mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2100899 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELURL SULTAN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 février 2021 et le 29 juillet 2021, la SAS Erbra, représentée par le cabinet Sultan avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Yvelines lui a refusé le remboursement du crédit de TVA dont elle s'estime titulaire au titre du mois de juillet 2020, à hauteur de 6 258 euros ;
2°) d'ordonner le remboursement du crédit litigieux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- la décision de rejet n'est pas motivée ;
- l'administration a inversé la charge de la preuve ; c'est à tort que l'administration a écarté les factures émises par la société SICD sans démontrer leur caractère fictif ; elle ne démontre nullement l'appartenance de la société à un " groupe informel " ni le caractère fictif des prestations facturées ; à ce titre, l'administration ne pouvait se fonder sur des éléments relatifs à des sociétés tierces, en particulier sur la vérification de comptabilité conduite à l'encontre de la société SICD au titre d'années antérieures à 2019, pour fonder le refus qui lui a été opposé ; en raison des difficultés de recrutement dans son secteur, le recours au prêt de main-d'œuvre, constitue une solution normale qui ne révèle aucune appartenance à un tel groupe informel ; en outre le règlement des factures par compensation avec reprise d'une créance n'est pas interdite et ne peut donc pas davantage constituer un indice de l'existence d'un tel groupe ;
- la société EBRA a une activité réelle et effective, ce que l'administration a précédemment admis dans le cadre du " rescrit CIR " en date du 20 août 2019 ;
- en outre, au cours d'un précédent contrôle au titre de la TVA 2018-2019, n'ayant débouché sur aucun rappel, l'administration a explicitement admis les factures émises par cette société et le mode de règlement de celles-ci par compensation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Erbra ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 8 septembre 2021. Puis par ordonnance du 28 octobre 2022, elle a été fixée en dernier lieu au 14 novembre 2022 à 10h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société ERBRA, créée le 1er janvier 2018 et exerçant une activité de développement de système de construction écologique, a sollicité le 24 août 2020 le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) d'un montant de 6 258 euros au titre du mois de juillet 2020. L'administration ayant rejeté sa demande par une décision du 10 décembre 2020, la société demande au tribunal d'ordonner le remboursement du crédit de TVA dont elle s'estime titulaire.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet du 10 décembre 2020
2. La demande de remboursement d'un crédit de TVA présentée sur le fondement des dispositions de l'article 271 du code général des impôts constitue une réclamation au sens de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. Les décisions par lesquelles l'administration statue sur la réclamation du contribuable qui entend contester la créance du Trésor, en tout ou en partie, en ce qui concerne les impositions auxquelles il a été assujetti, ne constituent pas des actes détachables de la procédure d'imposition susceptibles de recours pour excès de pouvoir. Il s'ensuit que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 10 décembre 2020 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques a rejeté la demande de remboursement en litige sont irrecevables et doivent être rejetées, et que, par conséquent le moyen soulevé à l'encontre de cette décision et tiré du défaut de sa motivation ne peut qu'être écarté comme inopérant.
Sur le bien-fondé de la demande de remboursement du crédit de TVA
3. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes de l'article 242-0 A du même code : " Le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont l'imputation n'a pu être opérée doit faire l'objet d'une demande des assujettis. Le remboursement porte sur le crédit de taxe déductible constaté au terme de chaque année civile ".
4. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts et de l'article 230 de l'annexe II à ce code, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services ; dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agissait d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance ; si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la SAS Erbra a porté en ligne 20 de sa déclaration de TVA au titre du mois de juillet 2020, souscrite le 24 août 2020, un montant de TVA déductible de 6 258 euros. Il résulte également de l'instruction que la SAS Erbra a produit à l'appui de sa demande trois factures émises par la SARL SICD. La première de ces factures, datée du 2 mai 2019 sous le n°2019-45, relative à la cession à la société Erbra de concepts et de la propriété intellectuelle du système " semi massif crénelé ", fait apparaître un montant de 80 000 euros hors taxes (HT) et de 16 000 euros de TVA. La seconde de ces factures, datée du 31 décembre 2019 et portant le n°2019-74, relative à la mise à disposition de personnel, porte un montant de 36 829,03 euros HT et 6 138,17 euros de TVA. La dernière, portant le n°2019-76 et relative, selon la décision de rejet prise par le service, à des " diligences réalises en 2019 en vue de l'approche de marché étrangers " dont le montant n'est pas précisé en l'état de l'instruction.
