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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101964

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101964

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101964
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantAARPI GARRIGUES BEAULAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 mars 2021, 29 septembre et 13 décembre 2022, M. C Baron, représenté par Me Beaulac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de la transition écologique sur la demande indemnitaire préalable qu'il lui a adressée le 17 novembre 2020 ;

2°) de condamner le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires à lui verser la somme de 705 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis, cette somme devant être assortie des intérêts moratoires afférents au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire, le 17 novembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de la DGAC est de nature à être engagée, dès lors qu'il a été victime de discrimination statutaire pendant le déroulement de sa carrière, l'attribution d'une licence " A " (" flight operation inspector ") lui ayant été refusée, alors que c'est sa hiérarchie qui a refusé qu'il redevienne commandant de bord ;

- il a subi une dégradation de ses conditions de travail et une perte de ses responsabilités en raison de sa rétrogradation de commandant de bord à copilote et de la fin de son détachement au sein de la compagnie Corsair ;

- il a été contraint de laisser son bureau à l'étage " Transport aérien " pour un bureau en sous-sol ;

- sa hiérarchie a refusé qu'il retrouve ses fonctions de commandant de bord ;

- ses ordres de mission permanents lui ont été retirés ;

- il a perdu ses qualifications Airbus A330/350 et Be90/200, perdant de facto ses qualifications d'instructeur sur l'Airbus 330 ainsi que d'instructeur et d'examinateur liées à la qualification Be90/200 ;

- il a droit à l'indemnisation du préjudice de carrière qu'il a subi en raison de la perte de ses qualifications à hauteur de 165 000 euros ;

- il a droit à l'indemnisation de la perte de chance sérieuse d'avoir eu une progression de carrière conforme à la mission qui aurait dû être la sienne au sein de la division " Transport " qui doit être évaluée à 50 000 euros ;

- il a subi un préjudice matériel résultant de ses pertes de salaire liées au refus de lui accorder le statut " A " depuis le mois d'avril 2012, qui s'élève à 408 000 euros ;

- il a subi un préjudice de retraite en l'absence de déclaration auprès de la caisse de retraite du personnel navigant, qui s'élève à la somme de 72 000 euros ;

- son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence doivent être évalués à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juillet et 28 novembre 2022 et 17 janvier 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, représenté par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. Baron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'attribution d'une licence de surveillance était requise pour tous les agents de la direction de la sécurité de l'aviation civile exerçant des missions de surveillance et de contrôle en vertu de l'arrêté du 28 mars 2012 ;

- l'attribution de cette licence n'a eu aucune incidence sur la carrière de M. Baron et n'est entachée d'aucune discrimination statutaire ;

- M. Baron ne remplissait pas les conditions d'attribution d'un statut de surveillance A qui n'a pas le même objet que la licence de surveillance ;

- cette situation ne méconnaît pas le principe d'égalité ;

- M. Baron n'a subi aucune dégradation de ses conditions de travail ou perte de responsabilités ;

- son changement de statut de pilote sur avions multipilotes à celui de co-pilote au sein de la compagnie Corsair n'a eu aucune incidence sur son activité au sein de la DGAC ;

- il n'a jamais été examinateur " multipilotes ", mais seulement " monopilote " ;

- son changement de bureau est lié aux nécessités du service, sans revêtir un caractère discriminatoire ;

- la délivrance des ordres de mission permanents a été rationalisée, sans que M. Baron ne soit victime d'aucune discrimination à cet égard ;

- les qualifications QT A330 et QT Be90/200 ne sont pas nécessaires à l'exercice de ses fonctions et leur non renouvellement n'a pas été de nature à porter atteinte à sa carrière ;

- ses demandes indemnitaires ne sont pas assorties des justificatifs nécessaires ;

- les préjudices invoqués n'ont pas de caractère direct et certain.

Par une ordonnance du 14 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 61-776 du 21 juillet 1961 ;

- le décret n° 2011-502 du 6 mai 2011 ;

- l'arrêté du 28 mars 2012 fixant les modalités de délivrance de la licence de surveillance requise pour l'exercice des missions de la direction de la sécurité de l'aviation civile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique,

- et les observations de Me Beaulac pour M. Baron et de Me Brecq-Coutant pour le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une note en délibéré, enregistrée le 16 février 2022, a été présentée pour M. Baron.

