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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101169

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101169

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101169
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantCAPDEVILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 février 2021 et 28 février 2022, la société Transports intercommunaux Centre Essonne, représentée par Me Capdevilla, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement les sociétés JFM Conseils et Eiffage route Ile-de-France Centre Ouest à lui payer la somme de 89 558,76 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des dommages causés à l'un de ses bus par les travaux publics qui leur avaient été confiés ;

2°) de mettre solidairement à leur charge la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- son bus a été endommagé par une plaque de chaussée en acier, protégeant une tranchée de sondage réalisée par la société Eiffage route IDF Centre Ouest en qualité de sous-traitante de la société JFM Conseils titulaire auprès d'Ile-de-France Mobilités du marché de travaux de construction de la ligne de bus T Zen 4, qui s'est déchaussée sur son passage ;

- la responsabilité des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- elle a subi des préjudices qu'elle évalue à 89 558,76 euros, qui se décomposent comme suit : 48 431,52 euros au titre des frais de remis en état du bus, 40 474,74 euros au titre du coût de l'immobilisation du véhicule, et 652,50 euros au titre des frais de remorquage.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2021, la société Eiffage route IDF Centre Ouest, représentée par Me Lazari, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Transports intercommunaux Centre Essonne de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le lien de causalité entre le dommage et l'ouvrage public n'est pas établi, de même que le défaut d'entretien de l'ouvrage public ;

- il peut être reproché au conducteur du bus une imprudence ou une exposition inconsidérée à un danger dans sa manière de conduire, voire une faute s'il n'a pas respecté la limitation de vitesse, de nature à exonérer la société de sa responsabilité ;

- la requérante ne démontre ni la réalité de ses préjudices, ni leur étendue, ni même leur lien avec l'accident allégué.

La requête a été communiquée à la société JFM Conseils, représentée par Me Morin, qui n'a produit aucune observation, mais a informé le tribunal qu'elle avait été placée en liquidation judiciaire le 5 septembre 2022.

La requête a été communiquée à Me Tirmant, mandataire judiciaire désigné liquidateur judiciaire de la société JFM Conseils par un jugement du tribunal de commerce de Châlons-en-Champagne du 25 juillet 2022, qui n'a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- et les observations de Me Assor, représentant la société Eiffage route IDF Centre Ouest.

Considérant ce qui suit :

1. Un bus appartenant à la société Transports intercommunaux Centre Essonne (TICE), société d'économie mixte de transports urbains dans le département de l'Essonne, a été endommagé, le 25 juin 2019, alors qu'il circulait et passait sur une plaque de chaussée en acier protégeant une tranchée de sondage réalisée par la société Eiffage route IDF Centre Ouest, sous-traitante de la société JFM Conseils titulaire auprès d'IDF Mobilités du marché de travaux de construction de la ligne de bus T Zen 4. La société requérante a présenté une demande préalable indemnitaire auprès de la société JFM Conseils le 19 août 2020, qui a été implicitement rejetée, et auprès de la société Eiffage route IDF Centre Ouest le 20 août 2020 qui l'a rejetée par un courrier du 11 septembre 2020. Par la présente requête, elle sollicite la condamnation solidaire de ces sociétés à lui payer une indemnité en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cet accident.

Sur la responsabilité :

2. Le bus de la société TICE a, le 25 juin 2019, été endommagé alors qu'il circulait gare de Bois l'Epine, sur le territoire de la commune de Ris Orangis sur laquelle des travaux étaient réalisés dans le cadre du marché public portant sur la construction de la ligne de bus T Zen 4 par la société Eiffage route IDF Centre Ouest, sous-traitant de la société JFM Conseils, pour le compte de l'établissement public IDF Mobilités. La société TICE doit, de ce fait, être regardée comme un usager de la voie publique auquel il appartient, en tant que victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public ou l'entreprise chargée des travaux sur cet ouvrage ne peut alors s'exonérer de la responsabilité qui pèse sur elle qu'en établissant que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier du constat amiable établi le jour de l'accident, du procès-verbal d'expertise établi le 9 décembre 2019 et des photographies qu'il comporte, que le bus appartenant à la société TICE a subi des dommages causés par une plaque de chaussée en acier posée sur une tranchée de sondage réalisée par la société Eiffage route IDF Centre Ouest, qui s'est déplacée lors de son passage et a perforé la sous-face du véhicule. Ainsi, le lien de causalité entre l'ouvrage et les dommages est établi.

