mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2102445 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | RIEUTORD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés le 23 mars 2021, le 15 décembre 2021 et le 25 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Rieutord, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017 à hauteur de 288 029 euros en droits, majorations et intérêts de retard ;
2°) de lui accorder le sursis de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
En ce qui concerne les impositions mises à sa charge au titre de l'année 2015 :
- l'application de la procédure prévue à l'article 168 du code général des impôts n'était pas justifiée ; son épouse et lui-même ont la disposition conjointe du bien sis au 146 avenue des Etats-Unis à Versailles, qui constitue leur résidence principale, et dont il ne détient, on outre, que 30 % dans le cadre d'une indivision familiale ; conformément aux dispositions du 4° de l'article 168, la valeur à retenir au titre de cet élément de son train de vie est donc égale à la moitié de la valeur déterminée après application du barème forfaitaire, soit 34 195 euros ; ce montant est inférieur au seuil de déclenchement de la procédure de taxation forfaitaire fixé pour 2015 à 45 405 euros ;
-l'administration a méconnu sa propre doctrine exprimée par la réponse ministérielle " Ziller " ; l'administration aurait dû tenir compte de la diminution de ses revenus depuis 2013 et faire, par conséquent, preuve de bienveillance ;
En ce qui concerne l'année 2016 :
-il disposait d'une créance justifiée sur la SARL le Fou du Roy et l'administration n'était par suite par fondée à imposer les sommes inscrites au crédit de son compote courant d'associé à la clôture de l'exercice 2016 ; ces sommes proviennent des bénéfices de la SCI du Château ; il a déclaré au titre de chacune des années concernées sa quote-part des bénéfices imposables, sur lesquels il disposait d'un droit de prélèvement incontestable ; la circonstance qu'il a choisi de déposer ces sommes sur son compte courant d'associé ouvert au sein de la SARL Le Fou du Roy ne saurait modifier leur traitement fiscal ; l'EURL a contesté l'existence de ce passif injustifié par une requête enregistrée le 21 juillet 2020 ;
-en outre, les sommes litigieuses ont été portées au crédit de son compte courant d'associé au cours des années 2010 et 2011, et ainsi mises à sa disposition au cours de ces années, qui sont prescrites ; elles ne pouvaient, dès lors et conformément à la jurisprudence, être imposées entre ses mains au titre de l'année 2016 ;
En ce qui concerne l'année 2017 :
- les sommes sur lesquelles sont fondées les rehaussements au titre de l'année 2017 ont été portées au crédit de son compte courant d'associé dans la SARL Il Castello antérieurement à l'année 2009 ; par suite, le service n'était pas fondé à estimer qu'ils étaient imposables entre ses mains, en tant que revenus distribués, au titre de l'année 2017 ;
-l'administration n'a pas remis en cause, au cours d'un contrôle antérieur conduit par la 4e brigade de vérification de Saint-Germain-en-Laye au titre des exercices clos en 2007 et 2008, le passif ainsi détenu sur la société.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 26 juillet 2021 et le 2 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'administration était fondée à asseoir l'évaluation forfaitaire du train de vie de M. B sur la totalité de la valeur locative de son habitation principale et à considérer que le seuil d'application du régime de taxation forfaitaire était franchi, en ne retenant qu'un seul des biens énumérés par les dispositions de l'article 168 du code général des impôts, dès lors qu'il est propriétaire de cette résidence, sur laquelle Mme D ne dispose, en revanche, d'aucun droit ; le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales dès lors que la doctrine invoquée par le requérant ne constitue pas une interprétation formelle de la loi au sens de ces dispositions, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans la décision n°15883 ;
-M. B n'a pas justifié de la réalité de sa créance sur la SARL Fou du Roy à hauteur de 141 500 euros ; par conséquent, le débit de son compte courant d'associé résultant du versement effectué par M. B, sur son compte personnel, le 25 novembre 2016 était imposable entre ces mains, au titre de l'année en litige, sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ;
-M. B n'apporte pas, enfin, la preuve qu'il aurait détenu une créance sur la SARL Il Castello antérieure à l'exercice clos en 2009.
Par ordonnance du 2 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 16 décembre 2022 à 10h00.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de Mme Cerf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle (ESFP) au titre des années 2015, 2016 et 2017 dans le cadre duquel l'administration a, d'une part, procédé, par courrier n°2180 du 11 décembre 2018, à une évaluation forfaitaire de son revenu imposable au titre de l'année 2015 en application des dispositions de l'article 168 du code général des impôts, et d'autre part lui a notifié des rehaussement de revenu imposable sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts au titre des revenus distribués par les sociétés Fou du Roy et Il Castello en 2016 en 2017. Sa réclamation contentieuse ayant été rejetée par une décision du 13 janvier 2021, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires ainsi mises à sa charge en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à hauteur d'un montant total de 288 029 euros en droits, majorations et intérêts de retard.
