jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2101146 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat Degorce |
| Avocat requérant | SAMANDJEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2021, Mme B D, représentée par Me Samandjeu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis par la paierie départementale des Yvelines le 13 février 2018 en vue du recouvrement de la somme de 8 661,26 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 août 2016 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme.
Elle soutient que :
- à défaut de production d'une copie du bordereau titre dûment signé, le titre exécutoire en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- elle n'est pas débitrice de la somme dont il lui est demandé le remboursement dès lors qu'elle est désormais en mesure de prouver que les documents transmis à l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales n'étaient pas des faux.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2021, la direction départementale des finances publiques des Yvelines conclut à sa mise hors de cause dans un litige qui oppose Mme D au conseil départemental des Yvelines uniquement.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2022, le département des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- à titre principal, que la requête de Mme D est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, que les moyens invoqués sont irrecevables.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, ressortissante de nationalité espagnole, bénéficie du revenu de solidarité active depuis le 1er octobre 2015. A la suite d'une enquête diligentée par la caisse d'allocations familiales des Yvelines en septembre 2016, il a été constaté qu'elle n'avait pas déclaré les revenus de son fils, C, en contrat d'apprentissage, que son mari travaillait en Espagne et qu'elle avait faussement déclaré travailler pour le compte de la société LE 67 FOCH à Meulan dans le but de percevoir des prestations familiales et le revenu de solidarité active. Par deux courriers du 18 novembre 2016, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Yvelines lui a ainsi notifié un indu de prestations familiales d'un montant de 11 944,03 euros et l'a radiée de la liste des bénéficiaires de l'allocation de revenu de solidarité active. Par courrier du 27 juin 2017, le département a rejeté le recours administratif préalable formé par Mme D le 7 décembre 2016. Par la présente requête, cette dernière demande l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 13 février 2018 en vue du recouvrement de la somme de 8 661,26 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 août 2016.
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite (). ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 38 du décret n° 91-1266 susvisé, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : a) De la notification de la décision d'admission provisoire ; b) De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; c) De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 56 et de l'article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme D a accusé réception, le 28 février 2018, du titre exécutoire en litige émis le 13 février 2018. Elle a alors formé à l'encontre du département des Yvelines un recours gracieux contestant la légalité de ce titre de recette. Par courrier du 3 avril 2018, le département des Yvelines, en accusant réception de la contestation gracieuse de Mme D, a ainsi fait courir un nouveau délai de deux mois à l'intérieur duquel la requérante pouvait, au choix, présenter un recours contentieux devant le tribunal administratif ou déposer une demande d'aide juridictionnelle. Or il résulte de l'instruction que sa demande d'aide juridictionnelle a été déposée le 24 décembre 2019, soit au-delà des deux mois prescrits par les dispositions précitées. La requête de Mme D est donc tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit donc être accueillie.
5. Il en résulte que la requête de Mme D ne peut qu'être rejetée comme irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au département des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
La magistrate désignée,
signé
Ch. ALa greffière,
signé
Ch. Laforge
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026