mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2101294 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SUCHY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février et 5 novembre 2021, ainsi qu'un mémoire enregistré le 4 octobre 2022 qu'il n'a pas été jugé utile de communiquer, Mme D B, représentée par Me Suchy, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 à 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale au regard des faits allégués si bien que l'administration ne peut les tenir pour établis, que l'escroquerie à l'assurance ne fait pas partie des infractions visées par l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts et qu'il incombe dès lors à l'administration fiscale de démontrer l'existence de revenus
et de faits pouvant être qualifiés d'exercice d'activité illicite afin de pouvoir procéder à une
procédure d'imposition d'office (cf. BOI-CTX-DG-20-20-10 § 210), que l'administration n'établit pas l'existence de faits pouvant être qualifiés d'exercice d'activité illicite par les éléments sur lesquels elle s'appuie dès lors que la communication et le transfert de données personnelles concernant Mme B par l'autorité judiciaire est contraire au règlement général sur la protection des données (article 13 et 21), que l'aveu de Mme B est dénué de toute force probante dès lors que rien pendant la garde à vue a pu laisser penser à Mme B que ses propos emporteraient des conséquences autres que pénales ou civiles et qu'enfin, les procès-verbaux de police ne bénéficient pas de la présomption de vérité fiscale de l'article L. 238 du livre de procédures fiscales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2021, et un second mémoire enregistré le 1er octobre 2022 qu'il n'a pas été jugé utile de communiquer, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ;
- la directive 2016/680 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ;
- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces de son dossier fiscal dans le cadre duquel l'administration, usant de son droit de communication en vertu des articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales, a pris connaissance des pièces du dossier judiciaire de la contribuable, mise en examen pour escroquerie, tentatives d'escroqueries, faux et usage de faux et blanchiment d'argent. L'administration fiscale a ainsi été informée que Mme B, qui avait souscrit divers contrats d'assurance sous d'autres identités que la sienne pour sa résidence principale, avait perçu de l'argent sur la période contrôlée en provenance de ces différentes compagnies d'assurance pour des sinistres identiques. Elle a par suite notifié à l'intéressée une proposition de rectification en date du 11 juin 2020 à raison de ces sommes, prévoyant un rehaussement de l'impôt sur le revenu de l'intéressée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux selon la procédure d'évaluation d'office en application des articles L. 73 et L 68 du livre des procédures fiscales ainsi que des prélèvements sociaux correspondants. Mme B n'ayant pas présenté d'observations en réponse à cette proposition de rectification dans le délai qui lui était imparti, les impositions envisagées ont été mises en recouvrement le 31 octobre 2020 pour un montant total de 154 826 euros au titre des années 2016 à 2018. Par la présente requête, Mme B demande la décharge de ces impositions supplémentaires.
2. Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : () 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; () Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre dans sa rédaction applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure (). Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à une mise en demeure : () / Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 () ". Aux termes du deuxième alinéa de ce dernier article, dans sa rédaction applicable : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce ou s'est livré à une activité illicite, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives.
3. En premier lieu, la circonstance que l'escroquerie à l'assurance ne fait pas partie des infractions listées à l'article 1649 quater-0 B bis du code général des impôts, qui institue une présomption de revenus pour les contribuables commettant certaines infractions, est sans incidence sur la qualification d'activité illicite d'une telle infraction. Il en est de même de la circonstance qu'aucune condamnation pénale n'avait encore été prononcée à la date du rehaussement litigieux.
4. En deuxième lieu, Mme B soutient que la transmission à l'administration fiscale des données personnelles collectées dans le cadre de la procédure judiciaire en cours est contraire au règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, dit " A " et que ces données ne pouvaient donc être prises en compte par l'administration pour établir l'existence d'une activité illicite.
5. D'une part, la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, dans son titre III applicable aux traitements relevant de la directive (UE) 2016/680 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016, dite " directive Police-Justice ", relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel par les autorités compétentes à des fins de prévention et de détection des infractions pénales, d'enquêtes et de poursuites en la matière ou d'exécution de sanctions pénales, et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la décision-cadre 2008/977/JAI du Conseil, dispose en son article 91 : " Les données à caractère personnel collectées par les autorités compétentes pour les finalités énoncées au premier alinéa de l'article 87 [à des fins de prévention et de détection des infractions pénales] ne peuvent être traitées pour d'autres finalités, à moins qu'un tel traitement ne soit autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires ou par le droit de l'Union européenne. Lorsque des données à caractère personnel sont traitées à de telles autres fins, le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 s'applique, à moins que le traitement ne soit effectué dans le cadre d'une activité ne relevant pas du champ d'application du droit de l'Union européenne. ".