Considérant ce qui suit :

1. M. Baron, né le 30 août 1960, a été engagé, le 13 janvier 1988, en qualité d'agent non titulaire de la fonction publique comme personnel navigant de l'aviation civile. Le 26 février 1998, il a été affecté à la direction de l'aviation civile nord pour exercer les fonctions de pilote inspecteur au sein de la division " transport " à compter du 10 mars 1998. Dans le cadre de son activité de pilote inspecteur, il a été détaché auprès de la compagnie Corsair à partir de l'année 2003. Ce détachement a pris fin le 9 janvier 2017, sur décision de la compagnie Corsair. Le 17 novembre 2020, M. Baron a adressé une demande indemnitaire préalable à la direction de la sécurité de l'aviation civile nord pour demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 705 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis dans le déroulement de sa carrière.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. Baron, en demandant l'indemnisation des préjudices subis, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein-contentieux. La décision implicite de rejet née du silence du ministre de la transition écologique sur la demande indemnitaire préalable qu'il lui a adressée le 17 novembre 2020 a pour seul effet de lier le contentieux, sans que son annulation puisse être utilement demandée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la discrimination statutaire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 6 mai 2011 fixant les dispositions applicables aux personnels navigants techniques de la direction générale de l'aviation civile : " En fonction des licences, qualifications, autorisations, habilitations détenues ou de tout autre document opposable, les personnels navigants techniques de la direction générale de l'aviation civile peuvent se voir confier en France ou à l'étranger les missions de pilote instructeur ou de pilote inspecteur suivantes : / - dispenser l'instruction de navigants techniques, professionnels ou non, en vol ou au sol ; / - assurer les missions de travail aérien et de liaison ; / - développer et réaliser des études ou des enquêtes techniques ou des programmes de formation ; concevoir de la documentation technique, fournir des avis techniques portant notamment sur la sélection de pilotes, la sécurité des vols, les manifestations aériennes ; / - superviser les examinateurs, standardiser leurs méthodes et surveiller leur activité, contrôler et conseiller les organismes de formation de pilotes et leurs formateurs et, d'une manière générale, veiller à la bonne application de la réglementation en matière de sécurité aérienne ; / - participer, en tant qu'expert, aux enquêtes accident et assurer les retours d'expérience. / Les personnels navigants techniques de la direction générale de l'aviation civile peuvent se voir également confier des fonctions d'encadrement ou des fonctions d'expertise dans les services où sont mises en œuvre leurs compétences techniques. ".

3. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 mars 2012 fixant les modalités de délivrance de la licence de surveillance requise pour l'exercice des missions de la direction de la sécurité de l'aviation civile, alors en vigueur : " Une licence de surveillance, assortie d'au moins une qualification en état de validité, conformément aux dispositions du présent arrêté, est requise pour tout agent de la direction générale de l'aviation civile exerçant, dans le cadre des missions de sécurité, de sûreté ou relatives à l'environnement relevant de la direction de la sécurité de l'aviation civile : / - des actions de surveillance en vue de la délivrance et pour le suivi des autorisations, des certificats et des décisions ; / - des actions de contrôle de conformité aux normes internationales, communautaires et nationales. ". Selon l'article 6 du même arrêté, alors en vigueur : " A la date d'entrée en vigueur des dispositions du présent arrêté les agents exerçant des actions de surveillance sont réputés détenir la licence de surveillance et les qualifications correspondantes. / Une licence de surveillance, assortie d'une ou de plusieurs qualifications, leur est délivrée. ".

4. D'une part, il résulte de l'instruction, qu'en application de ces dispositions, une licence de surveillance pour le domaine " personnel navigant ", spécialité " organisation de la formation du personnel navigant ", avec la qualification " inspecteur senior " a été délivrée à M. Baron, le 12 avril 2012. Il résulte des termes mêmes de cette décision que les dispositions de l'article 6, dites dispositions du " droit du grand-père ", ont été appliquées à sa situation.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que le statut de pilote inspecteur " A " (" flight operation inspector ") permet d'assurer des missions de surveillance et de contrôle des procédures d'exploitation des compagnies aériennes assurant le transport public de passagers sur des avions multipilotes, telles que des contrôles en vol pour vérifier les méthodes d'exploitation, l'expertise des programmes de formation des personnels navigants en vol, ou encore l'étude documentaire des manuels d'exploitation. Ce statut, attribué à des pilotes particulièrement expérimentés, nécessite de justifier d'au moins 10 000 heures de vol en opérations sur des avions multipilotes (B777, A340, A330), dont 5 000 heures au moins en qualité de commandant de bord, d'une expérience en qualité d'instructeur ou d'examinateur sur ce même type d'avions, à savoir être instructeur de qualification de type (" type rating instructor ") et examinateur de qualification de type (" type rating examiner ") sur avions multipilotes avec environ 2000 heures en instruction et contrôle et enfin, d'avoir exercé des fonctions d'encadrement chez un exploitant public d'avions multipilotes. Il ne résulte pas de l'instruction que M. Baron, examinateur sur avions monopilotes ou HPAC (" haute performance complexe ") qui ne sont pas des gros porteurs, satisfait aux conditions réglementaires qui lui auraient permis d'accéder à ce statut. Il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'il existe une clause du " droit du grand-père " pour accéder au statut de pilote contrôleur " A ". En outre, alors même que M. Baron fait valoir qu'il n'a pu obtenir le statut de pilote " A " en raison de l'interruption de ses fonctions de commandant de bord pour exercer celles de copilote, il résulte de l'instruction que cette modification provient d'une décision du 7 avril 2006 de la compagnie Corsair, auprès de laquelle il était alors détaché, liée à la réorganisation interne de cette compagnie après la fin de l'exploitation du B737 et non d'une décision de la direction de la sécurité de l'aviation civile nord, dont la responsabilité ne saurait, en conséquence, être engagée. M. Baron n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il aurait été victime d'une discrimination faute de se voir attribuer le statut de pilote " A ".

