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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2102646

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2102646

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2102646
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2021, M. B D, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Montfort l'Amaury sur sa demande préalable formée le 2 décembre 2020 tendant au versement d'un rappel de supplément familial de traitement ;

2°) de condamner la commune de Montfort l'Amaury à lui verser la somme de 2 760 euros, correspondant au supplément familial de traitement dû depuis novembre 2019, somme à parfaire, ainsi que les intérêts légaux ;

3°) d'enjoindre à la commune de Montfort l'Amaury de procéder à la liquidation des sommes sollicitées dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Montfort l'Amaury la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune a commis une faute en ne lui versant pas le supplément familial de traitement auquel il a droit pour trois enfants à charge et non un seul ;

- son préjudice financier s'élève à 2 760 euros depuis le mois de novembre 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, la commune de Montfort l'Amaury, représentée par Me Blard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la décision implicite de rejet est confirmative des premières décisions de rejet opposées par la commune à ses demandes adressées par courriels ;

- le requérant n'a jamais produit les justificatifs demandés établissant qu'il assumait l'entière contribution matérielle et financière des enfants de sa compagne, en lieu et place de leur père.

Par une ordonnance du 10 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mars 2023.

Un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, présenté pour la commune de Montfort l'Amaury postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Des pièces produites par M. D, enregistrées le 13 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gallo, représentant la commune de Montfort l'Amaury.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, adjoint technique, exerce les fonctions d'agent polyvalent pour le compte de la commune de Montfort l'Amaury. Il perçoit le supplément familial de traitement pour un seul enfant. Par un courrier du 2 décembre 2020, reçu le 19 février 2021, le requérant a demandé à la commune de Montfort l'Amaury le versement rétroactif du supplément familial de traitement qu'il estime lui être dû pour les trois enfants dont il a la charge depuis novembre 2019. Le silence gardé par la commune sur sa demande a fait naître une décision implicite de rejet. M. D demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune sur sa demande préalable et de condamner la commune à lui verser la somme de 2 760 euros, avec intérêts légaux capitalisés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. D, en demandant l'indemnisation des préjudices subis, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. La décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Montfort l'Amaury sur la demande indemnitaire préalable qu'il lui a adressée le 2 décembre 2020 a pour seul effet de lier le contentieux, sans que son annulation puisse être utilement demandée.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération comprenant : / 1° Le traitement ; / 2° L'indemnité de résidence ; / 3° Le supplément familial de traitement (). ". Aux termes de l'article L. 712-8 du même code : " Le droit au supplément familial de traitement est ouvert en fonction du nombre d'enfants à la charge du fonctionnaire, au sens du titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale ". L'article L. 512-3 du code de la sécurité sociale dispose ainsi que : " Sous réserve des règles particulières à chaque prestation, ouvre droit aux prestations familiales : / 1°) tout enfant jusqu'à la fin de l'obligation scolaire ; / 2°) après la fin de l'obligation scolaire, et jusqu'à un âge limite, tout enfant dont la rémunération éventuelle n'excède pas un plafond () ". L'article L. 513- 1 du même code précise que : " Les prestations familiales sont, sous réserve des règles particulières à chaque prestation, dues à la personne physique qui assume la charge effective et permanente de l'enfant ". L'article L. 521-2 de ce code dispose enfin que : " Les allocations sont versées à la personne qui assume dans quelques conditions que ce soit, la charge effective et permanente de l'enfant. ".

4. Aux termes de l'article 10 du décret du 24 octobre 1985 modifié relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation : " Le droit au supplément familial de traitement, au titre des enfants dont ils assument la charge effective et permanente à raison d'un seul droit par enfant, est ouvert aux magistrats, aux fonctionnaires civils, aux militaires à solde mensuelle ainsi qu'aux agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dont la rémunération est fixée par référence aux traitements des fonctionnaires ou évolue en fonction des variations de ces traitements, à l'exclusion des agents rétribués sur un taux horaire ou à la vacation. / La notion d'enfant à charge à retenir pour déterminer l'ouverture du droit est celle fixée par le titre Ier du livre V du code de la sécurité sociale. () ".

5. Les parents sont présumés assumer la "charge effective et permanente de l'enfant" au sens des articles L. 513-1 et L. 521-2 du code de la sécurité sociale relatifs à l'attribution des prestations familiales et, en cas de séparation des parents et de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun d'eux, ils sont présumés partager cette charge. Il s'agit d'une présomption simple que la personne qui sollicite un avantage peut renverser en établissant qu'elle assume en réalité cette charge en lieu et place des parents. De plus, la notion de "charge effective et permanente de l'enfant" au sens des articles L. 513-1, L. 521-2 et R. 513-1 du code de la sécurité sociale s'entend de la direction tant matérielle que morale de l'enfant.

6. Il résulte de l'instruction que le requérant et sa compagne sont unis par un pacte civil de solidarité (PACS) et parents d'un enfant né le 14 mars 2016. Il résulte également de l'instruction que la compagne du requérant, Mme C, est la mère de deux autres enfants respectivement nés en 2007 et en 2008 d'une première union. À ce titre, Mme C et son ex-mari sont présumés assumer la charge effective et permanente de leurs deux enfants. S'il n'est pas contesté que les enfants de A C vivent au domicile du couple, le requérant n'établit pas suffisamment, par les pièces qu'il produit, assumer la charge effective et permanente des deux enfants de A C, en précisant notamment le mode de garde des deux enfants de son ex-compagne. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune a commis une faute en refusant de lui verser le supplément familial de traitement pour les trois enfants depuis novembre 2019. Dès lors, il n'est pas fondé à demander le versement des sommes réclamées.

7. Sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires du requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montfort l'Amaury, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D la somme demandée par la commune de Montfort l'Amaury au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la commune de Montfort l'Amaury.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

La présidente,

Signé

C. GrenierLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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