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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102631

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102631

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102631
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2021, Mme A B, représentée par le Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception du 11 juin 2020 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours administratif préalable obligatoire qu'elle adressé au directeur régional des finances publiques Ile-de-France et Paris le 28 juillet 2020 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 3 245,31 euros, ou, à défaut, d'enjoindre à l'administration à réexaminer sa situation ;

3°) à titre de subsidiaire, de réduire le montant de la créance par compensation avec le préjudice qu'elle a subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception attaqué est entaché d'un vice de compétence, faute d'être signé et de mentionner les nom, prénom et qualité de l'ordonnateur ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation, en l'absence de précision sur les modalités de calcul de la créance ;

- la créance est erronée quant à son montant ;

- elle ne présente pas un caractère certain, liquide et exigible ;

- les erreurs commises par l'administration dans le calcul de sa rémunération pendant son congé de maladie, notamment en l'absence de prise en compte de son demi-traitement, alors qu'elle est de bonne foi, sont de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat et à justifier l'entière compensation entre la créance litigieuse et son propre préjudice.

Le ministre de l'intérieur a présenté des observations, enregistrées le 4 mai 2021.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne et aux services du Premier ministre qui n'ont pas produit de mémoire en défense ainsi qu'au directeur régional des finances publiques Ile-de-France et Paris qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier,

- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe administrative de 2ème classe, a été affectée à la préfecture de l'Essonne à compter du 1er janvier 2020. Elle était auparavant affectée au greffe du tribunal administratif de Paris. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire du 15 février au 31 décembre 2019. Le 11 juin 2020, un titre de perception a mis à sa charge le paiement de la somme de 3 245,31 euros correspondant à différents indus de rémunération mentionnés sur son traitement du mois de janvier 2020. Le 28 juillet 2020, Mme B a formé une opposition à l'exécution de ce titre, dont le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a accusé réception le 30 juillet suivant. Une décision implicite de rejet est née, le 30 janvier 2021, du silence gardé sur son recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation du titre de perception du 11 juin 2020, de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme mise à sa charge ou, à titre subsidiaire, sa compensation avec le préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci.". Aux termes du B du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que le titre de perception du 11 juin 2020 ne comporte pas les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision. D'autre part, l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de son auteur n'a pas été produit.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, le titre de perception du 11 juin 2020 doit être annulé. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet née le 30 janvier 2021 du silence gardé par l'administration sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme B.

Sur les conclusions à fin de décharge :

6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

7. L'annulation du titre de perception du 11 juin 2020 pour un vice de forme n'implique pas nécessairement que Mme B soit déchargée de l'obligation de payer la somme mise à sa charge, compte tenu de la possibilité d'une régularisation de ce titre. Par suite, les conclusions qu'elle présente à fin de décharge de l'obligation de payer mise à sa charge doivent être rejetées. Il en va de même, pour les mêmes motifs, de ses conclusions à fin de réexamen.

Sur les conclusions à fin de compensation entre la créance et le préjudice subi :

8. Une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Pour l'application de ces règles à la détermination de la rémunération des agents publics, le maintien du versement d'un avantage financier ne peut être assimilé à une décision implicite accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation non créatrice de droits.

9. Alors même que Mme B fait valoir qu'elle a subi un préjudice en raison de la carence de l'administration qui a continué à lui verser un plein traitement, alors qu'elle aurait dû percevoir un demi-traitement à partir du 15 mai 2019 et qu'elle n'a pas été en mesure de se rendre compte des erreurs de liquidation, dès lors que les montants versés variaient et ne correspondaient pas à la moitié de son traitement brut, il résulte toutefois de l'instruction que les erreurs de liquidation sur son traitement ont été corrigées très rapidement, dès lors qu'elle a perçu plusieurs décomptes de rappel à partir du mois de juin 2019 et que le titre de perception attaqué correspond aux sommes dont elle reste redevable après précomptes sur son traitement. Il résulte ainsi de l'instruction qu'aucune carence n'est imputable à l'administration.

10. Les conclusions présentées par Mme B tendant à la compensation entre la somme mise à sa charge et le montant des préjudices qu'elle allègue avoir subis ne peuvent, en conséquence, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception du 11 juin 2020 et la décision implicite de rejet née le 30 janvier 2021 du silence gardé par l'administration sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme B sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au directeur régional des finances publiques de la région Ile-de-France et de Paris, au préfet de l'Essonne, au secrétaire général du gouvernement et au ministre de l'intérieur et de l'Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Caron, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 18 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. Grenier L'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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