6. En second lieu, le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit.

7. Eu égard à l'objet du statut de pilote " A ", chargé de la surveillance et du contrôle des procédures d'exploitation des compagnies aériennes en opérations de transport public sur des avions multipilotes, distinct de celui de pilote inspecteur relevant du décret du 6 mai 2011 cité au point 2 du présent jugement, chargé de surveiller et de contrôler la formation et les personnels navigants sur avions monopilotes, M. Baron n'est pas fondé à soutenir que le principe d'égalité entre les personnels navigants selon que le statut " A " leur est ou non attribué serait méconnu.

En ce qui concerne la dégradation des conditions de travail et la perte de responsabilités de M. Baron :

8. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit, il ne résulte pas de l'instruction que la perte du statut de commandant de bord de M. Baron après l'arrêt de l'exploitation du Boeing 737 par la compagne Corsair serait imputable à l'administration. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que ce changement de statut au sein de la compagnie Corsair aurait eu une incidence sur ses missions au sein de la direction de la sécurité de l'aviation civile nord, dès lors que son activité de pilote inspecteur s'exerçait sur des avions monopilotes ou HPAC ne nécessitant pas d'être commandant de bord. Il en est de même du refus allégué de ses responsables hiérarchiques de le laisser retrouver des fonctions de commandant de bord sur des avions multipilotes, qui n'étaient pas nécessaires à l'exercice de ses missions.

9. En deuxième lieu, M. Baron n'avait aucun droit acquis à rester dans le même bureau. Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en affectant le bureau qu'il occupait auparavant au nouvel adjoint du chef de département et en lui affectant un bureau en rez-de-jardin qui bénéficiait d'un éclairage naturel.

10. En troisième lieu, M. Baron n'avait aucun droit acquis au maintien de ses ordres de mission permanents, qui constituent une procédure dérogatoire par rapport à la procédure de droit commun consistant à valider à priori les missions. Il résulte de l'instruction qu'en 2016, le comité de direction de la direction de la sécurité de l'aviation civile nord a décidé de limiter le nombre et le périmètre géographique des ordres de mission permanents de ses agents. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que M. Baron a bénéficié d'un ordre de mission permanent pour la France métropolitaine en 2017 et 2018.

11. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que, pour des raisons budgétaires non sérieusement contestées par M. Baron, la direction de la sécurité de l'aviation civile nord a décidé de restreindre le financement des renouvellements de qualifications à celles strictement nécessaires à l'exercice par ses agents de leurs fonctions. Il ne résulte pas de l'instruction que la qualification QT A330 aurait été utile à M. Baron, dès lors qu'il n'exerce aucune fonction de surveillance sur de tels avions. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'à la place de la qualification QT Be90/200, l'administration a financé sa formation en vue de l'obtention de la qualification QT Cessna 525 plus utile à ses fonctions. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que la direction de la sécurité de l'aviation civile nord aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

12. En dernier lieu, alors même que M. Baron était le seul pilote inspecteur, initialement recruté sous le statut de personnel navigant relevant du décret du 21 juillet 1961 relatif aux dispositions statutaires applicables au personnel navigant de la formation aéronautique, du travail aérien et des transports, abrogé par celui du 6 mai 2011, au sein de la division " transport aérien " de la direction de la sécurité de l'aviation civile nord après le départ de l'un de ses collègues, cette circonstance ne lui donnait pas nécessairement le droit d'obtenir le statut de pilote inspecteur " A ", dès lors qu'il n'en remplissait pas les conditions réglementaires. En outre, il n'avait aucun droit acquis au maintien des fonctions pour lesquelles il avait été initialement recruté au sein de la division " transport aérien " de la direction de la sécurité de l'aviation civile nord en 1998 et n'est pas fondé à soutenir que la réorganisation des missions de la DGAC et du statut des pilotes inspecteurs serait illégale et de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité pour faute de l'Etat n'est pas de nature à être engagée. Les conclusions indemnitaires présentées par M. Baron doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande M. Baron au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Baron est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C Baron et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Caron, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 9 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. BL'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

A. Estèves

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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