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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101070

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101070

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101070
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantMIRAM-MARTHE-ROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 février 2021 et 3 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Miram-Marthe-Rose, demande au tribunal :

1) de condamner le centre hospitalier Sud Essonne à lui payer la somme de 150 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts à compter de la notification de sa demande préalable indemnitaire ;

2) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision par laquelle le centre hospitalier a constaté la rupture anticipée de son contrat de travail et la mention d'une telle rupture anticipée sur l'attestation Pôle emploi sont entachées d'illégalité et de nature à engager la responsabilité de l'établissement, dès lors que son contrat à durée déterminée était simplement arrivé à son terme ;

- il a refusé le renouvellement de son contrat en raison de la possibilité d'effectuer une formation lui permettant de pérenniser sa situation professionnelle et car ses conditions de travail, en particulier la durée de ses contrats, ne lui permettaient pas de se projeter professionnellement ;

- il a subi un préjudice matériel à hauteur de 75 000 euros, dans la mesure où il n'a pu percevoir les indemnités de chômage et n'a pu évoluer professionnellement du fait notamment de la précarité dans laquelle il a été maintenu, ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il évalue à 75 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 janvier et 13 février 2023, le centre hospitalier Sud Essonne, représenté par Me Violette, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'indemnisation du chômage ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- et les observations de Me Violette, avocat représentant le centre hospitalier Sud Essonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent contractuel de la fonction publique hospitalière, a été recruté par le centre hospitalier Sud Essonne pour occuper un emploi d'agent d'entretien qualifié, en dernier lieu du 1er au 30 novembre 2018. La relation contractuelle ne s'étant pas poursuivie au terme de ce contrat, le centre hospitalier a transmis à l'intéressé un certificat de travail et une attestation destinée à Pôle emploi, mentionnant comme motif de la rupture du contrat de travail une " rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée () à l'initiative du salarié ". Contestant ce motif, M. B a présenté le 6 octobre 2020 une demande de requalification de celui-ci auprès du directeur du centre hospitalier, implicitement rejetée. Par deux courriers des 8 décembre 2020 et 6 février 2021, il a présenté une demande préalable indemnitaire, implicitement rejetée. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Sud Essonne à lui payer la somme de 150 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public ". Aux termes de l'article 1er du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 : " Le régime d'assurance chômage assure un revenu de remplacement dénommé " allocation d'aide au retour à l'emploi ", pendant une durée déterminée, aux salariés involontairement privés d'emploi qui remplissent des conditions d'activité désignées durée d'affiliation, ainsi que des conditions d'âge, d'aptitude physique, de chômage, d'inscription comme demandeur d'emploi, de recherche d'emploi. ". Aux termes de l'article 2 du même règlement : " Sont involontairement privés d'emploi ou assimilés, les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte : / d'un licenciement ; / d'une rupture conventionnelle du contrat de travail, au sens des articles L. 1237-11 et suivants du code du travail ; / d'une rupture d'un commun accord du contrat de travail, au sens des articles L. 1237-17 et suivants du code du travail ; / d'une fin de contrat de travail à durée déterminée dont notamment le contrat à objet défini, ou de contrat de mission ; / d'une rupture anticipée d'un contrat de travail à durée déterminée, dont notamment le contrat à objet défini, ou d'un contrat de mission, à l'initiative de l'employeur ; / d'une démission considérée comme légitime, dans les conditions fixées par un accord d'application ; / d'une rupture de contrat de travail résultant de l'une des causes énoncées à l'article L. 1233-3 du code du travail. ".

3. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de déterminer si les circonstances dans lesquelles un contrat de travail à durée déterminée n'a pas été renouvelé permettent de l'assimiler à une perte involontaire d'emploi. A ce titre, et ainsi que le prévoit désormais le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020, l'agent qui refuse le renouvellement de son contrat de travail ne peut être regardé comme involontairement privé d'emploi, à moins que ce refus soit fondé sur un motif légitime, qui peut être lié notamment à des considérations d'ordre personnel ou au fait que le contrat a été modifié de façon substantielle et sans justification par l'employeur.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L.5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi. () ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'alors que le centre hospitalier Sud Essonne envisageait de renouveler le contrat de M. B sans modification de durée ou de conditions de travail, celui-ci a expressément indiqué par un courrier du 24 septembre 2018 qu'il refusait le renouvellement de son contrat à durée déterminée arrivant à échéance le 30 novembre 2018, en indiquant avoir trouvé une formation professionnelle lui permettant d'évoluer dans sa carrière. Si le requérant soutient que sa demande de non-renouvellement aurait été conditionnée par le versement des indemnités de chômage, cela ne ressort pas des termes de ce courrier ni d'aucun autre élément au dossier. Par ailleurs, M. B, lors d'un entretien réalisé le 11 octobre 2018 dont il a signé le compte-rendu sans réserve, a confirmé son intention de ne pas renouveler son contrat de travail pour suivre une formation, ayant un projet de carrière extérieur à l'hôpital, et a été informé que le fait de renoncer à un renouvellement de contrat ne lui ouvrait pas droit aux allocations d'aide au retour à l'emploi. Dès lors qu'il a explicitement fait état de sa volonté de ne pas renouveler son contrat, le requérant ne saurait en outre se prévaloir de la circonstance que le centre hospitalier ne lui aurait pas fait connaître son intention de reconduire son contrat. M. B, qui motive son refus de renouvellement de contrat à durée déterminée par ses conditions de travail qu'il estimait trop précaires et par sa volonté de suivre une formation en vue d'une évolution de carrière, ne justifiait ainsi d'aucun motif légitime. Dans ces conditions, le centre hospitalier a légalement pu considérer qu'en refusant de renouveler son contrat à durée déterminée, l'intéressé avait rompu son engagement à son initiative et n'avait pas été ainsi privé involontairement d'emploi et assimiler, pour ce motif, sa situation à la catégorie décrite par la case n° 37 de l'attestation destinée à Pôle emploi, intitulée " rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée ou d'un contrat d'apprentissage à l'initiative du salarié ". Aucune faute ne peut être reprochée à l'établissement à ce titre.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le centre hospitalier, que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, présentées au titre des frais liés au litige.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le versement au centre hospitalier de la somme que celui-ci sollicite au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Sud Essonne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Sud Essonne.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grand d'Esnon, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Grand d'Esnon

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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