lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2101801 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SOLASSOL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 mars 2021 et 25 novembre 2022, Mme H D et M. A C, représentés par Me Solassol, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Sud Essonne à leur payer la somme totale de 24 000 euros à parfaire en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'absence de diagnostic de la cardiopathie de leur enfant à naître et du défaut de vérification des échographies non conformes réalisées ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 2 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- les échographies réalisées par leur radiologue ont été gravement défaillantes et non conformes aux recommandations, ne permettant pas d'établir le diagnostic de l'hypoplasie cardiaque de leur enfant à naître, et ni la PMI ni le centre hospitalier n'ont procédé aux vérifications de ces examens qui auraient dû les conduire à en demander de nouveaux ;
- ils auraient choisi de réaliser une interruption médicalisée de grossesse (IMG) si le diagnostic avait pu être fait et n'ont pu le faire en raison des manquements des différents professionnels de santé, qui engagent leur responsabilité solidaire ;
- ils ont subi un préjudice d'information et d'impréparation qu'ils évaluent à 12 000 euros pour chacun d'entre eux.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022, le centre hospitalier Sud Essonne, représenté par Me Ricouard, conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées soient ramenées à de plus justes proportions en limitant sa part de responsabilité à 20%.
Il fait valoir que :
- le centre hospitalier n'a pas commis de faute caractérisée comme l'exige l'article L. 114-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- il n'existe aucun lien de causalité entre le manquement reproché et le préjudice invoqué.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Essonne, qui n'a produit aucune observation.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.
Vu :
- le rapport d'expertise rendu par le professeur F et le docteur E le 30 septembre 2019 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,
- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,
- et les observations de Me Poisson, représentant le centre hospitalier Sud Essonne d'Etampes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, dont la grossesse a été suivie en consultation par Mme G de la protection maternelle et infantile (PMI) et par le docteur B à son cabinet d'activité libérale, ainsi que par le centre hospitalier Sud Essonne d'Etampes, a accouché le 6 mai 2016 dans cet établissement d'un enfant mort-né. Les parents ont alors saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Ile-de-France, qui a désigné le professeur F, gynécologue obstétricien, et le docteur E, échographiste, en qualité d'experts. Ces derniers ont rendu leur rapport le 30 septembre 2019. Mme D et M. C ont ensuite présenté le 2 novembre 2020 une demande préalable indemnitaire au centre hospitalier Sud Essonne, implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme D et M. C demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier à leur verser une somme de 12 000 euros chacun au titre des préjudices subis.
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2213-1 du code de la santé publique : " L'interruption volontaire d'une grossesse peut, à toute époque, être pratiquée si deux médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a rendu son avis consultatif, soit que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, soit qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic ".
3. D'autre part, aux termes du II de l'article L. 2131-1 du code de la santé publique : " Toute femme enceinte reçoit, lors d'une consultation médicale, une information loyale, claire et adaptée à sa situation sur la possibilité de recourir, à sa demande, à des examens de biologie médicale et d'imagerie permettant d'évaluer le risque que l'embryon ou le fœtus présente une affection susceptible de modifier le déroulement ou le suivi de sa grossesse ". Aux termes du I de l'article R. 2131-2 du même code : " Lors du premier examen médical mentionné au second alinéa de l'article R. 2122-1 ou, à défaut, au cours d'une autre consultation médicale, toute femme enceinte est informée par le médecin ou la sage-femme de la possibilité d'effectuer, à sa demande, un ou plusieurs des examens mentionnés au I de l'article R. 2131-1. / Sauf opposition de la femme enceinte, celle-ci reçoit une information claire, adaptée à sa situation personnelle, qui porte sur les objectifs des examens, les résultats susceptibles d'être obtenus, leurs modalités, leurs éventuelles contraintes, risques, limites et leur caractère non obligatoire ".
4. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un praticien d'un centre hospitalier reçoit en consultation une femme enceinte ayant auparavant été suivie dans un autre cadre, il lui appartient de vérifier que l'intéressée a, antérieurement, effectivement reçu l'information prévue à l'article L. 2131-1 du code de la santé publique et, à défaut, de lui donner cette information, y compris jusqu'aux derniers moments de la grossesse.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise établi par le professeur F, gynécologue obstétricien, et le docteur E, échographiste, que l'échographie qui a été réalisée par le docteur B le 28 décembre 2015 à son cabinet et qui aurait dû être vérifiée par les médecins du centre hospitalier Sud Essonne, n'était pas conforme aux règles de l'art et notamment aux recommandations du comité national technique d'échographie de dépistage, ne permettant pas de diagnostiquer l'hypoplasie cardiaque dont souffrait l'enfant des requérants, pathologie dont la létalité à court terme les aurait conduits à demander une interruption médicalisée de grossesse (IMG), ce qu'ils n'ont pas été en mesure de faire. Il appartenait au centre hospitalier, qui a réalisé une échographie le 11 février 2016 sans étude morphologique en dépit d'une échographie morphologique effectuée par le docteur B totalement insuffisante, de donner à Mme D, même à un stade avancé de sa grossesse où il est encore possible de pratiquer, le cas échéant, une IMG, l'information prévue aux articles L. 2131-1 et R. 2131-2 du code de la santé publique qu'elle n'avait pas reçue auparavant en raison du défaut de diagnostic de malformation cardiaque. En ne procédant pas aux vérifications auxquelles il était tenu et en ne donnant pas à Mme D une telle information, le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
6. En second lieu, lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes ou de celles-ci conjointement, sans préjudice des actions récursoires que les coauteurs du dommage pourraient former entre eux.
7. Si les experts ont estimé, dans leur rapport, que le défaut de vérification des examens réalisés par le docteur B et d'information de Mme D avaient concouru à la priver de la possibilité de recourir à une IMG, et que la responsabilité du centre hospitalier pouvait être estimée à 20%, il résulte toutefois de ce qui a été dit ci-dessus que la faute commise par le centre hospitalier Sud Essonne portait normalement en elle au moment où elle s'est produite le dommage subi par les requérants, dont ceux-ci sont fondés à demander la réparation intégrale au seul centre hospitalier, à charge pour ce dernier, s'il s'y croit fondé, à former une action récursoire contre les ayants-droits du docteur B et, le cas échéant, la protection maternelle et infantile (PMI). Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier Sud Essonne de limiter sa quote-part de responsabilité à 20 % des préjudices subis.
Sur les préjudices :
8. Du fait de la faute commise au centre hospitalier Sud Essonne, Mme D n'a pu réaliser une IMG et a accouché le 6 mai 2016 dans cet établissement d'un enfant mort-né à un stade particulièrement avancé alors que les parents s'étaient attachés à l'enfant à naître, qu'ils pensaient indemne de tout handicap et auquel ils avaient attribué un prénom, Erwan. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 500 euros pour chacun des parents.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
9. Les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Solassol renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du centre hospitalier Sud Essonne la somme de 1 500 euros à verser à l'avocate des requérants.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier Sud Essonne est condamné à payer à Mme D et M. C la somme de 2 500 euros chacun.
Article 2 : Le centre hospitalier Sud Essonne versera à Me Solassol, avocate de Mme D et M. C, la somme de 1 500 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D, à M. A C, à Me Solassol, au centre hospitalier Sud Essonne et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
F. GibelinLa présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026