6. L'article L. 82 C du livre des procédures fiscales prévoit que : " A l'occasion de toute procédure judiciaire, le ministère public peut communiquer les dossiers à l'administration des finances. / Cette dernière porte à la connaissance du ministère public, spontanément dans un délai de six mois après leur transmission ou à sa demande, l'état d'avancement des recherches de nature fiscale auxquelles elle a procédé à la suite de la communication de ces dossiers. / Le résultat du traitement définitif de ces dossiers par l'administration des finances fait l'objet d'une communication au ministère public. " De même, l'article L. 101 du même livre dispose que : " L'autorité judiciaire doit communiquer à l'administration des finances toute indication qu'elle recueille, à l'occasion de toute procédure judiciaire, de nature à faire présumer une fraude commise en matière fiscale ou une manœuvre quelconque ayant eu pour objet ou pour résultat de frauder ou de compromettre un impôt. / L'administration des finances porte à la connaissance du juge d'instruction ou du procureur de la République, spontanément dans un délai de six mois après leur transmission ou à sa demande, l'état d'avancement des recherches de nature fiscale auxquelles elle a procédé à la suite de la communication des indications effectuée en application du premier alinéa. / Le résultat du traitement définitif de ces dossiers par l'administration des finances fait l'objet d'une communication au ministère public. ".
7. Il résulte des dispositions de l'article 91 de la loi du 6 janvier 1978 que contrairement à ce que soutient Mme B, la communication par les autorités judiciaires de données collectées à des fins pénales à l'administration des finances aux fins d'enquête administrative est conforme aux règles européennes applicables en matière de protection des données dès lors qu'elle est expressément prévue par les articles L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales.
8. D'autre part, aux termes de l'article 13 du A : " 1. Lorsque des données à caractère personnel relatives à une personne concernée sont collectées auprès de cette personne, le responsable du traitement lui fournit, au moment où les données en question sont obtenues, toutes les informations suivantes : () e) les destinataires ou les catégories de destinataires des données à caractère personnel, s'ils existent; () 3. Lorsqu'il a l'intention d'effectuer un traitement ultérieur des données à caractère personnel pour une finalité autre que celle pour laquelle les données à caractère personnel ont été collectées, le responsable du traitement fournit au préalable à la personne concernée des informations au sujet de cette autre finalité et toute autre information pertinente visée au paragraphe 2. " L'article 104 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés prévoit également que le responsable du traitement fournit à la personne concernée " Le cas échéant, les catégories de destinataires des données à caractère personnel ".
9. La directive 2016/680 du 27 avril 2016, dite " directive Police-Justice ", définit toutefois le " destinataire " en son article 3, tout comme le A en son article 4, de la façon suivante : " la personne physique ou morale, l'autorité publique, le service ou tout autre organisme qui reçoit communication de données à caractère personnel, qu'il s'agisse ou non d'un tiers. Toutefois, les autorités publiques qui sont susceptibles de recevoir communication de données à caractère personnel dans le cadre d'une mission d'enquête particulière conformément au droit de l'Union ou au droit d'un État membre ne sont pas considérées comme des destinataires ; le traitement de ces données par les autorités publiques en question est conforme aux règles applicables en matière de protection des données en fonction des finalités du traitement ".
10. Si Mme B fait grief aux autorités pénales de ne pas l'avoir informée au préalable de ce que les données recueillies seraient utilisées à des fins autres que pénales, conformément à l'article 13 n° 3 du A, ces dispositions ne sont pas applicables aux autorités pénales qui sont régies par les dispositions de l'article 104 de la loi du 6 janvier 1978, fixant la procédure applicable aux traitements relevant de la directive Police-Justice précitée. En outre, dès lors que l'administration fiscale n'est pas considérée comme un destinataire au sens du droit européen ainsi qu'il a été dit au point 9, les autorités judiciaires n'ont pas commis d'illégalité en s'abstenant d'informer Mme B que ces données étaient susceptibles d'être transmises à l'administration fiscale, une telle communication étant en tout état de cause et ainsi qu'il a été dit précédemment prévue par la loi.
11. En troisième lieu, la seule circonstance alléguée que la garde à vue dont Mme B a fait l'objet ne lui aurait pas permis de comprendre que ses aveux emporteraient des conséquences autres que pénales et notamment fiscales, n'est pas de nature à retirer aux procès-verbaux de police constatant ces aveux, obtenus régulièrement par l'administration, leur caractère probant.
12. Enfin, ainsi que le fait valoir l'administration, Mme B ne conteste pas la véracité des propos consignés dans ces procès-verbaux ni n'apporte aucun élément permettant de les réfuter. L'intéressée n'a par ailleurs jamais déposé de déclaration pour les sommes perçues dans le cadre des dédommagements des assurances. Par suite, en se fondant sur les éléments issus de la procédure judiciaire, en particulier les aveux de la requérante, l'administration rapporte la preuve de l'exercice par Mme B d'une activité illicite et est fondée à imposer les revenus non déclarés issus de cette activité.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par Mme B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions accessoires tendant à l'obtention d'intérêts moratoires et formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Delage, président ;
- Mme Florent, première conseillère ;
- M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
J. CLe président,
Signé
Ph. Delage
La greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026