vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2100706 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête n° 2100706 et des mémoires enregistrés les 27 janvier 2021, 11 février 2022, 4 avril 2022, 17 mai 2022 et un mémoire récapitulatif enregistré le 5 juillet 2022, la SAS CCU et CO représentée par Me Hourcabie, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Louveciennes à lui verser la somme de 649 354 euros augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 15 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative dès lors que la responsabilité mise en jeu résulte des fautes commises par la commune en dehors de toute gestion de son domaine privé ;
- sa requête est recevable : elle a saisi la commune de Louveciennes d'une seconde demande indemnitaire préalable en date du 24 février 2022, laquelle a été notifiée à la commune le 26 février 2021 ; la SAS CCU et CO, venant aux droits de la société MOA, actionnaire de la SCCV Les Jardins A, a inévitablement subi un préjudice dont elle est fondée à demander la réparation ;
- la commune a commis les fautes suivantes :
- le retrait illégal, le 17 janvier 2019, du permis de construire n° PC 78350 17 G0077 délivré à la SCCV Les Jardins A et la délivrance illégale de ce permis ;
- plusieurs agissements fautifs, lesquels ont abouti à l'annulation contentieuse du permis de construire n° 78350 17 G0077 délivré le 20 mars 2018 ;
- la commune est soudainement revenue sur sa position afin de s'opposer au projet, y compris après le délai légal alors même que le projet du " Chemin A " a vu le jour à la suite d'une volonté communale et alors même qu'afin de mener à bien ce projet, un accord-cadre a été conclu entre la commune et la SAS CCU et CO ; la commune a adopté une attitude contradictoire de nature à engager sa responsabilité ;
- la commune n'a pas respecté ses engagements ;
- elle ne souhaite pas engager la responsabilité de la commune sur le fondement de la méconnaissance de l'accord-cadre ;
- les préjudices subis réels et certains sont les suivants :
- les frais engagés au titre des actions prévues dans l'accord-cadre du 21 avril 2016, à savoir les frais engagés au titre de la programmation urbaine, de la concertation publique, des études techniques, des études environnementales, des insertions volumétriques, de la coordination du partenariat Ville-Constructeurs etc pour un montant de 105 000 euros ;
- les frais exposés par la SAS CCU et CO pour l'obtention du permis de construire : 66 180 euros au titre des frais d'honoraires versés à l'architecte, 76 080 euros pour les honoraires versés au titre du montage du permis de construire, 3 168 euros au titre des honoraires versés correspondant aux BET thermique, voieries et réseaux routiers, paysagiste, structure, fluides, etc, 1 424 euros au titre des frais juridiques soit 146 854 euros ;
- le manque à gagner à hauteur de la somme de 250 000 euros ;
- l'atteinte portée à sa réputation à hauteur de la somme de 150 00 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier, 1er mars, 28 avril et 1er juin 2022, la commune de Louveciennes, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et demande, dans ses dernières écritures que soit mis à la charge de la société requérante le versement de la somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la juridiction administrative est incompétente pour traiter des ruptures abusives des démarches engagées par une commune, que la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir de la SAS CCU et CO au titre des préjudices subis par la SCCV Les jardins A et de l'absence de demande préalable sur le fondement du comportement fautif de la commune et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 juin 2022.
Par un courrier du 7 juin 2022, le tribunal a invité la SAS CCU et CO, en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, à produire un mémoire récapitulatif reprenant les conclusions et les moyens qu'elle entendait soumettre au tribunal.
