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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101746

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101746

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101746
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantPRIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 février 2021 et 28 octobre 2022, Mme B A, M. D A et M. E A, représentés par Me Brick, demandent au tribunal :

1°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Paris Sud (CAGPS) à payer aux époux A la somme de 32 025 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis suite à la fuite d'eau constatée le 9 mars 2017, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de leur demande préalable indemnitaire et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la CAGPS les frais d'expertise dont ils ont fait l'avance, pour un montant de 12 961,20 euros ;

3°) de mettre à la charge de la CAGPS la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de la CAGPS, en charge de l'exploitation du réseau de distribution d'eau potable sur la commune, est engagée sans faute dès lors qu'ils doivent être considérés comme tiers à l'ouvrage public à l'origine des dommages ;

- à titre subsidiaire, sa responsabilité est engagée pour défaut d'entretien normal de cet ouvrage ;

- ils ont subi des préjudices, consistant en des désordres affectant leur propriété, qu'ils évaluent à 32 025 euros en se fondant sur l'évaluation de l'expert désigné par le tribunal.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 17 juin et 14 novembre 2022, la communauté d'agglomération Grand Paris Sud (CAGPS), représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur le litige ;

- les désordres dont font état les consorts A ne sont pas imputables à la fuite réparée le 10 mars 2017 mais à une fuite intervenue en aval du compteur et dissimulée par les intéressés, révélée par une importante surconsommation d'eau jusqu'au 13 avril 2017 ;

- aucun défaut d'entretien normal ne peut lui être reproché, dès lors notamment que le manchon de raccordement fait l'objet d'une vérification au moins annuelle et que la fuite a été réparée dès le lendemain de sa constatation ;

- les témoignages produits sont peu probants et ne confirment pas l'imputabilité des désordres à la fuite réparée le 10 mars 2017 ;

- l'expert ne distingue pas les dommages liés à des phénomènes naturels ou à des défauts d'exécution de travaux ou d'entretien, de ceux qui auraient été causés par la fuite d'eau ;

- les prétentions indemnitaires des requérants sont injustifiées.

Vu :

- l'ordonnance du 6 juin 2019 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. C ;

- le rapport d'expertise établi par M. C le 27 mai 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, M. D A et M. E A sont propriétaires d'un pavillon sur la commune de Ris Orangis, dans le département de l'Essonne. Le 9 mars 2017, une fuite a été constatée au niveau du regard de leur compteur d'eau. La communauté d'agglomération Grand Paris Sud (CGAPS), en charge de l'exploitation du réseau de distribution d'eau potable sur la commune, est intervenue le lendemain pour réparer cette fuite. Les consorts A, ayant constaté des désordres sur leur propriété qu'ils estiment imputables à cette fuite, ont saisi le tribunal d'une requête en référé aux fins de voir ordonner une mesure d'expertise. Par ordonnance n° 1802691 du 16 juillet 2018, le juge des référés a ordonné une mesure d'expertise judiciaire et désigné M. C pour y procéder. L'expert a réalisé et déposé son rapport le 27 mai 2019. Par un courrier réceptionné le 5 novembre 2020, les consorts A ont présenté une demande préalable indemnitaire auprès de la CGAPS, implicitement rejetée. Par la présente requête, les consorts A demandent au tribunal de condamner la CGAPS à réparer les préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de cette fuite.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ".

3. Si les collectivités publiques, leurs concessionnaires ou leurs entrepreneurs doivent, quelle que soit la nature du service public qu'ils assurent, réparer les dommages causés aux tiers par les ouvrages dont ils ont la charge ou les travaux qu'ils entreprennent et si la responsabilité qu'ils encourent ainsi, même en l'absence de toute faute relevée à leur encontre, ne peut être appréciée que par la juridiction administrative, il n'appartient pas, en revanche, à ladite juridiction de connaître des dommages imputables aux ouvrages ou travaux dont s'agit et d'apprécier la responsabilité encourue à raison de vices dans leur conception, leur exécution ou leur entretien lorsque ces dommages ont été causés à l'usager d'un service public industriel et commercial par une personne ayant collaboré à l'exécution de ce service et à l'occasion de la fourniture de la prestation due par le service à cet usager. En raison des liens de droit privé existant entre les services publics industriels et commerciaux et leurs usagers, les tribunaux judiciaires sont seuls compétents pour connaître de l'action formée par l'usager contre les personnes participant à l'exécution du service.

4. Il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport d'expertise du 27 mai 2019, d'une part, que la CAGPS est chargée de l'exploitation du réseau de distribution d'eau potable sur la commune de Ris Orangis. En application des dispositions précitées, elle assure ainsi un service public industriel et commercial. D'autre part, la fuite constatée le 9 mars 2017 a eu lieu, aux termes du rapport précité, en amont du compteur d'eau, sur le " manchon de raccordement du branchement au compteur d'eau " et donc sur le branchement particulier de la propriété des requérants. Dans ces conditions, le dommage, alors même qu'il trouve sa cause dans le fonctionnement d'un ouvrage public, a été causé à l'usager du service public industriel et commercial de distribution d'eau potable et relève de la compétence des juridictions judiciaires. Par suite, la juridiction administrative n'est pas compétente pour se prononcer sur les conclusions présentées par les consorts A.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B A, M. D A et M. E A tendant à la condamnation de la CGAPS à indemniser les époux A des conséquences dommageables survenues du fait de la fuite en cause doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le tribunal, qui ont été liquidés et taxés à la somme de 12 961,20 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal du 6 juin 2019, pour moitié à la charge de la CAGPS et pour moitié à la charge des consorts A, soit 6 480,60 euros chacun.

8. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais d'instance. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par les requérants ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que la CAGPS demande au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A, M. D A et M. E A est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise ordonnée par le tribunal, liquidés et taxés à la somme de 12 961,20 euros, sont mis pour moitié à la charge de la CAGPS et pour moitié à la charge des consorts A.

Article 3 : Les conclusions présentées par la CAGPS au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, M. D A, M. E A et à la communauté d'agglomération Grand Paris Sud.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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