Sur le bien-fondé des impositions en litige
En ce qui concerne l'évaluation forfaitaire minimale du revenu imposable de M. B au titre de l'année 2015
2. Aux termes de l'article 168 du code général des impôts, dans sa version applicable : " En cas de disproportion marquée entre le train de vie d'un contribuable et ses revenus, la base d'imposition à l'impôt sur le revenu est portée à une somme forfaitaire déterminée en appliquant à certains éléments de ce train de vie le barème ci-après, lorsque cette somme est supérieure ou égale à 45 358 euros ; cette limite est relevée chaque année dans la même proportion que la limite supérieure de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu : / 1. Valeur locative cadastrale de la résidence principale, déduction faite de celle s'appliquant aux locaux ayant un caractère professionnel : Cinq fois la valeur locative cadastrale. / () ".
3. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce qu'a estimé l'administration, M. B justifie occuper conjointement le domicile, dont il est propriétaire à hauteur de 30 % des parts de l'indivision B, avec Mme D, titulaire d'un droit d'occupation dudit bien en vertu d'une convention d'occupation passée devant notaire et datée du 28 mai 2000, par laquelle les copropriétaires se sont engagés à mettre " à disposition, sans limitation de durée ", le bien sis au 146 avenue des Etats-Unis à Versailles, au bénéfice de M. A B et de Mme C D. L'administration ne pouvait, dès lors, retenir, au titre des revenus de M. B, la totalité de la somme correspondant à cinq fois la valeur locative du bien litigieux, soit 68 390 euros, mais seulement la moitié, soit 34 195, somme qui est inférieure au seuil prévu, pour l'année 2015, par les mêmes dispositions. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le seuil de déclenchement de la procédure d'imposition forfaitaire prévue à l'article 168 précité n'était pas atteint et à solliciter la décharge des impositions mis à sa charge, sur ce fondement, au titre de l'année 2015.
En ce qui concerne les revenus distribués imposés entre ses mains au titre des années 2016 et 2017
4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ". En vertu de ces dispositions, les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus distribués, imposables, par suite, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année de leur inscription.
S'agissant de l'année 2016
5. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de l'EURL Au fou du Roy l'administration a estimé qu'une partie des sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé de M. B constituait un passif injustifié à hauteur de 141 500 euros. L'administration fait valoir que le requérant n'a pas justifié de la réalité de la créance détenue sur la société à hauteur d'un tel montant. Il est toutefois constant que les sommes correspondant à la créance dont se prévaut M. B ont été portées au crédit du compte courant d'associé de ce-dernier par sept opérations intervenues au cours des exercices 2010 et 2011. Si l'administration fait valoir que les sommes en cause ont été versées par la SCI du Château, qui n'avait pas la qualité d'associée, et que M. B ne pouvait, en tout état de cause, inscrire au crédit de son compte courant d'associé que des créances qu'il détenait personnellement sur la société, il résulte toutefois des dispositions qui viennent d'être rappelées que, dès lors que le passif considéré comme injustifié a été rattaché à l'exercice 2014 en matière d'impôt sur les sociétés, l'administration ne pouvait procéder à l'imposition des sommes en litige entre les mains de M. B qu'au titre de l'année au cours de laquelle ces sommes ont été inscrites, même de manière erronée, au crédit de son compte courant d'associé.
6. Il s'ensuit que M. B est fondé à solliciter la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants, au titre de l'année 2016 à hauteur de la somme de 141 500 en base.
S'agissant de l'année 2017
7. Il résulte de l'instruction que lors des opérations de vérification de sa comptabilité dont elle a fait l'objet au titre de la période allant du 1er janvier 2015 eu 31 décembre 2017, la SARL Il Castello n'a pas justifié l'écriture d'un " à nouveau " créditeur d'un montant de 176 456 euros, inscrit à la date du 1er janvier 2016 au compte courant d'associé de M. B. L'administration a, par conséquent, estimé que les prélèvements effectués sur ce compte par M. B à hauteur de 50 000 euros le 15 mars 2017 et de 175 000 euros le 10 novembre 2017 ont été effectués sans contrepartie pour un montant de 176 456 euros, imposé entre les mains de M. B au titre de l'année 2017 sur le fondement des dispositions précitées de l'article 109 du code général des impôts. Il n'est toutefois pas contesté que le compte courant d'associé de M. B au sein de la SARL Il Castello présentait un solde créditeur, d'un montant correspondant aux retraits ayant fondé les rectifications litigieuses, antérieurement au 1er janvier 2017, et que, par conséquent et conformément aux dispositions précitées de l'article 109 du code général des impôts, ces sommes ne pouvaient être imposées entre les mains de M. B qu'au titre de l'année au cours de laquelle elles ont été inscrites, même de manière erronée, au crédit de son compte courant.
8. Il s'ensuit que M. B est fondé à solliciter la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants, au titre de l'année 2017 à hauteur de la somme de 176 456 euros en base.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre des années 2015 à 2015 pour un montant total de 288 029 euros.
Sur les frais
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non-compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est déchargé des suppléments d'imposition mis à sa charge en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des année 2015, 2016 et 2017, et des pénalités y afférentes, à hauteur d'un montant total de 288 029 euros.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Delage, président,
Mme Florent, première conseillère,
M. Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
G. E
Le président,
Signé
Ph. DelageLe greffier,
Signé
C. Gueldry
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026