II-Par une requête n° 2103901 et des mémoires enregistrés les 10 mai 2021, 20 mai 2022 et 23 juin 2022 ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SCCV Les jardins A représentée par Me Hourcabie, demande au tribunal :
1°) la condamnation de la commune de Louveciennes à lui verser la somme de 507 500 euros augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête relève de la juridiction administrative dès lors que la responsabilité mise en jeu résulte des fautes commises par la commune en dehors de toute gestion de son domaine privé ;
- la commune a commis les fautes suivantes :
- le retrait illégal, le 17 janvier 2019, du permis de construire n° PC 78350 17 G0077 délivré à la SCCV Les Jardins A et la délivrance illégale de ce permis ;
- plusieurs agissements fautifs, lesquels ont abouti à l'annulation contentieuse du permis de construire n° 78350 17 G0077 délivré le 20 mars 2018 ;
- la commune est soudainement revenue sur sa position afin de s'opposer au projet, y compris après le délai légal alors même que le projet du " Chemin A " a vu le jour à la suite d'une volonté communale et alors même qu'afin de mener à bien ce projet, un accord-cadre a été conclu entre la commune et la SAS CCU et CO ; la commune a adopté une attitude contradictoire de nature à engager sa responsabilité ;
- la commune n'a pas respecté ses engagements,
- elle ne souhaite pas engager la responsabilité de la commune sur le fondement de la méconnaissance de l'accord-cadre ;
- les préjudices subis réels et certains sont les suivants :
- les frais exposés par la SCCV pour l'obtention du permis de construire : 68 180 euros au titre des frais d'honoraires versés à l'architecte, 76 080 euros pour les honoraires versés au titre du montage du permis de construire, 3 168 euros au titre des honoraires versés correspondant aux BET thermique, voieries et réseaux routiers, paysagiste, structure, fluides, etc, 1 425,60 euros au titre des frais juridiques, le remboursement des dépenses engagées par la SAS CCU et CO pour obtenir le permis de construire pour un montant de 41 000 euros soit 187 954 euros ;
- le manque à gagner à hauteur de la somme de 209 546 euros ;
- la perte de rendement sur les montants investis sur fonds propres à hauteur de 60 000 euros ;
- l'atteinte portée à sa réputation à hauteur de la somme de 50 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier 2022 et le 7 juin 2022 la commune de Louveciennes, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de la société requérante le versement de la somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la juridiction administrative est incompétente pour traiter des ruptures abusives des démarches engagées par une commune, que les préjudices dont la SCCV Les jardins A demande réparation font également l'objet d'une demande de réparation par la SAS CCU et CO et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 12 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Rollet-Perraud, présidente rapporteure,
- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique ;
- les observations de Me Hourcabie pour les sociétés requérantes et de Me Roulette pour la commune de Louveciennes.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Louveciennes a, en septembre 2015, lancé une consultation auprès de différents bailleurs sociaux en vue de la réalisation d'un programme mixte de logements sur le tènement communal dit " A ". Le 21 avril 2016, a été conclu entre, d'une part, la commune de Louveciennes et, d'autre part, l'ESH Domnis et la SAS CCU et CO, un accord cadre " pour la réalisation du projet A " à Louveciennes, l'ESH Domnis ayant été retenue " pour la conception et la réalisation des logements locatifs sociaux " et la société Maîtrises d'ouvrage et associés (MOA) devenue SAS CCU et CO en qualité d'"ensemblier-équipementier" pour la conception de l'aménagement urbain et la réalisation des " équipements propres " à l'opération. L'ESH Domnis et la SAS CCU et CO ont, le 21 septembre 2016, candidaté en groupement à la consultation pour la désignation de l'opérateur de logements en accession. La commune a retenu ces deux sociétés le 17 octobre 2016. Le 20 mars 2018, la SCCV Les Jardins l'Aqueduc, constituée par la SAS CCU et CO, a obtenu le permis de construire n° PC 78350 17 G0077 délivré par le maire de Louveciennes portant sur la construction de 23 logements répartis en trois bâtiments d'habitation. Le 18 décembre 2018, le maire de Louveciennes a, par un arrêté du 17 janvier 2019, prononcé le retrait du permis de construire n° PC 078 350 17 G0077. Cette décision de retrait a été annulée par le tribunal administratif de Versailles par son jugement n° 1901923 du 23 juillet 2020. Le même jour le tribunal a annulé le permis de construire n° 078 350 17 G0077 délivré le 20 mars 2018, par un jugement n° 1805611, 1806088. Par la requête n° 2100706 et la requête n° 2103901, la SAS CCU et CO et la SCCV Les Jardins A demandent, respectivement, au tribunal de condamner la commune de Louveciennes à réparer les préjudices qu'elles ont subis en raison des illégalités et agissements fautifs qu'elle a commis.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Si les litiges concernant la gestion du domaine privé des collectivités locales relèvent, en principe, de la compétence des tribunaux judiciaires, le présent litige tend à la réparation des préjudices résultant, ainsi que le précisent à plusieurs reprises les sociétés requérantes, de l'illégalité du retrait du permis de construire n° PC 78350 17 G0077 délivré le 20 mars 2018 à la SCCV Les Jardins A, de l'illégalité de ce permis de construire et d'agissements de la commune révélant ses changements de positions quant au projet objet de ces décisions. Le présent litige ne relève donc pas de la gestion du domaine privé de la commune qui n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'il ne ressortit pas à la compétence de la juridiction administrative.
Sur la responsabilité de la commune de Louveciennes :
3. En premier lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, toute illégalité est fautive et susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique qui en est l'auteur, à condition toutefois qu'il puisse être fait état d'un préjudice en lien direct et certain avec cette faute.