4. La société Eiffage route IDF Centre Ouest qui s'est abstenue de vérifier que la plaque ayant causé les dommages était correctement placée et ne pouvait bouger lors du passage de véhicules, notamment en l'encastrant dans la chaussée, et qui se borne à évoquer la circonstance qu'elle avait mis en place des panneaux annonçant une zone de travaux avec rétrécissement de chaussée et une limitation de vitesse à 30 km/h, ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de l'ouvrage.

5. Si la société Eiffage route IDF Centre Ouest soutient que le conducteur de l'autobus aurait commis une imprudence, notamment en ne respectant pas la limitation de vitesse, elle n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations. Et, la circonstance que seul l'autobus de la société TICE ait été endommagé par le déplacement de la plaque d'acier en cause ne permet pas de conclure à l'imprudence qu'aurait commise le conducteur de cet autobus. Dès lors, aucune faute ou imprudence de nature à exonérer même partiellement les sociétés en charge de l'ouvrage public de leur responsabilité ne peut être imputée à la société TICE.

6. Il résulte de ce qui précède que la société TICE est fondée à rechercher la responsabilité des sociétés JFM Conseils et de son sous-traitant la société Eiffage route IDF Centre Ouest en raison du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public, qui leur est entièrement imputable.

Sur les préjudices :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le montant des réparations effectuées sur le véhicule endommagé s'est élevé à hauteur de 48 431,52 euros hors taxes (HT). Il ne résulte pas de l'instruction que les réparations et remplacements de pièces endommagées, mentionnés sur les conclusions techniques de l'expert BCA produites par la société TICE et dont le montant initial de 49 186,26 euros HT a été réévalué dans le devis n° 1013143929 établi le 9 décembre 2019 par le concessionnaire de la marque du véhicule, mentionné dans le procès-verbal d'expertise du même jour, n'auraient pas été nécessaires à la remise en état du véhicule. Par suite, la société TICE est fondée à demander la condamnation solidaire des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest à lui verser une somme de 48 431,52 euros HT.

8. En deuxième lieu, la société TICE demande la condamnation des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest à lui verser une somme de 652,50 euros HT pour des frais de remorquage. Elle produit à ce titre la facture de remorquage dont les mentions correspondent à l'accident en cause. La société Eiffage route IDF Centre Ouest n'apporte pas de contestation sérieuse du bien-fondé et du montant de ce chef de préjudice. Il y a donc lieu, de mettre ce préjudice à sa charge.

9. En dernier lieu, la société TICE sollicite la condamnation des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest à lui payer une somme de 40 474,74 euros pour des frais d'immobilisation du véhicule endommagé. S'il est constant que ce véhicule est resté immobilisé du 25 juin 2019 au 19 février 2021, la société requérante n'établit pas, par la seule production du barème mis en place par l'Union des transports publics et ferroviaires prévu par le protocole Assureurs/UTP du 14 mars 2002, fixant le montant des indemnités d'immobilisation, qu'elle a effectivement subi un préjudice du fait de l'immobilisation du bus endommagé. Par suite, ce poste de préjudice doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la société TICE est fondée à demander la condamnation solidaire des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest à lui verser une somme totale de 49 084,02 euros HT.

Sur les frais liés au litige :

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de la société TICE tendant à ce que les sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest soient condamnées aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société TICE au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre solidairement à la charge des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest le versement à la société TICE d'une somme de 1 800 euros au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest verseront solidairement à la société TICE la somme de 49 084,02 euros HT.

Article 2 : Le versement à la société TICE d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est mis solidairement à la charge des sociétés JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la société Eiffage route IDF Centre Ouest en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Transports intercommunaux Centre Essonne, JFM Conseils et Eiffage route IDF Centre Ouest et à Me Tirmant.

Copie en sera adressée, pour information, à l'établissement public Ile-de-France Mobilités.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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