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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100728

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100728

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100728
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7éme chambre
Avocat requérantDE VALLOMBREUSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle Socrate, représentée par Me de Vallombreuse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2020 par laquelle la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'aide exceptionnelle du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques et financières de la propagation de l'épidémie du covid-19 pour les mois de mai et d'octobre 2020, ainsi que la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux formé contre cette décision le 18 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la direction générale des finances publiques de lui accorder le bénéfice du fonds de solidarité pour le mois d'octobre 2020 ou, à défaut, de réexaminer sa situation pour le mois d'octobre 2020, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte dont il plaira au tribunal de fixer le montant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 30 novembre 2020 est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, rapporteure,

- et les conclusions de M. Armand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Socrate, dont M. B A est le gérant et l'associé unique et qui exerce sous l'enseigne " Le Corsaire " une activité de pub, bar à bières et de restauration sur place, a présenté, le 20 novembre 2020, une demande tendant à bénéficier, pour le mois d'octobre 2020, de l'aide exceptionnelle à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. Par une décision du 30 novembre 2020, la direction générale des finances publiques a rejeté sa demande. Par un courriel du 18 décembre 2020, la SASU Socrate a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été implicitement rejeté. La SASU Socrate demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que l'administration a fondé son refus sur le motif que la SASU Socrate était détentrice d'une dette fiscale au 31 décembre 2019 et n'avait fait l'objet d'un plan de règlement que le 24 novembre 2020. Elle comporte ainsi les circonstances de fait qui en constituent le fondement et qui sont suffisamment développées pour permettre à la société requérante d'en contester utilement les motifs et au juge d'exercer son contrôle. Par suite, et en tout état de cause, elle est suffisamment motivée en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2020, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation () ". Aux termes de l'article 3 de cette ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ".

5. Aux termes de l'article 1er du décret du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique () ". Aux termes de l'article 3-10 de ce décret, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret ayant fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 25 septembre 2020 et le 31 octobre 2020 bénéficient, au titre de chaque période mensuelle considérée, d'une aide financière prenant la forme d'une subvention destinée à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de la période d'interdiction d'accueil du public lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / () La demande est accompagnée des justificatifs suivants : / -une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles bénéficiant d'un plan de règlement ; () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le directeur général des finances publiques est chargé de la gestion du fonds. Il est chargé de l'ordonnancement des aides financières prévues par le présent décret, à l'exception de celle mentionnée à l'article 4 et de son complément prévu à l'article 4-1 et de la définition des modalités de contrôle de l'exactitude des déclarations des demandeurs () ".

6. Il est constant que la SASU Socrate était, au 31 décembre 2019, redevable auprès du comptable public du service des impôts des entreprises de Saint-Germain-en-Laye de la somme de 5 039 euros, correspondant à l'impôt sur les sociétés auquel elle a été assujettie au titre de l'exercice clos au 30 septembre 2019 et à la taxe sur la valeur ajoutée mise à sa charge pour les périodes du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019 et du 1er juillet 2020 au 31 juillet 2020. Si la société requérante soutient qu'elle a transmis un chèque d'un montant de 4 000 euros le 7 juillet 2020, il n'est pas établi que celui-ci visait à acquitter en partie sa dette fiscale, alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa dette, d'un montant de 5 039 euros, a été couverte par un plan de règlement le 24 novembre 2020, soit postérieurement au 31 décembre 2019, qui a d'ailleurs fait l'objet d'une dénonciation le 4 mars 2021 en l'absence de règlement. En outre, à supposer même que cette dette ait été réduite à hauteur de 4 000 euros, un tel règlement est, de toute façon, postérieur au 31 décembre 2019, date à laquelle la société requérante ne devait pas disposer d'une dette fiscale ou sociale, et qui implique d'ailleurs la reconnaissance de sa dette par l'intéressée à la date des faits, et est ainsi sans incidence sur le bien-fondé de la décision qui lui est opposée. Dans ces conditions, la SASU Socrate a déclaré à tort certifier sur l'honneur son absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles bénéficiant d'un plan de règlement lors du dépôt de sa demande tendant au versement de l'aide exceptionnelle en cause. Au surplus, il n'est pas contesté que la SASU Socrate ne s'est pas conformée à ses obligations déclaratives en matière d'impôt sur les sociétés et en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour l'année 2020, faisant ainsi obstacle à établir une perte de chiffre d'affaires sur le mois d'octobre 2020 par rapport à la période de référence en 2019. Par suite, elle ne pouvait pas, en toute hypothèse, bénéficier de l'aide exceptionnelle pour le mois de novembre 2020. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En dernier lieu, la société requérante se prévaut de la déclaration du ministre de l'économie, des finances et de la relance du 16 novembre 2020, selon laquelle " les recours ou contentieux en cours au 1er septembre 2020 sans décision définitive n'interdiront pas le bénéfice du fonds de solidarité. De même les petites dettes fiscales ne seront plus un obstacle pour le bénéfice du fonds de solidarité ". Toutefois, et ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, cette déclaration visait à commenter les futurs aménagements des mesures de soutien en faveur des entreprises liées à la crise du covid-19, dont fait l'objet le décret n°2020-1620 du 19 décembre 2020 entré en vigueur le 21 décembre 2020, soit postérieurement à sa demande présentée le 20 novembre 2020. Le moyen tiré de l'erreur de droit est ainsi inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SASU Socrate n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2020 lui refusant le versement, pour le mois d'octobre 2020, de l'aide exceptionnelle à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ni, par voie de conséquence, l'annulation de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Socrate est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Socrate et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- M. de Miguel, premier conseiller,

- Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. Mathé

Le président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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