4. Il résulte de l'instruction d'une part que le tribunal administratif de Versailles par son jugement n° 1805611 -1806088 du 23 juillet 2020 a annulé l'arrêté du 20 mars 2018 accordant le permis de construire à la SCCV Les Jardins A aux motifs que, compte tenu des différences substantielles entre le projet de construction et l'autorisation de défrichement jointe au dossier de permis de construire, cette autorisation ne pouvait valablement tenir lieu de l'autorisation préalable prévue par les dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme et qu'en l'absence de pièces probantes en ce sens produites par la pétitionnaire ou la commune, la seule circonstance que le plan local de l'urbanisme et une orientation d'aménagement et de programmation prévoient un emplacement réservé et l'élargissement de la voie de desserte du projet ne suffisait pas à établir que les travaux nécessaires à son élargissement auraient été certains dans leur principe et dans leur échéance de réalisation à la date de délivrance du permis de construire. D'autre part, le tribunal a, par son jugement n°1901923 du 23 juillet 2020, annulé l'arrêté du 17 janvier 2019 de retrait du permis de construire du 28 mars 2018 en indiquant que contrairement au motif retenu par l'arrêté, la demande de permis de construire n'était pas entachée de fraude sur la qualité du pétitionnaire. Les sociétés requérantes sont par suite fondées à soutenir que la commune a ainsi commis des illégalités fautives de nature à engager sa responsabilité.
5. En second lieu, les sociétés requérantes recherchent la responsabilité de la commune de Louveciennes à raison des agissements fautifs qu'elle aurait commis. Elles font ainsi valoir que la commune aurait adopté des changements d'attitudes successifs en délivrant un permis de construire PC 78350 17 G0077 le 20 mars 2018, puis en revenant sur sa position et que le permis de construire a été annulé en raison d'un certain nombre de ses comportements notamment l'absence de production d'un mémoire en défense lors de l'instance contentieuse dirigée contre le permis de construire et la non régularisation de l'autorisation de défrichement, pendant l'instance, en sa qualité de propriétaire foncier. Toutefois ces faits ne sont pas constitutifs de fautes distinctes des illégalités relevées par le tribunal administratif de Versailles dans ses jugements du 23 juillet 2020. Par ailleurs, les sociétés requérantes font valoir que la commune n'aurait pas respecté des engagements pris pour la réalisation des travaux de voirie et dans le cadre de l'accord cadre ou pour la réalisation du projet. Toutefois, les sociétés requérantes indiquent à plusieurs reprises dans leurs écritures qu'elles ne souhaitent pas engager la responsabilité contractuelle de la commune. Par ailleurs, cet accord cadre prévoyait que " dans le cas où le projet urbain, pour quelque raison que ce soit, venait à ne pas se réaliser, la présente convention sera caduque et l'ensemble des apports des partenaires ne fera l'objet d'aucun remboursement ni dédommagement par l'une quelconque des parties signataires () En outre, avant la régularisation des promesses synallagmatiques de vente, les parties sont libres de notifier leur retrait du processus partenarial à tout moment sans indemnité de part ni d'autre, dans les conditions précisées à l'article 20 des présentes ". Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la commune aurait pris des engagement formels et précis quant à la réalisation du projet ou des travaux de voirie. Par suite, les sociétés requérantes ne sont pas fondées à rechercher la responsabilité de la commune de Louveciennes sur le fondement d'agissements fautifs qu'elle aurait commis et de promesses non tenues.
Sur la réparation des préjudices subis par les sociétés requérantes :
6. Ainsi qu'il a été dit au point 3, si toute illégalité est fautive est susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique qui en est l'auteur, ce n'est qu'à la condition qu'il puisse être fait état d'un préjudice en lien direct et certain avec cette faute.
En ce qui concerne les frais engagés par la SAS CCU et CO au titre des actions prévues dans l'accord-cadre du 21 avril 2016 :
7. Les préjudices résultant de la mise en œuvre des obligations contractuelles de la SAS CCU et CO nées de l'accord-cadre conclu le 21 avril 2016 avec la commune de Louveciennes ne trouvent pas leur origine dans les illégalités entachant le permis de construire délivré le 20 mars 2018 et la décision de retrait de ce permis, par suite, la société requérante qui indique qu'elle ne souhaite pas engager la responsabilité contractuelle de la commune, n'est pas fondée à en demander la réparation.
En ce qui concerne les frais exposés par la SAS CCU et CO et refacturés à la SCCV Les Jardins A :
8. Si la SCCV Les Jardins A produit une facture établie par la SAS CCU et CO le 4 décembre 2017 d'un montant de 41 100 euros mentionnant comme objet " refacturation des dépenses engagées dans le cadre de l'opération Aqueduc " avec une liste des prestataires dont les factures sont également produites, elle ne verse à l'instance aucun élément de nature à démontrer qu'elle a procédé au paiement effectif de cette facture et n'établit donc pas la réalité du préjudice allégué qui par suite ne saurait ouvrir droit à indemnisation.
