vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2100460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DE CASTELBAJAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 janvier, 28 avril, 4 août, 5 octobre, 26 novembre 2021 et le 19 janvier 2022, la société PCRPROP, représentée par Me de Castelbajac, demande au tribunal dans ses dernières écritures :
1°) de condamner l'Ecole polytechnique à lui verser une somme de 62 434 euros avec intérêts de droit à compter de la date de réception de la réclamation indemnitaire et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Ecole polytechnique la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la mesure de résiliation est insuffisamment motivée ;
- l'Ecole polytechnique ne justifie pas d'un motif d'intérêt général à l'origine de la résiliation du contrat en ce que la contrainte budgétaire alléguée est mal fondée ;
- la résiliation a été prononcée à tort par l'Ecole polytechnique ;
- elle ouvre le droit à l'indemnisation du bénéfice net s'élevant à 62 434 euros hors taxe.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 mars, 16 juin, 3 septembre, 27 octobre et 17 décembre 2021, l'Ecole polytechnique conclut au rejet de la requête pour tardiveté et à ce que soit mise à la charge de la société PCRPROP la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, et fait valoir que les conclusions tendant à la réparation de son préjudice présentées sur le fondement de la responsabilité sans faute à raison de la résiliation du contrat pour motif d'intérêt général sont prescrites et que la créance n'est pas fondée.
Par ordonnance du 9 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- et les observations de Me de Castelbajac.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 décembre 2016, l'Ecole polytechnique a conclu avec la société PCRPROP un marché public d'assistance à maitrise d'ouvrage pour le contrôle des prestations de nettoyage des locaux du campus pour une durée de 4 ans à compter du 12 janvier 2017. Par un courrier adressé le 16 décembre 2019 et notifié le 18 décembre 2019, l'Ecole polytechnique a informé la société de la décision de résiliation du marché à compter du 1er janvier 2020. Le 23 décembre 2019, la société PCRPROP a contesté la décision de résiliation par une lettre recommandée avec accusé réception le 2 janvier 2020. Une procédure de médiation a alors été engagée et close le 9 juillet 2020. Par une lettre du 13 octobre 2020, la société PCRPROP a sollicité le paiement d'une somme de 62 434 euros en réparation des préjudices subis suite à la résiliation irrégulière du contrat. Par la présente requête, la société PCRPROP demande la condamnation de l'Ecole polytechnique à l'indemniser de ce préjudice.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le fondement de la responsabilité :
2. D'une part, en vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, la personne publique cocontractante peut toujours, pour un motif d'intérêt général, résilier unilatéralement un tel contrat, sous réserve des droits à indemnité de son cocontractant. En dehors du cas où elle est prononcée par le juge, la résiliation d'un contrat administratif résulte, en principe, d'une décision expresse de la personne publique cocontractante.
3. D'autre part, aux termes de l'article 33 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles dans sa rédaction issue de l'arrêté du 16 septembre 2009, applicable en l'espèce. : " Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur résilie le marché pour motif d'intérêt général, le titulaire a droit à une indemnité de résiliation, obtenue en appliquant au montant initial hors taxes du marché, diminué du montant hors taxes non révisé des prestations reçues, un pourcentage fixé par les documents particuliers du marché ou, à défaut, de 5 %. () ".
4. Une personne publique peut mettre fin unilatéralement à ses engagements contractuels pour un motif d'intérêt général ; cependant son cocontractant est alors en droit d'obtenir réparation du préjudice résultant de la résiliation unilatérale du contrat par la personne publique, même en l'absence de toute faute de cette dernière, dès lors qu'aucune stipulation contractuelle n'y fait obstacle. En l'absence de toute faute de sa part, le cocontractant a droit à la réparation intégrale du préjudice résultant pour lui de la résiliation anticipée du contrat et compensant tant la perte subie que le manque à gagner.
5. En l'espèce, la société PCRPROP soutient que la résiliation est irrégulière dès lors qu'aucun motif d'intérêt général ne peut être caractérisé. Or, l'Ecole polytechnique fait état d'une contrainte budgétaire et produit le rapport annuel de la Cour des Comptes de 2020, lui enjoignant de prendre sans délai les mesures nécessaires pour rétablir, de manière durable, l'équilibre financier de ses comptes. La circonstance que le déficit relevé ait été constaté depuis plusieurs années est sans incidence sur le bien-fondé de la mesure contestée. Par suite, et dans le cadre du contrôle financier prévu pour les établissements publics à caractère scientifique dans lequel s'inscrit l'Ecole polytechnique, la contrainte budgétaire opposée doit être regardée comme un motif d'intérêt général, à l'origine de la résiliation du contrat.
6. En second lieu, il résulte des stipulations précitées au point n°3 qu'en cas de résiliation pour motif d'intérêt général, l'entrepreneur ne peut obtenir d'autre indemnité que celle correspondant à la part des frais et investissements éventuellement engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution, à l'exception de l'indemnité forfaitaire, correspondant à 5 % du montant total HT de ce marché, hormis des dispositions particulières au contrat. Si une société a droit au versement d'une somme d'un montant au titre de l'indemnité de résiliation représentant 5 % du montant HT du marché diminué du montant des prestations payées, elle ne peut prétendre au versement d'une autre somme en réparation de la perte d'exploitation alléguée.
7. La société soutient qu'elle a droit au versement de la somme de 62 434 euros au titre du bénéfice net perdu. En l'absence de dispositions spécifiques du marché litigieux, les règles de l'article 33 précitées doivent donc s'appliquer, et notamment le montant du pourcentage de 5%. Or, il résulte de l'instruction que le montant du marché initial hors taxe sur 4 ans est de 261 120, 00 euros. Le montant doit être diminué de la somme de 190 400, 00 euros hors taxe versées au titre des prestations reçues hors taxes. Ainsi, l'indemnité due s'élève à 5% de la somme de 70 7720 euros HT, soit la somme de 3 536 euros qui a été versée par l'Ecole polytechnique. Par suite, aucune somme supplémentaire n'est due à la requérante au titre de l'indemnité de résiliation.
8. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions aux fins d'indemnisation de la société PRCPROP doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'Ecole polytechnique. En conséquence, les conclusions aux fins de versement des intérêts doivent également être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société PCRPROP la somme demandée par l'Ecole polytechnique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La société requérante étant la partie perdante, elle ne peut se prévaloir de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société PCRPROP est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Ecole polytechnique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société PCRPROP et à l'Ecole polytechnique.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Gosselin, président-rapporteur,
- Mme Vincent, première conseillère,
- Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
signé
C. Gosselin
L'assesseur le plus ancien,
signé
L. VincentLa greffière,
signé
S. Burel
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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