présidente,

signé

C. Grenier

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

2

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