En ce qui concerne les frais exposés pour l'obtention du permis de construire :
9. D'une part la SCCV Les Jardins A demande l'indemnisation des frais exposés pour l'obtention du permis de construire. Il ne résulte pas de l'instruction que les sommes déboursées par la société auraient été engagées par elle postérieurement à la délivrance du permis de construire retiré puis annulé. Or, les frais engagés pour l'obtention du permis de construire ne peuvent être regardés comme la conséquence du permis irrégulièrement délivré. Au surplus, s'agissant des frais d'honoraires versés au titre du montage du permis de construire, elle produit une facture ayant pour objet " opération les jardins A " et portant la mention " conformément à la convention de gestion d'un montant global de 317 000 euros HT ". Toutefois ce document n'apporte pas les précisions suffisantes permettant de démontrer que les frais en cause auraient effectivement été exposés en vue de la seule obtention du permis de construire. S'agissant des frais juridiques dont la société demande l'indemnisation, les éléments produits à l'instance ne permettent pas davantage de démontrer que les frais en cause auraient été engagés en vue de l'obtention du permis de construire. Le préjudice allégué ne saurait donc ouvrir droit à indemnisation.
10. D'autre part, la SAS CCU et CO demande l'indemnisation des mêmes frais au motif que ces dépenses ont été acquittées directement par la SCCV Les Jardins A sur fonds propres qu'elle lui a apportés et qu'ainsi elle a pris en charge in fine ces dépenses. Toutefois, au regard de ce qui a été dit au point précédent et alors au surplus que les pièces produites à l'instance par la SAS CCU et CO qui établissent seulement que cette dernière détient une créance sur la SCCV Les Jardins A, ne suffisent pas à démontrer que les montants correspondant aux factures produites auraient effectivement été pris en charge la SAS CCU et CO, le préjudice allégué ne saurait ouvrir droit à indemnisation.
En ce qui concerne le manque à gagner invoqué par la SAS CCU et CO et la SCCV Les Jardins A :
11. La perte de bénéfices ou le manque à gagner découlant de l'impossibilité de réaliser une opération immobilière en raison de l'annulation ou du retrait d'un permis de construire revêt un caractère éventuel et ne peut, dès lors, en principe, ouvrir droit à réparation. Il en va toutefois autrement si le requérant justifie de circonstances particulières, telles que des engagements souscrits par de futurs acquéreurs ou l'état avancé des négociations commerciales avec ces derniers, permettant de faire regarder ce préjudice comme présentant, en l'espèce, un caractère direct et certain. Il est fondé, si tel est le cas, à obtenir réparation au titre du bénéfice qu'il pouvait raisonnablement attendre de cette opération.
12. En l'espèce, les sociétés requérantes ne font état d'aucun engagement souscrit par un futur acquéreur ni d'un état avancé de négociations commerciales. Le préjudice résultant du manque à gagner dont elles demandent réparation présente donc un caractère purement éventuel et ne saurait ouvrir droit à indemnisation.
En ce qui concerne la perte de rendement sur les montants investis sur fonds propres invoqué par la SCCV Les Jardins A :
13. La SCCV Les Jardins A n'apporte aucune pièce de nature à établir la nature exacte et la réalité du préjudice dont elle demande l'indemnisation. Il ne saurait dès lors ouvrir droit à réparation.
En ce qui concerne l'atteinte portée à la réputation :
14. Si les sociétés requérantes font valoir que les accusations de fraude dont elles ont fait l'objet ont porté atteinte à leur réputation dès lors que le marché du montage des projets urbains est un petit milieu et que toute détérioration de la réputation d'un promoteur immobilier a inévitablement pour conséquence de porter atteinte à son activité, elles n'apportent aucun élément de nature à démontrer la réalité du préjudice dont elles demandent réparation. Ce préjudice ne saurait dès lors ouvrir droit à réparation.
15. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Louveciennes à indemniser les préjudices subis par les sociétés requérantes doivent être rejetées.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de de la commune de Louveciennes qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des sociétés requérantes une somme de 3 000 euros à verser à la commune de Louveciennes au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la SAS CCU et CO et de la SCCV Les jardins A sont rejetées.
Article 2 : La SAS CCU et CO et la SCCV Les jardins A verseront la somme de globale de 3 000 euros à la commune de Louveciennes.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS CCU et CO, à la SCCV Les jardins A et à la commune de Louveciennes.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
Mme Mathou, première conseillère,
Mme Milon, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
C. Rollet-PerraudL'assesseure la plus ancienne,
signé
C. Mathou
La greffière,
signé
K. Dupré
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2103901
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026