6. Pour rejeter la demande de remboursement du crédit de TVA litigieux, l'administration, qui n'a pas remis en cause la réalité de l'activité de la SAS Erbra, a estimé que les factures présentées ne correspondaient pas à des opérations réelles, et qu'elles avaient été émises dans le cadre d'un schéma mis en place dans le seul but de générer de manière fictive des crédits de TVA. L'administration soutient en défense que la société Erbra appartient à un " groupe informel complexe " composé de sociétés de création récente, ayant ou ayant eu entre elles des liens capitalistiques, dont la direction de fait est assurée par les mêmes personnes physiques et dont le point commun est d'effectuer des demandes régulières de remboursement de crédit TVA. Elle fait valoir que la vérification de comptabilité de la SARL SICD au titre des années 2016 et 2017, étendue en matière de TVA jusqu'au 31 décembre 2018, a conduit le service à estimer que la société n'avait pas exercé d'activité effective au cours des exercices contrôlées et qu'ainsi les prestations facturées n'auraient pas pour contrepartie une prestation quelconque pouvant donner lieu à la déduction de la TVA acquittée.
7. Il résulte, en effet, de l'instruction, en particulier des termes de la proposition de rectifications notifiée à la SARL SICD, société émettrice des factures litigieuses, que " la société [SICD] n'a pu démontrer () la réalité des prestations " retracées dans sa comptabilité, et que cette société " fonctionne en circuit fermé avec les autres sociétés du groupe informel " entre lesquelles " l'essentiel des règlements est comptabilisé en compte de tiers sans flux bancaires ". Il résulte, par ailleurs, également de l'instruction qu'il existe des liens capitalistiques et personnels entre les sociétés impliquées dans les opérations facturées sur lesquelles reposent la demande de remboursement litigieuse : en effet, il n'est pas contesté que M. Dutitre, président de la SAS Erbra et associé à hauteur de 70% de son capital, était, jusqu'au 2 août 2017, également associé de la SC Ladinvest, laquelle détient 65 % du capital de la SARL SICD ; il n'est pas contesté, également, que les 30% restant du capital de la SAS Erbra sont détenus par Mme A, par ailleurs gérante des société Ladinvest et SPIC ; à cet égard, il ne résulte pas des termes de la décision de refus que l'administration aurait accordé une importance particulière à la situation du " gérant de fait " de ces sociétés, qui ne constitue qu'un des éléments de faits relevés par l'administration pour démontrer l'existence d'un groupe informel de sociétés.
8. S'agissant en particulier des opérations retracées par les factures produites par la société Erbra à l'appui de sa demande de remboursement, il résulte, d'une part des termes de cette même proposition de rectification que le prix de cession, par la SARL SICD à la SAS Erbra, de l'invention baptisé " semi massif crénelé ", a été inscrit en comptabilité à hauteur de 70 000 euros HT, soit 84 000 TTC, au titre de l'exercice 2018, que le règlement aurait été effectué par abandon d'une créance détenue par la SAS Erbra sur la société Ladinvest, et que ce paiement a été retranscrit dans les compte de la SICD sous la forme de six débits du compte courant d'associé de la société Ladinvest d'un montant total de 84 000 euros, sans aucun flux financier effectif entre lesdites sociétés. L'administration fait valoir, d'autre part, que les prestations facturées le 30 décembre 2019 correspondent à des missions effectuées par M. Dutitre, président de la SAS Erbra, pour le compte de la SARL SICD, dans le cadre de contrats à durée déterminée, et que la somme correspondant au règlement de la facture n°2019-74 a été réglée par le débit du compte courant d'associé de la SC Ladinvest.
9. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant des éléments suffisants permettant de penser que ces factures ne correspondent pas des opérations réelles.
10. La société requérante, à qui il appartient dès lors d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération, se borne à faire valoir que les règlements effectués pour son compte par la SC Ladinvest ont pour contrepartie un abandon de créances détenues sur elle par la SAS Erbra et qu'un tel mode de paiement n'est " pas interdit ". Elle indique que les sociétés SICD et Erbra auraient conclu une " convention de mise à disposition ", et soutient que la vérification de la comptabilité de la SICD n'a pas porté sur la période au cours de laquelle ont été émises les factures litigieuses. Elle n'apporte toutefois pas, ce faisant, la preuve de la réalité des prestations ainsi facturées.
11. Enfin, la circonstance que le contrôle engagé à l'encontre de la SAS Erbra n'a débouché sur aucune rectification est sans incidence sur le bien-fondé de la décision contestée, dès lors qu'il n'a pas porté sur la période de juillet 2020 au cours de laquelle serait né le crédit de TAV dont la société sollicite le remboursement. Par ailleurs et en tout état de cause, à supposer que la société ait entendu soulever un tel moyen, l'absence de rectification notifiée à la société à l'issue d'un précédent contrôle ne constitue pas une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SAS Erbra tendant au remboursement du crédit de TVA litigieux doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SAS Erbra est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Erbra et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delage, président,
Mme Winkopp-Toch, première conseillère,
M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
G. B
Le président,
Signé
Ph. Delage La greffière,
Signé
F.Sabot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026